^/ # fk ^ w. ' v^ -Y tvsr ^^ #*^' f -V. ^' i3i>r^- 5-: ..-fr^ l-^ ^^1 \-t ..;v^ ^ h a a CD a uu iCO o I^gI l >^ ^^^ o > N ^ ^ ""^- K ni d ^. \ OEUVRES COMPLETES DE BUFFON. COMPLEMENT. TOME I. IMPRIMERIE DE JULES DIDOT l'aINK, IMPhlMKtlR DU noi, rue du Ponl-clc-Lotli, n" (i. u HISTOIRE DES PROGRS DES SCIENCES NATURELLES, DEPUIS 1789 jusqu' CE JOUR, PAR M. LE BARON G. GUVIER, CONSEILLER d'TAT , SECRTAIRE PERPETUEL DE l'aCADMIE ROYALE DES SCIENCES, MEMBRE DE l'aCADMIE FRANOISE, PROFESSEUR AU JARDIN DU ROI, CtC. / A PARIS CHEZ BAUDOUIN FRRES, DITEURS, RDE DE VAUGIRARD, N" I 7 ; ET CHEZ N. DELANGLE, DITEUR, RUE DD BATTOIR, N I9. M. DCCC XXVI. AVERTISSEMENT DES DITEURS. Cette premire partie de VHistoire des progrs des Sciences naturelles , qui comprend la priode de 1 789 1 808 , a t compose vers cette dernire poque. C'est un point qu'il est important de ne pas perdre de vue; car plusieurs des faits ou des principes , annoncs alors comme nouveaux ou incontestables , ont depuis prouv de notables changements. Aussi ce tableau ne prsente-t-il que l'tat de la science l'poque o il a t compos. Dans une seconde partie, chacune des branches des sciences physiques sera reprise l'poque et dans l'tat ou elle a t laisse dans ce volume, pour faire connotre tous les faits nouveaux qui les ont enrichies et portes l'tat de perfection o nous les voyons aujourd'hui. HISTOIRE DES PROGRS DES SCIENCES NATURELLES. PREMIRE PRIODE. 1789 1808. Places entre les sciences mathmatiques et les sciences morales , les sciences naturelles commen- cent o les phnomnes ne sont plus susceptibles d tre mesurs avec prcision , ni les rsultats d tre calculs avec exactitude ; elles finissent lorsqu'il n y a plus considrer que les oprations de l'esprit et leur influence sur la volont. L'espace entre ces deux limites est aussi vaste que fertile, et appelle de toute part les travailleurs par les riches et faciles moissons qu'il promet. Dans les sciences mathmatiques, mme lors- quelles quittent leurs abstractions pour s'occuper des phnomnes rels , un seul fait bien constat et mesur avec prcision sert de principe et de point de dpart; tout le reste est l'ouvrage du cal- cul : mais les bornes du calcul sont aussi celles de KUFFON. COMPLEM. T. 1. 2 SCIENCES PHYSIQUES. la science. La thorie des affections morales et de leurs ressorts s'arrte plus promptement encore devant cette continuelle et incomprhensible mo- bilit du cur, qui met sans cesse toute rgie et toute prvoyance en dfaut, et que le g;nie seul , comme par une inspiration divine, sait diriger et fixer. Les sciences naturelles , qui n'ont que le se- cond rang pour la certitude de leurs rsultats, m- ritent donc, sans contredit, le premier par leur tendue; et mme, si les sciences mathmatiques ont l'avantage d'une certitude presque indpen- dante de l'observation, les sciences naturelles ont celui de pouvoir tendre tout le genre de certi- tude dont elles sont susceptibles. Une fois sortis des phnomnes du choc, nous n'avons plus d'ide nette des rapports de cause et d'effet. Tout se rduit recueillir des faits particu- liers , et chercher des propositions gnrales qui en embrassent le plus grand nombre possible. C'est en cela que consistent toutes les thories physiques ; et, quelque gnralit qu'on ait conduit chacune d'elles , il s'en faut encore beaucoup qu'elles aient t ramenes aux lois du choc , qui seules pour- roient les changer en vritables explications. Il existe cependant quelques uns de ces principes ou de ces phnomnes levs , dduits de l'exp- rience gnralise, qui , sans tre eux-mmes encore INTRODUCTION. 3 expliqus rationnellement , semblent donner une explication assez gnrale et assez plausible des phnomnes infrieurs pour contenter Tesprit , tant qu'il ne cherche pas une prcision rigoureuse dans les relations qu'il saisit. Telles sont sur -tout l'attraction et la chaleur combines avec les figures primitives que l'on peut admettre dans les mol- cules des corps , et que Ion peut y considrer comme constantes et uniques pour chaque substance. L'attraction gnrale, si bien tablie entre les grands corps de l'univers par les phnomnes as- tronomiques, paroit, en effet, rgner aussi entre les particules rapproches de matire qui compo- sent les diffrentes substances terrestres ; mais, aux distances normes o les astres sont les uns des au- tres, chacun d'eux peut tre considr comme si toute sa matire toit concentre en un point, tan- dis que, dans l'tat de rapprochement des mol- cules des corps terrestres , leur figure influe sur leur manire d'agir, et modifie puissamment le r- sultat total de leur attraction. De l les particulari- ts de l'attraction molculaire , et la possibilit d'at- tribuer d'une manire gnrale son action , limite par celle de la chaleur et par quelques autres causes analogues, les phnomnes de la cohsion et ceux des affinits chimiques. Ces derniers expliquent leur tour la formation des minraux et toutes W 4 SCIENCES PHYSIQUES. altrations de l'atmosphre, les mouvements des eaux et leur composition. Les corps vivants eux- mmes laissent apercevoir clairement, dans une multitude de leurs phnomnes , l'influence de l'af- finit qu'ont entre eux , et avec les substances ext- rieures, les lments qui les composent; et beau- coup de ces phnomnes n'cha])pent peut-tre encore aux explications dduites de l'affinit que parcequ'il nous chappe aussi plusieurs des sub- stances qui prennent part aux mouvements multi- plis del vie. Toujours voit-on que , dans ces cas compliqus, les principes dont nous parlons sont plus propres reposer l'imagination qu' donner une raison prcise des phnomnes, et que mme, dans les cas plus simples o nul ne peut mconnotre leur influence , on est bien loign encore d'en avoir r- duit l'apprciation la rigueur des lois mathma- tiques. Nous sommes dans lignorance la plus absolue de la figure des molcules lmentaires des corps ; et quand nous la connotrions, il seroit impossible l'analyse d'en calculer les effets dans les attractions petites distances qui dterminent les affinits di- verses de ces molcules. Par consquent les seuls principes gnraux qui paroissent dominer dans les sciences physiques INTRODUCTION. 5 sont aussi ce qui les rend rebelles au calcul , et ce qui les rduira long-temps l'observation des faits et leur classement. En d'autres mots , nos sciences naturelles ne sont que des faits rapprochs, nos thories que des formules qui en embrassent un grand nombre; et, par une suite ncessaire, le moindre fait bien observ doit tre accueilU, s'il est nouveau, puisqu'il peut modifier nos thories les mieux accrdites , puisque l'observation la plus simple peut renverser le systme le plus ingnieux , et ouvrir les yeux sur une immense srie de d- couvertes dont nous sparoit le voile des formules reues. C'est l ce qui donne aux sciences naturelles leur caractre particulier, et ce qui, tant du champ qu'elles parcourent tout obstacle et toute limite, y promet des succs certains tout observateur rai- sonnable qui , ne s'levant point des suppositions tmraires , se borne aux seules routes ouvertes l'esprit humain dans son tat actuel ; mais c'est aussi l ce qui multiplie, comme nous l'avons dit, au- del de toute mesure, les travaux particuliers qui mritent d'entrer dans cette histoire. Le genre de certitude qui rsulte de l'observation bien faite s'applique , en effet , tout ce qui est ob- servable ; et comme les tables astronomiques , rdi- ges seulement d'aprs les remarques long- temps 6 SCIENCES PHYSIQUES. continues des astronomes , constitueroient dj une science trs importante, quand mme New- ton n'auroit pas cr l'astronomie physique, nous avons aussi, sur tous les objets naturels, depuis la simple agrgation des molcules d'un sel, jusqu'aux mouvements les plus compliqus des animaux , jus- qu' leurs sensations les plus dlicates, des espces de tables moins prcises la vrit, et dont sur-tout les principes rationnels sont encore loin d'tre d- couverts, mais dont la partie empirique, ou pure- ment exprimentale, ne s'en perfectionne et ne s'en tend pas moins chaque jour. Au reste, si nous continuons rapporter ainsi toutes nos sciences physiques l'exprience gn- ralise , ce n'est pas que nous ignorions les nou- veaux essais de quelques mtaphysiciens trangers pour lier les phnomnes naturels aux principes ra- tionnels, pour les dmontrer priori, ou, comme ces mtaphysiciens s'expriment, pour les soustraire la conditionnalit. Il n'entre pas dans notre plan de nous occuper de cette partie gnrale et purement mtaphy- sique; nous n'avons parler ici que des applica- tions particulires que Ton en a faites aux divers ordres de phnomnes, depuis le galvanisme et l'affinit chimique jusqu' la production des tres oiganiss et aux lois qui les rgissent : nous ne pou- INTRODUCTION. -y vons lions empcher de dclarer que nous n'y avons vu qu'un jeu trompeur de Fesprit, o Ton ne sem- ble faire quelques pas qu' l'aide d'expressions figu- res prises tantt dai\s un sens et tantt dans un autre, et o l'incertitude de la route se dcle bien vite, quand ceux qui s'y donnent pour guides ne connoissent pas d'avance le but o ils prtendent qu'elle conduit. En effet la plupart de ceux qui se sont livrs ces recherches spculatives, ignorant les faits positifs, et ne sachant pas bien ce qu'il fal- loit dmontrer, sont arrivs des rsultats si loi- gns du vrai qu'ils suffiroient pour faire soupon- ner leur mthode de dmonstration d'tre bien fautive. Nous n'ignorons pas non plus que la plupart de ces mtaphysiciens , faisant abstraction de toute ide de matire, se bornent considrer les forces qui agissent dans les phnomnes , et que les corps eux-mmes ne sont leurs yeux que les produits de ces forces : mais ce n'est au fond qu'une diff- rence d'expression qui n'apporte aucun change- ment dans les thories spciales ; et ceux mme qui croient ces subtilits mtaphysiques utiles pour ac- coutumer l'abstraction l'esprit des jeunes gens, et pour l'exercer tous les artifices de la dialectique , conviennent qu'elles n'ont point d'influence dans l'histoire et l'explication des phnomnes positifs, 8 SCIENCES PHYSIQUES. et que l'emploi du lang^age ordinaire y est sans in- convnient. Laissant donc de ct les vains efforts que Ton a faits, dans tous les sicles, pour procurer aux ob- jets qui nous entourent et aux apparences qu'ils manifestent un autre genre de certitude que celui qui peut rsulter de l'exprience, et nous en tenant celle-ci, autant qu'elle est gouverne par les lois d'une saine logique , qui seules lui sont suprieures, nous allons parcourir son vaste domaine dans l'or- dre de simplicit et de gnralit des faits qu elle nous prsente. Prenant pour guide celui de tous les phnomnes que nous avons dit tre le plus gnral et exercer sur les autres l'influence la plus universelle, nous considrerons d'abord l'attraction molculaire dans ses effets les plus simples, dans les lois auxquelles elle est soumise, et dans les modifications qu'elle prouve de la part des autres principes gnraux. La thorie des cristaux et celle des affinits com- menceront donc cette histoire, et avec d'autant plus d'avantage que ce sont deux sciences entirement nouvelles , et nes dans la priode dont nous avons rendre compte. Passant ensuite aux combinaisons et dcompo- sitions que les affinits produisent entre les diverses substances simples, soit dans nos laboratoires, soit INTRODUCTION. 9 au-dehors, nous tracerons l'histoire de la chimie, dont la mtorologie, l'hydrologie, et la minralo- gie sont en quelque sorte des dpendances. Mais il faudra bientt aprs considrer le jeu des affinits dans ces corps d'une forme plus ou moins complique , dont l'origine n'est point con- nue, et dont la composition est loin encore de l'tre ; dans les corps organiss, en un mot, o l'action simultane de tant de substances entretient, au milieu d'un mouvement continuel, une constance d'tat, objet ternel de notre tonnement, et borne peut-tre jamais insurmontable pour toutes les forces de notre esprit. L'anatomie, la physiologie, la botanique, et la zoologie s'occupent de ces tres merveilleux , et forment des sciences tellement unies par des rap- ports nombreux que leurs histoires seront presque insparables. Les circonstances les plus favorables au dvelop- pement, la propagation, et la vie des espces utiles, et les altrations de l'ordre de leurs fonc- tions , c'est--dire les maladies , qui elles-mmes sont soumises un certain ordre dont on peut sai- sir les lois, forment, cause de leur importance pour la socit, l'objet de deux sciences particu- lires, bases de l'agriculture et de l'art de gurir. C'est par leur histoire et par celle des arts qui en lO SCIENCES PHYSIQUES. dpendent que nous terminerons cet expos des progrs des sciences naturelles.^ ajoutant seule- ment en quelques mots l'indication des principaux avantages qu'ont retirs de ces progrs les arts plus matriels. La plupart des gouvernements se croient le droit de ne voir et de n'encourager dans les sciences que leur emploi journalier aux besoins de la socit ; et sans doute le vaste tableau que nous avons tracer pourroit ne leur parotre, comme au vulgaire, qu'une suite de spculations plus curieuses qu'u- tiles. Mais les bommes instruits, que n'aveuglent pas de vains prjugs, savent parfaitement que toutes ces oprations de pratique, sources des commodits de la vie, ne sont que des applications bien faciles des thories gnrales, et qu'il ne se dcouvre dans les sciences aucune proposition qui ne puisse tre le fferme de mille inventions usuelles. CT On peut dire aussi que nulle vrit physique n'est indiffrente aux agrments de la socit, comme nulle vrit morale ne l'est l'ordre qui doit la rgir. Les premires ne sont pas mme tran- gres aux bases sur lesquelles reposent Ftat des peuples et les rapports politiques des nations: l'a- narchie fodale subsisteroit peut-tre encore, si la poudre canon n'et chang l'art de la guerre ; les IINTRODUCTION. I I deux mondes seroient encore spars sans Tait^uille aimante; et nul ne peut prvoir ce que devien- droient leurs rapports actuels, si l'on parvenoit suppler aux denres coloniales par des plantes in- dignes. Mais , sans nous jeter dans ces hautes conjec- tures, en parcourant un moment les procds des arts, nous verrons aisment qu'il n'en est aucun qui n'ait ressenti jusque dans ses moindres dtails l'influence Jjienfaisante des dcouvertes scientifi- ques qui ont illustr notre priode. Puissions-nous donc peindre dignement ce grand ensemble d'efforts et de succs ! puissions-nous pr- senter dans leur vritable jour l'autorit suprme ces hommes respectables sans cesse occups d'- clairer leurs semblables et d'lever l'espce humaine ces vrits gnrales qui forment son noble apa- nage, et d'o dcoulent tant d'applications utiles! Cet espoir seul nous soutiendra dans la longue et pnible carrire o nous nous trouvons engag. PREMIRE PARTIE. CHIMIE GNRALE. Thorie de la Cristallisation. De tous les phnomnes que rattraction mol- culaire produit, le plus immdiat, le plus sensible, et celui qui se rapproche le plus, quelques gards, de cette simplicit qu'exigent les applications des mathmatiques, c'est la cristallisation des substances homognes, ou Tunion de leurs molcules selon cer- taines lois, pour constituer ces corps d'une figure polydre dtermine, que Ton nomme des cristaux. La partie de ce phnomne qui tient aux divers arrangements que ces molcules prennent entre elles est devenue, dans les mains de l'un de nos con- frres, M. Haiiy, l'objet d'une science tout entire. Depuis long-temps on savoit que plusieurs sels, plusieurs pierres, affectent, jusqu' un certain point, des formes constantes dans chaque espce. On avoit mme observ qu'un cube de sel marin, par exemple, se compose de la runion d'une infi- nit de cubes plus petits. Nanmoins un premier embarras naissoit de ce CHIMIE GNRALE. l3 que d'autres sels, d autres pierres, se prsentent aussi sous des formes infiniment varies, et qui ne paroissoient pas faciles ramener une origine unique. Un minralogiste franois, Rome de Tlsle % fit en I "7^2 un premier pas, mais bien foible encore, vers la vrit. Ayant rassembl et dcrit un grand nombre de cristaux diffrents de cliaque substance, il recon- nut dans presque tous une forme gnrale propre chaque espce, et dont il est ais de dduire toutes les autres formes, en supposant que ses an- gles ou ses artes sont tronques plus ou moins profondment. Mais les cristaux, comme tous les minraux, croissent parceque de nouvelles couches les enve- loppent: on ne peut donc supposer que la nature, aprs leur avoir donn leur forme primitive, leur enlve ensuite leurs parties saillantes , pour les tailler en quelque sorte en cristaux secondaires. I^e clbre chimiste sudois Bergman , de son ct, avoit fait un pas de plus, et l'avoit d au ha- sard \ Un de ses lves, M. Gahn, s'aperut qu'un cristal secondaire, le spath double pyramide par ' Essai de Cristallographie, etc.; i" dit. , Paris, 1772, i vol. m-8'' ; 2* dit., 1783, 4 vol. ^ De la forme des cristaux ; Mm. d'Upsal, 1773. l4 SCIENCES PHYSIQUES. exemple, se laisse aisment casser en lames rgu- lirement poses les unes sur les autres, et que, si Ton enlve successivement les lames extrieures, on finit par arriver un noyau central, qui est prci- sment la forme gnrale et primitive conimune tous les spaths calcaires. Cette remarque toit applicable tous les cris- taux : la pratique , nomme clivage par les joailliers , montroit qu en effet tous les cristaux pierreux sont composs de lames, et une exprience aise en ap- prenoit autant pour les sels. Mais Bergman se trompa ds qu'il voulut ten- dre la dcouverte de Gahn. Au lieu d'observer im- mdiatement la disposition des lames dans les cristaux des autres espces, il voulut l'imaginer, et n'arriva rien de prcis. M. Hay est donc le seul vritable auteur de la science mathmatique des cristaux. Le hasard lui fit faire un jour la mme remarque qu' Gahn, sans qu'il et t inform de celle du Sudois, et il sut en tirer un tout autre parti '. Un cristal secon- daire, dit-il , ne diffre donc de son noyau que par- ceque les lames qui enveloppent celui-ci diminuent de largeur, selon certaines proportions rgulires; et les divers cristaux d'une mme espce, forms ' Essai d'une thorie de la structure des cristaux; Paris, 1784, 1 vol. in-8". CHIMIE GNRALE. l5 tous sur un noyau semblable, diffrent les uns des autres, parceque le dcroissement des lames s'est fait dans chacun d eux selon des proportions et des directions diffrentes. Mais chaque lame, suppose la plus mince pos- sible, peut tre considre comme une couche des molcules de la substance place cte cte et for- mant des compartiments rguliers. Chaque lame nouvelle sera donc moindre que la prcdente, si elle a une ou plusieurs ranjjes de molcules de moins, soit sur ses bords, soit sur ses angles ; et en supposant que toutes les lames suc- cessives diminuent suivant la mme loi, il doit r- sulter des espces d'escaliers reprsentant pour l'il des surfaces nouvelles qui modifient la forme primitive, et qui sont prcisment ce que Rome de risle appeloit des troncatures. Mais, toute lumineuse que cette thorie parois- soit, M. Hatiy ne s'est point content de ces gnra- lits: suivant l'exemple de tous ceux qui ont vrita- blement servi les sciences, il a confirm sa thorie en montrant qu'elle explique rellement d'une ma- nire rigoureuse les phnomnes connus, et quelle prvoit avec prcision les phnomnes possibles. Pour cet effet il a dtermin , par l'analyse ou cassure mcanique, et par une mesure exacte des angles, les formes des noyaux et des molcules l- r6 SCIENCES PHYSIQUES. jiientaires de tous les cristaux connus ; puis , au moyen d'un calcul trigonomtrique, il a montr qu'en admettant un nombre assez born de lois de dcroissement, et en les combinant ensemble de diverses manires, on peut en faire driver un nombre dtermin , mais trs considrable , de formes secondaires possibles. Examinant enfin les formes secondaires dcouvertes jusqu' prsent dans la nature, il a fait voir qu'elles rentrent toutes dans celles que les lments prcdents dmontrent possibles pour cbaque espce. C'est ainsi que M. Hatiy ^ a cr lensemble et les dtails d'une science nouvelle, qui appartient presque tout entire l'poque dont nous devons tracer l'histoire, et qui est d'autant plus satisfai- sante , d'autant plus honorable pour l'esprit hu- main, qu'elle n'a rien d'hypothtique ni de vague, et que tout y est dtermin par une heureuse ru- nion du calcul et de l'observation immdiate. Deux cas seulement offrent quelque chose d'arbi- traire. Le premier est celui des cristaux noyau prismatique : la division mcanique n'y donne point par elle-mme la proportion de la hauteur du prisme la largeur de sa base; mais on admet alors celle qui satisfait aux formes secondaires con- ' Traite de Minralogie, par M. Haiiy; Paris, i8oi, 4 "vol. in-8" et atlas in-'4- CHIMIE GNRALE. 17 nues, au moyen des lois de dcroisseraent les plus simples. Le second est celui o les joints naturels des lames se multiplient assez pour intercepter des espaces de diverses figures : probablement alors les uns sont seuls occups par des molcules solides; les autres sont des vides ou des pores : mais on ne sait auxquels attribuer cette qualit. Au reste c'est une cbose indiffrente, pourvu qu'il y ait toujours un noyau constant. Quant la cause qui dtermine dans chaque varit telle loi de dcroissement plutt que telle autre, elle est encore couverte d'un voile pais. Feu Leblanc toit bien parvenu faire cristalli- ser volont l'alun sous la forme primitive d'oc- tadre, ou sous la forme secondaire de cube, en saturant plus ou moins '. Mais il ne parot point que les formes secondaires des autres sels dpendent ainsi des proportions de leurs composants, et les innombrables varits de spath calcaire n'ont donn aucune diffrence sen- sible l'analyse qu'en a faite M. Vauquelin. Indpendamment de cet intrt gnral que la science des cristaux offre l'esprit en sa qualit de doctrine prcise et dmontre, son utilit directe ' Essai sur quelques phnomnes relatifs la cristallisation des i,e\s;'Journ. de Phjs., t. XXVIII, p. 34i- BUFFON. COrvPLM. T. I. 2 l8 SCIENCES PHYSIQUES. pour la connoissaiice des minraux est trs grande : elie leur fournit des caractres faciles saisir ; elle a souvent aid en distinguer que Ton confondoit, et plusieurs fois elle a prcd cet gard l'analyse chimique. Nous verrons, Farticle de la minra- logie , l'heureux emploi qu'en a fait M. Hay pour clairer cette science importante. On a lev dans ces derniers temps la question si une mme substance doit avoir constamment la mme molcule primitive et le mme noyau ; et l'on a cit l'exemple de l'arragonite, qui cristallise tout diffremment du spath calcaire, quoique la chimie trouve les mmes principes dans l'un et dans l'autre, malgr tous les soins que M. Vauque- lin et plus rcemment encore MM. Biot etThenard ont donns leur comparaison analytique et celle de leur force rfractive. Mais peut-tre cette difficult se rsoudra-t-elle ou par la dcouverte de quelque nouveau principe chimique, ou parceque l'on s'apercevra que des circonstances passagres ont influ sur la cristalli- sation , comme il y en a qui influent sur les combi- naisons, ainsi que nous le dirons bientt d'aprs M. BerthoUet, ou parcequ'enfin le paralllipipde rhombode, regard jusqu' prsent comme la mo- lcule primitive du spath, doit lui-mme tre sub- divis en molcules d'une autre forme. On conoit CHIMIE GNRALE. I9 en effet que, lorsqu'on trouve de nouveaux joints dans un cristal , on est oblig d'en conclure une autre forme pour ses molcules, et qu'alors celles-ci peuvent constituer des noyaux ou formes primitives qu'on n'avoit pas calcules d'abord. Ce sont l, comme on voit, des difficults qui tiennent l'imperfection momentane de l'obser- vation , et qui n'affectent en rien les principes fon- damentaux de la science. Thorie des affinits. Les combinaisons des substances diverses et leurs sparations, ou ce que l'on nomme le jeu des affinits, sont un autre effet de l'attraction mol- culaire beaucoup plus vari et jusqu' prsent beaucoup plus obscur que la cristallisation, quoi- qu'on fait tudi beaucoup plus tt. On s'en faisoit il y a trs peu d'annes encore des ides extrmement simples. Deux substances diffrentes, dissoutes et mlanges, s'unissent en un compos binaire, mais homogne, qui mani- feste des qualits diffrentes de celles des substances composantes : voil ce que l'on nommoit affinit. Une troisime substance mise dans cette dissolution s'empare de l'une des deux premires , et laisse pr- cipiter l'autre : c'est, disoit-on , qu'elle a avec la pre- 20 SCIENCES PHYSIQUES. mire plus d'affinit que n'en avoit la seconde. Essayant ainsi toutes les substances par rapport une seule, on les avoit ranges d'aprs leur plus ou moins d'affinit pour celle-ci : c'toit la table des affinits. Chaque substance choisiroit dans un grand nombre celle pour qui elle auroit le plus d'affinit, et l'attireroit de prfrence : de l le nom d'affinits lectives. On ne peut dtruire une combi- naison binaire que par une substance qui ait avec l'un de ses deux lments une affinit plus forte qu'ils n'en ont ensemble ; mais , si cette affinit pour le premier est trop foible, on peut l'aider en don- nant la substance dcomposante, pour auxiliaire, une quatrime substance qui agisse sur la seconde du premier compos. Alors les deux composs bi- naires , tirs en quelque sorte chacun en deux sens , se dcomposent -la-fois pour en reformer deux nouveaux, ou, en d'autres termes, ils font un change de leurs bases; ce qui se reconnot quand l'un de ces deux composs nouveaux se prcipite ou se dgage en vapeur: voil ce qu'on appeloit affi- nits doubles. Il pouvoit y en avoir de triples, etc. Ces ides, ainsi vaguement nonces, n'avoient pu chapper long- temps aux anciens chimistes, puisqu'elles rsultent plus ou moins immdiatement de tous les phnomnes de la chimie, et qu'elles en donnent -peu-prs la solution gnrale. CHIMIE GNRALE. 21 Le Franois Geoffroy ^ imagina le premier de rduire les affinits en tables; et celte heureuse ide, claircie et dveloppe par Senac et par Mac- quer, devint le principe fondamental de tous les travaux des chimistes. Bergman sur-tout, par des recherches assidues que guidoit un gnie lev, avoit fait des affinits un corps de doctrine extrmement sduisant, et qui sembloit dmler et reprsenter clairement la marche des phnomnes les plus compliqus. Cependant on ngligeoit une foule de consid- rations importantes ; on admettoit au moins taci- tement plusieurs suppositions videmment erro- nes, et Ton confondoit sous un mme nom plu- sieurs effets trs diffrents. Ainsi , quoique Ion connt l'influence de la chaleur et de quelques autres circonstances extrieures pour altrer l'ordre des affinits, on n'en avoit point fait d'application gnrale ni cet ordre mme ni la proportion des lments de chaque combinaison ; Ton regardoit -peu-prs celles-ci comme constantes; dans les dcompositions par affinit simple on supposoit que la substance intervenante s'empare entire- ment de l'lment qu'elle attire, pour laisser l'autre entirement libre; enfin, dans les dcompositions par affinits doubles, on croyoit pouvoir toujours ' Mmoires Je l'Acadmie des Sciences pour 1718. 22 SCIENCES PHYSIQUES. dterminer la formation des deux nouveaux com- poss et leur sparation par un calcul rigoureuse- ment apprciable des affinits prises deux deux. C'est contre cette doctrine trop absolue que s'est lev M. Bertbollet dans plusieurs mmoires et dans son f^rand ouvrage de la Statique cliimique, o il a en quelque sorte impos des lois toutes nouvelles aux affinits en leur crant une vritable thorie'. Il a commenc par faire voir que les prcipita- tions ne fournissent que des indices trs quivoques de la supriorit d'affinit, et ne tiennent, dans le cas des affinits simples comme dans celui des affinits doubles, qu' la moindre dissolubilit de l'une des combinaisons dfinitives. Cette remarque a conduit M. Bertbollet examiner la force par la- quelle les molcules des solides tiennent ensemble et rsistent leur dissolution. C'est ajfinit de co- hsion qui unit les molcules de mme nature et qui opre la cristallisation : loin d'tre identique avec \ affinit de combinaison ^ qui tend former un compos homogne des molcules de nature diff- rente, elle s'oppose son action et la contre-balance; elle parotagirau contact des molcules seulement et dpendre de leurs surfices et de leur figure, tan- dis que l'affinit de combinaison, s'exerant quel- ' Essai lie .Siatiquc rliiniiqne, par C 1j Bertholet ; Paris, j8o3, 2 vol. in-8". CHIMIE GNRALE. 23 que distance, laisse moins d'influence ces modifi- cations pour en donner davantage la masse. G est ainsi, selon Tingnieuse comparaison de M. de Laplace, que dans les phnomnes astronomiques les corps trs loigns n'agissent les uns sur les autres que par leur masse, que l'on peut considrer comme rduite en un point, tandis qu'il faut avoir gard la figure dans les attractions des corps plus rapprochs. Passant ensuite l'examen de l'affinit de com- binaison elle-mme, qui ne s'exerce, comme on sait, qu'entre des substances dissoutes ou au moins broyes ensemble, M. Berthollet a vu dans cette proprit d'agir distance la source d'une foule de variations dans sa force. Ainsi la quantit relative d'une substance qui ne change point la cohsion influe sur les affinits. Les molcules semblent s'aider mutuellement; et telle matire qui n'agiroit point sur une autre, si elle ne lui toit prsente que dans une certaine quantit, exerce de l'action quand elle devient plus abondante. La quantit influe sur le pouvoir de dcomposer comme sur celui de dissoudre. Tout ce qui peut carter ou rapprocher les mo- lcules peut changer les affinits de combinaison : de l l'influence de la chaleur, de la pression, du choc , de la tendance l'lasticit ou l'efflores- 24 SCIENCES PHYSIQUES. cence, pour oprer des unions ou des sparations. Il faudroit donc autant de tables d'affinit diff- rentes qu'il pourroit y avoir de changements dans ces diverses circonstances; et il n'y a peut-tre pas de variation imaginable dans les affinits que l'on ne parvnt effectuer, si l'on toit le matre de faire varier son gr ces circonstances accessoires. Cha- que substance pourroit devenir susceptible de se combiner toute autre dans une multitude de pro- ' portions diffrentes. M. Berthollet, par exemple, a russi saturer compltement les alcalis d'acide carbonique en s'aidant de la pression. Il n'y a non plus presque jamais de sparation absolue dans les dcompositions quand elles r- sultent du contact d'une troisime substance; mais il s'y fait ordinairement un partage de l'une des trois avec les deux autres, selon la force des affi- nits que donnent respectivement celles-ci tant leur propre nature que l'ensemble des circonstances trangres que nous venons d'noncer. Ainsi les prcipits sont des combinaisons variables qui exigent une analyse particulire: aussi verrons- nous que la plupart des analyses ont besoin d'tre revues. Pour remplacer quelques gards cet ancien ordre des affinits, M. Berthollet considre les rap- ports des substances entre elles sous un point de CHIMIE GNRALE. 25 vue nouveau qu'il nomme capacit de saUiratlon : il entend par ces mots la quantit qu'il faut de l'une l'autre pour tre compltement sature, c'est-- dire pour que ses proprits soient entirement masques dans la combinaison. lia reconnu avec MM. Richter ' et Guyton'' que c'est une force con- stante, et que s'il faut, par exemple, une base deux fois plus d'un certain acide qu' une autre pour tre sature , il lui faudra aussi pour cela deux fois plus de tout autre acide, et rciproque- ment. Ainsi, selon M. Berthollet, il n'y a point d'affi- nit lective absolue ; l'affinit n'est qu'une ten- dance [gnrale d'un corps s'unir d'autres, dont la force, par rapport chacun de ceux-ci, se me- sure par la quantit qu'il peut en saisir, et augmente avec sa propre quantit : cette force continueroit d'agir, lorsqu'on mle trois ou plusieurs corps, si elle n'toit contre-balance par des forces opposes , comme l'indissolubilit de l'une des combinaisons rsultantes, ou sa plus grande tendance cristalli- ser ou se vaporiser, ou enfin effleurir; ce sont ces dernires causes qui produisent les sparations ou dcompositions, et celles-ci ne sont point des ' Stchiomtrie de Richter, sect. i, p. 12^. ^ Mmoire sur les Tables de composition des sels, etc.; Mmoires de l'Institut, sciences mathmatiques et physiques, t. II, p. 326. 26 ' SCIENCES PHYSIQUES. effets inimcliats de iaffinit: enfin la chaleur et la pression sont leur tour deux causes opposes entre elles, qui font varier dans diffrents sens Iaffinit elle-mme , aussi bien que les tendances qui lui sont contraires, et qui influent par ce moyen sur les rsultats dfinitifs. On ju(}e aisment que M. Berthollet n'a pu s'- lever des ides si gnrales et si neuves sans por- ter son attention sur une foule de phnomnes chimiques, et sans y faire une multitude de dcou- vertes de dtail. Nous en verrons une partie dans la suite de ce rapport. Indpendamment de leur vrit intrinsque ces vues ont l'avantage d'expliquer beaucoup de ph- nomnes qui chappoient la thorie reue; elles ont sur-tout celui de rattacher plus troitement la chimie au grand systme des sciences physiques, tandis que la simple considration de l'affinit et l'exclusion donne tacitement aux forces ordinaires de la nature sembloient laisser cette science dans l'tat d'isolement o ses crateurs lavoient mise. Le chimiste, oblig dsormais d'avoir gard tant de circonstances accessoires et d'en mesurer la force pour en calculer les effets, ne pourra plus se dispenser detre physicien et gomtre. C'est une garantie de plus de la certitude des dcouvertes futures. CHIMIE GNRALE. -27 agents cliimiques impondrables. Parmi ces circonstances, dont les diverses inten- sits font varier les affinits chimiques, il en est qui paroissent tenir des principes d'une nature tellement particulire que l'on n'a point encore dcid gnralement s'ils sont vraiment matriels et s'ils ne consistent pas dans un mouvement intestin des corps. Toujours est-il sr que nous n'avons au- cun moyen de les peser et d'en apprcier la masse ; nous ne pouvons pas mme les contenir, les diri- (jer ou les transporter entirement notre gr : mais chacun d'eux est assujetti dans ses mouve- ments des lois invariables, auxquelles il faut que nous nous soumettions nous-mmes quand nous voulons en faire usage. Peut-tre le nombre de ces agents chimiques im- pondrables est-il plus grand qu'on ne croit; peut- tre mme est-ce de ceux qui nous sont encore cachs que dpendra un jour l'exphcation d'une multitude de phnomnes de la nature, sur-tout de la nature vivante, aujourd'hui incomprhen- sibles pour nous: mais jusqu' prsent on n'est parvenu en distinguer que trois; la lumire et la chaleur, qui sont connues de toute antiquit, et l'lectricit, qu'on n'a bien caractrise que dans le dix-huitime sicle. 28 SCIENCES PHYSIQUES. Le principe de l'aimant ressemble beaucoup d'g;ards aux trois autres; mais on ne lui a encore reconnu aucune action cbimique distincte. Que la lumire soit un simple mouvement de lether, ou un corps particulier, ou l'un des l- ments de la matire de la cbaleur, ou enfin un certain tat de cette matire, car toutes ces opi- nions ont t avances, les lois de sa transmission sont depuis lon^r-temps dtermines par les math- maticiens, et il ne reste de dcouvertes faire que dans leur application aux arts. Mais son action chimique est beaucoup moins connue, quoique l'on sache positivement qu'elle en exerce une assez forte non seulement sur les corps vivants, comme nous le dirons ailleurs, mais encore sur les substances mortes, et en particulier sur les couleurs et sur quelques acides ou oxydes mtalliques qu'elle aide dpouiller de leur oxy- gne. Elle dgage mme l'acide muriatique du mu- riate d'argent. La nature du lien qui unit la lumire et la cha- leur dans les rayons solaires a t l'objet de grandes disputes et de longues recherches. M. Herschel a remarqu que les diffrents rayons ne donnent ni la mme clart ni la mme chaleur, et que ces deux actions ne suivent pas le mme ordre. Ceux du milieu du spectre clairent davan- CHIMIE GNRALE. 29 tage; mais leur force chauffante va en augmentant du violet au rouge. Ce clbre astronome assure mme qu'il se produit encore une chaleur plus forte au-del du rouge et en-dehors des limites du spectre. D'un autre ct MM. Piitter , Bckmann , et Wollaston vont jusqu' avancer qu'il y a encore une troisime sorte de rayons auxquels appartient la proprit de dsoxygner, et qu'ils suivent un ordre inverse, augmentant de force du ct du violet et s'tendant au-del et hors du spectre comme les rayons chauffants du ct oppos. Mais ces expriences sont encore contestes par d'ha- biles physiciens. Enfin il est plusieurs hommes de mrite qui pensent que les rayons solaires ne produisent de la chaleur que par quelque influence chimique qu'ils exercent en traversant l'atmosphre, et qui croient avoir besoin de cette hypothse pour expliquer le grand froid des hautes montagnes. Quant la chaleur en elle-mme , on conoit qu'elle a d tre tudie de bonne heure, puisque son pouvoir de changer les affinits des substances entre elles, ainsi que celui de dilater tous les corps et d'en carter les molcules, sont les moyens les plus actifs de la nature pour entretenir la surface de notre globe le mouvement et la vie. 3o SCIENCES PHYSIQUES. i est vrai que tous les travaux dont elle a t l'objet n'ont pas encore tabli , d'une manire plus dmonstrative que pour la lumire, sa qualit d'tre matrielle ; mais ils n'en ont pas moins fait connotre dans ces derniers temps, relativement ses diverses sources, aux lois de sa propagation, aux diffrentes modifications qu elle fait subir aux corps, et celles qu'elle subit elle-mme, une foule de faits de premire importance qui constituent une science pour ainsi dire entirement nouvelle, et dont les physiciens de la premire moiti du dix- buitime sicle se faisoient peine une ide. Nous venons de parler de sa source principale, les rayons du soleil; nous traiterons ailleurs de la combustion et des diverses dcompositions chimi- ques qui en produisent aussi une grande quantit. Il ne nous reste donc rappeler ici que sa naissance par le frottement. M. le comte de Rumford a montr que c'en est une source pour ainsi dire intarissable; et ses exp- riences cet gard sont au nombre des plus fortes preuves que l'on puisse allguer en faveur de l'opi- nion qui ne fait de la chaleur qu'un mouvement vibratile des molcules des corps '. La proprit la plus apparente de la chaleur une ' Essais politiques, conomiques, et philosophiques ; Genve, 1 799, 2 vol. in-8". CHIMIE GNRALE. 3l lois manifeste consiste se distribuer entre les corps jusqu' ce qu'ils exercent tous une action j^ale sur le thermomtre : c'est ce qu'on appelle propagation de la c/ialeur libre. Prise ainsi en gn- ral , elle est connue de tous les temps ; mais , en exa- minant de prs sa direction et son plus ou moins de facilit de transmission , l'on a dcouvert des lois de dtail extrmement intressantes. Mariotte avoit indiqu depuis on[j-temps la dis- tinction de la chaleur rayonnante, qui se transmet en li.o^ne droite au travers de l'air ou du vide, et de la chaleur engage, qui pntre plus irrgulire- ment et plus lentement dans la substance des corps, -peu-prs comme l'eau pntre dans une matire spongieuse. Il avoit fait voir que la chaleur rayon- nante, mme obscure, se rflchit comme la lu- mire, en frappant les corps polis, mais qu'elle ne traverse pas le verre. Scheele a dvelopp plus nouvellement le mme ordre de faits ' ; il a remarqu que si l'on noircit les surfaces qui repoussoient la chaleur, ou qu'on les rende sombres ou rudes, elles la reoivent promp- tement et la changent en chaleur engage. Les expriences de ces deux physiciens ont t confirmes par celles de M. Pictet '. ' Trait chimique de l'air et tlu feu, traduct. franc., i vol. in-i2. * Essai de Physique, par M. A. Pictet ; Genve, 1790, i vol. in-8". 32 SCIENCES PHYSIQUES. M. le comte de Rumforc ' en a fait rcemment qui prouvent que ces qualits de surface qui aident les corps prendre de la chaleur les aident aussi perdre celle qu'ils ont, et qu'en gnral la facilit de donner, comme celle de recevoir, est inverse du pouvoir de rflchir. On devoit s'y attendre en ef- fet, puisque autrement l'quilibre de la chaleur ne pourroit s'tablir entre les corps. M. de Rumford a imagin pour ces expriences un instrument qu'il a nomm t/iermoscope , et qui est propre faire apercevoir les moindres diff- rences de chaleur. C'est un tube de verre horizon- tal , dont les deux extrmits sont redresses et termines par des boules. Tout l'appareil est plein d'air, et le milieu du tube horizontal contient une bulle de liquide color. On ne peut chauffer Fair de l'une des boules sans que la bulle soit chasse vers l'autre, et elle est si sensible que l'approche de la main suffit pour la faire marcher. M. Leslie obtenoit de son ct les mmes rsul- tats en Angleterre avec un instrument -peu-prs semblable, qu'il nomme thermomtre diffrentiel. Ces expriences nous apprennent que beaucoup d'enveloppes et d'enduits acclrent le refroidisse- ment, au lieu de le retarder. Un corps plus chauff que l'air o il se trouve ' Mmoires sur la Chaleur; Paris, i8o4, vol. in-8". CHIMIE GKINRALE. 33 perd, par le rayonnement, une partie dtermine de chaleur dans chaque portion de temps. C'est une ancienne loi fixe par Newton , et con- firme par Lambert, que dans des intervalles gaux le refroidissement se fait en progression gom- trique. La chaleur engage dans un corps s'y rpand plus ou moins facilement, et en sort plus ou moins promptement, selon la nature intime du corps. Une barre de mtal, chauffe par un bout, l'est bien vite l'autre; on peut au contraire tenir impunment l'extrmit d'un bton qui brle par l'extrmit oppose. C'est ce que l'on nomme des corps bons et mauvais conducteurs de la chaleur; distinction fort ancienne , dont Richman s'toit occup, que Frankfin et Ingenhouz ont dvelop- pe, et d'aprs laquelle ils ont cherch les premiers comparer les corps entre eux avec quelque pr- cision. En supposant une barre, bonne conductrice, plonge par un bout dans un foyer d'une chaleur constante, et suspendue dans de l'air plus froid, la chaleur se distribuera sur sa longueur suivant une certaine loi que M. Biot ' a calcule et vrifie par l'exprience. Des thermomtres dont les dis- tances toient en progression arithmtique sont ' Bulletin des Sciences, nriessidor an i2, n'' 88. BUFFOX. COMPLM. T. l. 3 34 SCIENCES PHYSIQUES. monts suivant une progression gomtrique d- croissante. Cette rgie donne un moyen de cal- culer la chaleur du foyer, quelque violente qu'elle soit, d'aprs celle de quelque endroit de la barre o elle diminue assez pour tre mesurable. Lam- bert s'toit aussi occup de cette question; mais il l'avoit envisage sous d'autres rapports, et il na- voit pas mis la mme exactitude dans ses exp- riences. La distribution de la cbaleur dans les liquides et les fluides n'a pas lieu de la mme manire que dans les solides. M. de Rumfort a fait voir, par des expriences multiplies, que leurs molcules ne se transmettent entre elles que trs difficilement la chaleur qu elles ont acquise, et qu'une masse liquide ou fluide ne prend une temprature uniforme qu'autant que chacune de ses molcules, aprs s'tre chauffe par le contact immdiat du foyer, se dplace pour en laisser venir d'autres s'chauffer leur tour; c'est ordinairement leur dilatation qui les dplace, en les rendant plus lgres et en les levant. Les consquences de ce fait dans tous les arts qui emploient la chaleur, dans l'conomie domestique, l'architecture, les vtements, sont trs grandes; et M. de Puimford les a poursuivies avec une patience et une sagacit qui ne le sont pas moins. CHIMIE GNRALE. 35 Notre projn^e corps prend part, comme les au- tres, cette distribution gcQrale de la chaleur libre, en mme temps qu'il dgage constamment de la chaleur nouvelle; mais les impressions qui rsultent poiir nos sens des changements qui lui arrivent en ce genre sont trs infidles. En gnral la sensation que nous appelons le chaud n'indique pas toujours que nous recevons de la chaleur du dehors , mais seulement que nous en perdons moins dans un instant donn que dans l'instant immdia- tement prcdent: la sensation du froid indique le contraire. De l les impressions diffrentes que nous donnent les corps de diverses capacits, ou plus ou moins conducteurs, ou enfin l'air libre compar l'air en mouvement, quoique chauffs tous au mme degr ; de l aussi l'inlluence des diverses sortes de vtements. M. Seguin a le premier bien dvelopp cette ide '. L'effet le plus anciennement connu de la cha- leur libre sur les corps qu'elle pntre est de les dilater par degrs en s'y accumulant jusqu' ce qu'elle leur fasse changer d'tat, et de les dilater indfiniment lorsqu'ils sont une fois l'tat las- tique, bien entendu tant qu'elle ne les dcompose pas. En effet, quoique nous n'ayons pas les moyens de faire changer d'tat tous les corps, il est pro- ' Annales de Chimie, l. VIII, p. 183. 3. 36 SCIENCES PHYSIQUES. bable que c'est faute de pouvoir augmenter ou diminuer la chaleur notre gr. Dj Buffon a volatilis par le miroir ardent For et l'argent, qui restent fixes aux feux ordinaires de nos fourneaux ; et M. Fourcroy assure avoir fait cristalliser par un froid de 4o lammoniaque, Falcohol , et lether, que Ton navoit point vus geler jusque-l. En ne considrant que la simple dilatation, on trouve tablir encore des lois particulires d'au- tant plus importantes que la justesse des mesures thermomtriques en dpend. On peut faire en effet des thermomtres solides, liquides ou lastiques. On a observ que les liquides ne se dilatent pas tous proportion des quantits de chaleur qu'ils reoivent. Plus ils approchent de l'instant de la vaporisation, plus leur dilatation crot rapidement. Ceux qui y arrivent le plus tard sont donc les meilleurs thermomtres pour les de- grs levs. De l la qualit prcieuse du mercure. M. Deluc l'a constate le premier ' par des mlanges d'eau de chaleur diffrente. M. Gay-Lussac vient de la confirmer en comparant les dilatations du mercure celles de l'air. Les liquides prouvent aussi de l'irrgularit lorsqu'ils approchent de leur conglation. L'eau, ' Recherches sur les modifications de l'atmosphre; Paris, 1762, et seconde dition, lyS.j- 4 ^^^- in-S". CHIMIE GNRALE. 87 par exemple, que la gele dilate, commence prouver cette dilatation un peu avant le moment o elle se gle : ainsi ce n'est pas o du thermo- mtre, mais quelques degrs au-dessus, que l'eau est son maximum de densit. L acadmie de Flo- rence lavoit remarqu il y a long-temps. M. Le- fvre-Gineau a constat, lorsqu'il s'est agi de fixer l'talon des poids, que ce maximum est quatre degrs quatre diximes (centigrades); et M. de Rumford l'a confirm depuis par des expriences d'un autre genre. D'autres liquides, et sur-tout le mercure, prou- vent un effet contraire; ils se contractent forte- ment l'approche de la conglation, ainsi que l'a fait voir M. Gavendish. Ceux qui glent le plus tard, comme l'esprit- de-vin, sont donc prfrer pour la mesure du froid. Les thermomtres solides prennent le nom de pyromtres quand ils sont employs mesurer de trs hauts degrs de chaleur. La difficult n'est que de les placer sur une chelle qui ne se dilate point; car autrement on ne pourroit savoir de combien ils ont vari. C'est ce qu'on cherche faire en runis- sant une harre de mtal une chelle d'argile cuite: MM. Guyton et Brongniart s'occupent de cet in- strument, qui seroit bien important pour les arts qui emploient le feu. En attendant le succs de 38 SCIENCES PHYSIQUES. leurs expriences, on y supple imparfaitement en comparant, comme Ta imagin Wedgwood, le re- trait que prennent des morceaux d'argile homogne exposs aux divers degrs de feu. Depuis long-temps on a voit essay des thermo- mtres d'air: il avoitdonc fallu faire des recherches sur la dilatabilit de ce fluide; et Amontons l'avoit anciennement porte un tiers de son volume, pour l'intervalle de la glace l'eau bouillante. On avoit depuis fait des expriences semblables sur les autres gaz; mais les parcelles d'humidit qu'on avoit nglig d'enlever avoient occasion de fortes erreurs. M. Dalton, en Angleterre', et M. Gay- Lussac, Paris % viennent de les rpter sur tous les fluides lastiques, en empchant l'humidit de s'introduire dans les vaisseaux; et ils sont arrivs l'un et l'autre ce rsultat inattendu, que, quelle (jue soit la nature du fluide, il se dilate d'une quan- tit totale, gale, pendant (ju'il monte de la tem- prature de la glace celle de l'eau bouillante, et (ju'il acquiert un peu plus du tiers, ou plus exac- tement 0,375 de son volume primitif. M. Gay-Lus- sac a prouv de plus que les vapeurs sont soumises la mme loi. Coumic l'abondance de la chaleur, ou sa priva- ' Bulletin des Science, ventse an 11, n" 72. "^ Ibifl., thermidor an 10, n" 65. CHIMIE GNRALE. 3g tion, dilate les corps ou les resserre, on peut rci- proquement, en les dilatant ou en les comprimant par des moyens mcaniques, leur faire absorber ou restituer une quantit de chaleur plus ou moins considrable. Tout rcemment encore, M. Berthol- let a fait voir que, pour les solides, la chaleur pro- duite est, pour ainsi dire, proportionnelle la compression. Beaucoup plus anciennement, Gul- len, Wilke, avoient montr qu'on refroidit en fai- sant le vide; Darwin, que la mme chose a lien si on laisse dilater de Fair comprim : il toit croire que le contraire arriveroit, si l'on comprimoit de l'air qui ne le ft point. En effet on produit mme de la lumire quand la compression est subite. Un ouvrier de Saint-tienne en a fait l'observation avec un fusil vent. M. Mollet, de Lyon, s'est servi de ce moyen pour allumer de l'amadou ' ; et M. Biot, pour faire dtonner un mlange d'hydrogne et d'oxygne ^ Cette dernire exprience a de l'intrt pour la chimie, en ce qu'elle opre la formation de l'eau sans le concours de l'lectricit. Mais, de tous les phnomnes relatifs la cha- leur, que l'ge prsent a fait connotre, il n'en est point de plus intressants, ni qui aient plus influ sur tout l'ensemble des sciences physiques, que ces ' Hulletin des Sciences, prairial an i 2, n" 87. ^ Ibid., frimaire an r3, n" 93. 4o SCIENCES PHYSIQUES. apparitions et ces disparitions subites cle clialeur qui arrivent quand les corps se fondent ou se va- porisent, ou quand ils reviennent de ietat de fusion ou de celui de vapeur leur solidit pri- mitive. On croyoit autrefois, avec Boerhaave et tous ceux qui s'toient occups de la mesure de la cha- leur, qu' mme volume et mme pesanteur tous les corps qui marquent le mme degr au thermo- mtre en ont la mme quantit. Piichman et Kraft, acadmiciens de Ptersbourg, commencrent, vers le milieu du dix -huitime sicle, proposer les motifs qu'ils avaient de dou- ter de cette opinion ; et c'est peut - tre cette poque qu'il faut placer la premire origine du grand systme des nouvelles dcouvertes sur la chaleur. Black, qui conut des ides semblables -peu- prs vers le mme temps , dmontra , dans ses le- ons particulires, Glascow, cette proposition capitale, que, chaque fois qu'un corps se fond ou se vaporise, il disparot subitement une portion considrable de chaleur, qui devient ce qu'il nomma latente, comme si elle se cachoit, en s'unissant plus intimement avec les molcules du corps, au lieu de rester entre elles libre et active sur le thermo- mtre. CHIMIE GNRALE. ^l Quand le corps reprend son tat primitif, cette chaleur se reproduit; et ces effets ont lieu lorsque la fusion, la vaporisation ou la fixation, s'oprent en vertu d'affinits chimiques , tout comme lors- qu'elles sont immdiatement dues l'accumulation ou la dperdition de la chaleur. Par-l se trouvrent expliqus non seulement la constance du degr de la glace fondante et de l'eau bouillante, mais encore les froids artificiels et quelquefois excessifs qui rsultent de la disso- lution de certains sels. Fahrenheit avoit essay il y avoit long-temps de ces mlanges frigorifiques. MM. Lowitz et Walker en ont fait nouvellement un grand nombre, et ont observ que le plus re- froidiss-mt de tous est celui de muriate de chaux avec de la neige. Black ne s'arrta point ces premires dcou- vertes , toutes brillantes qu'elles toient : mlant ensemble deux liquides diffrents diversement chauffs, ou plongeant un solide dans un liquide, il vit que le superflu du plus chaud ne se partage ni selon le volume ni selon la masse, et que le degr dfinitif est tantt plus haut tantt plus bas qu'on n'auroit d s'y attendre, d'aprs ce qui se passe dans des mlanges de mme espce; ou, en d'autres termes, qu'il faut, pour lever des corps 42 SCIENCES PHYSIQUES. diFlreiits lVuu mnie nombre de degrs, des quan- tits de chaleur plus ou moins fortes selon leurs espces, proprit qu'il appela capacit plus ou moins grande pour la chaleur. Il rsulte , en effet , de ces expriences , que chaque corps retient, selon son espce, une cer- taine proportion de chaleur qui n'agit point sur le thermomtre; par consquent que, dans tous les tats, les corps d'espce diffrente qui marquent le mme degr peuvent diffrer beaucoup par leur chaleur totale. Mais, pendant que les dcouvertes de Black res- toient concentres dans son cole, le Sudois AVilke travailloit avec succs sur le mme sujet, d'aprs une mthode un peu diffrente: il nommoit cha- leurs spcifiques les quantits respectivement nces- saires aux divers corps, pour les lever tous d'un mme nombre de degrs '. Ces diffrences de capacit ou de chaleur spci- fique expliquant un grand nomlire de productions de chaleur ou de froid qui ont lieu lors des com- binaisons chimiques, celles qui rsultent des chan- gements d'tat n'tant elles-mmes que des cas particuliers de cette loi gnrale, on conut promp- tement combien il devenoit important d'en avoir une mesure exacte pour tous les corps. ' Acadmie des Sciences de Stockholm, 1781, quatrime trimestre; et Journal de Physique, 1786, t. XXV^I, p. 2.56. CHIMIE GNRALE. 4^ Black et son disciple rwine y procdoient, comme nous venons de le dire, en mlant des corps diffrents, et en calculant d'aprs la chaleur dfini- tive. Leur mthode est embarrassante, et ne peut servir pour les corps qui ont une action chimique les uns sur les autres. Wilke employoit un moyen plus simple et plus (jnral,qui consiste mesurer la quantit de neige que chaque corps fond en se refroidissant d'un de- gr un autre; mais son appareil toit inexact et incommode. M. Delaplace ' en a imagin un beaucoup plus parfait, o la glace dont la fusion doit servir de mesure est enveloppe par d'autre glace qui arrte la chaleur extrieure. Il est devenu, sous le nom de calorimtre, l'un des plus essentiels de la nou- velle chimie. On est arriv ainsi avoir des tables de plus en plus exactes de ces capacits : Kirwan, Grawford, Bergman, Lavoisier et M. Delaplace, y ont succes- sivement travaill. On a mme cherch dterminer le zro rel, c'est--dire combien de degrs un thermomtre baisseroit s'il n'y avoit point de chaleur du tout: mais on a besoin , pour ce calcul , de supposer qu'un corps conserve la mme capacit proportionnelle, 'Mmoires de rAcaclmie des Sciences de l'ari.s , annc'e 1780, p. ?55. 44 SCIENCES PHYSIQUES. tant qu'il ne change point d'tat ; et cette proposi- tion, qui affecte plusieurs autres thories, et no- tamment toute celle des thermomtres, n'est point prouve, et ne peut (^ure l'tre. Ces recherches sur les capacits ont fait dcou- vrir encore un nouveau mode de combinaison de la chaleur. Il arrive, dans quelques cas, qu'un gaz se combine et se fixe avec presque toute ia chaleur qui le maintenoit letat lastique, et sans en laisser chapper beaucoup prs autant qu'on devoit lui en supposer. La thorie de la chaleur latente semble alors, au premier coup d'il , se trouver en dfaut, puisqu'il se fait un changement d'tat sans manifes- tation proportionnelle de chaleur; mais aussi cette chaleur contrainte se reproduit avec violence, quand la combinaison se dtruit. L'acide nitrique est un exemple de ce genre d'union de la chaleur, et l'explosion de la poudre est un de ses effets. Nous en verrons d'autres dans l'histoire de la chimie par- ticulire. C'est aux travaux communs de Lavoisier et de M. Delaplace que l'on doit la connoissance de ces faits importants. Enfin la dernire des proprits de la chaleur, celle qui lie le plus son histoire la chimie, et par o elle exerce le plus de pouvoir dans la nature, c'est la facult de modifier les effets des affinits mutuelles des corps. C'est ainsi qu'elle combine des CHIMIE GNRALE. 45 substances qui, sans elle, seroient toujours restes trangres l'une l'autre , et qu'elle en spare qui seroient demeures unies; c'est par-l qu'elle s'en- gendre et se multiplie sans cesse elle-mme, en se dgageant des combinaisons o elle toit entre. Il y a de l'apparence que ces cliangements tien- nent ceux qu'elle occasione dans la densit; mais cette ide gnrale ne peut s'appliquer encore aux phnomnes d'une manire dtaille : ce qui est certain c'est que leur exposition fait peut-tre la moiti de la chimie. Parmi les circonstances trangres qui modi- fient les affinits, nous avons nomm ci-dessus la pression : comme son influence s'exerce principa- lement dans les effets auxquels la chaleur prend part, c'est ici le lieu d'en dire un mot. On sait depuis long-temps qu'elle arrte la vapo- risation; et personne n'ignore, par exemple, que de l'eau bout dans le vide, lorsqu'elle est peine tide, tandis qu'on peut la faire rougir en la tenant comprime dans la marmite de Papin. On peut aussi ramener la vapeur l'tat liquide sans la refroidir, par la simple compression. Cha- que fois que l'on rduit un espace rempli de vapeur, il y en a une partie qui retombe en eau ; c'est une exprience de M. Watt : il s'en dgage alors une norme quantit de chaleur. 46 SCIEINCES PHYSIQUES. Des liquides diffrents de i eau ])ouilieiit quel- (|uefois sans tre cbauffs, pour peu que la pres- sion de Tair diminue. C'est ce que Lavoisier a fait voir pour lether. En pnral, suivant M. Robison, le poids ordi- naire de Fatmosphre augmente de 62*^ centigrades la chaleur ncessaire pour faire bouillir un liquide quelconque; ils bouillent donc tous dans le vide 62 au-dessous de leur point d ebuUition dans lair. Cette mme pression, quand elle est absolue, arrte et modifie beaucoup d'autres effets de la chaleur. Le chevalier Jacques Hall, d'Edimbourg, a soumis un grand nombre de corps aux feux les plus violents dans des vaisseaux qui ne pouvoient se rompre. Leurs lments n'ayant alors aucun moyen de se sparer, ces corps ont pris des formes et des consistances toutes diffrentes de celles sous lesquelles ils paroissent ordinairement : la craie, au lieu de se calciner en laissant chapper son acide carbonique , est entre en fusion et a pris l'apparence cristalline du marbre blanc; le bois, la corne, au lieu de se brler, se sont changs en une sorte de houille, etc. Nous verrons ailleurs quelle application M. Hall a cru pouvoir faire de ces expriences la thorie de la terre : mais nous devons les citer ici comme une confirmation int- ressante des vues de M. Berthollet. CHIMIE GNRALE. 47 r/eau ne se vaporise pas seulement la temp- rature qui la fait bouillir; chacun sait qu'elle se dissipe aussi, quoique plus lentement, des degrs bien infrieurs : les physiciens ont reconnu que la glace mme s'vapore. Quelques uns ont pens, avec feu Leroy de Montpellier, qu'il se lait alors une dissolution de l'eau par l'air. D'autres, comme MM. Deluc et de Saussure , n'y ont vu q u'une action ordinaire de la chaleur, qui ne diffre de l'bullition que par sa lenteur et la moindredensitde la vapeur produite. M. Dalton vient en effet de prouver qu'un espace donn dans lequel on laisse des vapeurs se former en admet toujours la mme quantit, tant que la chaleur reste la mme, qu'il soit vide ou plein d'air, et quelle que soit l'espce d'air qui le remplit. Saussure et M. Volta l'avoient dj fait voir pour l'air atmosphrique en particulier, et MM. Deluc et Watt avoient montr de leur ct que cette va- poration lente absorbe au moins autant de chaleur que l'bullition. M. Dalton a aussi reconnu ce fait important, que la pression exerce par les vapeurs est la mme, qu'il y ait de l'air ou qu'il n'y en ait point dans l'es- pace o elles sont. Dans le premier cas, cette pres- sion s'ajoute simplement celle de l'air. A tension gale, cette vapeur d'eau est plus lgre que l'air, dans le rapport de lo i4; par consquent, 48 SCIENCES PHYSIQUES. pression et chaleur gales, l'air devient plus lger en devenant humide. Cetoit aussi une ancienne dcouverte de Saussure. Enfin M. Dalton a dter- min la quantit de vapeur produite et la pression exerce par chaque degr de chaleur, et est arriv un rapport remarquable entre Je degr d ebulli- tion de chaque fluide et la force lastique de sa va- peur une temprature donne : c'est que, par- tir du terme o les forces lastiques des vapeurs seroient gales (par exemple, de celui de Tbulli- tin sous une pression dtermine, comme celle de l'atmosphre), les accroissements ou les dimi- nutions de ces forces lastiques sont aussi les m- mes pour chaque fluide, par des variations gales de temprature '. La rgie de M. Robison pour le degr d'bulli- tion dans le vide est un cas particulier de celle de M. Dalton. Toute cette thorie des vapeurs sera un jour, comme il est ais de le voir, la base fondamentale de la mtorologie : mais elle ne borne pas l son utilit; ainsi que tout le grand corps de doctrine que nous venons d'exposer, et qui appartient pres- que en entier l'ge prsent, elle est aussi profi- ' Bibliothque Britannique, tome XX, page 338; et Bulletin des Sciences , ventse an 1 1 . Voyez aussi les Essais d'Hygromtrie de Saussure. CHIMIE GNRALE. /\g tabe poui^ ia socit qu'honorable pour l'esprit humain. M. de Rumfort l'a applique l'art de chauffer, soit les appartements, soit les liquides^, et il est arriv des conomies qui , dans certains cas , sur- passent tout ce que l'on auroit os esprer. On sait assez l'heureux emploi que l'on fait de la vapeur comme force mouvante. Les recherches dlicates dont nous venons de parler ont prodi^^ieu- sement au^^ment le parti qu'on tire de cet a^^ent puissant; la multiplication des pompes feu, les emplois infinis auxquels on les applique , la force incroyable que Ton est parvenu leur donner, doivent tre mis au nombre des preuves les plus frappantes de l'influence que le perfectionnement des sciences peut avoir sur la prosprit des na- tions'. L'lectricit est encore un de ces principes im- pondrables qui jouissent du pouvoir de modifier les affinits. Sa production par le frottement, sa transmission au travers des diffrents corps , sa dis- tribution le long^ de leur surface, la rpulsion mu- ' Nous regi^ettons que notre plan ne nous ait pas permis d'exposer les hypothses thortiques. Celle de l'quilibre mobile du calorique, par M. Prvost, et tenu , dans l'article de notre rapport qui concerne la chaleur, une place distingue. Voyez le Journal de Physique de 1791, et la Bibliothque Britannique , tomes XXI et XXVI. BUFFON. COMPLM. T. I. 4 5o SCIEINGES PHYSIQUES. tuelle de ses molcules, les deux fluides que l'on croit y pouvoir admettre , sou analogie avec la fou- dre, sont dj des dcouvertes un peu anciennes. Les lois mathmatiques qui la gouvernent ne sont point de notre ressort; mais son action chimique, sa production par le contact de divers corps, c'est- -dire le galvanisme et la nature diffrente de ses effets dans cette circonstance , rentrent complte- ment dans le cercle de notre rapport. Non seulement l'tincelle lectrique brle les corps combustibles ordinaires, tels que l'hydro- gne, parcequ'elle produit del chaleur, peut-tre en comprimant l'air; elle en brle encore qui r- sistent toute autre flamme : tel est l'azote, qu elle combine avec l'oxygne pour former l'acide nitreux, selon la belle dcouverte de M. Cavendish ; et de- puis que l'on connot l'action chimi(ue de la pile galvanique pour dcomposer l'eau et les sels, on est parvenu oprer les mmes effets par l'lectri- cit ordinaire, en la faisant arriver en grande masse par des conducteurs trs dlis. MM. Pfaff et Van-Marum ' ont fait cette exp- rience d'une manire , et M. Wollaston l'a faite d'une autre. L'lectricit galvanique est peut-tre de toutes ' Extrait d'une lettre de M. Van-Marum au citoyen BerthoIIet ; Annales de Chimie, t. XLI , p. jy. CHIMIE GNRALE. 5l les branches de la physique celle qui a excit le plus vivement la curiosit, qui a donn le plus d'espoir, et qui a occasion le plus de travaux et d'efforts dans ces dernires annes. L'intrt que le ^gouvernement a pris ces re- cherches, et rhonorable rcompense qu'il a pro- mise ceux qui s'y distin^u croient, ont rveill le zle ; et chaque jour semble faire entrevoir quelque influence nouvelle de ces phnomnes dans leurs liaisons tendues presque toute la nature. On peut diviser l'histoire du galvanisme en trois poques principales, d'aprs les trois grandes pro- prits qui le caractrisent et qui n'ont t dcou- vertes que successivement. La premire est son effet sur leconomie ani- male, aperu par Gotugno et dvelopp par son matre Galvani ' ; la seconde, sa nature et son ori- gine dmontres par M. Volta; la troisime, son action chimique si particulire , reconnue par MM. Ritter, Garlisle, Davy, et ISicholson. Si Ton runit quelques nerfs du corps d'un ani- mal avec quelque partie de ses muscles par un con- ducteur form de mtaux diffrents, les muscles prouveront des convulsions. Galvani en ft d'a- ' Journal encyclopdique de Bologne, 1786, n" 8; De viribus electncitatis in motu inusculari Commentarius. Me'moires de l'Institut de Bologne, t. VII. 4. 52 SCIENCES PHYSIQUES. bord l'essai sur des grenouilles, dont les muscles sont fort irritables. Divers physiciens, et princi- palement M. Aldini , neveu de Galvani ' , M. de Humboldt% M. Rossi^, M. Nysten^, etc., l'ont tendu dejiuis tous les animaux et toutes leurs parties, sur-tout par le moyen de l'nergfie de la pile. . On a vu des grenouilles mortes sauter plu- sieurs pieds; des membres spars du corps se fl- chir et s'tendre avec violence; des ttes dcolles grincer les dents, remuer les yeux d'une manire effrayante : les vivants ont prouv des sensations fortes, quelquefois mme trs douloureuses. Mais, en dernire analyse , tout se rduit avoir trouv un excitant d'un nouveau genre, plus subtil et plus actif -la-fois que ceux qu'on avoit possds jus- que-l : aussi dit-on en avoir tir quelque parti dans certaines paralysies. M. de Humboldt l'a em- ploy pour distinguer dans les animaux quelques parties d'une nature douteuse ; et MM. Tourde et Gircaud croient avoir produit par son moyen, dans cette partie du sang qu'on nomme la fibrine, ' Essai sur le Galvanisme, par J. Aldini; Paris, i8o4, i vol. 111-4". * Essai sur l'irritation musculaire, en allemand; Berlin, 1797, i vol. in-8. ^ Mmoires de l'Acadmie de Turin, t. VI, de 1792 1800. ^ Nouvelles Expriences galvaniques , par P. H. Nysten ; Paris , an II. CHIMIE GNRALE. 53 des mouvements assez analogues rirritaLilit des fibres vivantes '. On souponna de bonne heure que l'lectricit entroit pour quelque chose dans ces singuliers phnomnes; mais on ne voyoit point clairement la cause qui la produisoit : les uns la cherchoient dans les nerfs, d'autres dans les muscles; d'autres enfin supposoient quelque nouveau fluide. M.Volta le premier dit : L'lectricit nat du seul contact des deux mtaux; les convulsions ne sont que des ef- fets ordinaires de ce fluide; c'est dans sa manire de natre , ou plutt d tre mis en mouvement, que consiste tout ce que vos expriences ont de parti- culier. Pour mieux convaincre les physiciens de cette production d'lectricit par le simple contact de substances diverses , il importoit de la rendre tellement intense qu'elle ne pt rester soumise aucune de ces conjectures vagues qui servent tou- jours d'auxiliaires au doute. La dcouverte que M. Volta avoit faite quelque temps auparavant de l'influence des matires demi-conductrices, pour faire accumuler l'lectricit dans l'instrument nom- m condensateur, lui indiqua le moyen qu'il cher- choit. Multipliant un grand nombre de fois les plaques des deux mtaux, et les sparant par des ' lulletii) des Sciences, pluvise an 1 1, n" 7 i. 54 SCIENCES PHYSIQUES. plaques de carton mouill, il vit se manifester l'instant, l'une des extrmits de cette pile, lelec- tricit vitre, l'autre la rsineuse; il obtint des attractions , des rpulsions , et des commotions toutes semblables celles de la bouteille de Leyde ; en un mot il eut un instrument qui s'lectrise con- stamment lui-mme, et qui, par cette action conti- nue, exerce les effets les plus inattendus et les plus importants pour la chimie et pour la physio- logie \ et deviendra peut-tre, pour l'une et pour l'autre, ce que le microscope a t pour l'histoire naturelle, et le tlescope pOur l'astronomie. Aussi les sciences compteront-elles parmi leurs poques les plus brillantes celle o ce grand physicien fut couronn dans l'Institut. Divers physiciens , comme feu Gautherot et MM. Pfaff et Davy, ont vari les substances des piles , et reconnu que les mtaux n'y sont pas n- cessaires. Il suffit de combiner des plaques de deux natures; observation qui peut devenir de la plus grande importance pour expliquer plusieurs ph- nomnes physiologiques. M. Aldini, dans ses expriences sur les animaux, a aussi remplac l'arc mtalUque par des parties animales ou par des corps vivants. MM. Biot et ' Transactions philosophi(|ues, i 790 ; et Bibliothque Britannique, t. XV, p. 3. CHIMIE Gr^RALE. 55 Frdric Guvier ' ont montr que loxydation des plaques mtalliques n'est point la cause essentielle de l electrisation , quoiqu'elle la favorise ; mais c'est par cette oxydation que la pile altre l'air o on la renferme. MM. Fourcroy, Thnard, et Hachette^, ayant fort agrandi le diamtre des plaques , ont enflamm des conducteurs de fil de fer : c'est un effet de la (jrande masse d'lectricit dans un conducteur mince. Mais les commotions qui tiennent la vi- tesse de l'lectricit dpendent du nombre des plaques, et sont en raison inverse de leur largeur, ainsi que M. Biot l'a fait sentir. M. Van-Maruna a bien compar et constat ces divers effets. On remplace aussi la pile par des tasses pleines d'eau que runissent, en y plongeant, des lames recourbes de deux mtaux. Cet appareil commode est galement de M. Volta, qui l'a imagin par imi- tation de l'appareil lectrique de la torpille. C'est encore une belle exprience que celle de la pile secondaire imagine par M. Ritter : forme d'un seul mtal et de cartons mouills, elle n'en- gendre point l'lectricit par elle-mme; mais si l'on fait communiquer ses deux bouts avec ceux de la pile ordinaire, ils prennent leurs lectricits op- IJulIeliu des Sciences, par la Socit philomatique, thermitl. an 9. " Journal do Pliysi(|ue , messidor an g. 56 SCIENCES PHYSIQUES. poses, et les conservent cause de la difficult qu'oppose le carton mouill la communication. M. Volta avoit reconnu une distribution sem- blable dans un simple ruban; Gautherot, dans des fils conducteurs qui venoient d'tre spars de la pile primitive; et il parot qu'elle se fait de mme dans beaucoup de conducteurs imparfaits. L'Institut vient d'admettre d'autres expriences de M. Erman , desquelles il rsulte que quelques uns de ces conducteurs , quand on les fait commu- niquer -la-fois avec les deux ples de la pile, ne transmettent que l'une des deux lectricits seule- ment, encore quand on lui donne une issue vers le sol'. Mais de toutes les proprits de la pile, son ac- tion cbimique est certainement la plus importante. M. Ritter, en Allemajjfne, et MM. Garlisle et Nichol- son^, en Anjjleterre, ayant plong dans Feau deux fils mtalliques, qui communiquoient chacun avec l'un des ples de la pile, remarqurent qu'il se ma- nifestoit l'un et l'autre beaucoup de bulles d'air; et ayant examin la nature des gaz qui les for- moient, ils trouvrent que celles du ple positif toient de l'oxygne , et celles du fil oppos de Fby- drogne. ' Nouveau Bulletin des Sciences, n" 4 ^^ suiv. ^ Bibliothque Britannique, t. XV, p. i i. CHIMIE GNRALE. Sy MM. Davy et Ritter virent chacun de leur ct ces gaz natre dans deux vases spars , pourvu qu'ils communiquassent ensemble par le corps hu- main, par une fibre animale, par de l'acide sulfu- rique ou tel autre conducteur. Nous exposerons ailleurs ce que l'on a cru pouvoir conclure de ce phnomne contre la thorie de la composition de l'eau. Quelques personnes vouloient galement en dduire une diffrence de nature entre le fluide galvanique et Tlectricit; mais cette opinion est rfute depuis que MM. Pfaff, Van-Marum et Wollaston, ont aussi dcompos l'eau par Flectri- cit ordinaire. M. Cruikshank aperut, ds les premires exp- riences, des traces d'acidit et d'alcalinit. M. Pac- chiani ' crut voir qu'il se formoit de l'acide muria- tique du ct positif, et en conclut que cet acide est de l'hydrogne moins oxygn que l'eau. On trouvoit ordinairement aussi de la soude du ct oppos. Mais MM. Thnard, Biot, Simon, Pfaff, et plusieurs autres physiciens, constatrent bien- tt qu'il n'y a point d'acide ni d'alcali quand on ' Histoire du Galvanisme, t. IV, p. 282. Extrait d'une nouvelle Lettre du docteur Pacchiani M. Fabroni, par M. Darcet ; Annales de Chimie y t. LVI, p. 1 1 r. Cette Histoire du Galvanisme, par M. Sue, Paris, 4 vol. in-S", peut en gne'ral tre consulte avec beaucoup de fruit pour tout ce qui tient aux progrs de cette nouvelle branche de la physique. 58 SCIENCES PHYSIQUES. emploie de l'eau bien pure, et quand on loigne soipneusement de l'appareil tout ce qui poiirroit fournir du sel marin; prcaution trs difficile prendre compltement, car il n'est pas jusqu' la peau des doigts qui n'exhale de ce sel. Enfin MM. Davy et Berzelius, ainsi que MM, Rif- fault et Chompr, de la socit galvanique de Pa- ris, viennent de montrer que tous ces phnomnes tiennent la proprit qu'a la pile de dcomposer les sels de la mme manire que l'eau; semblant entraner aussi l'un de leurs principes d'un vase dans l'autre, au travers de la fibre ou du siphon qui unit ces vases , et cela de manire que l'oxygne ou les substances oxygnes sont attires vers le ple positif, et l'hydrogne et les alcalis vers le ngatif. Dans la plupart des expriences qui avoient fait d'abord illusion, il se trouvoit un peu de sel marin , fourni par les fibres animales, ou par les autres moyens de communication que l'on tablissoit entre les deux vases ; souvent c'toit le verre qui avoit fourni la soude; le tube mme de l'alambic o l'on distille l'eau peut lui communiquer quelque prin- cipe propre induire en erreur. Cette action sur les sels toit reconnue depuis quelque temps par M. Ritter : M. Vassali-Eandi en avoit trouv une sur Falcohol et les acides ; M. Rla- proth , sur l'alcah volatil. On s'explique ces phno- CHIMIE GNRALE. 69 mnes en supposant que , dans tous ces cas, l'un des lments de la substance qui se dcompose est repouss par l'un des ples de la pile, pendant que l'autre lment se dgage, et que le contraire ar- rive au ple oppos ; enfin que la dcomposition se continue de molcule molcule, jusqu' un point intermdiaire o ces lments, repousss de part et d'autre, se combinent entre eux de manire que le rsidu reprend toujours sa composition pri- mitive. Mais il faut admettre aussi que ce transport d'un lment d'un vase dans l'autre a lieu avec tant de force qu'un acide traverse, par exemple, une dissolution alcaline sans y laisser la moindre trace de combinaison, et rciproquement. Il rsulte toujours de cette grande dcouverte cette vrit aussi nouvelle qu'importante, que le simple contact des substances htrognes a le pou- voir d'altrer l'quilibre lectrique, et que cette al- tration peut en occasioner dans les affinits chi- miques de tous les corps environnants. Il est ais de concevoir quel point cette action tranquille et continue peut influer sur ce qui se passe la sur- face du globe et dans son intrieur, et contribue peut-tre aux mouvements les plus compliqus de la vie, et quelle abondante source de lumire ce nouveau corps de doctrine doit ouvrir toute la philosophie naturelle. 6o SCIENCES PHYSIQUES. Aussi l'Institut n a-t-il cru pouvoir mieux placer en 180-7 le prix annuel fond par le gouvernement pour le galvanisme qu'en le dcernant M. Davy, qui a su apprcier avec le plus d'exactitude les lois de cette puissance singulire \ C'est ici que viendroit se placer l'action cache que l'on attribue aux mtaux , au charbon , et l'eau , sur le corps humain, action par laquelle on cherche expliquer et remettre en crdit la ba- guette divinatoire : mais nous ne pouvons nous permettre de ranger parmi les progrs rels et con- stats des sciences des expriences quivoques, et que l'on avoue ne russir que sur quelques per- sonnes privilgies. Le pendule mtallique de For- tis, auquel on a prtendu trouver de l'analogie avec la baguette, et dont on assure qu'il vibre en des sens diffrents , selon les substances sur les- quelles on le suspend, n'a point donn nos phy- siciens les rsultats que des trangers, d'ailleurs gens de mrite, assurent en avoir obtenus \ ' Lorsque ce Rapport a t rdig, les expriences qui paroissent annoncer la dcomposition des alcalis par la pile n'toient pas encore connues Paris. ^ On ne peut en gnral trop recommander, sur toutes les ques- tions physiques mentionnes jusqu' cet endroit, la lecture du Trait lmentaire de Physique de M. Haiiy ; Paris, 1806, 2 vol. in-8 ; et celle de la Physique mcanique de Fischer, traduite par madame Biot ; Paris, 8o6, i vol. in-8". CHIMIE GNRALE.- 6l Thorie de la combustion. De tous les effets qui peuvent rsulter, soit des affinits immdiates, soit de ces modifications in- stantanes qu'y apportent la chaleur, lelectricit, ou d'autres circonstances, la combustion est non seulement le plus important pour nous, en ce que nous en tirons toute la chaleur artificielle dont nous avons besoin dans la vie commune et dans les arts ; mais c'est encore celui dont l'influence est la plus gnrale dans tous les phnomnes de la nature comme dans ceux de nos laboratoires. Nous ne lui donnons gure le nom de combus- tion que quand c'est la chaleur qui l'occasione, et qu'elle est accompagne de flamme; mais elle peut aussi tre amene par une foule d'autres causes, ou n aller point jusqu' cet excs : et lorsqu'on la prend ainsi dans son acception la plus tendue, on peut dire qu'elle prcde, qu'elle accompagne ou qu'elle constitue la plupart des oprations chimiques et des fonctions vitales; il n'en est presque aucune o quelque corps ne se trouve, soit brl, soit d- brl, si l'on peut employer ce terme expressif: en un mot c'est presque de la manire de concevoir ce qui se passe dans la combustion que dpendent toutes les diversits des explications que l'on peut donner en chimie; et par les mots de thorie chi- 02 SCIENCES PHYSIQUES. inique, on n'entend gure autre chose que thorie de la comhustion. Aussi tout le monde sait-il que la nouvelle tho- rie de la combustion est la plus importante des r- volutions que les sciences naturelles aient prouves dans le dix-huitime sicle. Elle concide -peu-prs avec le commencement de l'poque dont nous avons rendre compte; mais ce n'est gure que pendant le cours de cette poque mme qu'elle a obtenu l'assentiment uni- versel des savants. D'ailleurs elle a eu trop d'in- fluence sur les dcouvertes postrieures, elle est trop honorable la nation Franoise, pour que nous n'en rappelions pas l'histoire en peu de mots ; histoire bien singulire, et qui remonteroit bien haut si la tradition des ides n'avoit pas t inter- rompue pendant un sicle et demi. Un mdecin du Prigord, nomm Jean Rey ', avoit eu, ds i63o, sur la calcination de Ttain et du plomb, qui n'est qu'une sorte de combustion, des ides toutes semblables celles de la nouvelle chimie ; mais son crit toit tomb dans l'oubli le plus profond. L'un des crateurs de la physique exprimentale, l'illustre Robert Royle, avoit aussi ' Essais de Jean Rcy, docteur en mdecine, sur la recherche de la cause pour laquelle l'dtain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine; nouvelle dition; Paris, 1777, i vol. in-8. CHIMIE GNRALE. 63 reconnu, ds le milieu du dix-septime sicle, une grande partie des faits qui servent aujourd'hui de hase cette chimie nouvelle; il savoit que la com~ hustion et la respiration diminuent le volume de Tair et le rendent insalubre, et il n'ignoroit point l'augmentation de poids que les mtaux acquirent par la calcination. Son disciple Mayow avoit appli- qu ces faits la respiration et la production de la chaleur animale, presque comme nous le ferions aujourd'hui. L'appareil que nous appelons pneu- mato-cliimique toit connu de l'un et de l'autre; ils avoient dj distingu diffrentes sortes d'air. Mais, par une fatalit inconcevable, ces hommes clbres n'avoient point saisi les consquences imm- diates de leurs expriences. Boyle sur-tout n'a voit vu dans cette augmentation de poids que la fixation du feu , et depuis eux les chimistes proprement dits avoient presque perdu de vue les fluides lastiques. Beccher et Stahl, ne donnant d'attention qu' la facilit de ramener toutes les chaux mtalliques l'tat de rgule par une matire grasse ou combus- tible quelconque, imaginrent, l'un sa terre sul- fureuse, l'autre son phlogistique, principe com- mun, selon eux, tous les corps combustibles, qu'ils perdent en se brlant et reprennent en se rduisant : cette hypothse, dveloppe et applique presque tous les phnomnes par les travaux suc- 64 SCIENCES PHYSIQUES. cessifs crun grand nombre d'habiles gens, sembloit avoir reu ses derniers perfectionnements par les travaux brillants de Scheele et de Bergman ; elle avoit acquis un tel crdit qu'elle domina constam- ment ceux mme des physiciens de la Grande-Bre- tagne dont les expriences ont le plus contribu lebranler. En effet les recherches sur les fluides lastiques furent continues dans cette le presque sans in- terruption depuis Boyle. Haies ' montra dans com- bien d'occasions de l'air fix et retenu dans les corps recouvre son volume et son lasticit. Black ^ recon- nut l'identit de celui qui s'lve des liqueurs fer- mentes, avec la vapeur qui se manifeste lors de l'effervescence de la pierre calcaire et des alcalis, vapeur dont la privation les met dans l'tat apoel caustique. M. Gavendish^ dtermina la pesanteur spcifique respective de l'air fixe et de l'air inflam- mable; il montra l'identit du premier avec la vapeur du charbon et sa nature acide. Priestley ^ sur-tout, ' La Statique des vgtaux et l'Analyse de l'air, par M. Haies; tra- duites de l'anglois par M. de Buffon; Paris, 1735 , i vol. in-4. * Transactions philosophiques, annes 1766 et 1767. ^ Expriences sur l'Air, mmoires lus la Socit royale de Lon- dres les i5 janvier 1783 et 2 juin 1785, traduits par Pelletier, et insrs dans le Journal de Physique, t. XXV, p. 417 ; t. XXVI, p. 38, ett.XXVJI, p. 107. ^ Expriences et observations sur diffrentes espces d'air, tra- duites de l'anglois; Berlin, 1775, i vol. in-8". Expriences et ob- CHIMIE GINRALE. 65 par des expriences multiplies avec une patience admirable, tudia toutes les circonstances o ces deux airs se forment, fixa les caractres de celui qui reste aprs la combustion dans l'air commun, et qu'il nomma phlogistiqu, dcouvrit l'air nitreux et sa proprit de mesurer la salubrit de l'air commun en absorbant toute sa partie respirable, obtint enfin sparment cette partie respirable, cet air pur, le seul qui entretienne la combustion et la vie. Cependant nos Franois n'toient j^as rests en- tirement inactifs. Bayen % entre autres, avoit remarqu que plu- sieurs chaux de mercure se rduisent sans addition d'aucune matire combustible, et en dgageant beaucoup d'air. On peut mme dire que c'toit lui qui avoit donn Priestley l'ide d'examiner cet air, et par consquent l'occasion de dcouvrir l'air pur. Mais ces expriences, tout en faisant sentir l'in- suffisance de la thorie du phlogistique, n'en don- noient pas immdiatement une meilleure. Celle-ci fut due tout entire au gnie d'un Fran- ois. Lavoisier, aprs avoir Ion g- temps examin les servations sur diffrentes branches de ia physique, avec une conti- nuation des observations sur l'air, ouvrage traduit de l'anglois par M. Gibelin; Paris, 1782, 3 vol. in-S". ' Mmoires de l'Acadmie des Sciences, anne 1774* HUFFON. COMPLM. T. 1. 5 66 SCIENCES PHYSIQUES. phnomnes relatifs aux airs dgags et fixs, aprs avoir vu, comme beaucoup d'autres, que Faug- mentation de poids des mtaux calcins est due la fixation d'une portion quelconque de l'air, eut enfin le bonheur particulier de reconnotre et de dmontrer par une suite d'expriences aussi claires que rigoureuses que non seulement les mtaux, mais encore le soufre, le phosphore, en un mot tous les corps combustibles, absorbent, en br- lant, seulement de lair pur % c'est--dire cette por- tion uniquement respirable de Fair , et cela en quantit prcisment gale l'augmentation de poids des chaux ou des acides produits; qu'ils rendent cet air en se rduisant, et que Fair ainsi restitu se change en air fixe, quand c'est par le charbon qu'on les rduit \ Le phlogistique est donc un tre de raison, se dit-il ; la combustion n'est qu'une combinaison de l'air pur avec les corps. La lumire et la flamme qui s'y dveloppent toient cette chaleur latente em- ploye auparavant maintenir l'air pur l'tat lastique. Le fluide qui reste aprs que la portion ' C'est en ce point que consiste ce qu'il y a de propre Lavoisier dans sa dcouverte: ainsi dtermine, elle fut souponne seulement en 1774? et nettement nonce en 1775. ^ Opuscules physiques et chimiques, par A. h. Lavoisier; Paris^ iyy3. Mmoires de l'Acadmie des Sciences, annes 1777, p. i86^ et 1781, p. 448- CHIMIE GNRALE. 67 pure de l'atmosphre est coDSomme est un fluide particulier dans son espce. L'air nonm fixe est le produit spcial de la combustion du charbon. Il est vident que ds-lors la nouvelle thorie fut dcouverte. On devoit naturellement chercher aussi savoir ce que donne la combustion de lair inflammable; il toit d'ailleurs ncessaire qu'on le st, pour ex- pliquer plusieurs phnomnes dans lesquels cet air se montre ou disparot. M. Gavendish observa le premier qu'il se manifestoit de l'eau dans cette combustion '. M. Monge fit cette exprience de son ct, sans connotre celle de M. Gavendish. Lavoi- sier. Meunier, M. Delaplace, la rptrent avec les prcautions les plus rigoureuses ^ ; ils obtinrent de l'eau qui galoit en poids l'air inflammable brl et l'air pur consomm. On fit passer son tour de Feau sur des corps qui pouvoient lui enlever son air pur ; il resta de l'air inflammable. La composi- tion de l'eau fut donc connue. Les nombreuses cal- cina tions qu'elle opre sans le concours de l'air, les productions d'air inflammable par ces calcinations, ' L'exprience de M. Gavendish date de 1781 ; la lecture de son Mmoire est de janvier 1 783 ; l'exprience de Lavoisier de juillet 1 783 : mais M. Gavendish, dans son Mmoire, conserve l'hypothse du phlo- gistique. ' Dveloppement des dernires expriences sur la dcomposition et la recomposition de l'eau. Journal polytype du 76 juillet 1786. 5. 68 SCIENCES PHYSIQUES. furent expliques , et les principes particuliers la nouvelle thorie absolument complts. Ils furent en quelque sorte dmontrs, lorsque Lavoisier et M. Delaplace eurent imagin le calori- mtre, et que la quantit de chaleur dgage dans chaque combustion se trouva constamment r- pondre la quantit d'air pur employe, comme celle-ci rpondoit l'augmentation de poids du produit. On put alors se faire des ides de la composition des substances combustibles vgtales, formes es- sentiellement de la runion de Fair pur, du char- bon, et de l'air inflammable. Les quantits respec- tives d'air fixe et d'eau qu'elles fournissoient en br- lant indiqurent les proportions de leurs principes. Les fermentations de toute espce , ces mouvements intestins des sucs et des substances vgtales, jus- que-l rebelles toute explication prcise, ne furent plus que l'effet des changements d'affinits qu'a- mne l'accs de l'air et de la chaleur. Les lments de ces substances une fois connus et mesurs, on put calculer les dtails et les rsultats de leurs nou- velles combinaisons; on put confirmer ce calcul par l'analyse de leurs produits, tels que l'alcohol et le vinaigre. Ce fut encore entirement l l'ouvrage de Lavoisier. Pendant ce temps M. Berthollet faisoit une d- CHIMIE GNRALE. 69 couverte particulire destine tenir une grande place dans l'explication de phnomnes plus com- pliqus encore ' ; il reconnoissoit que l'alcali volatil est form de l'air inflammable, combin avec cet air nomm jusque-l phlogistiqu , qui reste de l'air commun aprs la combustion, et que toutes les matires animales, toutes celles des vgtales qui donnent cet alcali en se brlant ou en pourrissant, contiennent de l'air phlogistiqu : c'toit ce nou- vel lment qu'toient dues les fermentations pu- trides et les modifications si dsagrables de leurs produits. Les expriences du mme chimiste, jointes celles de Priestley, pouvoient encore faire prsumer un emploi important de cet air, celui de former l'acide du nitre en se combinant avec l'air pur plus intimement qu'ils ne le font dans latmosphre; et M. Cavendish ne tarda pas changer ces soupons en certitude, en composant cet acide immdiate- ment par l'tincelle lectrique \ On peut dire qu'alors la thorie nouvelle s'- tendit sur toutes les branches importantes de la science. Elle n'est, comme on voit, qu'un lien qui rap- ' Mmoire sur l'analyse de l'alcali volatil, lu l'Acadmie des Sciences le 1 1 juin 1785. Journal de Physique, t. XXIX, p. 176. * Voyez les Mmoires cits plus haut. 70 SCIENCES PHYSIQUES. proche heureusement des faits particuliers recon- nus en des temps et par des hommes trs diffrents. La dcouverte de la chaleur latente par Black; celle du dgagement de l'air des chaux de mercure . rduites sans addition par Bayen ; celle de la pro- duction de Fair fixe dans la combustion du char- bon, et de Feau dans celle de Fair inflammable, par Cavendish , sont des portions intgrantes de la nou- velle chimie, tout comme l'augmentation de poids des mtaux calcins, dj annonce parLibavius, et l'absorption de Fair dans les calcinations, re- connue ds le temps de Boyle. Mais c'est prcisment la cration de ce lien qui constitue la gloire incontestable de Lavoisier. Jus- qu' lui, les phnomnes particuliers de la chimie pouvoient se comparer une espce de labyrinthe dont les alles profondes et tortueuses avoient pres- que toutes t parcourues par beaucoup d'hommes laborieux; mais leurs points de runion, leurs rapports entre elles et avec l'ensemble, ne pou- voient tre aperus que par le gnie qui sauroit s'lever au-dessus de Fdifice et en saisiroit le plan d'un il d'aipfe. C'est ce qu'a fait Lavoisier dans cette science; c'est ce qu'ont fait, chacun. dans la leur, tous ceux dont les grandes thories ont clair la nature. Ici, comme dans toutes les autres branches , c'est CHIMIE GNRALE. 7I l'expression la plus gnrale des faits que se recon- not la force du gnie. L'Europe fut tmoin, cette poque, d'un spec- tacle touchant, dont l'histoire des sciences offre bien peu d'exemples. Les chimistes franois les plus distingus, les contemporains de Lavoisier, ceux qui avoient le plus de droits se regarder comme ses mules , et particulirement MM. Four- croy, BerthoUet, et Guy ton , passrent franchement sous ses drapeaux, proclamrent sa doctrine dans leurs livres et dans leurs chaires, travaillrent avec lui l'tendre tous les phnomnes et l'incul- quer dans tous les esprits. C'est par cette conduite noble, autant que par l'importance de leurs propres dcouvertes, qu'ils mritrent de partager la gloire de cet heureux gnie, et qu'ils firent donner la nouvelle thorie le nom de chimie franoise , sous lequel elle est adop- te aujourd'hui de toute l'Europe. Ce n'est pas sans combats qu'elle y est parvenue. Les partisans de l'ancienne doctrine recoururent mille ressources pour dfendre le phlogistique : les uns lui attriburent une pesanteur ngative; les autres le regardrent comme identique avec l'air inflammable. M. Kirwan, le plus habile de ceux qui soutinrent cette dernire modification de la thorie de Stahl, fut cependant si compltement 72 SCIENCES PHYSIQUES. rfut par les chimistes Franois, qu'il s'avoua vain- cu, et qu'il passa solennellement dans leur parti '. On peut dire, en effet, que les objections que la nouvelle thorie chimique excita dans son origine ont toutes t combattues avec succs : elles te- noient ou l'imperfection des expriences que Ton allguoit, ou quelque lment que l'on ngligeoit d'apprcier. C'est l'une ou l'autre de ces deux classes que l'on peut rapporter celles de Priestley % de Wiegleb, de Goettling. On en a fait nouvellement quelques autres, ti- res de la mtorologie ou des dcouvertes du gal- vanisme : c'est ici le lieu d'en dire un mot, et de faire voir qu'elles ne mritent pas vritablement le nom d'objections, mais qu'elles indiquent seule- ment des dveloppements ultrieurs dont la tho- rie est peut-tre susceptible, et auxquels on doit donner une grande attention. M. Deluc est celui qui a le plus insist sur les pre- mires. Il arrive trs souvent, quand on est sur des montagnes, qu'on voit natre des nuages des hau- ' Essai sur le phlogistique et sur la constitution des acides, traduit de l'anglois de M. Kirwan, avec des notes de MM. de Morveau, La- voisier, Delaplace,'Monge, Berthollet, et de Fourcroy ; Paris, 1788, I vol. in-8". ' Rflexions sur la doctrine du phlogistique et la dcomposition de l'eau, ouvrage traduit de l'anglois par P. A. Adet ; Paris, 1798, 1 vol ia-8'^; et plusieurs Mmoires particuliers. CHIMIE GENERALE. 7J teurs O Fhygromtre n'annonce point d'eau dis- soute ni suspendue, et o d'ailleurs il ne peut y avoir dair inflammable. D'o vient donc l'eau qui forme ces nuages, moins qu'elle n'ait fait partie intgrante des gaz qui composent l'atmosphre ' ? Les objections tires du galvanisme tiennent la dcomposition de l'eau par la pile de Vol ta , dcou- verte par MM. Ritter, Carlisle, et Nicholson. Deux fils mtalliques communiquant avec les deux bouts de la pile, et plongs dans de l'eau, en tirent conti- nuellement, ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'un de l'oxygne , l'autre de l'hydrogne , et cela mme quand ils plongent dans deux vases spars, pourvu que ceux-ci soient joints par une. fibre ani- male, le corps humain, ou tel autre conducteur. L'eau d'un vase semble devoir se changer tout en- tire en oxygne, celle de l'autre en hydrogne. Ces deux gaz ne seroient-ils donc pas chacun une com- binaison de l'eau avec l'un des principes lectriques excits par la pile? On rpond que, dans toutes les expriences , il y a de l'eau intermdiaire, et qu'elles s'expliquent par ce que nous avons dit ci-dessus, d'aprs M. Davy. Mme lorsque M. Ritter a obtenu de l'oxygne sans hydrogne, en mettant, d'un ct, ' Introduction la Physique terrestre par les fluides expansibles , prcde de deux Mmoires sur la nouvelle thorie chimique consi- dre sous diffrents points de vue; Paris, i8o3, 2 vol. in-8. 74 SCIENCES PHYSIQUES. de l'acide sulinique, il s'est prcipit du soufre; ce qui prouve que l'hydrogne de l'eau alloit enle- ver l'oxygne de l'acide. i est d'ailleurs vident que, si ces conjectures venoient se vrifier, la nouvelle thorie, loin d'tre renverse, auroit fait un pas de plus, et que, quelle que soit la composition de l'oxygne, il n'en renipliroit pas moins, dans les comhustions de tout genre, le rle que cette thorie lui assigne; mais il est vident aussi que l'on ne peut regarder ce nou- veau pas comme entirement fait, qu'autant que les propositions qui en rsulteroient seroient ta- blies sur des expriences aussi exactes et sur des conclusions aussi rigoureuses que celles des cra- teurs de la chimie franoise, et que des su ppositions tires des phnomnes de la science jusqu' prsent les plus obscurs , non seulement l'gard des points en question , mais encore par rapport toutes les circonstances qui peuvent les prcder, les accom- pagner ou les suivre, ne peuvent tre mises au mme rang que des faits circonstancis, faciles reproduire volont, et dont on mesure avec pr- cision tous les dtails. Nous devons en dire autant des dveloppements d'un autre genre que des savants trangers , et sur- tout des Allemands, ont cherch rcemment don- ner la thorie chimique. CHIMIE GNRALE. 76 M. Winter, professeur Pesth, en est le princi- pal auteur Ml se fonde d'abord sur un point incon- testable; c'est que Toxygne n'est pas le principe gnral de l'acidit, puisqu'on ne Fa point encore extrait de plusieurs acides, et que des combinaisons o il n'entre certainement point agissent la ma- nire des acides, ainsi que cela est reconnu de tout le monde pour l'hydrogne sulfur, tandis que plusieurs de celles o il entre, comme les oxydes mtalliques, se composent la manire des alcalis. Rangeant alors, d'un ct, avec les acides, toutes les substances qui agissent comme eux, et parmi lesquelles il compte jusqu'au soufre et la silice, et de l'autre, sous le nom de base, toutes celles sur lesquelles les acides ragissent, comme alcalis , ter- res, oxydes, etc. , il attribue les qualits respectives de ces deux ordres de corps deux principes qu'il nomme d'acide et de basicit, et dont la tendance mutuelle s'unir occasione, selon lui, toutes les combinaisons chimiques. Les corps sont tous ori- ginairement composs d'atomes semblables, et les caractres particuliers chacun dpendent de son degr d'adhrence au principe de basicit ou d'aci- ' Prolusiones in chemiam seculi Jecimi noni , auclore Fr. Jos. Wm- terl ; 1800, i vol. in-8. Matriaux d'une chimie du dix-neuvime sicle, en allemand, par OErstedt; Ratisbonne, i8o5. -Expos des quatre lments de la nature inorfjanique, en allemand, par Schuster; Berlin , 1806. 76 SCIENCES PHYSIQUES. dite; adhrence dont M. Winterl fait encore un troisime principe immatriel, qui peut se perdre, se reprendre, et se transmettre d'un corps l'autre. Une matire doue du principe d'adhrence, et qui ne demande que l'un des deux autres pour de- venir active, s'appelle un substrattim. Pour ne rien dire des difficults mtaphysiques qui rsulteroient de cette admission des principes immatriels, principalement de celle du dernier, qu'il est bien difficile de se reprsenter autrement que comme une relation, et pour nous en tenir au pur examen physique, il est clair qu'une simple ressemblance des quahts des corps nautoriseroit pas leur attribuer des principes communs. Aussi M. Winterl cherche-t-il prouver, par des exp- riences, l'existence de ceux qu'il tablit; il assure que si l'on fait sortir d'une combinaison par la sim- ple chaleur non rouge, soit lacide, soit la base, le premier n'en ressort pas aussi acide, ni la seconde aussi alcaline, ou, comme il s'exprime, aussi base qu'ils y sont entrs. C'est qu'une partie des deux principes s'toit dtache au moment de la combi- naison, pour produire la chaleur, qui se manifeste presque toujours lorsqu'on iniit un acide une base; et toute chaleur rsulte, selon lui, de l'union du principe de Facidit et de celui de la basicit. Cet affoiblissement n'est pas sensible, quand on CHIMIE GENERALE. 77 dcompose par un acide ou par une base , parceque la substance qui entre en combinaison cde le su- perflu de son principe celle qui s'en va. L'oxygne est lui-mme un acide, et 1 bydrogne une base, qui ont l'eau pour substratum commun : c'est--dire que i'eau acidifie, ou saisie, et, comme M. Winterl s'exprime, anime par le principe d'a- cidit, est de l'oxygne; et l'eau basifie, ou anime par le principe de basicit, de Fliydrogne. On ne s'tonne donc plus que ces deux gaz donnent de l'eau en brlant, et l'on devine dj que les deux lectricits contiennent les deux principes, ou plu- tt sont ces principes eux-mmes , et que c'est ainsi que la pile a l'air de dcomposer l'eau et les sels. Aussi faut-il avouer que M. Winterl avoit, en quel- que sorte, prvu ses effets chimiques, avant que MM. Ritter et Davy les eussent dcouverts. La diff- rence du galvanisme l'lectricit vient de la facult qu'a le premier de communiquer aux corps le prin- ciped'adhrence et deleur faire retenir par-l les deux principes actifs. Le maximum possible de chaleur nat del combustion de l'hydrogne par l'oxygne tir des oxydes au moyen de la chaleur, i'' parceque celui-ci est le plus acidifi possible, beaucoup plus que celui qu'on tire de l'air commun; 2 parceque les deux gaz sont entirement dsanims dans l'o- pration ; 3 parceque la diminution de capacit du. -jS SCIENCES PHYSIQUES. produit vient se joindre aux deux autres causes. Mais, comme la longue une runion complte de toutes les portions des deux seuls principes actifs rduiroit toute la matire son inertie naturelle, M. Winterl fait intervenir la lumire pour les spa- rer en certaines occasions et les rendre aux divers siibstratum dont elle les dgage aussi quelquefois. On entrevoit sans doute, dans ce court expos, qu en alliant ces vues avec les nouvelles lois de l'af- finit et avec celles des combinaisons de la chaleur, on doit arriver une explication assez plausible de la plupart des phnomnes chimiques, et mme que l'on pourroit en claircir quelques uns de ceux qui restent encore obscurs pour la thorie reue : cet avantage, et le rapport qu'on a cru apercevoir entre les deux principes actifs de M. Winterl et le systme mtaphysique du dualisme aujourd'hui fort en vogue dans rAllemagnc, ont donn du crdit en ce pays-l aux ides du chimiste hongrois. Mais le systme le plus sduisant, l'difice le plus ingnieux, ne peut subsister s'il n'est fond sur l'exprience. Tant que les pertes de force, que M. Winterl prtend causes aux acides et aux bases par leur simple passage l'tat de combinaison, n'auront pas t gnralement dmontres, ses deux principes ne pourront tre reconnus. Or M. Ber- thollet vient de rpter les principales expriences CHIMIE GNRALE. -79 sur lesquelles M. Winterl s'appuie pour tablir ce point capital, et il les a trouves fausses. Ce qui les rendoit suspectes d'avance c'est que quelques autres que M. Winterl a mises en avant sur des sujets plus particuliers n'ont galement pu encore tre vrifies par ceux qui les ont tentes et spcialement par MM. Guyton de Morveau et Bucholz '. Nous voulons sur-tout parler de Vandronia et de la t/ieljka, deux substances auxquelles M. Winterl fait jouer un grand rle dans les pbnomnes par- ticuliers, et qu'il ne parot pas qu'on ait pu repro- duire en suivant des procds qu'il indique. Nouvelle nomenclature chimique. Pour reprendre le fil de l'histoire de la chimie, nous dirons que l'un des moyens qui ont le plus puissamment contribu faciliter l'enseignement de la science en gnral, et prparer l'adoption universelle de la thorie nouvelle, c'est la nomen- clature cre par une socit de chimistes franois dont nous avons parl plus haut. Les termes de la chimie se ressentoient encore, la fin du dix-huitime sicle, des temps dplo- rables o cette science a commenc natre; plu- sieurs toient entirement barbares ; la plupart ' Annales de Chimie de 1807. 8o SCIENCES PHYSIQUES. coiiservoient cet air mystique ou merveilleux qui leur avoit t donn par des charlatans ; presque aucun n avoit le moindre rapport d'tymologie avec Fobjet qu'il dsi^noit, ni avec les noms des objets analogues: si quelque chose en justifioit Fusage, c etoit Timpossibilit de faire mieux , tant qu'on n'avoit point d'ide nette de la composition de la plupart des substances. Donner aux lments des noms simples ; en d- river, pour les combinaisons , des noms qui expri- massent l'espce et la proportion des lments qui les constituent, c'toit offrir d'avance l'esprit le tableau abrg des rsultats de la science, c'toit fournir la mmoire le moyen de rappeler par les noms la nature mme des objets. C'est ce que M. Guyton de Morveau proposa le premier ds 1-781, et ce qui fut compltement excut par lui et par ses collgues en i -y 8 7 ' . Il falloit s'attendre que la plupart des anciens chimistes ne se rsoudroient qu' regret tudier un systme entier de dnominations nouvelles ; mais il falloit esprer que les jeunes gens se trou- veroient heureux de recevoir une instruction sim- plifie par la fusion des noms et des dfinitions. La ' Mthode de nomenclature chimique propose par MM. de Mor- veau, Lavoisier, Berthollet, et de Fourcroy ; Paris, 1787, i volume in-8. CHIMIE GNRALE. 8l nouvelle nomenclature n'est en effet que cela : il seroit ridicule de vouloir en faire un instrument de dcouvertes, puisqu'elle n'est que l'expression des dcouvertes faites; mais il est juste de voir en elle un excellent instrument d'enseignement. Sans doute elle ne peut , comme toute dfinition, rendre que ce que l'on savoit l'poque o on l'a faite : ainsi les acides dont on ignore le radical, ceux dont on n'a point dtermin le degr d'oxygnation, n'y portent encore que des noms provisoires; peut-tre aussi auroit-on d donner l'acide nitrique son vritable nom, puisqu'on savoit ds -lors de quoi il est form; l'ammoniaque ne devoit pas non plus y porter un nom simple, ds que l'on connoissoit sa composition. Mais une partie de ces dfauts tient l'tat de la science ; les autres peuvent aisment tre corrigs , et ils notent rien l'utilit de la nomenclature m- thodique ni au mrite de ses inventeurs. On se tromperoit cependant si l'on attribuoit en- tirement la nouvelle nomenclature, ou mme la nouvelle thorie de la combustion, l'tat brillant o la chimie est arrive de nos jours. Il en est une cause encore plus essentielle, la- quelle mme on doit, proprement parler, et cette thorie nouvelle , et les dcouvertes qui l'ont fait natre, aussi bien que celles qui l'ont suivie. Nous nOFFON. COMPLEM. T. I. 82 SCIENCES PHYSIQUES. l'avons dj indique en gnral; mais il est bon d'en parler encore dans cette occasion o son im- portance est si frappante. C'est l'esprit mathma- tique qui s'est introduit dans la science, et la ri- goureuse prcision qu'on a porte dans l'examen de toutes ses oprations. Bergman en avoit donn l'exemple dans ses m- thodes d'analyse minrale ; Priestley s'y toit fort at- tach dans ses expriences sur les airs ; M. Gavendish sur-tout, que nous avons dj nomm tant de fois, avoit procd constamment en gomtre profond, autant qu'en chimiste ingnieux. Les nouveaux chimistes franois se sont plus rigoureusement encore astreints cette marche svre qui pouvoit seule donner leur doctrine le caractre de la dmonstration; et c'est sur -tout dans cette partie qu'ils ont eu se louer du con- cours de quelques uns de nos gomtres les plus distingus, et que Ton a pu juger de l'heureux effet de cette association des divers genres d'tudes. Nous avons dj parl du calorimtre imagin par Lavoisier et par M. Delaplace. Le gazomtre d aux recherches de Lavoisier et de Meunier n'est pas moins important. Dj auparavant l'appareil pneumato- chimique de Mayow, de Haies et dv. Priestley, et l'appareil de Woulf pour la spara- tion des diffrents gaz, avoient rendu les plus CHIMIE GNRALE. 83 [i^rands services : ce dernier a t depuis extrme- ment perfectionn par M. Welther. C'est dans le Trait lmentaire de Lavoisier ' que l'Europe vit pour la premire fois avec tonnement le systme entier de la nouvelle ch imie, et cette belle runion d'instrumentsingfnieux, d'expriences pr- cises, et d'explications heureuses, prsentes avec une clart et dans un enchanement qui n'toient gure moins admirables que leur dcouverte. Ce livre ayant paru prcisment en 1789, on peut dire que tous les travaux de chimie particu- lire dont nous avons maintenant rendre compte se sont excuts sous son influence; et c'est le point de dpart le plus convenable que nous puissions choisir, puisqu'il fait vritablement l'une des plus grandes poques de l'histoire des sciences. CHIMIE PARTICULIERE. Nouveaux lments mtalliques. Nous sommes loin aujourd'hui de la doctrine bizarre des anciens, qui prtendoient composer tous les corps avec quatre lments ou modifica- ' Trait lmentaire de Chimie, prsent dans un ordre nouveau, et d'aprs les dcouvertes modernes, par M. Lavoisier; Paris, 1789, 2 vol. in-8. C. 84 SCIENCES PHYSIQUES. lions primitives de la matire : celle des chimistes du moyen ge, avec leurs terres, leurs soufres, leurs sels, et leurs mercures, s'est croule aussi devant l'exprience et une saine logique. Tout ce que nous ne pouvons dcomposer est un lment pour nous; et chaque fois que nous rencontrons une nouvelle matire rebelle notre analvse, nous nous croyons en droit de l'inscrire sur la liste des substances simples, bien entendu que nous ne les considrons comme telles que relativement l'tat actuel de nos connoissanccs. Ces substances non encore dcomposes vont aujourd'hui prs de cinquante , et les mtaux de toute espce y occu- pent un rang considrable. Les anciens, comme on sait, n'en possdoient que sept; et l'identit de ce nombre avec celui de leurs plantes et avec celui des notes de la gamme et des couleurs de l'iris , avoit donn lieu une foule d'ides superstitieuses ou ridicules. On d- couvrit, pendant le moyen ge, quelques demi- mtaux, l'antimoine, le bismuth, le zinc, le cobalt, le nickel', dont les noms tudesques attestent en- core aujourd'hui l'origine. Les chimistes de l'cole Je Stahl constatrent la nature mtallique et parti- culire des deux derniers, ainsi que celle de l'arse- ' Dcouvert depuis long- temps, mais reconnu pour un mtal particulier, en 1762, par Cronstedt. CHIMIE PARTICULIRE. 8!) nie, du molybdne ', du tungstne % et du man- ganse^. Leurs longues recherches parvinrent purifier le platine, et nous montrer en lui un nouveau mtal noble, le plus pesant et le plus inaltrable de tous. On comptoit donc en 1789 dix-sept mtaux, soit cassants, soit ductiles: ds cette anne M. Kla- proth en dcouvrit un dix-huitime, Turane^. Il y en ajouta, en 1795, un dix -neuvime, le titane, que M. Gregor avoit souponn dans une substance du pays de Gornouailles. et qui s'est re- trouv dans une foule de minraux. Son oxyde com- j^ose seul ce que l'on nommoit sc/iorl rouge et scliorl octadre. Muller, Bergman, et Kirwan avoient aussi soup- onn un mtal dans quelques mines d'or de Hon- grie; M. Klaproth l'y a dmontr en 1798, et Ta nomm tellure^. M. Vauquelin a fait en ce genre, en 1797, une ' Scheele en dtermina l'acide en 1778; Hielm, disciple de Berg- man, le mtal. ^ L'acide en fut reconnu par Scheele en 1781 ; Bergman saupon- noit sa nature mtallique; JVOI. d'Elhuyar l'ont rduit les premiers. ^ Gahn l'a rduit le premier ; Bergman et Scheele en souponnoicnt la nature. ^^ Annales de Chimie, t. IV, p. 162. ' Annales de Chimie, t, XXV, p. 278; mmoire lu l'Acadmie de Berlin le 25 janvier 1798. 86 SCIENCES PHYSIQUES. dcouverte qui efface, pour ainsi dire, toutes les autres par le rle brillant que son mtal joue dans la nature, et par son utilit dans les arts: c'est le chrome. Son oxyde est d'un beau vert, et son acide d'un beau rouge; il sert de minralisateur au plomb rouge de Sibrie, et de principe colorant l'nie- raude et au rubis. Il y en a en abondance de com- bin avec du fer, et on le retrouve jusque dans les pierres mtoriques. La porcelaine, pour laquelle on n avoit point jusqu'ici de vert qui pt soutenir le grand feu, en reoit un de l'oxyde du chrome, aussi beau dans son genre que le bleu qu'elle tire du cobalt; on s'en sert pour imiter parfaitement la couleur des meraudes; et l'acide du chrome, combin avec le plomb, donne un rouge inalt- rable aussi beau que le minium '. Les travaux presque simultans de MM. Four- croy, Vauquelin, Descotils, Wollaston, et Smith- son-Tennant, viennent de mettre au jour (en 1 8o5 et 1 806) quatre mtaux distincts et trs remarqua- bles, qui se trouvent mlangs avec le platine brut. L'un d'eux, le palladium, ressemble l'argent par l'clat, la couleur, et la ductilit; mais il est plus pesant et plus inaltrable : un autre, \osmium, a la proprit singulire de se dissoudre dans l'eau , de ' Annales de Chimie, t. XXV, p. 21; mmoire lu l'Institut le 11 brumaire au 6. CHIMIE PARTICULIRE. 87 lui donner une saveur et une odeur fortes, et de s'lever avec elle en vapeurs; le troisime, Yiridium, est remarquable par les couleurs vives qu'il com- munique ses dissolutions; le quatrime enfin, le rhodium, les colore toutes en rose '. Cette dcouverte presque subite de quatre sub- stances mtalliques dans un minral o on les souponnoit si peu, et o elles sont accompag^nes de sept autres dj connues, peut faire croire qu'il en reste encore beaucoup distinguer dans la na- ture: une foule de diffrences pbysiques des min- raux exigent en quelque sorte, pour tre expliques, que l'on y dcouvre de nouveaux principes. Dj M. Hatchett a retir, en 1802, d'un mi- nerai des tats-Unis, un mtal particulier qu'il a nomm columbiiim. MM. Hisinger et Berzelius eu ont trouv un autre, le cerium, dans un minerai de Sude^; et M. Ekeberg un troisime en 1801, le tantale, dans deux minerais du mme pays ^. Mais ces trois mtaux ont des proprits moins saillantes que les prcdents; et l'on annonce que le tantale n'est qu'une combinaison de letain. La liste des substances mtalliques iroit donc ' Bulletin des Sciences, floral et fructidor an 11, germinal et fructidor an 12, et vende'miaire an i3. ^ Journal de Physique, t. LIV, pages 85, 1G8, 36i. ^ Journal de Physique, t. LV, [)ages 238 et 281. 88 SCIENCES PHYSIQUES. aujourd'hui vingt-huit, ou vingt-sept en retran- chant le tantale. Nouveaux lments terreux. Celle des lments terreux n'est pas aussi consi- drable. Les anciens et les chimistes du moyen ge n'en admettoient qu'une seule espce, qu'ils dsi- gnoient par les noms vagues de terre et de caput iortuum. C'est dans l'cole de Stahl seulement qu'on a commenc distinguer la terre calcaire, la sili- ceuse, et l'argileuse; encore beaucoup de minra- logistes les regardoient-ils en ce temps-l comme des modifications d'une substance commune. Les travaux de Black et de Margraf y ajoutrent la magnsie; et ceux de Scheele et de Gahn, la ba- ryte ou terre pesante. Ainsi l'on connoissoit cinq terres en 1^89. M. Klaproth se prsente encore le premier parmi ceux qui ont augment cette liste. Il dcouvrit la zircone en i 7 89 dans la pierre dite jargon de Cejlan\ et la retrouva ensuite dans une varit d'hyacinthe. M. deMorveau prouva qu'elle entre essentiellement dans toutes les vritables gemmes de ce noni\ ' Mmoires de la Socit des amis scrutateurs de !a nature, de Berlin. ' Annales de Chimie, t. XXI, p, 72. CHIMIE PARTICULIRE. 89 M. Klaproth distingua en 1793 la strontiane, que l'on avoit confondue jusqu' lui avec la baryte. M. Fourcroy a fait voir que l'une et l'autre jouissent minemment des proprits alcalines'. M. Vauquelin se montra aussi bientt un digne mule de M. Klaproth dans ce genre de recherches, en dcouvrant en 1798 la glucine, qui fait la base du beril et de l'meraude : son nom vient de la sa- veur sucre des sels qu'elle forme avec les acides^. Enfin M. Gadolin a reconnu encore en 1794 7 dans une pierre de Sude, une terre particulire qu'il a nomme jifn'a. x\insi la chimie possde aujourd'hui neuf terres distinctes qu'il n'a pas t possible de convertir les unes dans les autres^ et dont aucune n'a pu tre rduite l'tat mtallique, quoi que l'on ait fait pour cela, et malgr la ressemblance frappante qu'a la baryte avec les oxydes ; il faut donc les con- server dans la liste des substances simples pour nos instruments. L'heureuse dtermination des principes de l'al- cali volatil par M. Berthollet pouvoit faire esprer que l'on parviendroit dcomposer galement les deux alcalis fixes; mais toutes les tentatives faites ' Journal de Physique, t. XLV, p. 56. ^ Analyse de l'aiguemarine, etc., lue l'Institut le 26 pluvise an 6 ; Annales de Chimie, t. XXVI, p. 1 55. go SCIENCES PHYSIQUES. jusqu' prsent pour cela ont t vaines, et Ton doit aussi les laisser dans la liste des lments ^ Les chimistes dvoient de mme tre encoura- ntes, par la dcouverte du radical de l'acide nitri- que, la recherche de ceux des trois autres acides minraux non dcomposs, savoir, du fluorique, du boracique, et du muriatique: mais ils n'y ont pas eu plus de succs que dans l'analyse des alcalis fixes; et si Ton ne place pas galement ces acides dans la srie des principes lmentaires, c'est que l'analogie n'a gure permis jusqu' prsent de dou- ter qu'ils ne soient, comme les autres, forms de la combinaison d'un radical quelconque avec l'oxy- gne. Nouveaux acides. On a t plus heureux dcouvrir des acides nouveaux; l'cole de Stabl en avoit dj obtenu plusieurs \ On sait en effet que l'acide sulfurique, le ni- trique, et le muriatique, toient seuls connus des ' Nous avons dja remarqu que les expriences de M. Davy n'- toient pas connues lors de la rdaction de ce rapport : au reste on est encore en doute si le produit d'apparence mtallique qu'elles don- nent rsulte de la dcomposition des alcalis, ou de leur combinaison avec le charbon. * Voyez en gnral l'excellent article Acide, dans V Encyclopdie mthodique , par M. de Morveau; et les chapitres sur le mme sujet, dans les Systmes de Chimie de M. Fourcroy et de M. Thomson. CHIMIE PARTICULIRE. 9I chimistes du moyen ge : le sulfureux fut distin- j]u par Stalil lui-mme; le boracique, par Hom- Ler(}; le phosphorique, par Margraf ; le carbonique, par Black, Cavendish, et Bergman; le fluorique, par Scheele. Ce dernier fit connotre deux acides base m- tallique, ceux du molybdne et du tungstne, et claircit la nature de celui de Faisenic. Ce mme Scheele, dont les dcouvertes en ont tant prpar ses successeurs, ayant oxygn, ou, comme on sexprimoitalors, dphlogistiqu Facide muriatique, produisit Facide muriatique oxygn, dont les proprits tonnantes ont t pour les chi- mistes une source si fconde de vrits nouvelles, qui tiennent presque toutes la facilit avec laquelle cet acide abandonne son oxygne surabondant. La priode dont nous avons rendre compte n'a fourni que deux nouveaux acides base mtalli- que; le chromique, trouv en mme temps que le chrome par M. Vauquelin , et le columbique , par M. Hatchett: on n'y a reconnu aucun acide nou- veau qui soit indcomposable; mais les acides bases compliques, binaires, ou ternaires, se sont multiplis davantage, soit qu'on les ait dcouverts dj tout forms dans les vgtaux ou dans les ani- maux, soit qu'on les y ait produits par l'oxygnation. Les anciens possdoient au fond presque tous les 92 SCIENCES PHYSIQUES. acides animaux et vgtaux naturels, tels que celui du vinaigre, celui du citron, et celui du sel d'o- seille; mais ils toient loin de les distinguer nette- ment, et plus loin encore d'avoir des ides justes de leur composition. Bergman^ fit faire un grand pas leur thorie, et mme toute la chimie des corps organiss , en montrant qu'il toit possible d'en prparer artifi- ciellement. En traitant le sucre par l'acide nitri- que, il obtint un acide vgtal, que Scheele re- connut pour le mme que celui du sel d'oseille. Scheele en produisit son tour un nouveau , en traitant de la mme manire le sucre de lait; c'est l'acide saccolactique ou muqueux. Ce mme chi- miste enseigna obtenir purs les acides du ben- join et du tartre, que Ion connoissoit depuis long- temps^; il dcouvrit la nature acide du calcul de la vessie et celle du principe astringent de la noix de galle. Hermstaedt^ caractrisa l'acide des pom- mes, qui s'est retrouv dans presque tous les fruits rouges, et que M. Vauquelin a montr fabriquer, en traitant les gommes par facide nitrique. Kose- ' Voyez en gnral les Opuscules physiques et chimiques de Berg- man : il y en a une traduction par M. de Morveau; Dijon, 1780, 2 vol. in~8. ^ Voyez le Journal de Physique, 1783, t. I, pages 67 et 170. ^ Journal de Physique, t. XXXII, p. 5"]. CHIMIE PAKTICULIRE. ()3 garten' fit connotre celui qu on retire de l'oxyg- nation du camphre. Georgii et Bergman dter- minrent les proprits distinctives de celui des citrons. On s'est assur en gnral que presque toutes les matires vgtales et mme animales peuvent s'acidifier par divers procds d'oxygna- tion: ainsi les matires animales donnent, par l'a- cide nitrique, des acides en tout semblables ceux des pommes et de l'oseille. L'acide du vinaigre sur-tout se forme dans toutes les matires vineuses exposes l'air , et dans une multitude d'autres oprations naturelles ou artifi- cielles, dont M. Fourcroy a, e premier, bien sp- cifi les effets. On le supposoit susceptible de divers degrs d'oxygnation, et on luidonnoit, d'aprs les rgies de la nouvelle nomenclature, tantt le nom d'acide actique, tantt celui d'acide acteux: M. Adet a montr rcemment qu'il n y a que divers degrs de concentration ^ Cet acide actique, en se mlant diverses sub- stances, se montre sous des apparences qui l'ont quelquefois fait prendre pour des acides particu- liers. Par exemple ceux qu'on obtient eu distillant le bois et les gommes avoient requ les noms de ' Journal de Physique, t. XXXV, p. 291. * Annales de Chimie, t. XXVI, p. 291; lu l'Institut le ii ther- midor an 6. 94 SCIENCES PHYSIQUES. pyroligneux et de pyromuqueux : MM. Fourcroy et Vauquelin ont fait voir qu'ils ne consistent qu'en acide actique, altr par une portion d'huile em- pyreumatique qui s'lve avec lui. L'acide que Scheele pensoit avoir trouv dans le petit-lait n'est encore, suivant ces chimistes clbres, que de l'a- cide actique ml la partie caseuse du lait\ On croyoit galement obtenir un acide particu- lier en distillant le suif. M. Thenard a montr que c'est de l'actique ml de graisse ^ Il y a aussi des combinaisons de deux acides que l'on jugeoit former des espces simples, et dont les lments ont t dmls par des recherches r- centes. L'acide des fourm is , par exemple , ne s'est trouv , selon MM. Fourcroy et Vauquelin, qu'un mlange d'acide phosphorique, de malique et d'actique^. Ces chimistes souponnent qu'il en est de mme de celui des vers--soie. Il ne reste donc des anciens acides animaux que celui du calcul de la vessie, auquel M. Fourcroy a donn le nom d'urique , et l'acide prussique, qui se prpare artificiellement, et qui estsiutile la chimie pour reconnotredans ses analyses lesmoindres par- ' Bulletin des Sciences, vendmiaire an 9. ^ Ibid., prairial an 9. ^ Annales du Muse'um d'histoire naturelle, t. I, p. 333. CHIMIE PARTICULIRE. gS celles de fer, et aux arts, comme l'un des ing^rdients du bleu de Prusse. Scheele est encore celui qui en a reconnu le premier la nature acide. Il a t trouv tout form dans les amandes amres, et M. Ber- thollet a russi le suroxygner. Dans ce dernier tat il est plus volatil et colore le fer en vert. Mais la priode actuelle a produit six nouveaux acides base compose, dont quatre ont t retirs des corps organiss, et les deux autres fabriqus de toutes pices. Les naturels sont celui que M. Klaproth a retir de Vhonigstein ou pierre de miel * (il y toit combin avec de laluniineet du charbon), celui que le mme chimiste a trouv dans la sve du mrier blanc, celui qui a t extrait du quinquina par M. Deschamps, enfin celui que MM. Vauquelin et Buniva ont d- couvert dans les eaux de lamnios des vaches. Des deux artificiels, Tun (le subrique) a t pr- par en traitant le lige par Tacide nitrique. C'est M. Brugnatelli qui en est l'auteur. M. Bouillon-La- grange en a tudi les combinaisons. L'autre se produit en distillant le suif. M. The- nard, qui avoit rfut l'existence de l'ancien acide sbacique, en a transport le nom celui-ci, qu'il a dcouvert, et qui est plus rel. Il ne faut pas voir, dans toutes ces dcouvertes, ' Jonrnal de Physique, novembre 1791. 96 SCIENCES PHYSIQUES. seulement la possession de quelques principes de plus ou de moins : il n'est aucune de ces substances dont la chimie ne puisse tirer parti dans ses analyses en les employant comme ractifs. Ainsi l'acide gal- lique fait reconnotre les mtaux ; lacide oxalique , la chaux; l'acide succinique spare le fer du man- ganse, etc. Gomme parties constituantes des corps, leur connoissance est indispensable l'histoire na- turelle; enfin les arts utiles profitent de quelques unes. Mais l'utilit thorique la plus immdiate de cette liste des principes chimiques c'est de nous donner des ides plus tendues sur la multitude des combinaisons possibles. Il est ais de sentir, en effet, que les cinq com- bustibles non mtalliques, les vingt-huit mtaux, leurs oxydes des divers degrs, les neuf terres, les trois alcalis et les acides de toute espce, runis deux deux seulement, donneroient dj plusieurs cen- taines et mme plusieurs milliers de combinaisons, dont un grand nombre existe rellement dans la nature, et dont un nombre plus considrable en- core peut tre ralis par les moyens de l'art. Elles sont autant d'objets d'tude pour les chi- mistes : plusieurs toient connues depuis long- temps; d'autres n'ont t bien observes que dans la priode actuelle, et il en reste beaucoup encore soumettre l'examen. CHIMIE PARTICULIRE. 9*7 Un expos complet de ce qui a t fait en ce genre depuis 1789 seroit infini; bornons-nous aux rsul- tats les plus utiles, ou ceux qui rpandent une lumire plus gnrale. La seule dtermination des quantits respectives de lacide et de la base dans les diffrents sels a t l'objet de recherches trs longues, parcequelle se complique de la dtermination de la portion d'eau , toujours plus ou moins forte dans les acides liqui- des, et de cette autre portion qui entre ncessaire- ment dans tous les cristaux salins. Kirwan s'en est fort occup'; MM. Bucholz, Wensel et Vauquelin ont beaucoup ajout ses re- cherches : mais il s'en faut encore que les rsultats de ces chimistes soient uniformes. L'une des plus utiles de leurs dcouvertes en ce genre a t celle de la composition de l'alun. MM. Vauquelin, Ghaptal et Descroisilles ont trouv presque simultanmentquela potasse est ncessaire la composition de ce sel^. M. Vauquelin, en particulier, a fait une autre d- couverte qui n'est pas moins importante: c'est qu'il n'y a de diffrence entre l'alun de Rome et l'alun or- ' De ia force des acides et de la proportion des substances qui composent les sels neutres ; ouvrage traduit de l'anglois de M. Kirwan , par madame L. Voyez aussi, sur tous les sels, le Systme des connois- sances chimiques de M. Fourcroy, et la Chimie de M. Thomson. " Annales de Chimie, t. XXII, p. 268; t. L, p. i54- 1!UI>'0N. COMPLM. T. l. 7 98 SCIENCES PHYSIQUES. dinaire qu'un peu plus de fer dans celui-ci. On a fait l'application de cette dcouverte en grand la teinture, et la France a t dlivre par-l d'un im- pt considrable qu'elle payoit l'tranger. L'alun est donc un sel triple, puisque sa base est double. La chimie en possde encore quelques au- tres : on doit remarquer dans ce genre divers sels base d'ammoniaque et de magnsie, sur lesquels M. Fourcroy a beaucoup travaill'. La difficult de ces sortes d'analyses augmente quand il s'agit des sels mtalliques, et qu'il faut estimer quel degr d'oxydation le mtal s'est uni l'acide. Parmi les recherches de ce genre on doit citer principalement l'histoire des sels de mercure, que M. Fourcroy a commence en i -79 1 , et qu'il a ter- mine presque compltement en 1 804, avec M. The- nard^. M. Proust, chimiste franois, tabli en Es- pagne, a fait des travaux analogues sur les sels de fer et de cuivre, principalement sur les sulfates divers degrs d'oxydation^. M. Thenard s'est aussi occup des sulfates de fer4. ' Annales de Chimie, t. IV, p. 210. " Ibid., t. X, p. 29^; t. XIV, p. 34; Bulletin des Sciences, bru- maire an 1 1 . ^ Annales de Chimie, t. XXXII, p. 26. * Bulletin des Sciences, thermidor an 12. CHIMIE PARTICULIRE. 99 M. Ghenevix a travaill sur les arseniates de cuivre, de plomb, sur les muriates d'argent, et a dcouvert le muriate suroxygn de ce dernier m- tal '. Les muriates d'argent ont aussi t tudis par MM. Proust et Klaproth. Mais, parmi les sels mtalliques nouvellement connus, on doit minemment distinguer le phos- phate de cobalt, dont M. Thenard a dcouvert la prparation, et qui, combin avec de l'alumine, remplace, peu de chose prs, l'outremer en pein- ture \ Le plomb, combin avec l'acide du chrome d- couvert par M. Vauquelin, donne, ainsi que nous l'avons dit, un rouge clatant qui ne noircit point comme le minium : on en prpare aujourd'hui une quantit immense. La dcomposition des sels est aussi quelquefois d'une trs grande utilit. Ainsi l'art de retirer la soude du sel marin est de premire importance pour tous les arts qui em- ploient cet alcali, et spcialement pour les savon- neries et pour les verreries; mais il n'en a pas moins pour la chimie gnrale, parcequ'il a t la premire exception reconnue aux lois anciennement tablies pour les affinits, et qu'il a peut-tre occasion la ' Journal de Physique, t. LV, p. 85. Bulletin des Sciences, brumaire an 12. lOO SCIENCES PHYSIQUES. plupart des nouvelles ides de M. Berthollet sur ce .o^rand sujet. Scheele a encore ici fourni le premier germe et de l'art et de la doctrine, en remarquant que d'un mlange de sel marin et de chaux vive lgrement humect et plac dans une cave, il effleurit conti- nuellement du carbonate de soude , quoique" la chaux n'ait pas par elle-mme le pouvoir d'enlever l'acide muriatique la soude. Mais la nature opre cette dcomposition en grand dans les plantes du bord de la mer, dans beaucoup de vieux murs des pays chauds, et de la manire la plus marque dans les fameux lacs de natron de Fgypte, o elle n'a point de chaux vive, mais seulement du carbonate de chaux'. L thorie de M. Berthollet explique seule ces ano- malies apparentes. M. de Morveau est celui qui a le plus contribu tirer de ces expriences des procds usuels ; ils ont un tel succs que, sans l'impt sur le sel, on se passeroit de la soude d'Alicante pour nos manufac- tures. Les oxydes isols prsentent encore leurs diffi- cults. MM. Berthollet pre et fds ont fait voir qu'ils entranent souvent quelques portions d'acide qui les modifient; tel est l'oxyde blanc de plomb; c'est ' Journal de Physique, t. L, p. 5. CHIMIE PARTICULIRE. lOI seulement par un peu d'acide carbonique qu'il dif- fre du jaune. D'autres changements de couleur sont attribus l'eau par M. Proust'. Il y en a qui sont dus diverses proportions d'oxygne, et l'on en a reconnu plusieurs de ce genre. M. Proust a dcrit un oxyde puce de plomb, un jaune de cuivre; M. Thenard, un blanc de fer, un noir et un vert de cobalt^. L'oxyde puce de plomb contient tant d'oxygne , qu'il brle les corps combustibles que Ton broie avec lui. Cette diversit de proportion ne change pas tou- jours la couleur. Il y a trois oxydes d'antimoine, se- lon M. Thenard^, et deux d'tain, selon Pelletier, tous galement blancs. Les oxydes et les acides se combinent quelquefois des substances combustibles non mtalliques. Pelletier a montr que la prparation d'tain qu'on appelle or mussif est une combinaison de l'oxyde de ce mtal avec le soufre^. M. Berthollet fils a travaill sur une combinaison intressante de ce genre, que M. Thomson avoit ' Journal de Physique, t. LXV, p. 80. /Vi^ - ' * C >^ * Nouveau Bulletin des Sciences, fvrier 1808. /c^C^ C^^' ^^ ^ \ ^ Annales de Chimie, t. XXXII, p. 257. A'>>r ^ *> <5'-i. * IbiiL, t. XIII, p. 280. !> 1 ' L I T I02 SCIENCES PHYSIQUES. dcouverte; c'est le soufre uni de l'acide muria- tique et de Foxygne ' . Les oxydes mtalliques n'offrent gure de com- binaisons plus curieuses que celles que l'on nomme vul(]fairement poudres fulminantes. On ne connoissoit autrefois que celle d'or: c'est de l'oxyde d'or ml d'ammoniaque. M. Berthollet en a donn la thorie; il a form d'une manire sem- blable un argent fulminant. On a aujourd'hui trois sortes de mercure fulminant : l'un de Bayen , com- pos d'oxyde rouge de mercure et de soufre^; le second, de MM. Fourcroy et Thenard, form du mme oxyde et d'ammoniaque, c'est--dire sur les mmes principes que For et l'argent fidminants ; le troisime, de M. Howard, qui joint Foxyde de mer- cure de l'ammoniaque et une matire vgtale^. La plus terrible des poudres fulminantes est celle qu'a dcouverte M. Chenevix, et qui rsulte de Funion du soufre avec le muriate suroxygn d'ar- gent^. MM. Fourcroy et Vauquelin ont remarqu que beaucoup de muriates suroxygns, joints quel- que matire combustible, fulminent parle choc^ ' Socit d'Arcueil, t. I, p. 16 1. ^ Opuscules chimiques de Pierre Bayen; Paris, an 6, 2 vol. in-8'*. ^ Bulletin des Sciences, brumaire an 10. " Journal de Physique, t. LV, p. 85. * Annales de Chimie, t. XXI, p. 236. CHIMIE PARTICULIRE. Io3 La poudre canon , cette composition chimique qui a exerc une influence si notable sur la civili- sation, n'est au fond qu'une combinaison analof][ue aux prcdentes. L'acide nitrique retient tant de calorique avec son oxygne qu'on peut le compa- rer, beaucoup d'gards, l'acide muriatique sur- oxygn; mais celui-ci produit des effets beaucoup plus violents: l'essai d'une nouvelle poudre o l'on vouloit le faire entrer a occasion une explosion funeste plusieurs personnes. Les diverses substances combustibles peuvent aussi se runir sans tre oxydes et sans l'intermde d'aucun acide: quand il n yaque des mtaux dans le mlange, on l'appelle alliage, et l'opration qui les isole se nomme dpari. Depuis long-temps lintrt a perfectionn ce genre de travail pour les mtaux prcieux; la rvolution en a occasion une extension particulire, quand il a fallu sparer le cuivre et l'tait! mls dans les cloches. M. Fourcroy en a le premier indiqu le vritable moyen ', qui consiste oxyder une portion de l'alliage et la mler avec une autre portion non oxyde : l'oxyde de cuivre de la premire portion donne tout son oxygne l'tain de la seconde, et la fusion livre le cuivre pur. C'est ce procd qu'on a employ en ajoutant un peu de sel pour faciliter l'oxydation. On perdoit les scories; ' Annales de Chimie, t. IX, p. 365; t. X, p. 1 55; t. XXII, p. i. Io4 SCIENCES PHYSIQUES. mais MM. Lecourt et Amfry ont trouv moyen de les rduire et d'en retirer encore Ftain par des .grillages rpts. Des substances combustibles non mtalliques peuvent aussi s'unir aux mtaux. Un peu de cbar- bon, par exemple, combin avec le fer, donne l'a- cier, cette substance si utile dans tous les arts; connue et fabrique depuis long -temps, ce n'est que depuis peu que sa variable nature a t plei- nement claircie. Bergman Fa indique le premier; MM. BertboUet, Monge, et Vandermonde, Font d- montre en dtail dans un travail digne de servir de modle^; et M. Vauqueiin Fa confirme par ses analyses. Feu Glouet avoit indiqu un moyen sim- ple de fabriquer immdiatement l'acier fondu avec du fer doux^: quelques difficults de pratique en ont retard l'adoption; mais ces entraves ne peu- vent manquer d'tre dtruites, et la France exercera bientt ce genre d'industrie jusqu' prsent r- serv l'Angleterre. Nous en avons dj conquis un autre dans cette classe de combinaisons; beaucoup de cbarbon et peu de fer donnent la plombagine, ou le crayon vulgairement appel mute de plomb. L'Angleterre Avis aux ouvriers en fer, publie par ordre du comit de salut public au commencement de l'an 2 ; Annales de Chimie, t. XIX, p. 1. ^ Annales de Chimie, t. XXVIII, p. 19. CHIMIE PARTICULIRE. Io5 seule en possdoitde belle, qu'elle retiroit des en- trailles de la terre ; etlescrayons anglois se vend oient chrement dans toute l'Europe. La chimie nous a appris en prparer d'artificiels qui ne leur cdent point. Les crayons de Cont fournissent aux arts du dessin un instrument commode et peu coteux, et notre patrie une branche intressante de com- merce ^ . On n'a russi encore combiner aucun des autres mtaux avec le charbon d'une manire utile, quoi- que l'on ait la preuve que l'tain en absorbe dans di- verses oprations , et devient par-l dur et cassant^. Quant au phosphore, Pelletier l'a uni divers mtaux , mais sans rien obtenir d'important ni d\i- tiie ; seulement on facilite ainsi la fusion , comme on le fait aussi par l'intermde du soufre^. L'union de ce dernier avec les mtaux est connue depuis des sicles, et s'observe en abondance dans la nature et dans les arts ; il y a cependant aussi , cet gard, des remarques nouvelles et importantes. L'thiops et le cinabre sont des sulfures de mercure qui ne diffrent Tun de l'autre, selon MM. Four- croy et Thenard , que par la proportion du soufre. ' Annales de Chimie, t. XX, p. Sjo. ^ M. Descotils vient de s'assurer que le carbone s'unit au platine, et produit avec lui un compos fusible qui peut avoir son utilit dans les arts. ^ Annales de Chimie, t. XIII, p. loi. Io6 SCIENCES PHYSIQUES. M. Tlienard a prouv la mme chose pour les sul- fures jaunes et rouges d'arsenic, nomms orpiment et ralcjar: on croyoit auparavant que le mtal toit oxyd, et que la proportion de loxygne influoit sur la couleur. Le soufre se combine galement avec les alcalis, et donne ce que l'on nomme vulgairement /o/e de soufre, prparation trs anciennement connue et sur laquelle on n'a point d'exprience nouvelle citer. Quelques substances inflammables se dissolvent dans des gaz, ou les gaz inflammables s'unissent en- tre eux et avec plus ou moins d'oxygne: il en r- sulte des airs nouveaux dont les effets offrent des singularits piquantes, mais dont l'analyse est trs difficile , non seulement parceque les fluides lasti- ques sont moins aiss nianier que les autres corps , mais encore parceque tous les caractres physiques qui rsultent de la couleur, de la figure, et de la consistance, nous abandonnent dans leur tude. On s est beaucoup occup, dans la priode actuelle, de cette partie vraiment transcendante de la chimie. L'hydrogne a la proprit singulire de dissou- dre quelques parcelles de fer, d'arsenic, et de zinc, et de les maintenir l'tat gazeux : on le savoit de- puis assez long- temps pour les deux premiers j M. Vauquelin l'a dcouvert pour le troisime. CHIMIE PARTICULIRE. 107 Ce mme hydrof]^ne dissout du soufre, et prend une odeur dtestable d'excrments et d'ufs pour- ris: c'est en effet ce mlange que ces matires ex- halent. Scheele en a connu le premier la composi- tion; mais M. Berthollet a fait une dcouverte im- portante, en montrant qu'il possde la plupart des proprits des acides, quoiqu'il ne contienne point d'oxygne : il s'unit en effet aux alcalis, aux terres, aux oxydes ; l'hydrosulfure de baryte cristallise comme un sel, etc. '. La combinaison dn phosphore avec l'hydrogne est encore plus dsagrable ; elle a l'odeur du pois- son pourri : c'est M. Gengembre qui Fa forme le premier \ Il a montr en mme temps que, lors- qu'on obtient ces deux gaz des sulfures ou des phos- phures alcalins, l'hydrogne est fourni par l'eau, dont l'oxygne aide former, avec une autre partie du soufre et dn phosphore, des acides sulfuriques ou phosphoriques. Les sulfures bien secs ne don- nent point de gaz, selon les expriences de M. Four- croy; mais lorsqu'ils se dissolvent dans l'eau, c'est toujours l'aide de l'hydrogne qui s'y forme et s'y unit aussitt. Si le soufre est trs abondant, il se produit un corps semblable de l'huile, qui est un soufre bydrogn. Lampadiusl'avoit observ le pre- ' Annales de Chimie, t. XXV, p. 233. ^ Journal de Physique, lyBf, t. Il, ji. 276. Io8 SCIENCES PHYSIQUES. mier, en traitant du soufre par le charbon. M. Ber- thollet fils a montr qu'il est d l'iiydrog^ne que le charbon contient toujours'. L'hydrogne phosphore n'ayant point les pro- jirits acides ne reste point uni l'eau et l'alcali ; mais il s'lve mesure qu'il nait. M. Fourcroy a fait voir que l'hydrogne sulfur est le meilleur de tous Jes moyens pour reconnotre le plomb dont on altre le vin. En gnral il doit tre plac , ainsi que les hydro- sulfures alcalins, au nombre des ractifs les plus d- licats de la chimie pour la prcipitation de certains mtaux. L'azote dissout aussi le phosphore et le dispose brler; c'est pourquoi il brle plus facilement dans Tair commun que dans Foxygne, circonstance que l'on avoit un moment voulu opposer la nouvelle thorie. L'hydrogne ml de carbone dans une certaine proportion offre la base de l'huile, et en donne en effet, quand on le mle au gaz acide muriatique oxy- gn. C'est le gaz olfiant, dcouvert par MM. Bondt, Deyman, Van-Troostwyk, etLauwerenburg, chi- mistes d'Amsterdam, qui ont long-temps travaill en socit ^ . Ils l'obtinrent de la distillation de l'ther ' Socit d'Arcueil, t. I, p. 3o4- * Annales de Chimie, t. XXI, p. 4^^; t- XXIII, p. 2o5. CHIMIE PARTICULIRE. 109 et de Tacide sulfurique par une foible tempra- ture. Quand on rduit l'oxyde de zinc par le charbon , on ne devroit, ce qu'il semble, recueillir que de Tacide carbonique : Priestley remarqua qu'il se forme au contraire un gaz combustible, et voulut faire de cette exprience une objection contre la nouvelle thorie de la combustion. Nos chimistes ont examin ce gaz avec soin : ils l'ont trouv com- bustible en effet ; mais , force de recherches , ils sont parvenus montrer que c'est une combinai- son d'oxygne avec un excs de carbone et une foible portion d'hydrogne. Le charbon de bois ordinaire contient toujours assez d'hydrogne pour en fournir ce gaz , qui ne diffreroit ainsi de l'o- lfiant que par les proportions. MM. Gruikshank, Guyton , et Berthollet , se sont principalement oc- cups de cette question difficile. MM. Austin , Hig- gins, Henry, et d'autres chimistes anglois, y ont aussi travaill. Il parot que ce qui l'embrouille c'est qu'il peut se former de ces gaz dans plusieurs proportions diffrentes de leurs trois lments \ Un peu plus d'un cinquime d'oxygne mlang avec de l'azote constitue la portion gazeuse de l'at- mosphre. En augmentant l'oxygne par degrs, et en le combinant plus intimement, on produit suc- ' Rulletin des Sciences, brumaire , ventse, et fructidor, an 10. IIO SCIENCES PHYSIQUES. cessivement le gaz iiitreux , l'acide nitreux , l'acide nitrique. Nous avons vu prcdemment que ces faits sont au nombre des vrits fondamentales de la nouvelle chimie. Dans le gaz nitreux, l'oxygne fait dj prs de moiti. Si on le lui enlve par le moyen du fer ou autrement, au point de l'y r- duire -peu-prs au tiers, on le change en un v- ritable oxyde d'azote, qui montre des proprits bien singulires : les corps y brlent, tandis qu'ils s'teignent dans le gaz nitreux , quoique celui-ci ait pi us d'oxygne; et il asphyxie ceux qui le respirent, quoiqu'il ait plus d'oxygne que l'air commun. Priestley l'avoit produit le premier. M. Berthol- let en avoit indiqu la nature. Elle a t confirme par l'analyse de M. Davy, dont le travail cet gard est extrmement remarquable , et par celle de MM. Fourcroy, Vauquelin, et Thenard. M. Davy a vu quelques unes des asphyxies mo- mentanes produites par ce gaz, accompagnes de sensations voluptueuses, mais qui n'arrivent pas constamment ^ . Nous parlerons ailleurs des moyens de mesurer particulirement la quantit de l'oxygne dissous ou mlang dans un gaz, et de l'application qu'on en a faite pour dterminer la composition de l'at- mosphre. ' Bulletin des Sciences, frimaire an 1 1 . CHIMIE PARTICULIRE. III On voit, par tous ces dtails, que cette estima- tion de la portion des lments gazeux est ce qu'il y a de plus difficile en chimie. M. Biot a imagin, pour y parvenir, une m- thode entirement nouvelle, qui s applique gale- ment tous les corps transparents dont on connot les principes quant leur nature. Chacun de ces principes ayant une force de rfraction propre et toujours la mme, tant que la densit ne change point, quand on connot la rfraction totale d'un mlange de principes connus , on peut calculer leur proportion. On emploie pour cela des prismes remplis ou forms des substances qu'on veut ana- lyser; on mesure Tangle de rfraction avec le cercle rptiteur ; la pression et la temprature sont prises, en considration; et toutes ces circonstances tant susceptibles d'tre apprcies avec une exactitude mathmatique , cette analyse surpasseroit de beau- coup celles que la chimie peut donner par ses moyens ordinaires , si elle ne se compliquoit de la difficult d'avoir les principes bien purs, et si, dans quelques cas , la condensation trop grande qu'prouve leur combinaison n'altroit les rsul- tats. L'analyse du diamant tient de prs celle des substances gazeuses ; elle a t reprise plusieurs fois dans cette priode M. de Morveau n'a pu ob- 112 SCIENCES PHYSIQUES. tenir en le brlant que de l'acide carbonique ' ; et Clouet a en effet fabriqu de l'acier bien pur avec du diamant seul^ Mais pourquoi diffre-t-il donc tant du charbon ordinaire? M. de Morveau jug^e que celui-ci contient dj un peu d'oxygne; M. Ber- thollet , que c'est de l'hydrogne qu'il a de plus : M. Biot, au contraire, appliquant au diamant son analyse dioptrique, et lui trouvant une force r- fringente suprieure celle qu'indique pour le charbon l'analyse des substances o il entre, croit que cest le diamant qui doit avoir au moins un quart d'hydrogne dans sa composition. Cepen- dant des expriences toutes rcentes, faites en An- gleterre, n'ont encore donn, nous dit-on, que de l'acide carbonique. Ces difficults dans l'analyse des substances ga- zeuses, et de celles qui le deviennent aisment, peuvent dj donner une ide des difficults beau- coup plus grandes que la chimie rencontre, quand elle tudie les produits des corps organiss. Les substances dont nous venons de parler les composent presque en entier : du carbone, de Ihy- drogne, de l'oxygne, plus ou moins d'azote, voil leurs matriaux fondamentaux; un peu de terre, quelques atomes de soufre, du phosphore, divers ' Dcade philosophique, 3o fructidor an 4; Bulletin des Sciences, messidor an 7. ^ Bulletin des Sciences, brumaire an 8. CHIMIE PARTICULIRE. li3 sels entrs petite quantit, s'ajoutent ce fonds principal. Tous ces lments semblent se jouer dans leurs diverses ractions; ils s'unissent, se s- parent, se retrouvent de mille manires; et tous ces mouvements nous chappent presque aussi souvent dans les laboratoires o nous croyons tre matres de ces produits de la vie que dans les fonc- tions de la vie elle-mme. On crut d'abord pouvoir sparer les principes des corps organiss par le moyen du feu ; mais ils ne faisoient que changer d'affinits , pour entrer dans des combinaisons nouvelles : de l ces phleg- mes , ces huiles , ces sels, dont les anciens chimistes prtendoient composer tous les mixtes. Bientt on imagina d'employer des moyens plus tranquilles, et d'obtenir par le repos, par des la- vages simples ou par certains menstrues , non pas les principes lmentaires des corps vivants, mais les composs divers qui s'y trouvent tout forms, ou ce que l'on nomme leurs principes immdiats. Ils offrent une foule de caractres et de propri- ts singulires ou utiles ; ils donnent une sorte d'a- nalyse bauche; chacun d'eux peut se dcomposer son tour, et fournit alors les principes gnraux et lmentaires, cet hydrogne, ce carbone, ces autres substances simples dont nous avons parl si souvent. BUFFON. COAIPLM. T. I. 8 Il4 SCIENCES PHYSIQUES. Ce sont probablement les diverses proportions de ces substances simples qui dterminent la na- ture et les proprits des principes immdiats. Mais nous sommes loin encore de pouvoir dmontrer ce que nous supposons ici : l'analyse de ces prin- cipes est trop imparfaite ; et nous avons beau ru- nir les lments que nous en tirons, nous ne les reproduisons pas. Peut-tre laissons-nous chap- per une foule d'lments impondrables et incoer- cibles, ncessaires leur composition. Il faut donc, en attendant une analyse plus par- faite, recueillir ces principes immdiats et les ca- ractriser; plusieurs d'entre eux sont d'ailleurs de premire importance dans l'explication des fonc- tions vitales et dans les arts utiles. Boerhaave a donn de beaux exemples de ce genre de recherches: sa mthode a t employe avec succs, et perfectionne par Rouelle en France, etparScheeleenSude; et, dans ces derniers temps, la dtermination des principes immdiats des vg- taux et des animaux n'a gure moins contribu la gloire des chimistes franois que les dcouvertes plus gnrales dont nous avons parl jusqu'ici. Dj dans l'cole de Stahl , et sur-tout dans celles de Boerhaave et de Rouelle, on avoit distingu dans les vgtaux les gommes ou mucilages, les rsines, les gommes rsines, les extraits, les huiles CHIMIE PARTICULIRE. Il5 fixes et volatiles; ou posscloit et on caractrisoit, comme nous l'avons vu plus haut, divers acides v- gtaux; le sucre, l'amidon, le camphre, le baume, la sve, les diverses matires colorantes, toient connus et employs, quoiqu'on n et pas des ides nettes sur leur nature intime. On toit moins avanc sur les produits des animaux; et quoique les ana- tomistes en eussent dcrit les liquides et les solides, quoique l'on st dj en partie comment les pre- miers se dcomposent en des fluides plus simples par le repos; que le saug, par exemple, donne alors son srum , son caillot, sa matire colorante; le lait, sa crme, son beurre, son fromage, son petit-lait, etc., on n'avoit encore rien de prcis sur la classification et les caractres de la plus grande partie de ces principes immdiats. Produits nouvellement dcouverts. C'est sur-tout M. Fourcroy que nous aurons nommer ici ' ; il a le premier nettement distingu les trois principaux principe^s des solides animaux, qui se retrouvent aussi diversement combins dans la plupart des liquides du mme rgne : la glatine, qui, dissoute dans Teau bouillante, donne le boil- ' Voyez les tomes VII , VIII , IX et X du Systme des contio{ssance<; chimiques de M. Fourcroy. Il6 SCIENCES PHYSIQUES. Ion et la colle-forte , et qui fait la base des os , des membranes , et en gnral de toutes les parties blanches; la fibrine, qui se dpose dans le caillot du sang et constitue le tissu essentiel de la chair; c'est en elle que s'opre, dans l'tat de vie, la con- traction musculaire ; l'albumine , qui se coagule dans Teau bouillante et forme le blanc d uf. Il a dcouvert dans l'urine un principe trs particulier, qu'il a nomm ture\ matire excessivement ani- malise, susceptible de se changer presque tout entire en carbonate d'ammoniaque, et dont l'ex- crtion est des plus indispensables au maintien de la composition animale. M. Fourcroy est aussi le premier qui ait reconnu que l'albumine se rencontre plus ou moins abon- damment dans beaucoup de vgtaux^. Ce n'est pas le seul lien des deux rgnes. Le glu- ten , dcouvert par Bechari dans la farine du fro- ment, ressemble beaucoup l'albumine , et possde en gnral tous les caractres des principes parti- culiers aux animaux. Il y a sans doute encore beaucoup de ces prin- cipes immdiats dcouvrir dans les corps organi- ss, et chaque jour en dcouvre en effet. M. Thenard a trouv dans la bile une matire ' Systme des connoissances chimiques, t. X, p. i53. ^ Annales de Chimie de 1807. CHIMIE PARTICULIRE. II7 sucre qu'il nomme picromel\ et dans la chair un principe odorant qui donne au bouillon son got agfrable, et qu'il appelle osmazome. Cette mme chair a donn M. Welther une matire amre, dont l'analoj^ue a t retrouv et, mieux dtermin, non seulement dans la chair, mais encore dans rindi{>o et dans d'autres substances vgtales, par M. Fourcroy : elle *a le caractre de brler en ful- minant^. L'adipocire, ou blanc de baleine, est encore un principe particulier bien dtermin par M. Four- croy : on en retrouve dans les calculs biliaires; le cerveau en dpose dans Talcohol; certains cadavres s'y convertissent presque en entier^. Les vgtaux n'ont pas t moins fconds en principes nouveaux. MM. Vauquelin et Robiquet en ont trouv un dans le suc d'asperge, qui, sans avoir rien de salin, se dissout dans Teau et cristallise comme les sels"^. M. Derone en a dcouvert un autre dans l'opium, qui est peut-tre sa partie narcotique; il cristallise en lames blanches et brillantes. M. Thenard a montr les caractres qui sparent la manne du Bulletin des Sciences, pluvise an i3; Mmoires del Socit d'Arcueil. ^ Bulletin des Sciences, frimaire an i3. ^ Annales de Chimie, t. V, p. 164, et t. VIII, p. 17. '^ Ibid.,t.L\H, p. 88. Il8 SCIENCES PHYSIQUES. sucre, et ceux qui distinguent les diverses sortes de sucre entre elles. Mais parmi les principes propres aux vgtaux , il n'en est gure de plus important que celui que l'on connoissoit vaguement sous le nom de matire astringente, et que M. Seguin a dtermin plus pr- cisment sous celui de tannin'. On le tire d'un grand nombre de plantes, mais 'sur-tout de Tcorce du chne, par l'infusion; le cacbou en est presque entirement compos, selon M. Davy\ Son prin- cipal caractre est de se combiner avec la glatine animale en un compos indissoluble. C'est cette proprit qu'est d le tannage des cuirs; car les peaux ne sont presque que de la glatine. M. Hat- cliett est parvenu produire artificiellement une sorte de tannin, en traitant le charbon par Facide nitrique^. Transformation des produits les uns dans les autres. En gnral la chimie en est venue transfor- mer son gr une foule de ces principes immdiats les uns dans les autres, et il n'en est presque au- cun qui ne puisse rsulter d'une modification de quelque autre. ' Annales de Chimie, t. XX, p. 53. ^ Bulletin des Sciences , floral an 1 1 . 3 Transact. philos., i8o5; Annal. deChim., t. LVIII, p. si i et 225. CHIMIE PARTICULIRE, II9 Nous avons dj vu comment on forme volont une partie de ces mmes acides animaux et vg- taux, qui rsultent aussi du concours des forces vitales. La chimie offre beaucoup d'exemples plus ou moins semblables pour les autres principes. MM. Fourcroy et Vauquelin changent les muscles en graisse par l'acide nitrique ; l'indigo leur donne du benjoin et une rsine par le mme procd. Le lige, qui ne contient point de rsine, en fournit en abondance quand on le soumet cet agent. Il se forme de l'huile chaque instant, soit par la com- bustion, soit par les acides. La fonte du fer elle- mme en donne , cause de son charbon , quand on la traite par l'acide sulfurique, ainsi que l'a fait connotre M. Vauquelin. Le mme chimiste vient de remarquer qu'il se forme une vritable manne dans la fermentation actique du jus d'ognon'. Enfin il n'est pas jusqu'au camphre que l'on ne puisse fabriquer, suivant la dcouverte de M. Kind, en appliquant l'acide muriatique l'essence de t- rbenthine : on vend mme dj beaucoup de ce camphre artificiel'. Il est ais de concevoir combien ces mtamor- phoses de matires communes en matires rares et prcieuses peuvent favoriser les arts et changer ' Mmoires de l'Institut, 1807, deuxime semestie, p. 204. ' Annales de Chimie, t. LI, p. 270. 120 SCIENCES PHYSIQUES. la marche du commerce; mais il ressort de tous ces faits des rsultats plus importants encore , qui nous lvent une thorie gnrale des tres organiss, et qui nous montrent l'essence mme de la vie dans une variation perptuelle de proportions entre des substances peu nombreuses par elles-mmes. Un peu d'oxygne ou d'azote de plus ou de moins; voil, dans l'tat actuel de la science, la seule cause apparente de ces innombrables produits des corps organises. Analyse des mixtes des corps organiss. Les mixtes qui rsultent de ces variations, et que nous venons d'indiquer sous le titre de prin- cipes immdiats, constituent, par leurs diverses runions, les liquides et les solides des corps orga- niss; et c'est seulement dans la dtermination du nombre et de la proportion de ces principes que consistent, jusqu' prsent, les analyses de ces li- quides et de ces solides. C'est de cette manire que MM. Parmentier et Deyeux ont examin le sang ' et le lait"; MM. Fourcroy et Vauquelin, le lait, les larmes^, la salive, le sperme^, la laite des pois- ' Journal de Physique, t. XLIV, pages 872 et 435. ^ Ibid., t. XXXVII, p. 461 et3i5 ; Annal, de Chim., t. XXXII, p. 55. ^ Annales de Chimie, t. X, p. 11 3. '* Ibid., t. IX, p. 64- CHIMIE PARTICULIRE. 12 1 sons\ lirine; M. Thenard, le lait et la bile; M. Vauquelin, la sve ^; MM. Bunivaet Vauqueliii, les eaux de Fainnios^: il n'est pas jusqu'aux ma- tires fcales que M. Berzelius a eu le courage de soumettre l'analyse la plus exacte. Tous ces examens ont donn des faits neufs et intressants. La substance colorante du sang a t reconnue par MM. Fourcroy et Vauquelin pour un phosphate de ter avec excs d'oxyde. La laite des poissons leur a donn du phosphore nu. La soude a t trouve dans le sang par MM. Parmen- tier et Deyeux, dans le sperme, par M. Vauque- lin. Le pollen des vgtaux a donn rcemment MM. Fourcroy et Vauquelin des principes singu- lirement analogues ceux du sperme^. On a fait mme l'analyse compare de ces li- quides dans divers ordres d'animaux et dans leurs altrations maladives. Ainsi l'urine des herbivores a offert MM. Fourcroy et Vauquelin de Facide benzoque, qui n'est dans celle de l'homme que pendant son enfance \ etc. La maladie nomme diabtes sucre offre l'une des altrations les plus sin- gulires qu'un liquide animai puisse prouver dans ' Annales du Musum d'histoire naturelle, t. X, p. 169. =" Annal. deChim., t. XXXI, p. 20. ^ Ibid.,i. XXXIII, p. 269. '' Annales du Muse'um d'histoire naturelle, t. I, p. 4*7- * Mcni. de l'Institut; Mathmatii^ues et Physique^ t. II, p. 43i- 122 SCIENCES PHYSIQUES. l'tat de vie: ruiine, au lieu de ses principes ordi- naires, ne contient plus qu'une sorte de sucre et un peu de sel marin. Cauly en a fait la dcouverte; MM. Nicolas et Queudeville , de Gaen , l'ont consta- te j)ar les moyens de la chimie moderne' .MM. The- nard et Dupuytren ont reconnu que ce sucre dif- fre, par plusieurs caractres, de celui del canne. Quant aux solides , les os ont t soumis une analyse nouvelle par MM. Fourcroy et Vauquelin. Outre le phosphate de chaux dont Scheele a voit re- connu que leur partie terreuse est forme, ils y ont dcouvert un phosphate ammoniaco- magnsien^. On y trouve aussi du fluate de chaux. M. Mori- chini Fa dcouvert le premier dans certaines dents ^: M. Berzelius a confirm le fait, et Fa tendu tout le systme osseux. Les cheveux et les poils ont t examins par M. Vauquelin , et lui ont fourni jusqu' neuf suh- stances diffrentes; une matire animale semblable au mucilage, deux sortes d'huile, du fer, quelques atomes d'oxyde de manganse, du phosphate de chaux, et trs peu de carbonate, assez de silice et beaucoup desoufre^. ' Annales de Chimie, t. XLIV, p. 45; Recherches et expriences me'dicinales sur le diabtes sucr; Paris, l vol. in-8". Annales du Musum d'histoire naturelle, t. VI, p. 397. ^ Annales de Chimie, t. LV, p. 258. * Annales de Chimie, t. LVIII, p. 4' ; t^t Mm. de l'Instit. , 180G. CHIMIE PARTICULIRE. 123 Les cheveux noirs ont une huile de cette couleur ; les roux en ont une rougetre, et les blancs une in- colore. Les deux derniers ont toujours un excs de soufre; et les blancs en particulier du phosphate de nia-cjnsie. Les bois, les corces , sur-tout les corces aroma- tiques ou mdicinales, se prtent au mme genre de dcomposition. La belle analyse du quinquina de Saint-Domingue, par M. Fourcroy, a servi de modle pour ce genre de recherches '. Les diverses excrtions des corps organiss, et principalement les sucs vgtaux ou animaux qui s'emploient en mdecine ou dans les arts, ont aussi t examins de cette manire. Si les principes im- mdiats que l'on y dcouvre n'expliquent pas en- tirement l'action quelquefois si nergique de ces matires sur l'conomie animale, ils servent du moins tablir entre elles des analogies qui peu- vent guider dans leur emploi. Il se dpose quelquefois dans les liquides des corps organiss des sdiments diverses sortes, dont l'analyse toit importante, parcequ'une partie d'entre eux occasione dans les animaux des mala- dies affreuses, et que, leur composition une fois connue, on pouvoit esprer d'en trouver les dis- solvants. Tel est sur-tout le calcul de la vessie : ' Annales de Cliimie, t. VIII, p. 1 13 ; t. IX , p. 7. 124 SCIENCES PHYSIQUES. nous avons vu que Scheele y a dcouvert un acide, . l'acide lithifjue, nomm depuis uriquepar M. Four- croy. C'est l'inp^rdientle plus ordinaire du calcul; mais on y trouve aussi de l'urate d'ammoniaque, de Foxalate de chaux, du phosphate ammoniaco- magnsien. Ces divers sels peuvent former chacun des calculs d'espce particulire ; ceux d'oxalate de chaux , connus sous le nom de pierres murales, sont les plus affreux de tous , cause de leur surface h- risse, qui dchire la vessie et cause des douleurs inexprimables. Toutes ces dcouvertes sont le rsultat d'un ^jrand travail de MM. Fourcroy et Vauquelin*. Ils ont trouv dans certains animaux herbivores d'autres calculs entirement forms de carbonate de chaux; mais il n'y en a point de tels dans l'homme. En re- vanche les carnivores et les omnivores en offrent souvent de phosphate terreux et d'oxalate de chaux. Il se forme aussi des pierres dans la vsicule du fiel et dans les canaux biliaires. MM. Poulletier de La Salle et Fourcroy y ont reconnu de l'adipocire et une matire rsineuse. Les bzoards sont des concrtions intestinales. On vantoit autrefois en mdecine, sous le nom de bzoards dOri&sit, ceux de quelques animaux tran- ' Annales du Musum d'histoire naturelle, lomes I et II. CHIMIE PARTICULIRE. 125 gers, et spcialement de la chvre sauvage de Perse. MM. Fourcroy et Vauqueliii les ont trouvs forms d'une sorte de rsine qui parot avoir t prise au dehors par Fanimal '. Les bzoards communs sont tantt des phosphates de chaux ou de magnsie, tantt des concrtions de la matire rsineuse de la bile. Le dpt qui se fait dans les articulations des goutteux a t reconnu , par M. Tennant, pour de l'urate de soude. Les vgtaux ont aussi leurs concrtions. L'une des plus singulires est le tabasiieer ou tabacliir qui se forme dans le bambou : ce n'est que de la silice pure. M. Macie Ta dit le premier^ ; MM. Fourcroy et Vauquelin l'ont confirm: mais comment de la silice est-elle transporte dans l'intrieur du roseau, elle qui est indissoluble, et que d'ailleurs rien ne nous autorise regarder comme un compos? Les vgtaux en contiennent beaucoup; et quand on brle des matires de ce rgne traites plusieurs fois par l'eau, du papier, par exemple, la cendre est de la silice presque pure. Les chimistes que nous venons de citer attri- buent l'ascension de la silice une tnuit extrme de ses molcules, et une suspension qui quivaut presque une dissolution. ' Annales du Musum d'histoire naturelle, t. II. ^ Annales de Chimie, t. XI. 120 SCIENCES PHYSIQUES. En gnral la chimie n'a encore rien dcouvert qui oblige absolument de croire, comme quelques savants le soutenoient autrefois, que les terres, les alcalis, les mtaux qui se trouvent dans les animaux et les vgtaux, s'y soient forms par l'action de la vie: au contraire les recherches rcentes de M. de Saussure le fils ont montr, au moins pour plu- sieurs de ces lments, que les vgtaux n'en con- tiennent qu'autant qu'ils ont pu en recevoir du de- hors ' ; et les motifs de Fopinion contraire, que l'on prtendoit tirer de la gologie, sont tombs, au- jourd'hui que l'on a dcouvert toutes ces substances dans les montagnes les plus anciennes , qui ne re- clent pas la moindre trace d'organisation. Ainsi les granits contiennent non seulement de la chaux, de la magnsie, de la baryte; ils ont jusqu'aux alcalis fixes dans quelques unes des pierres dont l'agrga- tion forme leurs normes masses : le feldspath , par exemple, contient toujours de la potasse. Fermentation, Tels sont les principaux rsultats de l'analyse chimique des produits de la vie, pris immdiate- ment leur sortie du corps: mais une partie de ' Recherches sur la vgtation, par Thodore de Saussure; Paris, 1804, I vol. in-8. CHIMIE PARTICULIRE. 127 ces produits est susceptible d'prouver des mouve- ments intestins qui en modifient les proportions intrieures, et qui donnent encore des produits nouveaux; c'est ce qu'on a nomm fer mentalion. Il en arrive invitablement une dans tous les liquides extraits des corps vivants, et dans tous ceux de leurs solides qui ne sont pas entirement dess- chs , ou qui l'tant reprennent de l'humidit du dehors. Sitt qu'ils sont soustraits au tourbillon de la vie , et livrs en quelque sorte sans dfense l'ac- tion de lair et de la chaleur, leurs lments chan- gent de rapports, et, aprs des mouvements int- rieurs plus ou moins continus, se sparent et se dissipent pour rentrer dans le domaine de la na- ture brute: mais l'homme a appris les saisir dans les divers degrs de ces changements successifs, et les y arrter, pour les employer ses divers be- soins. De toutes les fermentations celle qu'on a nom- me vineuse est la plus fconde en produits utiles. Lavoisier a le premier bien dml ce qui s'y passe. Elle ne s'tablit que dans la matire sucre tendue d'eau. Le sucre, en qualit d'oxyde vgtal deux bases, contient une certaine proportion d'oxygne, d'hydrogne, et de carbone. L'essence de la fer- mentation vineuse consiste le sparer en deux portions, dont Tune enlve une grande partie du 128 SCIEINCES PHYSIQUES. carbone et presque tout loxy^^ne, sous forme de gaz acide carbonique, et dont l'autre, compose principalement du reste du carbone et de tout l'hy- drogne, est ce liquide combustible que l'on lve aisment par la distillation, et que l'on nomme al- cohol ou esprit-de-vin. Mais ce partage ne se feroit point dans la matire sucre pure par le seul concours de l'air et d'une temprature douce; il faut encore un agent qui rompe l'quilibre et fasse commencer le mouve- ment : on l'a nomm le ferment ou la levure. MM. Fabroni% Thenard^, et Seguin, sont ceux qui ont fait le plus de recherches sur sa nature et sa manire d'agir. Le premier a reconnu que c'est un pincipe vgto- animal, semblable au gluten du froment, qui fait l'essence de la levure; il est contenu dans la pellicule des grains de raisin , et se mle leur jus dans le pressoir. Le second est ar- riv de son ct un rsultat peu diffrent, quoi- qu'il trouve encore une nuance trs sensible entre la levure et le gluten , et qu'il ne regarde pas la premire comme simplement mle, mais bien comme dissoute dans le mot; il lui a sur-tout re- connu ce caractre particulier, qu'elle perd sa pro- prit par l'eau bouillante. Le troisime convient ' Arte di far il vino ; Fiorenza, 1788. ^ Annales de Chimie, t. XLVIIl, p. 294. CHIMIE PARTICULIRE, I 29 bien que c'est un principe analogue ceux des ani- maux ; mais il le croit plutt de Falbumine dans un certain tat de dissolubilit. Quant l'action de la levure sur la liqueur sucre pour y dterminer de si grands changements, elle estproduite,suivantM.Thenard, par la plus grande affinit de cette levure pour l'oxygne. Il n'y a donc que les liquides sucrs qui puissent donner des vins quelconques ; les graines crales y deviennent propres par la germination qui change leur amidon en sucre; lorsqu'il n'y a point assez de sucre , comme dans les mots des pays froids , on peut y en ajouter, ainsi que l'a propos M. Ghaptal ; ceux de ces liquides qui contiennent naturellement un principe vgto-animal, comme lejus de raisin, qui fait le vin ordinaire , celui des pommes , qui fait le cidre , apportent leur levure avec eux et fermen- tent d'eux-mmes. Il faut en fournir ceux qui n'en ont point. Quelquefois aussi les oprations prlimi- naires font perdre la proprit de la levure, et il faut en rendre de nouvelle ; c'est le cas de la dcoc- tion d'orge gernie qui produit la bire ; c'est aussi celui des vins et des autres sucs vgtaux qu'on a fait bouillir : on emploie mme l'bullition pour les conserver sans qu'ils fermentent. Au reste comme les divers sucs fermentescibles contiennent, ind- pendamment du sucre, une foule d'autres ingr- BUFFON. COVPLM. T. I. y l3o SCIENCES PHYSIQUES. clients , il n'est pas tonnant qu'il y ait tant de vins diffrents. On conoit aisment que ces ides ont d jeter beaucoup de lumire sur la thorie de la vinifica- tion et en diriger infiniment mieux la pratique. On en retrouve la preuve chaque pag^e dans l'excel- lent ouvrage de M. Ghaptal sur l'art de faire le vin '. La fermentation acteuse semble n'tre qu'une continuation de la vineuse. Du vin expos l'air s'aigrit, non pas peut-tre en reprenant de l'oxy- gne, mais en perdant, par le moyen de celui de l'atmosphre, coup sr du carbone, et trs pro- bablement de l'hydrogne: ainsi se forment tous les vinaigres, selon M. Thenard; il s'en forme ds la premire fermentation , et peu de vins en sont exempts. A ce jeu compliqu des lments qui a dter- min la formation de falcohol, ou du moins qui a prpar la liqueur fermente donner de l'alcohol par la distillation, succde un jeu nouveau et plus compliqu encore quand on traite l'alcohol par les acides. Il en rsulte les diffrents thers, qui prennent chacun le nom de l'acide qui le produit. L'ther sul- ' Trait thoi'ique et pratique de la culture de la vi(>ne, avec l'art lie faire le vin ; Paris, deuxime dition, 1801 , 2 vol. in-8. CHIMIE PARTICULIRE. l3l lurique est connu et employ depuis long-temps en pharmacie; mais ce n'est que depuis peu d'an- nes que MM. Fourcroy et Vauquelin ont expliqu ce qui se passe dans sa fabrication \ J.a prsence de l'acide et sa tendance absorber de 1 eau excitent les lments de l'alcohol ragir les uns sur les autres. Son hydrogne et son oxygne forment d'abord de l'eau que l'acide prend sans se dcomposer lui- mme : Fther ne diffreroit donc, selon ces chi- mistes , de l'alcohol que par plus de carbone. Si l'on chauffe davantage, l'acide mme donne son oxy- gne; il s'lve alors de l'acide sulfureux; et l'ther, sedsoxygnant de plus en plus, donne un liquide jaune qu'on appelle liuile douce de vin. M. Thodore de Saussure, dans un travail sur l'analyse de l'alcohol et de l'ther su Ifurique^, remar- quable par une extrme exactitude et par les moyens nouveaux dont il enrichit la chimie, vient de don- ner une grande prcision la comparaison des par- ties constituantes de ces deux substances. L'ther a moiti moins d'oxygne que l'alcohol : l'augmen- tation de proportion de l'hydrogne avoit dj t annonce par M. Berthollet. La thorie de l'ther nitrique toit beaucoup moins parfaite; et ce qu'on prenoit pour tel dans les ' Annales de Chimie, t. XXIII, p. 2o3. ^ Journal Je Physique, t. LXIV, p. 'di6. l32 SCIENCES PHYSIQUES. pharmacies, d'aprs les procds de Navier, n'en toit mme pas. M. Thenard s'en est occupe rcem- ment avec le plus grand succs '. Les quatre sub- stances lmentaires qui se trouvent dans l'alcohol et dans i'acide en forment par leur rapprochement jusqu' dix, qu'on peut sparer: l'ther presque tout entier passe sous forme gazeuse, et ne s'ob- tient sparment qu'en refroidissant beaucoup. Gomme il reforme de l'acide nitreux par le repos ^ mme lorsqu'il en a t le mieux purg, M. The- nard pense que les deux principes de cet acide y existent combins avec l'alcohol dshydrogn et lgrement carbonis. Le mme chimiste a prpar l'ther muriatique, qui devient encore gazeux plus aisment que le ni- trique ; il a constat q ue tous les lments de l'alcohol et tous ceux de l'acide y entrent: cependant, bien purifi, cet ther ne donne aucune trace d'acidit, et ne se laisse point dcomposer par les alcalis dans les premires heures; mais, si on le brle, l'acide muriatique se reproduit l'instant. Ytoit-il dcom- pos ou seulement masqu par la simple combinai- son avec l'alcohol? si c'toit le premier cas, cette exprience nous mettroit sur la voie du radical de cet acide, l'une des choses les plus dsirer dans Ja chimie moderne, mais dont on approche de tant ' Socit d' A rcueil, t. I; plusieurs Mmoires. CHIMIE PARTICULIRE. l33 de cts qu'il est difficile qu elle chappe encore long-temps. M. Gehlen, chimiste de Halle, avoit observ de son ct les mmes proprits dans l'ther muriatique. M. Thenard , s'occupant ensuite de l'ther ac- tique, l'a aussi regard comme form de la runion de tous les principes de l'alcohol et de l'acide, sans raction ni sparation. l redonne nanmoins aussi cet acide par la combustion, comme Scheele l'avoit dj observ. Cependant M. Boulay soutient encore une opi- nion contraire celle de M. Thenard sur les thers forms par des acides volatils; il les regarde comme des combinaisons neutres, o l'alcohol tient lieu de base : mais comment l'alcohol surmonte-t-il l'affinit des alcalis? Le mme chimiste a russi faire de l'ther phos- phorique, dont la thorie revient celle de l'ther ordinaire. La fermentation des matires qui contiennent de l'azote est bien plus complique, et donne des r- sultats bien plus varis que les fermentations vineuse et acteuse. On lui donne le nom de fer- mentation putride, et son dernier terme est aussi principalement la rpartition des lments en deux su])stances volatiles; de l'acide carbonique, d'une part, et de l'ammoniaque, de l'autre, qui, comme l34 SCIEINCES PHYSIQUES. nous l'avons dit, rsulte de la combinaison de l'hy- dropne et de l'azote. Il s'exhale en mme temps une foule d'autres vapeurs plus ou moins dsagra- bles, et qui sont toutes des combinaisons varies d'hydrogne, de carbone, d'azote, de phosphore, et des autres lments de la substance qui pourrit. Mais, avant d'arriver leur dcomposition totale, les matires azotes parcourent une infinit de de- grs diffrents, auxquels on cherche les arrter selon les emplois qu'on peut en faire. L'attendrissement de la chair, qui la rend plus facile digrer, n'est qu'un de ces degrs; au- del elle seroit insupportable pour nous , quoi- qu'elle paroisse alors plus agrable certains ani- maux. Le lait, qui contient -la-fois des substances sucres et des substances azotes, donne, par ses diverses parties, de l'acide, de l'eau-de-vie, ou du fromage; et les diverses altrations de celui-ci ne sont aussi que divers degrs de fermentation pu- tride que rhomme sait diriger et arrter. Le garum des anciens, le ci'/r des Russes, et plusieurs autres comestibles, sont dans le mme cas. On dcouvre de temps en temps de ces stations singulireso la putrfaction s'arrte , ou des modi- fications qu'elle prend dans certaines circonstances. Ainsi la chair des muscles, qui, l'air libre, se d- CHIMIE PARTICULIRE. l35 truiroit tout entire avec une infection insuppor- table, lorsqu'elle est entasse et recouverte d'une terre humide se change en une matire trs sem- blable au blanc de baleine. C'est une observation intressante de M. Fourcroy, faite lorsque l'on net- toya le cimetire des Innocents, pour le changer en march. On dit que l'on a tir parti en Angleterre de cette dcouverte, en transformant en substance combustible les chairs des chevaux et des autres animaux qui ne se mangent point. De tous les procds capables d'arrter la fermen- tation putride et d'en faire disparotre les effets ds- agrables le plus utile est l'emploi de la poussire de charbon, dcouvert par Lowitz * : elle rtablit le bon got de la chair gte; les filtres qu'on en fait rendent l'eau corrompue sa fracheur et sa puret; le poisson, le gibier, se transportent trs loin dans le charbon pil, et des tonneaux charbonns l'intrieur conservent l'eau douce en mer plus long- temps quaucun autre moyen. Annales de Chimie, t. XIV, p. 327; t. XVIII, p. 88. FIN DE LA PREMIERE PARTIE. SECONDE PARTIE. HISTOIRE NATURELLE. Nous venons de tracer une lgre esquisse des vrits que les sciences exprimentales nous ont rvles dans cette priode, touchant les proprits des corps qu elles peuvent isoler et matriser dans nos laboratoires. Mais elles n'ont pas born leurs efforts ces recherches de cabinet ; elles se sont r- pandues dans un champ plus vaste : armes de ces nombreuses dcouvertes, elles en ont fait l'appli- cation aux divers phnomnes qui nous entourent, et ont jet sur l'histoire naturelle une lumire que l'on auroit peine soup(^onne possible il y a un demi-sicle. En effet Fhistoire naturelle, qui va faire l'objet de la seconde partie de cette histoire, et dont le public , et mme quelques savants , se font encore des ides assez vagues, commence tre reconnue pour ce qu'elle est rellement, c'est--dire pour une science dont l'objet est d'employer les lois gn- rales de la mcanique, de la physi([ue, et de la chimie, l'explication des phnomnes particu- l38 SCIENCES PHYSIQUES. liers que manifestent les divers corps de la na- ture. Dans ce sens tendu elle embrasseroit aussi Tas- tronomie; mais cette science, claire aujourd'hui d'une lumire suffisante par les seules lois de la mcanique, et soumise aux calculs les plus rigou- reux, rentre compltement dans les mathma- tiques , dont elle est la plus belle comme la plus tonnante application. Le champ de l'histoire naturelle n'est encore que trop vaste, en le restreignant aux objets qui n'ad- mettent point de calcul ni de mesures prcises dans toutes leurs parties. L'atmosphre et sa composition, les mtores; les eaux, leurs mouvements, et ce qu'elles contien- nent ; les divers minraux , leur position rci- proque, leur origine; les formes extrieures et intrieures des vgtaux et des animaux, leurs pro- prits, les mouvements qui constituent les fonc- tions de leur vie, leur action mutuelle pour main- tenir l'ordre et l'harmonie la surface du globe : voil ce que le naturaliste doit raconter et expli- quer. Quand il caractrise ou analyse les minraux, on le nomme minralogiste ; s'il expose leur position et leur formation, il devient gologiste; s'il dcrit et classe les vgtaux ou les animaux , il prend le titre de botaniste ou de zoologiste; s'il les dissque, HISTOIRE NATURELLE. 1 89 celui d'anatomiste ; il devient physiologiste quand il cherche dterminer les phnomnes de la vie et en fixer les lois. Mais tous ces travaux, partags d'ordinaire entre diverses personnes, cause de leur immensit et des bornes de l'esprit humain , tendent au mme but et suivent la mme marche, qui consiste four- nir la physique et la chimie des objets d'appli- cation bien dtermins, ou circonscrire rigou- reusement les phnomnes qui chappent encore ces deux sciences, et les rapporter quelques faits gnraux qu'on adopte comme principes, et dont on part pour des explications particulires. D'ailleurs aucune des branches de l'histoire na- turelle ne peut plus se passer entirement des autres, et moins encore des deux sciences plus g- nrales que nous venons de nommer. En vain vou- droit-on maintenant classer les minraux sans les analyser chimiquement et mcaniquement, ou les animaux sans connotre leur structure intime et les fonctions de leurs organes: le physiologiste qui n'embrasseroit pas dans ses mditations les phno- mnes de la vie des plantes et de celle de tous les animaux se perdroit bien vite en conjectures illu- soires, tout comme il fermeroit volontairement les yeux la lumire , s'il refusoit d'admettre l'influence des lois physiques dans les fonctions vitales. l4o SCIENCES PHYSIQUES. Il est donc visible que la diffrence essentielle en- tre les sciences gnrales et l'histoire naturelle c'est que dans les premires on n'examine, ainsi que nous venons de le faire entendre, que des phnomnes dont on dtermine en matre toutes les circon- stances , et que dans l'autre les phnomnes se pas- sent sous des conditions qui ne dpendent pas de l'observateur. Dans la chimie ordinaire, par exem- ple , nous fabriquons nos vaisseaux de matires inaltrables; nous les formons, les courbons, les dirigeons comme il nous plat; nous n'y plaons que ce qu'il faut pour avoir des ides claires du r- sultat. Dans la chimie vitale les matires sont innombrables; peine le chimiste nous en a-t-il ca- ractris quelques unes : les vaisseaux sont d'une complication infinie ; peine l'anatomiste nous a-t-il dcrit une partie de leurs contours : leurs pa- rois agissent sur ce qu'ils contiennent; elles en su- bissent faction : il vient sans cesse des lments du dehors en dedans ; il s'en chappe du dedans au de- hors : toutes les parties sont dans un tourbillon continuel , qui est une condition essentielle du ph- nomne, et que nous ne pouvons suspendre long- temps sans l'arrter pour jamais, et sans que les lments et leur mlange forment aussitt des com- )inaisoris nouvelles. Nous ne sommes pas mme les matres de retrancher notre gr quelque partie HISTOIRE NATURELLE. l4 pour juger de son emploi spcial : le corps vivant tout entier prit quelquefois par cette suppression. Les branches les plus simples de l'histoire natu- relle participent dj cette complication et ce mouvement perptuel , qui rendent si difficile l'ap- plication des sciences gnrales. Histoire naturelle de [atmosphre. La mtorologie, par exemple, n'a pour objet que les variations de l'atmosphre; et il semble que les lments qui composent celle-ci ne sont pas bien nombreux. On sait mme aujourd'hui, parles expriences de plusieurs physiciens, et sur-tout de MM. de Humboldt, Biot, et Gay-Lussac % que ceux de ses lments gazeux que nous pouvons saisir sont -peu-prs en mme proportion toutes les hauteurs o Ton a pu s'lever; et par celles de MM. Berthollet , Beddoes , etc. , que les pays les plus loigns ne diffrent pas non plus cet gard d'une manire sensible : mais sa masse est immense, sa mobilit infinie; la moindre variation de chaleur y cause des mouvements tendus ; ces mouvements divers se croisent et se contrarient d'une manire que les mathmatiques ne peuvent apprcier. L'eau qui s'vapore rend plus lgre la portion d'air qui Annales du Musum d histoire naturelle, t. II, p. 170 et 322. l/[2 SCIENCES PHYSIQUES. la contient : de l des mouvements nouveaux qui varient en raison compose des deux causes essen- tielles de la vaporisation , c'est--dire de la chaleur et de la surface aqueuse sur laquelle elle frappe. Enfin l lectricit vient encore se joindre toutes ces causes, pour multiplier les altrations du fluide qui nous environne. Il est ais de voir qu'il y a dj assez de ces divers ressorts pour rendre presque infini le nombre des combinaisons possibles : que sera-ce ci si Ton dcou- vre un jour des agents nouveaux, comme de orands physiciens le souponnent dj, et si le soleil lui- mme varie par l'intensit de sa chaleur et de sa lu- mire, comme M. Herschel se croit en droit de le soutenir' ! On peut donc se faire des thories plus ou moins [gnrales , plus ou moins vafjues, sur les causes des divers mtores; mais la preuve de l'im- perfection de toutes ces thories c'est qu'elles ne conduisent point encore prvoir ces mtores avec la moindre prcision. L'air qui passe sur de l'eau se charj^e d'une vapeur d'autant plus abondante qu'il est plus chaud; il la laisse retomber, s'il se refroidit: de l le brouillard ou la pluie. Si le refroidissement est assez grand, l'eau tombera en neige; si elle ne gle qu'en tom- bant, elle deviendra de ia grle. Le baromtre ' Bibliothque Britannique. MTOROLOGIE. I/p baisse quand quelque partie de l'air devient hu- mide; il a donc des rapports assez constants avec le temps futur: le vent qui vient de la mer apporte plus d'humidit; il est donc aussi pour chaque lieu un indice du temps. Le vent lui-mme dpend en grande partie de la chaleur ; et il est d'autant plus rguher que les circonstances qui dterminent la chaleur sont plus constantes. L'air chaud quiselve des plaines chauffes redissout les nuages qui s'y rendent , et y maintient la srnit : la fracheur des montagnes produit un effet contraire, etsemhle attirer les nuages. On sait tout cela en gros ' ; mais c'est -peu-prs tout ce qu'on sait sur les mtores simplement aqueux. Les autres sont bien plus irr- guliers encore, et nous n'apercevons pas mme d'une manire gnrale leurs causes originaires. Ainsi l'on en est rduit de simples descriptions historiques, ou tout au plus des conjectures, sur les causes immdiates des trombes , des tourbillons , des ouragans, ainsi que de la plupart des mtores lumineux: mais ce qui les amne prcisment en tel temps et en tels lieux nous chappe presque entirement. Nous devons cependant beaucoup de reconnois- sance aux hommes laborieux qui observent les va- riations de l'atmosphre , et cherchent saisir quel- ' Voyez le Mmoire de M. Moiige, Annales de Chimie, t. V, p. i. l44 SCIENCES PHYSIQUES. que rapport entre elles et des phnomnes plus constants. Les mouvements des astres toient ceux de ces phnomnes auxquels il toit le plus naturel de penser; et la lune, comme plus voisine de nous, devoit la premire attirer l'attention. Le peuple at- tribueds long-temps ses phases quelque influence sur le temps : Toaldo ' et M. Cotte ^ ont rfut cette opinion. M. deLamarck cherche, depuis plusieurs annes, si le lieu de la lune, sa distance et ses rap- ports de position avec le soleil , n en auroient pas davantage. La mthode qu'il emploie de former d'avance des espces de calendriers ne peut man- quer d'exciter les observateurs noter avec soin tout ce qui arrive; et c'est ainsi qu'on obtiendra tout ce qu'il sera possible d'obtenir de certain^. Nous devons une reconnoissance non moins grande ceux qui imaginent et qui emploient avec constance les instruments propres mesurer avec quelque prcision tous ces genres de variations , et en donner au moins une histoire exacte^. ' Journal de physique, t. XXXIX, p. 43 ; Essai mtorologique, tra- duit de l'italien de Toaldo par Daquin ; Chambry, 1784; in-4". ^ Ibid., depuis 1787 jusqu' prsent. Voyez aussi son Trait et ses Mmoires de Mtorologie; Paris, 1774-1788; 3 vol. in-4. ^ Voyez les Annuaires mtorologiques de M. de Lamarck. ^ Voyez, sur tous ces genres d'observations, l'Atmosphrologic de Lampadius, en allemand; Freyberg, 180C; i vol. in-8. MTOROLOGIE. l45 Le baromtre et le thermomtre sont dj an- ciens. On sait aujourcriiui , par des observations rptes presque l'infini , tout ce que leurs mou- vements peuvent avoir de relatif la saison, aux heures du jour, la latitude, l'lvation verticale, au voisinage des eaux ou des montag^nes , la posi- tion dans des lieux ouverts ou enfoncs, enfin aux mtores des diverses sortes. On n'a pas observ l'lectromtre atmosphrique avec moins de patience , pour dterminer les rap- ports de l'lectricit naturelle avec toutes ces circon- stances ; mais ses accumulations subites dans les orages chappent toutes les rgies. L'tat du magntisme lui-mme a t observ sous ce rapport: il y a des variations diurnes de l'ai- guille ; il y en a d'annuelles ; il y en a qui corres- pondent avec certains mtores. Les remarques de M. Gassini sur ce sujet sont trs prcieuses ; mais on n'entrevoit encore rien de positif qui explique les liaisons de ces diffrents phnomnes. On connot aussi maintenant par des instru- ments fort exacts la quantit d'eau qui tombe dans chaque pays et celle qui s'en vapore, ainsi que la direction ordinaire et la force des principaux vents. L'hygromtre, qui doit nous faire connotre Thu- midit de l'air, toit le plus important de tous ces instruments, parcequ'il a les rapports les plus troits BUFKON. COAIPLM. T. I. lO l46 SCIENCES PHYSIQUES. avec les mtores aqueux, qui sont ceux qui nous intressent le plus ; chacun sait quel point il a occup MM. cle Saussure et Deluc. On y emploie , en gnral, une fibre organique, cheveu, filet d'ivoire, de plume, tranche d'un fanon de baleine ou autre; l'humidit alonge ces corps, la scheresse les raccourcit : on peut aussi employer des sels d- liquescents , et peser l'humidit qu'ils ont attire dans un temps donn; mais aucun de ces moyens ne donne la quantit absolue de l'eau , et, malgr tous les soins de ceux qui ont invent ou perfec- tionn ces instruments , ils n'ont pu encore les rendre comparables. Le cyanonitre doit mesurer la transparence de l'air : c'est une bande colore de diverses nuances de bleu , que l'on compare de l'il avec le bleu de ciel, M. de Saussure l'a imagin ; mais son emploi n'est pas trs frquent. L'eudiomtre, qui mesure la puret de l'air ou la quantit de son oxygne, est au contraire d'un usage journalier, non seulement en mtorologie, mais en- core dans toutes les oprations relatives l'analyse des gaz. On peut y employer toutes les substances qui absorbent l'oxygne; mais il y a de grandes dif- frences dans la perfection de cette absorption. Le gaz nitreux fut d'abord propos par Priestley ; il fait la base de l'eudiomtre de Fontana. M. Volta MTOROLOGIE. l/j-y emploie dans le sien la combustion du gaz hydro- gne ; M. Achard et M. Seguin se servent du phos- phore , dont l'action est prompte , mais tumul- tueuse; M. Berthollet prfre les sulfures alcalins, qui paroissent absorber le plus compltement, mais qui agissent avec lenteur: il semble cependant que les physiciens s'arrtent Teud iomtre de Volta , qui a d'ailleurs par-dessus tous les autres l'avantage de faire reconnotre la prsence et la quantit de l'hy- drogne. C'est par ces divers moyens , et par les tra- vaux successifs et pnibles de MM. Cavendish , Bed- does, Berthollet, Humboldt, Gay-Lussac, etc., que l'on est arriv ce rsultat singulier, que la compo- sition gazeuse de l'atmosphre est la mme sur tout le globe et toutes les hauteurs. M. Cavendish a montr que les odeurs qui affec- tent si vivement nos sens, et les miasmes qui atta- quent si cruellement notre conomie, ne peuvent tre saisis par aucuns moyens chimiques, quoiqu'il soit bien certain que ces moyens les dtruisent. C'est encore une preuve entre mille de cette multi- tude de substances qui agissent notre insu dans les oprations de la nature. 11 est bien regretter que l'on n'ait pas des ob- servations -la-fois assez anciennes et assez sres pour constater s'il n'y a point dans toutes ces vr- riations des priodes plus longues que celles qu'on lO. l48 SCIENCES PHYSIQUES. a souponnes jusqua ce jour. Le magntisme est peut-tre de tous les phnomnes celui pour lequel cette recherche auroit le plus d'intrt. Le plus remarquable des faits relatifs l'atmo- sphre, sur lesquels l'poque actuelle a donn des lumires nouvelles, n'appartient peut-trepas mme vritablement la classe des mtores ariens. Il est bien certain aujourd'hui qu'il tombe quelque- fois des pierres de Tatmosphre sur la terre ; que ces pierres , dans quelque lieu qu'elles tombent , sont semblables entre elles , et qu'elles ne ressem- blent aucune de celles que la terre produit natu- rellement. L'antiquit et le moyen ge n'ont point ignor ces chutes de pierres ; Plutarque et Albert -le -Grand cherchent mme les expHquer chacun la ma- nire de son temps. M. Ghladny, physicien alle- mand , est parmi les modernes le premier qui ait os en soutenir la ralit: M.Howard, chimiste anglois, a le premier montr l'identit de composition des pierres tombes en des lieux trs diffrents, et a di- rig ainsi l'attention gnrale sur un objet si cu- rieux. Cette attention a rendu les observations plus frquentes. Il est tomb de ces pierres en divers lieux de France. M. Biot a fait l'Institut un rap- port trs circonstanci sur celles qui sont tombes FAiglc, dpartement de l'Orne, rapport qui ne MTOROLOGIE. l/jQ peut laisser de doute qu'aux ])ersonnes prvenues ' . On en a encore recueilli dans le dpartement de Vaucluse et dans celui du Gard. Les analyses faites par MM. Fourcroy, Vauquein, Thenard, et Lau- rier, ont confirm celles de M. Howard. M. Laugier en particulier a reconnu le premier dans ces pierres l'existence du chrome ^. Mais d'o viennent-elles? M. Cliladny les croit des corps flottants dans l'espace , des espces de pe- tites plantes; M. Delaplace et M. Poisson ont mon- tr qu'il est mathmatiquement possible qu elles soient lances par les volcans de la lune. Des chi- mistes, et spcialement M. Vauquein, ont bien fait voir aussi qu'une partie des lments de ces pierres peuttresuspenduedansfatmosphre ; mais onneconoit gure comment il pourroit s'en runir assez pour former, avant la chute , des masses aussi considrables^. Histoire naturelle des Eaux. L'hydrolof^ie, ou l'histoire naturelle des eaux, a dj quelque chose de plus facile saisir que celle ' Mmoires de l'Institut, anne 1806, p. 224. * Annales du Musum d'histoire naturelle, t. VII, p. 392. * On trouvera dans la Lithologie atmosphrique de M. Isarn l'ex- pos de la plupart des observations et l'indic^atioii des Mmoires o elles sont consignes j Paris, i8o3, 1 voL in-S". l5o SCIENCES PHYSIQUES. de ratmosphcre. On ne dsire plus rien sur l'origine des fontaines et des rivires ; il est prouv que la pluie et les autres mtores aqueux en sont les seules causes. L'analyse des diverses matires qu'elles tien- nent en dissolution , ou qui s'en prcipitent, est faite avec toute la rigueur de la chimie moderne. Celle des eaux minrales sur -tout possde aujourd'hui des mthodes aussi exactes qu'ingnieuses. Leur im- portance en mdecine y avoit fait songer ds long- temps. Bergman s'en toit occup avec beaucoup de fruit. M. Fourcroy leur a donn une perfection nou- velle dans son livre sur l'analyse de l'eau d'En- ghien*. La composition de l'eau de la mer, la force de sa salure, qui augmente vers le midi et diminue vers le nord , ont galement t examines. On s'est occup mme de la temprature de l'eau diff- rentes profondeurs , et de la quantit ainsi que de la qualit de Fair qu'elle contient. Les expriences de M. Prou dans les mers des pays chauds , com- pares avec celles de Forster vers le ple sud, et d'Irwingvers le ple nord, paroissent prouver que l'eau diminue de chaleur mesure que Ton descend ; et M. Prou pense que cette diminution pourroit bien aller par-tout jusqu' la conglation. Sa surface est chauffe par le soleil ; elle varie moins que l'at- Un vol. in-8; Paris, 1788. liYDUOLOGIE. l5 liosphre : elle s'chauffe davantage prs des ctes dans les pays chauds ; elle doit s'y refroidir vers les ples. Ces expriences intressent sur-tout par rapport la grande question des sources de la chaleur du globe ; question importante elle-mme pour toutes les branches de l'histoire naturelle. On en attribuoit autrefois une partie quelque feu central, ou telle autre cause intrieure; mais la composition du de- gr de la chaleur des caves, aux diverses latitudes, semble se joindre toutes les autres observations pour attester que le soleil seul chauffe la terre. Histoire naturelle des Minraux. Aucune partie de l'histoire naturelle ne semble offrir plus de facilit que la minralogie , puisque les corps qu'elle tudie, immobiles et -peu-prs in- altrables par le temps , se laissent aisment, recueil- lir, conserver, et soumettre volont tous les genres d'expriences. Elle a cependant aussi des difficults particu- lires, dont la plus grande est peut-tre l'absence d'un principe rationnel , pour y tablir cette pre- mire sorte de division que l'on appelle espce dans les corps organiss. Dans ceux-ci c'est la gnration qui est ce prin- l52 SCIEKGES PHYSIQUES. cipe : mais elle n'a pas lieu pour les minraux ; son dfaut on s y contente d'une certaine ressemblance dans les proprits. Jusque vers le milieu du dix- huitime sicle on n'eut gure d'gard qu'aux pro- prits physiques et extrieu res , prises assezarbitrai- rement pour caractres distinctifs. Aussi tous les ef- forts de Wallerius, et mme du grand Linnaeus , qui joignoit encore la figure cristalline aux proprits employes jusqu' lui, ne parvinrent-ils rien de prcis dans cette dtermination des espces min- rales. Gronstedt ouvrit une route nouvelle, en em- ployant le premier la composition chimique comme caractre dominant. C'est d'aprs cette ide que Gronstedt, Bergman, Kirwan, Klaproth , Vauquelin, et d'autres chimis- tes , ont commenc mettre dans la minralogie une partie du bel ordre qui s'y introduit ; et en effet, si la composition toit la seule cause efficiente de toutes les proprits minrales , puisqu'elle les pro- duiroit, il faudroit bien la mettre leur tte: mais il est bon de se rappeler ici l'influence que des cirr constances passagres peuvent avoir sur la forma- tion et sur les qualits physiques des composs, d'aprs la thorie de M. BerthoUet ; elle peut tre telle, qu' composition gale toutes les qualits sen- sibles soient changes. Par consquent les caractres physiques , bien MIJNRALOGIE. l53 apprcis , ne peuvent ni ne doivent tre bannis des dterminations minralogiques; mais il n'est pas permis de les employer indistinctement. Il y en a , comme la couleur et la transparence, qui sont trop variables pour obtenir un rang lev dans la m- thode ; mais ceux qui tiennent de prs la com- position intime, comme la pesanteur spcifique, et sur-tout le clivage, ou cette disposition des lames qui dtermine la forme du noyau et la molcule primitive , sont d'un autre intrt. Ils restent en g- nral les mmes , tant que la composition ne change point : ainsi , considrs uniquement sous ce rap- port, ils seroient dj d'excellents indices propres suppler cette composition quand elle est in- connue. La forme cristalline, sur-tout, a prcd plu- sieurs fois l'analyse, et a fait prvoir une composi- tion diffrente dans plusieurs cas o l'on n'en soup- onnoit point. C'est par elle seulement que M. Hay a distingu les diverses pierres que Ton confondoit sous le titre de schorl\ et celles qu'embrassoit le nom commun de zolithe '. Bien avant que la stron- tiane ft reconnue pour une terre particulire, * Journal de Physique, t. XXVIII, p. 63; Acadmie des Sciences, 1787, p. 92. * Observations sur les Zolitlxes ; Journal des Mines , brumaire an 4, p. 86. l54 SCIENCES PHYSIQUES. M. Haiiy avoit remarqu que les cristaux de sa combinaison avec l'acide sulfurique diffrent de ceux de la baryte unie au mme acide \ Dans d'autres cas l'identit de forme a fait pr- voir l'identit de composition entre des minraux qu'on croyoit diffrents. Il y en a un exemple no- table ; celui du beril et de l'meraude. Ce n'est qu C- pres un examen ritr que M. Yauquelin s'est convaincu de la ressemblance chimique de ces deux pierres , que la cristallographie annonoit d'avance. Les runions opres par la cristallographie entre le jargon, l'hyacinthe, et la prtendue vsuvienne de Norw^ge, entre la chrysolithe, l'apatite, et le mo- roxite , entre le cori ndon et la tlsie , ont galement t confirmes par la chimie; et il est croire qu'elle confirmera de mme celles de la sibrite avec la tourmaline et d'autres semblables, que la cristallo- graphie prvoit ds aujourd hui. Il est arriv aussi que l'analyse chimique a rap- proch ou cart des minraux, contre ce qu'une tude superficielle de leur forme indiquoit, mais un nouvel examen cristallographique a bientt tout remis d'accord , en dcouvrant des diffrences ou des rapports de forme qui avoient chapp. Il y a cependant certains minraux o il n'est pas possible encore de mettre les deux mthodes en ' Annales de Chimie, t. XII, p. i. MIINUALOGIE. 1 55 harmonie. Nous avons dj di qu'on en trouve dont la forme varie, quoique l'analyse en soit la mme : l'arragonite et le spath calcaire en sont l'exemple le plus clbre. Il y en a bien davantage o c'est l'in- verse qui a lieu. Une seule et mme forme passe par nuances insensibles d'une composition une autre presque oppose : tel est le fer spathique. Mais il faut considrer que certains minraux peuvent tre plus ou moins pntrs par des substances tran- gres sans varier de forme. Quoique ces substances accessoires changent beaucoup le rsultat de l'ana- lyse chimique, elles ne doivent point faire tablir d'espces nouvelles, car il est naturel de supposer que la substance principale les a entranes dans son tissu en se cristallisant, et il arrive souvent que, dans un mme morceau , la substance princi- pale pure une extrmit se change par degrs en se pntrant de la substance accessoire. Celle-ci peut mme, en quelque cas, remplacer entirement la premire, en prenant exactement son tissu le plus intime, comme on le voit dans les bois changs en agate, qui montrent encore leurs fibres, leurs rayons mdullaires, et leurs traches. Il faut con- sidrer encore que, dans plusieurs circonstances, l'tat actuel de l'art des analyses est insuffisant pour reconnotre tous les principes ; nous avons des exemples rcents de dcouvertes tout--fait im- l56 SCIENCES PHYSIQUES. prvues sur la composition des minraux qu'on croyoit les mieux analyss , et rien n empche que ces exemples ne puissent se reproduire. Telles sont les causes probables de cette opposition apparente entre les caractres extrieurs et les caractres chi- miques. Ces remarques prouvent qu'il est ncessaire d'- tudier avec le plus grand soin les minraux sous toutes leurs faces , et de comparer sans cesse les r- sultats de ces diverses sortes d'tudes. C'est ce qui se fait aujourd'hui de toute part avec d'autant plus de zle qu'il existe une sorte de rivalit entre les mthodes , chaque minralogiste attachant plus d'importance la face qu'il envisage le plus; mais on ne doit voir dans leurs discussions cet gard que des motifs d'mulation qui rendront la mi- nralogie plus parfaite. La vraie philosophie des sciences demande qu'aucun genre d'observation ne soit nglig. Ainsi M. Werner de Freyberg et toute son cole examinent avec une attention extrme l'ensemble des caractres extrieurs; et leurs observations, saisissant les nuances dlicates ngliges par d'au- tres minralogistes, leur ont souvent fait recon- notre des espces nouvelles : mais quelquefois aussi des distinctions trop scrupuleuses de pro- prits peu importantes leur ont fait regarder MINRALOGIE. iSj comme espces de simples varits. Nous avons en fran<^ois un bon ouvrage^ rdig d'aprs les principes de M. Werner, par M. Brochant, ing- nieur des mines'. M. Hauy, M. Tonnellier, M. Gillet,M. Leiivre, M. de Bournon, et en gnral ceux qui appliquent la mthode cristallographique du minralogiste fran(^ois, s attachant plus exclusivement la pro- prit qui tient de plus prs la nature intime, ra- mnent d'ordinaire ces varits leurs espces, et leurs rsultats sont le plus souvent confirms par l'analyse. C'est celle-ci qui couronne l'uvre quand elle le peut; et elle y a trs souvent russi dans les combi- naisons mtalliques et dans les substances acidi- fres, quelques nuances prs, qui se trouvent dans les proportions de certaines espces. Aussi a- t-on pu disposer ces sortes de minraux en ordres, en genres, et en espces rigoureusement dfinies, et leur appliquer une nomenclature analogue celle des chimistes et indicative de leur composi- tion. Mais les pierres dures, communment dites sili- ceuses, les magnsiennes, la plupart aussi de celles ' Paris, ans 9 et 11, 2 vol. in-S". L'Allemagne a produit un trs grand nombre d'ouvrages sur le mme sujet, tels que ceux de MM. Karsten, Emmerling, Reuss, etc. l58 SCIENCES PHYSIQUES. qui sont runies clans ies roches, sont encore loin d'tre si bien connues. Leurs analyses, faites par diffrents auteurs, ne se ressemblent pas; et c'est sur-tout dans cette classe que le mme chimiste trouve quelquefois, comme nous l'avons dit, dans une seconde analyse, un principe important qui lui avoit chapp dans la premire. C'est ainsi que M. Klaproth vient de dcouvrir l'acide fluorique dans la topaze, o il ne Favoit pas trouv d'abord, et que M. Vauquelin, rptant cette exprience, l'y a trouv encore en beaucoup plus grande quan- tit'. En attendant donc qu'on en soit venu pour ces sortes d'analyses des mthodes plus sres, on laisse ces pierres ensemble sans en former des gen- res proprement dits, les isolant d'aprs leurs pro- prits physiques les plus essentielles, et leur don- nant des noms arbitraires tirs de quelques unes de ces proprits. Telle est la marche actuelle de la minralogie , marche qui n'a t entirement adopte] que dans la priode dont nous rendons compte, et d'aprs laquelle le catalogue des minraux a t non seule- ment mieux ordonn, mais encore singulirement enrichi''. ' Annales de Chimie de 1807. ^ Voyez lnumration de toutes ies dcouvertes, avec l'indication MINRALOGIE. l59 Il a fallu y insrer d'abord tous les nouveaux l- ments mtalliques et terreux reconnus par la chi- mie, ainsi que leurs diverses combinaisons. Comme nous en avons parl prcdemment, il est inutile que nous revenions sur ce sujet. On y a ajout un grand nombre de combinai- sons dont les lments toient connus, mais dont on ne savoit pas auparavant qu'ils existassent ru- nis dans la nature. Ainsi le phosphate de chaux, que l'on savoit depuis long-temps tre la matire terreuse des os, s'est trouv formant des montagnes entires en Espagne et en Hongrie, et des cristaux isols dans beaucoup d'endroits. MM. Proust, Rla- protli, et Vauquelin, Fy ont reconnu successive- ment. Cette mme chaux a t dcouverte, par M. Seb , unie l'acide de l'arsenic et formant une pierre empoisonne. Parmi les gypses ou sulfates de chaux on en a reconnu un quinianque d'eau de cristallisation et dont les qualits phvsiques diffrent du gypse com- mun. Tj'abb Poda l'avoit indiqu; M. Klaproth en a commenc l'analyse, et M. Vauquelin l'a ter- mine. de leurs auteurs et des Mmoires o ils les ont consignes, dans le Trait de Minralogie de M. Haiiy, Paris, 1800; 4 ^'o^- in-8" et un atlas; et dans les supplments joints par M. Lucas fds l'abrg (ju'il a donn de cet ouvrage : consultez aussi les diffrents volumes du Journal des Mines. l6o SCIENCES PHYSIQUES. La baryte unie Tacide carbonique est une autre pierre qui empoisonne; le docteur Withering l'a dcouverte dans le Lancasbire en Angleterre. Certains cristaux presque cubiques, assez durs , des environs de Lunebourg , ont t reconnus, par MM. Westrurab et Vauquelin , pour un compos de magnsie et d'acide boracique. La combinaison de la cbaux et de la silice avec le mme acide a t dcouverte en Norwge par M. Esmark , et analyse par M. Klaprotb. On a trouv au Groenland l'alu- mine combine Tacide fluorique; M. Abildgaard Fa fait connotre. Parmi les combinaisons mtalliques, le cuivre, uni l'acide arsenique, forme des mines trs ricbes en Angleterre. Il y en a, dans le pays de Nassau , d'uni l'acide pbospborique. M. Lelivre a fait connotre un manganse car- bonate , et a dcouvert l'le d'Elbe un oxyde de fer combin celui du manganse, la silice, et la chaux, et formant un minral que ce savant a nomm ynite. Le fer et l'acide du chrome constituent un autre minral rcemment dcouvert en France par M. Pontier, et qui fournit en abondance le chrome devenu ncessaire nos manufactures d'- maux et de couleurs. On a encore trouv des com- binaisons du fer avec le titane et avec les acides de MINRALOGIE. l6l larseriic et du phosphore. M. Fourcroy a fait l'a- nalyse de cette dernire. On a mis ensuite leur vritable place dans le cata!o[fue plusieurs minraux que Ton possdoit la vrit depuis long-temps, mais sur la composi- tion desquels on n'avoit point d'ides justes. La chimie a mme offert cet gard les rsultats les plus inattendus. iVinsi le corindon et la tlsie, qui comprend les rubis , les saphirs, et les topazes d'O- rient, ne se sont trouvs que des cristalHsations d'alumine presque pure; peine Tmeril en diffre- t-il, selon M. Tennant. La diaspore, dont on doit la connoissance M. Lelivre et l'analyse M. Vau- quelin, et la wavellite, dcouverte par le docteur Wavel en Devonshire, et analyse par M. Davy, sont des pierres trs diffrentes des prcdentes, et ne contiennent cependant que de l'alumine et de l'eau ; et, en gnral, l'eau a t reconnue dans cette priode pour un principe souvent trs influent de la composition minrale. Le spinelle, ou rubis oc- tadre, est seulement de l'alumine unie un peu de magnsie et colore par l'acide chrmique. L'- meraude, le bryl, se distinguent par la prsence de la glucine; les topazes de Saxe et du Brsil, par celle de l'acide fluor ique. L'antimoine a t re- connu pour un des principes de l'argent rouge. Le nickel s'est trouv tre le principe colorant de la BUFFON. COMPLiM. T. I. II l62 SCIENCES PHYSIQUES. prase; le chrome, celui de l'^neraude, de la dial- lage, et de la plupart des serpentines. MM. Kiaproth et Vauquelin sont les auteurs de la plupart de ces dcouvertes importantes '. Enfin l'on a dtermin les caractres de plusieurs minraux dont les proprits physiques ou la pr- sence de quelque lment particulier exi(^ent la s- paration, quoiqu'ils soient de la classe de ceux dont l'analyse chimique n'est point encore enti- rement satisfaisante. Nous n'en citerons qu'un pe- tit nombre: ieuclase, rapporte du Prou par Dombey, est une gemme analogue l'nieraude en couleur et en composition , mais qui se brise trop facilement pour pouvoir tre taille. La ga- dolinite se trouve dans certaines roches de Sude; c'est elle qui a fourni la terre nouvelle appele ytlria, etc. C'est par ces additions successives que le nombre des espces minrales , dont Gronstedt et Bergman ne comptoient gure qu'une centaine, a t port prs de cent soixante, sans parler des innombra- bles varits, des mlanges, et des espces encore incertaines : , et ici les varits sont trs souvent ' Les diffrents Me'moires ;inalytiques de M. Vauquelin remplissent le Journal des Mines et les Annales de Chimie. Ceux de M. Kiaproth ont t recueillis en allemand; Berlin, 1807; 4 vol. in-8; et M. Tas- saert vient d'en commencer une traduction Franoise; Paris, 1807; in-8^ MIINRALOGIE. l63 (l'une grande importance, et l'on est oblig de les numrer tontes dans le catalogue ; car c'est par elles que se dtermine l'usage des substances pier- reuses. La craie, la pierre btir, les marbres de toute sorte, l'albtre, les spatbs calcaires, par exemple, ne sont que des varits du carbonate calcaire : et combien d'emplois diffrents cha- cune de ces varits n'est -elle pas exclusivement propre! Il n'est pas moins ncessaire de connotre, de classer et de caractriser les divers mlanges. C'est d'aprs eux que telle argile n'est bonne qu' mar- ner; telle autre qu' faire des briques ou des po- teries communes, tandis qu'une sorte plus pure donne la plus belle porcelaine. Qui voudroit em- ployer indiffremment les varits de schistes s'ex- poseroit de terribles mcomptes. Il faut donc qu elles soient toutes bien dtermines dans les livres. Les varits de forme, de leur ct, ont un grand intrt scientifique : il y a quelque chose d'admirable dans cette prodigieuse multitude de combinaisons d'o rsultent toutes ces facettes dis- poses avec tant de symtrie. M. Hay a donc rendu un vrai service la philosophie naturelle, en tenant compte de toutes ces diffrences , et en les analysant d'aprs les lois de sa thorie. Il a 1 1 . l6/\ SCIENCES PHYSIQUES. donn ainsi la minralogie nn caractre tout nou- veau qui la rapproche beaucoup cle l'exactitude des sciences mathmatiques. C'est ce que Ton admire sur-tout dans son grand trait sur cette science, magnifique monument des progrs faits dans ces dernires annes, et auxquels l'auteur a contribu plus que tout autre ' . L'ouvrage que M. Brongniart a rdig par ordre du gouvernement pour l'usage des lyces a donn de son ct une attention plus suivie aux varits non cristallines qui fixent les usages, et, sous ce rapport, il est aussi utile aux arts qu' l'instruction publique \ Gologie. Mais la formation et l'ordonnance de ce grand catalogue des minraux, et mme l'expos le plus complet des proprits de chacun d'eux, ne sont en- core ([u'une partie de leur histoire : il faut y ajouter la connoissance de leur position respective, et de leur distribution dans celles des couches du globe que nous pouvons percer. C'est l l'objet de la gologie positive et de la go- graphie physique. Celle-ci est une sorte de golo- gie particulire, base de la gologie gnrale. On y ' Paris, 1800; 4 vol- i'^-8, t:t un atlas. ^ Trait lmentaire de Minralogie; Paris, 1807; 2 vol. in-S*. GOLOGIE. l65 examine fond la structure minrale d'un pays d- termin, et la nature des pierres ou des autres mi- nraux qui composent ses montagnes, ses collines et ses plaines, ainsi que leur position relative; c'est une science pour ainsi dire toute moderne. Pallas en a donn de beaux exemples pour la Russie', Saussure pour les Alpes', M. Deluc pour certaines rgions de la Hollande et de la Westphalie^. L'cole de Werner a fait cet gard les plus belles recherches en Saxe et dans plu- sieurs autres contres de l'Allemagne et des pays voisins"^. Les cantons des mines ont t, comme on devoit s'y attendre, examins avec encore plus de soin que les autres: Tintrt immdiat le deman- doit; et ceux de Saxe et de Hongrie, o l'art des ' Dans ses observations sur la formation des montajijnes, Acadmie de Ptersbourn , 1777, et clans ses Voyages. ' Voyages dans les Alpes; Neufchtel, 1779-96; 4^0!. in-4''. ^ Lettres la reine d'Angleterre sur l'histoire de la terre et de l'homme ; La Haye, 1768 ; 6 vol. in-8". ^ Les ouvrages gologiques particuliers sortis de l'cole de M. Wer- ner sont aussi nombreux qu'importants : leur numiation, et l'expos le plus complet qu'il y ait encore de leurs rsultats, se trouvent dans la Gognosie de lleuss; Leipsick, i8o5; 2 vol. in-8", en allemand. On distingue dans le nombre ceux de MM. de Buch, Sturl, Leonhard, Lazius, Noze, Voigt, Freisleben, Wrede, etc. Nous n'avons pas be- soin de citer le plus clbre des lves de Werner, l'illustre et coura- geux M. de Humboldt. Il est bon de consulter aussi les ouvrages jhis anciens de Charpentier, de Born, etc. l66 SCIENCES PHYSIQUES. mines est exerc depuis un temps injmmorial, ont eu les plus excellents bisto riens. I^a gographie physique del Fiance n'a pas t cultive dans ces derniers temps avec moins d'ar- deur que celle des pays trangers; les cours de Rouelle, ceux de Valmont de Bomare, de Dau- benton, et de M. Sage, ainsi que leurs ouvrages lmentaires, ont commenc rpandre dans notre nation le got de la minralogie, long-temps con- centr en Allemagne et en Sude. Des cabinets ont t forms dans nos principales villes, et des voyages minralogiques entrepris dans presque toutes nos provinces. Ds avant l'poque dontnous rendons compte, de GensanneetSoula vie avoient dcrit le Languedoc, Besson les Vosges: nos mines de fer, principale richesse de la France en ce genre, avoient t examines par Dietrich ' ; et Picot-la-Peyrouse avoit dcrit celles du comt de Foix^ ; Polassou , et plus rcemment M. Ramond, ont fait connotre en dtail les Pyrnes^. Le conseil des mines, tabli en lygS, lorsque l'interruption de tout rapport avec l'tranger fit ' Description des gtes de minerai des forges et des salines des Pyrcne'es, par le B. de Dietrich; Paris, 1786; 4 vol. in-8. ^ Trait sur les mines de fer et les forges du comt de Foix par de La Peyrouse; Toulouse, 1786; i vol. in-8. ^ Essai sur la Minralogie des Pyrnes ; Paris , 1781. Observations faites dans les Pyrnes, par Ramond; Paris, 1789; i vol. in-8". GOLOGIE. 167 sentir le besoin de tirer parti de notre territoire, a donn ces sortes de recherches une inpulsion toute nouvelle. Des ing^nieurs, envoys par ses ordres dans les divers dpartements , en ont tudi la minralogie; et les descriptions exactes d'un as- sez grand nombre, faites sur-tout par MM. Dolo- mieu, de Gensanne, Lefiebvre , Duhamel fils, Baillet du Belioy, Hron de Villetosse, Cordier, Rosire, Hricartde Thury, ont dj t recueillies dans le Journal des Mines'. Nos mines de houiie ont excit une vive attention, e^t MM. Duhamel pre, Lefebvre, Gillet-Laumont, de Gensanne, se sont occups avec succs de leur gisement, de leurs inflexions, des failles ou filons pierreux qui les interrompent, et de tous les dtails de leur ex- ploitation et de leur emploi. Les riches mines ([ue le sort des armes a fait tomber au pouvoir de la France dans les dpartements conquis ont t examines et dcrites avec soin, et ont enrichi la science en mme temps que lempire. Dans les an- ciennes provinces on a dcouvert ou dcrit diverses mines de mtaux utiles aux arts, depuis lemercuie et le cuivre jusqu'au chrome et au manganse, et de nombreuses carrires de pierres propres tous ' Cette collection a commenc en vendmiaire an 3, et elle con- tinue avec succs. L'Allema^rne en a plusieurs d'analo{i;ues, telles que celles de M. de Moll, de M. de Hof, etc. l68 SCIENCES PHYSIQUES. les genres de constructions, depuis les marbres et les porphyres qui enrichissent nos palais , jusqu'aux briques insubmersibles dont en fabrique les fours des vaisseaux; et parmi toutes ces recherches il s est rencontr une foule de minraux qui, sans avoir encore d'utilit immdiate, appartiennent cependant au grand systme de notre gographie physique, et fournissent des matriaux prcieux aux recherches de la chimie. Ainsi fmeraude a t trouve prs de Limoges par M. Lelivre; la pinite, au Puy-de-Dme, par M. Cocq; l'antimoine natif et oxyd, Allemont, par M. Schreiber; furane oxyd, Smur, par M. Ghampeaux.) et Ghanteloup prs Limoges. L'une des plus intressantes de ces dcouvertes est celle d'une mine de fer chromat faite dans le d- partement du Var par M. Pontier, et dont nous avons parl il n'y a qu'un moment ^ Ces descriptions minralogiquesdes diverses con- tres, rapproches et compares, offrent plusieurs points de conformit, qui doivent, par leur confor- mit mme, tenir essentiellement la structure de la crote du globe. La srie de ces rsultats communs, qui se retrouvent -peu-prs les mmes par toute la terre, est ce qui constitue proprement ' On trouvera ces Mmoires et,'plusieurs autres dans le Journal des Mines. GOLOGIE. 169 la science de la gologie positive ou gnrale , la- quelle , assignant les lois de la position respective des divers minraux, est de la plus haute impor- tance pour guider dans leur recherche. Gomme l'ordinaire c'est lintrct qui a fourni les premiers traits du tableau ; on a d'abord tudi les montagnes riches en filons mtalliques, et on les a distingues de celles dont les couches horizontales sont le plus souvent pauvres en mtaux ; c'est l qu'on en toit venu vers le milieu du dix-huitime sicle : bientt on s'aperut que les roches filons tiennent toujours de prs aux roches plus compactes encore qui composent les chanes de montagnes les plus leves ; que les unes et les autres sont dpour- vues de ces dbris de corps organiss qui remplis- sent les couches ordinaires ; enfin que celles-ci, poses sur les flancs des premires, doivent avoir t formes aprs elles. De l cette distinction fondamentale , en golo- gie, des terrains primitifs que l'on suppose ant- rieurs l'onoanisation , et des terrains secondaires dposs sur les autres par les eaux, et fourmillant des dbris de leurs productions organi(|ues. Il parot que Lehman et Rouelle sont les premiers qui aient class nettement les terrains d'aprs ces ides '. ' On peut consulter sur l'histoire tle la gologie, principalement I-yo SCIENCES PHYSIQUES. Mais il restoit encore beaucoup de dveloppe- ments leur donner : les terrains j)rimitifs sont, eux- mmes de plusieurs sortes, et probalDlement de plu- sieurs ges ; et ion peut encore moins mconnotre une longue succession parmi les secondaires. Le granit et les roches analogues forment le massif qui porte tous les autres terrains, et qui les perce pour s lever en aiguilles , en crtes ou en plateaux, dans la ligne moyenne des chanes les plus hautes : sur leurs flancs sont coucbs les gneiss , les schistes, et autres roches feuilletes , rceptacles ordinaires des filons mtalliques , que recouvrent leur tour ou parmi lesquels se mlent les divers marbres sa- lins. Les couches de toutes ces substances sont bri- ses, releves, dsordonnes de mille manires. Voil ce que M. Pallas a annonc pour les mon- tagnes de Russie ; ce que MM. de Saussure et Dolo- mieu ont confirm pour celles d'Europe ; ce ([ue M. Deluc a dvelopp. jCS Pyrnes paroissoient faire une exception la rgie ; mais M. Ramond a montr que cette ex- ception n'est qu'apparente , et tient seulement ce que les schistes et les calcaires, du ct de l'Espagne, sont plus levs que la crte granitique mitoyenne' . dans le dix-huitime sicle, diffrents articles du Dictionnaire de Go- j^raphie physique de l'Encyclope'die mthodique, de M. Desmarets. ' Voyage au Mont-Perdu; Paris, 1801; i vol. in-8". GOLOGIE. 171 M. Weriier et ses lves ont donn de bien plus fjrands dtails touchant la superposition de ces ter- rains primitifs; mais peut-tre ont-ils trop multipli les classes, pour que leurs observations soient ap- plicables dans leur entier d'autres pays qu' ceux qu'ils ont observs. M. Werner a donn aussi dans sa Thorie des fdons un recueil intressant d'obser- vations sur la marche de ces fissures sinoulires, et a cherch dterminer d'une manire prcise l'ge des mtaux , par la manire dont les filons se coupent; car si, comme il le parot, les filous ne sont que des fentes remplies aprs coup , ceux qui traversent les autres doivent leur tre post- rieurs '. Les terrains secondaires sont moins faciles ob- server que les primitifs : plus gnralement hori- zontaux , il est plus rare d'en trouver des coupes verticales un peu considrables , et leurs divers ar- rangements n ont pas , beaucoup prs , autant d'uniformit. On remarque cependant aussi dans ce qu'on en connoit un certain ordre de superpo- sition. Les calcaires durs, remplis de cornes dam- mon , les schistes , et les charbons de terre marqus d empreintes de fougres ou de palmiers ; les craies pleines de silex mouls en oursins ou de blemnites ' Nouvelle Thorie de la forniation des filons, etc., traduite de l'allemand, par M. Dauhuisson; Paris, 1802. 1-72 SCIENCES PHYSIQUES. spathiques, les calcaires grossiers, composs de co- quilles plus semblables celles de nos mers, se suc- cdent suivant de certaines lois. Des marnes, des sables , des gypses , les recouvrent et l, et rec- lent ple-mle des coquilles roules et des os de quadrupdes, ou des empreintes de poissons. Ces immenses dpts , sillonns par les fleuves et par les rivires, interrompus par des tranes de laves ou d autres produits volcaniques , complts ou bords par des terrains d alluvion , couverts en beaucoup d'endroits d'une abondance de cailloux rouls, portant et l des dbris vidents de ter- rains plus anciens , marques infaillibles de .grandes rvolutions, constituent la partie la plus consid- rable de nos continents. Une foule de dtails attirent dans ce grand en- semble les regards et les rflexions de l'observa- teur. D'normes blocs de pierres primitives, telles que des granits, sont parssur les terrains secondaires, comme s'ils y eussent t lancs, et semblent indi- quer de grandes ruptions. M. Deluc a beaucoup appuy sur ce fait: M. de Bucb a observ rcem- ment que les blocs du nord de l'Allemagne ressem- blent aux roches de la Sude et de la Laponie, et paroissent venir de cette rgion. Des amas de cailloux rouls occupent l'issue des GEOLOGIE. 17J grandes valles , et pai oissent annoncer de grandes dbcles. M. de Saussure a pris soin d'en citer plu- sieurs exemples. Quelquefois des couches de ces cailloux lis en poudingues sont releves ; preuve de bouleverse- ments postrieurs quelques unes de ces dbcles. On en voit des exemples jusqu'en Sibrie : M. Pa- trin en a dcrit; M. de Humboldt en a trouv en abondance dans la vaste plaine qu arrose le fleuve des Amazones. En gnral les terrains secondaires que l'on est oblig de supposer forms tranquillement et par voie de dpt ou de prcipitation n'ont pas tous conserv leur position originaire : on en voit d'in- clins, de redresss, de dchirs, de bouleverss. M. Deluc a aussi le mrite d'avoir bien montr tous ces dsordres ' . Les volcans sont une cause encore active de chan- gements en certains points de la surface du globe; il toit intressant d'tudier leur manire d'agir, la nature et les caractres de leurs produits, le degr de chaleur avec lequel ces produits sortent du cra- tre, de chercher mme conjecturer la profon- ' Les lettres de M. Deluc M. de La Metherie, recueillies dans le Journal de Physique, anne'es 1789, 1790, 1791 , et les Lettres golo- giques du mme auteur M. Blumenbach; Paris, 1798; i vol. in-S", contiennent l'expos de ses ides particulires sur la thorie de la terre. I';4 SCIENCES PHYSIQUES. cleur du foyer d'o ils manent , les causes qui peu- vent y occasioner et y nourrir l'inflanimation , et celles qui entretiennent la fusion des laves. Dolomieu ^ et Spallanzani sont ceux qui ont mis dans ces derniers temps le plus de suite ce genre de recherches; ils ont recueiU l'un et l'autre, et d- crit avec beaucoup de soin , les produits du Vsuve et de l'Etna. M. de Humbodt, en revenant de gra- vir les pics les plus levs et les volcans plus terribles encore qui hrissent la Gordillire des Andes , a eu l'avantage de voir de prs la dernire ruption du Vsuve. Le volcan de l'le de Bourbon a fourni des observations prcieuses MM. Huber et Bory-Saint- Vincent. L'un des faits les plus remarquables qui parois- sent avoir t constats c'est que le feu des volcans n'a pas , beaucoup prs , le haut degr de chaleur qu'on lui attribuoit. Dolomieu s'en est assur , en examinant l'action de la lave sur les divers objets qu'elle enveloppa en i ygS , dans un village au pied, du Vsuve; il a expliqu par-l comment elle a pu entraner sans les fondre divers cristaux trs fusi- bles don telle est souvent remplie. Cependant la lave ' Voyage aux les de Lipari , 1783 ; Voyages aux les Ponces, et Catalogue raisonn des produits de l'Etna, 1788; et sur-tout ses der- niers Mmoires dans les Journaux de Physique et des Mines. Ajoutez ces ouvrages les Mmoires de M. Fleuriau de Bellevue, ceux de M. Daubuisson, et l'Essai de M. de Montlosier sur les volcans de l'Auvergne. GOLOGIE. 175 est trs fluide; elle s'insinue jusque dans les plus petits interstices des corps : on a de l'le de Bourbon des troncs de palmiers dont toutes les fentes en sont remplies (c*est une des remarques de M. Huber). Lorsqu'elle coule elle bouillonne et rpand au loin des vapeurs paisses: ne s'enflammeroit-elle C|u'au contact de l'atmosphre, et y laisseroit-clle chap- per quelque substance qui entretenoit la fusion ce degr modr de chaleur, comme Font souponn Rirwan et Dolomieu? La quantit de ces laves est norme, MM. Deluc ont cherch faire voir que toute la masse des mon- tagnes volcaniques est forme des produits mmes de leurs ruptions ; et le nombre des volcans a t autrefois bien plus considrable qu'aujourd'hui. G'estcequ'ona reconnu, dsquonaeu surles laves modernes des notions suffisantes pour pouvoir les comparer avec les anciennes. M. Desmarets est un des premiers qui se soient occups dece genre de recherches; il a fait connotre sur-tout les volcans teints cle l'Auvergne; il est re- mont leurs cratres ; il a suivi les tranes de leurs laves; il les a vues se fendre en piliers basal- tiques; et c'est d'aprs ses observations que l'on a attribu long-temps tous les basaltes, pierres assez semblables certaines laves, une origine volca- nique. M. Faujas a fait des travaux semblables sur les 176 SCIENCES PHYSIQUES. volcans teints du Vivarais ' ; Fortis , sur ceux du Vicentin% etc. 11 parot cependant que les terrains qui ont de la ressemblance avec les laves n'ont pas tous la mraeorigine.Telles senties roches iionimesii'aAes; elles occupent de grandes tendues dans certaines contres de rAllemagnc; elles y sont bien horizon- tales, n'y tiennent aucune lvation que l'on paisse regarder comme un cratre, reposent souvent sur des houilles trs combustibles, qu'elles n'ont point altres : elles ne sont donc point volcaniques. M. Werner a bien dmontr ces faits; et une mul- titude de terrains ont t dpouills, par suite de ses observations, de l'origine qu'on leur attribuoit. Tout au plus resteroit-il l'opinion de Hutton et de M. James Hall , qu'ils ont t fondus en place, lors d'un chauffement gnral et violent prouv par le globe. La ressemblance de la pierre ne sufft donc plus pour faire croire un volcan teint ; il faut encore des traces d'ruption : mais lorsque ces traces sont videntes on ne peut refuser de s'y rendre. Aussi des lves distingus de M. Werner, MM. de Buch ' Recherches sur les volcans teints du Vivarais et du Velay ; Paris , 1778; 1 vol. in-folio. Mine'ralogie des volcans; Paris, 1 vol. in-8''. ^ Mmoires pour servir l'histoire naturelle, et principalement l'oryctographie de l'Italie; Paris, 1802, 1 vol. in-8. GOLOGIE. I-y-y et Daubiiisson , ont-ils reconnu la nature volca- nique des pics de l'Auvergne. C'est en examinant ainsi [es diverses contres du globe que Ton trouve que les volcans ont t autre- fois infiniment plus nombreux qu'aujourd'hui : il y en a sur toute la longueur de l'Italie; et les sept montagnes de Rome sont les dbris d'un cratre, selon M. Breislak \ Les bords du Rhin en sont h- risss; on en voit en Hongrie, en Transylvanie > et jusque dans le fond de l'Ecosse. L'observation des volcans teints a mme donn des lumires sur la nature des volcans en gnral. Ainsi Dolomieu, en tudiant ceux de l'Auvergne, a cru s'apercevoir que leur foyer de voit tre sous un immense plateau de granit, que les produits de leurs ruptions couvrent maintenant. C'est ainsi qu'on expliqueroit ces pierres inconnues ailleurs, que tant de laves contiennent. Il n'est cependant pas enti- rement prouv qu'il n'ait pas pu en cristalliser quel- ques unes pendant que la lave toit encore liquide. Au reste , quel qu'ait pu tre le nombre des an- ciens volcans, ce ne sont pas eux qui ont boulevers les autres couches. Il parot bien prouv, d'aprs les remarques de MM. Deluc , qu'ils n'ont pu exercer qu'une influence locale , en perant ces couches , et en les recouvrant de leurs produits. ' Voyages clans la Campanie ; Paris, 1801 ; 9. vol. in-8. BUFFON. COMPLM. T. I. 12 lyS SCIENCES PHYSIQUES. La haute antiquit de quelques uns est dmon- tre par les couches marines qui se sont formes dessus ou qui alternent avec leurs laves. Mais comment le feu des volcans peut-Il tre en- tretenu ces profondeurs inaccessibles? Pourquoi presque tous les volcans brlants sont-ils peu de distance de la mer? L'eau sale est-elle ncessaire ces fermentations intrieures? Est-ce d'elle que viennent les produits salins qui s'accumulent sur les bords des cratres , et dont on trouve encore quelques uns dans les volcans teints , comme M. Vauquelin Ta remarqu en Auvergne? Voil des questions qui pourront long-temps en- core occuper les physiciens. Les eaux courantes sont une autre cause de chan- gement moins violente, mais aujourd'hui plus g- nrale que les volcans. Elles entranent les pierres , les sables , et les terres des lieux levs , et vont les dposer dans les lieux bas , quand elles perdent leur rapidit. De l les alluvions des bords des rivires , et sur-tout de leur embouchure; c'est ainsi que le Delta de l'Egypte s'est form et s'accrot encore. I^a basse Lombardie, une partie de la Hollande, del Zlande, n'ont point d'autre origine. Les terres ainsi formes sont les plus fertiles du monde : mais les inondations qui les crent les dvastent aussi de temps en temps ; et si on les enceint trop tt par GEOLOGIE. 1-79 des digues , on les expose rester trop au-dessous du niveau du fleuve : c'est le cas de la Hollande qui, en beaucoup d'endroits, ne se dessche qu' force demachines. L'intrtepus pressant exi^jeoit donc qu'on tudit cette branche de la gologie, pour trouver -la-fois les moyens de profiter de ces terres nouvelles et ceux d'en viter les inconvnients. Les philosophes Font tudie par une autre rai- son : ils ont cru y trouver le plus siir indice de l'poque o nos continents ont subi leur dernire rvolution. En effet ces alluvions augmentent assez rapidement; et comme dans l'origine ils dvoient aller pins vite encore, leur tendue ac- tuelle semble s'accorder avec, tous les monuments de l'histoire, pour faire regarder cette rvolution comme assez rcente. MM. Deluc et Dolomieu sont encore ceux qui nous paroissent avoir le mieux dvelopp cet ordre de faits. Mais ce que les tudes gologiques ont offert de plus piquant c'est, sans contredit, ce qui con- cerne ces innombrables restes de corps organiss dont fourmillent les terrains secondaires, et dont ils semblent mme entirement composs en quel- ques endroits. Depuis long-temps on avoit remarqu que les productions de la mer couvrent ainsi la terre ferme de leurs amas jusqu' des hauteurs infini- II. l8o SCIENCES PHYSIQUES. nient suprieures celles qu'atteindroient aujour- d'hui les plus terribles inondations. Un examen plus attentif avoit fait connotre qne les productions qui couvrent chaque contre ne sont presque jamais celles des mers voisines, et mme qu'un grand nombre d'entre elles n'ont pu encore tre retrouves dans aucune mer. La mme observation s'appliquoit aux dbris de vgtaux et aux ossements d'animaux terrestres. Un si grand aiguillon pour la curiosit a pro- duit son effet. Les fossiles, les ptrifications, ont t recueillis de toute part; et leurs descriptions commencent former une grande srie toute par- ticulire, qui ajoute, beaucoup d'espces celles des tres connus pour vivants. M. de Lamarck est, dans l'poque actuelle, celui qui s'est occup des coquilles fossiles avec le plus de suite et de fruit : il en a fait connotre plusieurs centaines d'es- pces nouvelles, seulement dans les environs de Paris ' . Les poissons fossiles des environs de Vrone ont t dcrits et gravs avec magnificence par les soins de M. de Gazola \ ' Dans les diffrents volumes des Annales du Musum d'histoire naturelle. ^ Ittiologia Veronese, in-fol. Il n'en a encore paru qu'une foible partie, quoique toutes les planches soient prtes. GOLOGIE. 18 r Les vgtaux fossiles ont t moins tudis. Il y en a dans des couches rcentes d'assez semblables ceux d'aujourd'hui. M. Faujas en a dcrit plu- sieurs; mais les houilles et les schistes en reclent d'inconnus. M. le comte de Sternberg a donn rcemment un essai leur sujet*; on commence aussi les lecueillir et les graver en Angleterre et en Allemagne. On peut citer dans ce dernier pays l'ouvrage de M. Schlotheim. Parmi ces tonnants monuments des rvolu- tions du globe, il n'y en avoit point qui dussent faire esprer des renseignements plus lumineux que les dbris des quadrupdes, parcequ'il toit plus ais de s'assurer de leurs espces, et des res- semblances ou des diffrences qu'elles peuvent avoir avec celles qui subsistent aujourd'hui; mais comme on trouve leurs os presque toujours pars, et le plus souvent mutils, il falloit imaginer une mthode de reconnotre chaque os, chaque por- tion d'os, et de les rapporter leurs espces. Nous verrons ailleurs comment M. Guvier y est parvenu. Il a examin les os en question d'aprs cette m- thode, et il a recr ainsi plusieurs grandes es- pces de quadrupdes dont il ne reste plus aucun individu vivant la surface du globe. Les pl- ' C'est aussi dans les Annales du Musum que MM. Faujas et de Sternbeig ont publi leurs Mmoires. l82 SCIENCES PHYSIQUES. trires des environs de Paris lui en ont seules fourni plus de dix qui forment mme des genres nouveaux. Des terrains plus rcents ont des os de (genres connus, mais d espces qui ne le sont point. Ce n'est (jue dans les alluvions et autres terrains qui se forment encore journellement que Ton trouve les os de. nos espces actuelles'. Presque toujours les os inconnus sont recou- verts par des couches pleines de coquilles de mer. C'est donc quelque inondation marine qui en a ananti les espces ; mais l'influence de cette rvo- lution, cause de sa nature mme, ne s'est peut- tre pas exerce sur tous les animaux marins. Il est cependant indubitable que les couches les plus profondes, et par consquent les plus an- ciennes parmi les secondaires, fourmillent de co- quilles et d'autres productions qu'il a t jusqu' prsent impossible de retrouver dans aucun des parages de l'Ocan ; et comme les espces sembla- ]>les celles qu'on pche aujourd'hui n'existent que dans les couches superficielles, on est autoris croire quil y en a eu une certaine succession dans les formes des tres vivants. Les houilles ou charbons de terre paroissent Les Mmoires de M. Cuvier sur la rinte'gration des espces per- dues de quadrupdes ne sont encore que dans les Annales du Mu-^ sum d'histoire naturelle. GOLOGIE. l83 aussi tre d'anciens produits de la vie : ce sont pro- bablement des restes de forets de ces temps reculs que la nature semble avoir mis en rserve pour les fjes prsents. Plus utiles qu'aucun autre fossile, elles dvoient naturellement attirer de bonne heure Fattention. Leur profondeur et la nature des cou- ches pierreuses qui les renferment annoncent leur antiquit; et les espces toutes trangres de plantes qu'elles reclent s'accordent avec les fossiles ani- maux, pour prouver les variations que l'organisa- tion a subies sur la terre. Il n'est pas jusqu' l'ambre jaune qui ne recle des insectes inconnus, et qui ne se trouve quel- quefois dans des fentes de bois fossiles qui ne le sont pas moins. A la vue d'un spectacle si imposant, si terrible mme, que celui de ces dbris de la vie formant presque tout le sol sur lequel portent nos pas, il est bien difficile de retenir son iniagination, et de ne point hasarder quelques conjectures sur les causes qui ont pu amener de si grands effets. Aussi, depuis plus d'un sicle, la gologie a-t-elle t si fertile en systmes de ce genre que bien des gens croient qu'ils la constituent essentiellement, et la regardent comme une science purement hy- pothtique. Ce que nous en avons dit jusqu' pr- sent montre qu'elle a une partie tout aussi |)Osi- l84 SCIENCES PHYSIQUES. tive qu'aucune autre science cFbservatio]! ; mais nous croyons avoir montr en mme temps que cette partie positive n'est point encore assez com- plte, qu'elle n'a point encore assez recueilli de faits pour fournir une base suffisante aux explica- tions. La gologie explicative, dans Ftat actuel des sciences , est encore un problme indtermin dont aucune solution ne l'emportera sur les autres, tant qu'il n'y aura pas un plus grand nombre de condi- tions fixes. Les systmes ont eu cependant le m- rite d'exciter la recherche des faits, et nous devons, cet gard, de la reconnoissance leurs auteurs. On connot depuis long-temps ceux de Wood- vvards, de Whiston , de Burnet, de Leibnitz, de Scheuchzer : conus avant qu'on etit aucune notion dtaille del structure du globe, ils ne pouvoient soutenir un examen srieux. Le premier systme de Buffon les clipsa tous parla manire loquente dont il fut prsent : il excita un enthousiasme g- nral, et produisit en quelque sorte des observa- teurs dans chaque coin de la terre. On lui fut donc rellement redevable des observations mmes qui le dtruisirent. Ledeuximedu mmeauteur, prsent avec plus d'art encore dans ses Epoques de la nature, vint trop tard pour avoir mme un succs momen- tan. Le vritable esprit d'observation, la recherche des fait positifs, animoient tous les naturalistes; et GOLOGIE. l85 Ton peut dire que ds-lors ceux qui ont propos leurs ides sur ces grands sujets sont plutt des gnies spculatifs, de hardis contemplateurs, que des ob- servateurs philosophes. Les consquences les plus incontestables des faits auroient dj de quoi effrayer les esprits habitus la marche rigoureuse, ou si Ton veut timide, que les sciences suivent aujourd'hui. La diminution primitive des eaux , leurs retours rpts, les varia- tions des produits qu'elles ont dposs, et qui for- ment maintenant nos couches ; celles des tres organiss, dont les dpouilles remplissent une par- tie de ces couches ; la premire origine de ces mmes tres : comment rsoudre de pareils problmes avec les forces que nous connoissons maintenant la nature? Nos ruptions volcaniques, nos atterrisse- ments, nos courants, sont des agents bien foibles pour de si grands effets : aussi n'est-il rien de si vio- lent qu'on n'ait imagin. Selon les uns, des comtes ont choqu la terre, ou Font consume, ou Font couverte des vapeurs de leur queue; d'autres ont suppos que la terre est sortie du soleil, ou en verre liquide, ou en vapeur; on a plac dans son int- rieur des abymes qui se seroient affaisss successi- vement, ou l'on en a fait sortir des manations qui s'en chappoient avec violence : on est all jusqu' croire que sa masse a pu se former de la runion l86 SCIENCES PHYSIQUES. cies iVagmenls d'autres plantes. Quelque talent, quelque force d'esprit qu'il ait fallu pour imaginer ces systmes, et pour les faire cadrer avec les faits, nous ne pouvons les placer dans ce tableau des pro- grs des sciences : ils tendent plutt en contrarier la vritable marcbe, en laissant croire que l'on peut se dispenser de continuer les observations dans une matire si importante, et cependant peine effleure ^ Histoire naturelle des corps vivants. L'histoire naturelle des corps vivants offre en- core des problmes bien autrement compliqus que celle des minraux, quoique les objets en soient continuellement sous nos yeux , et que l'esprit n'ait aucune conjecture former sur leur tat prc- dent. Dans les minraux il n'existe qu'une donne de forme; celle de la molcule primitive, d'o tout le reste se laisse dduire. Dans les corps vivants il ' L'expos historique le plus complet qui ait paru en franois, des systmes divers imagins par les gologistes, se trouve dans la Thorie de la terre, de M. de La Mtherie ; Paris , 1 797 , 5 vol. in-8 ; ouvrage qui contient aussi le recueil le plus mthodique des faits dont la Gologie se composoit l'poque o il a t publi. Il faut y joindre ceux de MM. de Marschall, Bertrand, Lamarck, Andr de Gy, Faujas, de Saint-Fonds, et autres qui ont paru depuis cette poque. CORPS VIVA^TS. 187 faut recevoir comme des donnes indispensables la forme gnrale de l'ensemble et les moindres d- tails des formes des parties : rien n'en explique l'o- rigine, et la gnration est encore un mystre sur lequel tous les efforts humains n'ont rien obtenu de plausible. Les minraux n'offrent qu'une composition con- stante et homogne dans chaque espce, et des masses qui restent en repos tant qu'elles ne sont point altres dans Tordre de leurs lments. Dans les corps vivants, chaque partie a sa composition propre et distincte; aucune de leurs molcules ne reste en place; toutes entrent et sortent successi- vement : la vie est un tourbillon continuel, dont la direction, toute complique qu'elle est, demeure constante, ainsi que l'espce des molcules qui y sont entranes, mais non les molcules individuel- les elles-mmes; au contraire la matire actuelle du corps vivant n'y sera bientt plus, et cependant elle est dpositaire de la force qui contraindra la matire future marcher dans le mme sens qu'elle. Ainsi la forme de ces corps leur est plus essentielle que leur matire, puisque celle-ci change sans cesse, tandis que fautre se conserve, et que d'ailleurs ce sont les formes qui constituent les diffrences des espces, et non les combinaisons de matires, qui sont presque les mmes dans toutes. IbO SCIENCES PHYSIQUES. En un mot la forme, dont l'influence ctoit nulle dans Fhistoire de l'atmosphre et des eaux, qui n'a voit qu'une importance accessoire en minra- logie, devient, dans l'tude des corps vivants, la considration dominante, et y donne l'anatomie un rle tout aussi important que celui de la chimie ; et ces deux sciences deviennent les instruments n- cessaires et simultans de toutes les recherches dont il nous reste parler. Histoire gnrale des fonctions et de la structure des corps vivants. Le premier point qui nous frappe dans l'tude de la vie c'est cette force des corps or.o^aniss pour attirer dans leur tourhillon des substances tran- gres, pour les y retenir pendant quelque temps aprs se les tre assimiles, pour distribuer enfin ces substances devenues les leurs dans toutes leurs parties, selon les fonctions qui doivent s'y exercer. Ce pouvoir prsente trois objets d'tude. Il faut voir quelles matires ces tres attirent , et ce qu'ils en rejettent. Le rsidu formera leur matire propre : c'est la partie chimique du problme. Il faut dcrire ensuite les voies que ces matires traversent depuis leur entre jusqu' leur sortie : c'est la partie anatomique. ( PHYSIOLOGIE. I(Sc) Il faut examiner enfin par quelles forces ces ma- tires sont attires , retenues , diriges , et expulses : on peut nommer cette reclierclie la partie dynami- jue, ou pYo\)rement pliysiologiciue. La partie chimique na t rsolue que clans cette priode; mais elle la t -peu-prs complte- ment. TjCs vgtaux, essentiellement composs de car- bone, d'hydropne, et d'oxygne, ainsi que nous avons vu que la dcouvert Lavoisier, n'ont besoin que d'eau et d'acide carbonique pour se nourrir : les terreaux et fumiers leur sont plus ou moins utiles, mais non pas ncessaires. Les expriences de MM. Sennebier ', Thodore de Saussure % et GreiP, le mettent hors de doute. Ils ont lev des plantes dans du sable, avec de leau pure et l'air atmo- sphrique; et M. Crell a fait porter graine aux siennes. Les plantes dcomposent donc l'eau et l'acide carbonique, pour mettre le carbone et l'hydrogne plus ou moins nu, et former par leurs diverses proportions tous leurs principes immdiats. C'est ce qui arrive en effet par l'intermde de la lumire , qui leur enlve leur oxygne surabondant, d'aprs ' Physiologie vgtale, par M. Sennebier; Genve, an 8, 5 volum. in-8. "' Ouvrage dj cit sur la vgtation. ^ Mmoire manuscrit. 190 SCIENCES PHYSIQUES. les expriences de Priestley et cFlngenbouz '. Sans la lumire elles restent aqueuses et blanches. Voil pourquoi elles exhalent de l'oxygne pendant le jour; mais pendant la nuit elles en absorbent, ainsi que M. Thodore de Saussure la fait voir : il parot que c'est pour rduire en acide carbonique le carbone qu'elles ont pomp en nature, et qui ne peut contribuer leur nutrition qu'aprs avoir subi cette mtamorphose. M. de Grell% et en France M. Braconnot ', vont plus loin encore dans le pouvoir qu'ils attribuent aux plantes; ils assurent qu'ils en ont fait crotre sans leur fournir la moindre parcelle d'acide car- bonique. Elles composeroient donc le carbone de toutes pices; ce qui seroit une des dcouvertes les plus importantes que l'on ptit ajouter la thorie chimique : mais on est loin de trouver encore les expriences de ces chimistes concluantes. Le reste des matriaux des plantes, les terres, les alcalis, etc., leur est apport avec la sve. M, Tho- dore de Saussure l'a montr en dtail pour chacun d'eux. Il a fait voir aussi, par beaucoup de belles expriences, qu'elles absorbent les substances qui ne leur conviennent pas , lorsque celles-ci sont dis- ' Expriences sur les vgtaux; Paris, 1787 et 1789, 3 vol. in-8". ' Mmoire manuscrit. * Annales de Chimie. PHYSIOLOGIE. 191 soutes dans leau qui les nourrit, mais qu'elles les rejettent avec les parties qui tombent. r.a marche gnrale de la vgtation consiste donc reproduire des sulDstances combustibles; et elle en accumule en effet par-tout o ni les animaux ni le feu ne viennent les consommer. De l ces couches immenses de terreau qui se forment dans les les dsertes et dans les forts non exploites. L'animalisation suit une marche oppose; elle br!e les substances susceptibles d tre brles. Le caractre commun des principes immdiats des animaux est une surabondance d'azote. Ils se nour- rissent tous de vgtaux, ou d'animaux qui s'en toient nourris. Le compos vgtal ^st donc la base du leur ; mais l'hydrogne et le carbone leur sont en partie enlevs par la respiration, au moyen de l'oxygne qui agit sur leur sang : leur azote, de quelque part qu'ils l'aient reu, leur reste; il doit donc prdominer la longue. Cette marche a t bien dveloppe par M. Halle'. Ainsi la vgtation et fanimalisation sont des oprations inverses : dans l'une il se dfait de leau et de l'acide carbonique; dans l'autre il s'en refait. C'est ainsi que la proportion de ces deux composs est maintenue dans l'atmosphre et la surface du globe. ' Annales de Chimie, t. XI, p. i58. 192 SCIENCES PHYSIQUES. La respiration animale est donc une combustion : aussi produit-elle de la chaleur, quand elle est assez abondante et assez vive. Sa thorie, prise ainsi en gnral, est le rsultat des vues successives de MayoAv, de Willis, de Craw- fort, et de Lavoisier '. Sa ncessit, mme dans les dernires classes des animaux , se dmontre par les expriences multi- plies de Spallanzani % de M. Vauquelin^, et de plusieurs autres physiciens. Elle ne s'exeice pas dans le poumon seulement : dans tous les points du corps o des vaisseaux san- guins sont en contact avec l'air, le sang respire plus ou moins, c'est--dire qu'il produit de Feau et de l'acide carbonique. Les dernires expriences de Spallanzani et de M. Sennebier le prouvent, et nous verrons ailleurs qu'elles donnent ainsi la clef d'une foule de phnomnes. Il n'est pas jusqu'au canal intestinal o M. Erman ^ vient de montrer que cer- ' Voyez les ouvrages cits l'article des Gaz , le Trait de la respi- ration de Mayow, le Trait de aniina hrutorum de Willis, celui de la Chaleur de Crawford; et le Mmoire de Lavoisier sur la respiration , Acadmie des Sciences, anne 1777, p. i85, rimpr. dans sa collec- tion posthume. ^ Mmoires sur la respiration, et rapports de l'air avec les tres organiss, par Spallanzani, traduit par Sennebier; Genve, i8o3-i8o7, 4 vol. in-8. ^ Annales de Chimie, t. XII, p. 273. '^ Mmoire manuscrit adress l'Institut. PHYSIOLOGIE. 193 tains poissons exercent aussi une sorte de respira- tion. Le reste des matriaux lmentaires des animaux vient de leurs aliments. Quant cette rpartition des matriaux lmen- taires des corps vivants dans leurs diverses parties, selon certaines proportions, pour former leurs prin- cipes immdiats tels qu'ils doivent se trouver dans chaque organe pour que ceux-ci puissent remplir leurs fonctions, c'est ce que Ton nomme scrtions. On ne s'est fait encore de leur mcanisme que des ides trs obscures : les uns supposent pour chaque scrtion une sorte de crible; les autres, quelque tissu qui attire par voie d'affinit : il en est qui , avec plus de raison, y font cooprer tout l'appareil des forces vitales. Ce que l'on peut dire de gnral c'est que la scrtion tient la forme primitive de chaque organe, et par consquent celle du corps. Chaque organe a pour sa part, comme le corps entier, le pouvoir d'attirer et de rejeter les substances qui sont sa porte, comme il convient sa nature. On peut donc faire, pour chaque organe, ce que l'on fait pour le corps entier. On peut examiner , par exemple, ce qui entre dans le foie, ce qui en sort, et ce qui y reste: mais il est sensible qn'il faudroit ici connotre avec rigueur, non seulement la com- position gnrale des principes animaux , mais ia BUFFON. CO.\IPLE>f. T. 1. 194 SCIENCES PHYSIQUES. proportion particulire de chaque princij)e spar; et nous avonsvu plus haut que, dans ces diffrences minutieuses, la chimie nous abandonne. Voil pourcj uoi la thorie des scrtions partieHes se rduit encore des gnralits un peu vagues, mme dans sa partie purement chimique. Au reste il s'en fait dans les deux rgnes : les sucs propres ([ui occupent des cellules particulires le long des bran- ches et des tiges des vgtaux, ceux qui abreuvent le tissu des fruits, peuvent tre comj)ars aux di- verses humeurs locales des animaux; mais on n'en connot pas si bien l'usage. La partie anatomique du problme gnral de la vie est rsolue depuis long-temps pour les animaux , au moins pour ceux d'entre eux qui nous intres- sent le plus. Les voies que les substances y parcou- rent sont connues; les premires, ou celles de la digestion, depuis bien des sicles; les secondes, ou celles de l'absorption, depuis Pecquet, Rudbeck, et Ruysch; les troisimes, ou celles de la circulation, depuis Harvey. Les travaux des anatomistes anglois et italiens sur le systme lymphatique, ports la plus grande perfection dans le bel ouvrage de M. Mascagni ' , qui appartient encore notre priode actuelle, ont achev tout ce qui restoit dire cet ' l^dsorum lymphaticoriuii corj)oris snnnani Uhtoria et Icoiiogm- T)/ide Botanique placs en tte de la nouvelle dition de la Flore fran- joise par M. de Decandolle. PHYSIOLOGIE. 20- Les tubes qu'on observe dans presque toutes les plantes, forms d'un fil spiral et ressemblant eu cela aux tracbes qui servent la respiration des insectes, avoient aussi reu ce nom de traches, et on leur a long-temps attribu l'emploi de porter l'air dans l'intrieur du vgtal. 11 est prouv au- jourd'hui, par les expriences de Reicbel et par les observations de Link, de Rudolpbi, et de plusieurs autres botanistes, qu'ils conduisent la sve, en la prenant et la rendant au tissu cellulaire qui les en- toure, et qui la transmet comme eux, mais plus lentement. M. Mirbel a distingu des traches parfaitement en spirale, les fausses traches qui n'ont que des fentes transversales non continues et les tubes sim- plement poreux : mais en mme temps il a fait voir que ces diffrents vaisseaux ont les mmes fonc- tions, et que souvent un seul et mme tube a ces diverses structures en diffrentes parties de sa lon- gueur; il parot mme qu'ils se changent les uns dans les autres. Beaucoup de plantes produisent des sucs colors ou autrement caractriss appels sucs propres , que quelques botanistes ont regards comme des ana- logues du sang, et par consquent comme les vri- lables fluides nourriciers, considrant seulement, la sve comme l'analogue du chyle non encore pr- 2o8 SCIENCES PHYSIQUES. par : on supposoit que les vaisseaux qui les con- tiennent s'tendent rgulirement d'une extrmit du v[>tal l'autre, et on leur attribucit dans ces vaisseaux une marche descendante. MM. Treviranus et Link ont trouv que ces sucs rsident dans de simples cellules; et ils ont con- firm par-l l'opinion contraire la prcdente, qui en fait des liqueurs particulires produites par scrtion, et par consquent extraites du suc nour- ricier , mais ne les constituant pas. Ces cellules ne sont mme pas toujours remplies ni visibles tous les ges de certaines plantes. La moelle, ou cette cellulosit lche qu'on ob- serve dans Taxe de beaucoup de plantes, avoit t compare la moelle des os ou celle de 1 pine. Linnaeus lui faisoit jouer un grand rle dans le d- veloppement du vgtal. On sait aujourd'hui, par les recherches de Medicus, et plus rcemment par celles de M. Mirbel, que c'est un shnple tissu cel- lulaire dilat et formant ce que ce dernier botaniste nomme des lacunes, ordinairement remplies d'air. M. du Petit-Thouars l'a considre comme le r- servoir de la nourriture des bourgeons'; mais il ' Dans une suite de Mmoires qui vont bientt parotre, et o l'au- teur tablit un nouveau systme sur la vfftation. Son iJe'e principale consiste regarder les fibres ligneuses de chaque couche comme les racines des bourgeons : selon lui, mesure que le bourgeon se dve- PHYSIOLOGIE. 209 pense aussi qu'aprs leruptioa des feuilles elle n'a plus de fonction remplir. La structure de la fleur a encore t l'objet des recherches de M. Mirbel : il a montr comment les vaisseaux passent du pdoncule dans les diff- rentes enveloppes et jusqu'au placenta, c'est--dire aux attaches des graines. M. Turpin ' a cru reconnotre la voie par la- quelle la fcondation des graines s'excute. C'est un petit canal qui descend du pistil et pntre jus- qu' la graine; il le nomme micropyle, Nissole avoit anciennement avanc cette opinion ; mais on l'a- voit entirement oublie. L'anatomie particulire de la graine a t faite avec beaucoup de soin , et presque en mme temps, par feu Gaertner ^ et par M. de Jussieu-^; ils ont sur-tout appel l'attention sur un corps que le pre- mier nomme albumen , et le second prisperme, et qui se trouve dans beaucoup de graines indpen- loppe, ses racines descendent et enveloppent le tronc d'une nouvelle couche de bois. ' Annales du Musum d'histoire naturelle. ^ Voyez la Carpologie de Gaerlner, ouvra{ife minemment classique, 2 vol. in-4, que le fils de ce grand observateur continue avec zle. ' Dans son Gnera plantarum; Paris, 1789, i vol. in-8. Depuis la rdaction de ce travail, M. Richard a publi, sur la structure du fruit, un ouvrage o il y a des vues intressantes; Analyse du Fi-uit , Paris, 1808, I voJ. in-12. Nous en rendrons compte dans la seconde partie de cette histoire. l;UFI-0\. COMPI.KM. T. I. l4 2IO SCIENCES PHYSIQUES. damment des enveloppes ordinaires et des parties connues du germe. Sa nature varie beaucoup; c'est lui, par exemple, qui est farineux dans les crales, corn dans les rubiaces, et sur-tout dans le caf, charnu dans les ombeliifres , etc. : mais on n'a sur son usage que des ides incertaines. Gaertner distinguoit encore une petite partie qu'il nomnioit vltellus, mais qui n'est, selon M. Gorrea, qu'un appendice dilat de la radicule. Il nous reste traiter de la partie dynamique du grand problme de la vie, ou des forces qui pro- duisent les mouvements nombreux dont nous avons dit qu'elle se compose. G'est, en effet, s'en faire une ide fausse que de la considrer comme un simple lien qui retiendroit ensemble les l- ments du corps vivant, tandis qu'elle est, au con- traire, un ressort qui les meut et les transporte sans cesse : ces lments ne conservent pas un in- stant les mmes rapports et les mmes connexions, ou, en d'autres termes, le corps vivant ne garde pas un instant le mme tat ni la mme composi- tion; plus sa vie est active, plus ses changes et ses mtamorphoses sont continuels; et le moment in- divisible de repos absolu, que l'on appelle la mort complte, n'est que le prcurseur des mouvements nouveaux de la putrfaction. G'est ici que commence Temploi raisonnable du PHYSIOLOGIE. 211 terme de forces vitales : pour peu que Ion tudie en effet les corps vivants, on ne tarde point s'aper- cevoir que leurs mouvements ne sont pas tous pro- duits par des chocs ou des tiraillements mcani- ques, et qu'il faut qu'il y ait en eux une source constante productrice de force et de mouvement. L'exemple le plus vident est celui des mouve- ments volontaires des animaux : chaque ordre, chaque caprice de leur volont, produit l'instant dans leurs muscles une contraction que le calcul prouve tre infiniment suprieure tous les agents mcaniques imaginables. Lachimiemodernenousmontre, la vrit, beau- coup d'exemples de mouvements spontans trs vio- lents dans les dgagements de chaleur ou de fluides lastiques qui rsultent du jeu des affinits; mais tous les efforts des physiologistes n'ont point encore russi faire de cetordre de phnomnes une appli- cation positive aux contractions de la fibre. Si , comme on est presque oblig de le penser, l'entre ou le dpart de quelque agent loccasione, il faut que cet agent soit non seulement impondrable, mais encore entirement insaisissable pour nos in- struments et imperceptible pour nos sens. L'espoir que pouvoient donner cet gard les expriences galvaniques s'est vanoui , depuis qu'on n'a vu dans l'lectricit qu'un agent d'irritation extrieur. 4 2 12 SCIErs^CES PHYSIQUES. On peut donc lgitimement considrer Firrita- bilit musculaire comme un fait jusqu' prsent inexplicable, ou qui ne se laisse rduire encore ni l'impulsion ordinaire ni mme Faitraction molculaire, si ce n'est d'une manire vague et g- nrale. On peut donc aussi adopter ce fait comme prin- cipe, et remployer en cette qualit pour l'explica- tion des effets de dtail qui en drivent. C'est ce que l'on a fait; et Ton n'a point tard reconnotre que cette irritabilit de la fibre produit non seulement les mouvements extrieurs et volon- taires , mais qu'elle est encore le principe de tous les mouvements intrieurs qui appartiennent la vie vgtative et sur lesquels la volont n'a point d'empire , des contractions des intestins , de celles du cur et des artres , vritables agents de tout le tourbillon vital; elle s'tend mme visiblement une foule de vaisseaux et d'organes , o l'on ne peut apercevoir de fibres cliarnues proprement dites : la matrice en est un exemple trs frappant; et les artres, les vaisseaux lymphatiques ., les vaisseaux scrtoires , des exemples trs probables. Il est cependant rest long-temps des doutes et des dissentiments sur la nature de ces contractions intrieures. Une cole clbre vouloit y faire inter- venir cette autre facult animale que l'on appelle PHYSIOLOGIE. 2l3 la sensibilit, et persistoit dfendre ce que Stahl nommoit le pouvoir de Came sur les mouvements communment pris pour involontaires. On ose croire que ces oppositions peuvent tre concilies par Tunion inime de la substance ner- veuse avec la fibre et les autres lments organi- ques contractiles, et par leur action rciproque, prsentes avec tant de vraisemblance par les phy- siologistes de lecole cossaise, mais qui ne sont gure sorties de la classe des hypothses que par les observations de la priode actuelle. Ce n'est point par elle seule que la fibre se con- tracte, mais par Tinfluence des filets nerveux qui s'y unissent toujours. Le changement qui produit la contraction ne peut avoir lieu sans le concours des deux substances; et il faut encore qu'il soit oc- casion chaque fois par une cause extrieure,^ par un stimulant. La volont est un de ces stimulants qui a ce ca- ractre particulier que son conducteur est le nerf, et que c'est du cerveau qu'elle vient, du moins dans les animaux d'ordre suprieur : mais elle ex- cite l'irritabilit la manire des agents extrieurs, et sans la constituer; car, dans les paralytiques par apoplexie, l'irritabilit se conserve, quoique la vo- lont n'ait plus d'empire'. ' M. INysteti l'a montr encore rcceinni^nt par des expriences. 2l4 SCIENCES PHYSIQUES. Ainsi lit ritabilit dpend bien en partie du nerf, sans dpendre pour ceia de la sensibilit : cette dernire proprit, plus admirable et plus occulte encore, s'il est possible, que l'irritabilit, ne fait ' qu'une petite partie des fonctions du systme ner- veux; et c'est par un abus de mots qu'on en tend la dnomination aux fonctions de ce systme qui ne sont point accompagnes de perception. L'uniformit de structure et la nature scrtoire de toutes les parties mdullaires ou nerveuses , pr- sumes en quelque sorte par M. Platner', qui en faisoit un emploi ingnieux pour dfendre le sys- tme de Stabl, et maintenant, ce qu'il semble, directement prouves par les observations anatomi- ques de MM. Prochaska et Reil^, acbvent de faire concevoir le jeu des forces du corps vivant, sans obliger d'attribuer, comme Stabl, lame raison- nable les mouvements involontaires. Il n'y a qu' se reprsenter que toutes ces parties produisent l'agent nerveux, qu'elles en sont les seuls conduc- teurs; c'est--dire qu'il ne peut tre transmis que par elles seules, et qu'il est altr ou consomm dans ses divers emplois. Alors tout parot simple : une portion de muscle conserve quelque temps son ' Nouvelle Anthropologie l'usage des mdecins et des philoso- phes, en allemand; Leipsick, 1790, in-S". Voyez les ouvrages anatomiques cite's plus haut. PHYSIOLOGIE 21 5 iiritabilit, cause de la portion tie nerf qu'on arrache toujours avec elle. La sensibilit et l'irrita- bilit s'puisent rciproquement par trop d'exer- cice, parcequ'elles consomment ou altrent le mme ajjent. Tous les mouvements intrieurs de diges- tion , de scrtion, d'excrtion, participent cet puisement, ou peuvent l'amener. Toute excitation locale sur les nerfs amne plus de sang, en augmen- tant l'irritabilit des artres, et l'afflux du sang augmente la sensibilit locale, en augmentant la production de l'agent nerveux. De l les plaisirs des titillations , les douleurs des inflammations. I^es s- crtions particulires augmentent de mme et par les mmes causes; etlmiagination exerce (toujours par le moyen des nerfs) sur les fibres intrieures artrielles ou autres , et par elles sur les scrtions, une action analogue celle de la volont sur les muscles du mouvement volontaire. L'excitation locale, porte quelquefois son comble dans les blessures ou dans certaines maladies, et semblant attirer violemment son foyer toutes les forces de la vie, puise le corps entier : de l ces prtendus efforts de l'ame pour repousser une attaque funeste. Gomme chaque sens extrieur est exclusivement dispos pour se laisser pntrer seulement par les substances qu'il doit percevoir, de mme chaque organe intrieur, scrtoire ou autre , est aussi plus 2l6 SCIENCES PHYSIQUES. excitable par tel agent que par tel autre : de l ce qu'on a voulu appeler sensibilit ou vie propre des organes y et Tinfluence des spcifiques qui, intro- duits dans la circulation gnrale, n'affectent ce- pendant que certaines parties. Enfin si l'agent nerveux ne peut devenir sensible pour nous c'est ^ue toute sensation exige qu'il soit altr d'une ma- nire ou d'une autre, et qu'il ne peut pas s'altrer lui-mme. Telle est l'ide sommaire que Ton peut , ce qu'il nous semble, se faire aujourd'hui du jeu mu- tuel et gnral des forces vitales dans les animaux ; mais il seroit difficile d'assigner avec prcision ce que l'on doit chaque physiologiste en particu- lier dans ces claircissements de la plus difficile de toutes les sciences. Reconnoissant le vide des hypothses tires d'une mcanique et d'unechimie imparfaites, qui avoient rgn pendant le dix-septime sicle, Stahl se jeta dans une extrmit oppose , en exagrant les ides de Van-Helmont, et en attribuant, non plus un principe spcial nomm arclie ou ame vgtative ^ mais l'me raisonnable, toutes les actions vitales, mme celles dont elle s'aperoit le moins. Son ingnieux rival, Frdric Hofman , com- nfiena , -peu-prs vers le mme temps, donner la premire indication de la route intermdiaire que PHYSIOLOGIE. 217 Ton suit aujourd'hui, en cherchant distinguer les facults propres de chaque lment organique. L'immortel Haller procda plus rigoureusement l'analyse de ces facults; mais, trop occup de cette irritabilit de la fibre, dont il dtermina le premier les vrais caractres, il n'accorda point assez l'influence nerveuse, sur laquelle ses sentiments approchrent peut-tre moins du vrai que ceux d'Hofman. Il eut beaucoup d'antagonistes, dont les uns se bornoient combattre ses expriences , et les autres prtendirent tablir des systmes nouveaux. En France sur-tout , les ides de Stahl , adoptes par Sauvages, modifies par Bordeu , par La Case, furent reproduites par Barthez ' sous une forme et avec des termes nouveaux qui les rapprochoient davantage de celles de Van-Helmont : mais, outre l'espce de contradiction et l'obscurit mtaphy- sique o devoit ncessairement entraner une pr- tendue sensibilit locale sans perception, admise dans les organes particuliers par tous ces mde- ' cins, et dfendue jusqu' nos jours par quelques uns, on peut reprocher plusieurs d'entre eux d'avoir abus de ce qu'ils appeloient principe vital, en employant cet tre occulte d'une manire vague, ' Nouveaux Elments de la Science de Vhomme, deuxime dition de 1806, 2 vol. in-8". 2 1 (S SCIENCES PHYSIQUES. pour lui attribuer, sans autre dveloppement, tous les phnomnes difficiles expliquer. Cullen, Macbride, Gregory, en Ecosse, Gri- maud, en France, prirent une route plus heu- reuse, et rendirent aux nerfs leur vritable rle, en le limitant avec prcision. La thorie de l'excitation , si renomme dans ces derniers temps par son influence sur la pathologie et sur la thrapeutique , n'est au fond qu'une modi- fication du systme cossois, dans laquelle, com- prenant sous un nom commun la sensibilit et l'ir- ritabilit, on se retranche dans une abstraction telle que, si l'on simplifie la mdecine, on semble anantir toute physiologie positive. Il a fallu que les dcouvertes de la chimie sur les agents impondrables et sur leur action physique, souvent si prodigieuse, vinssent se joindre celles de l'anatomie sur la structure uniforme du systme nerveux , et sur ses dgradations dans lechelle des animaux, pour faire concevoir la possibilit de re- venir un classement plus particulier des phno- mnes vitaux, et pour rendre l'analyse des forces propres chaque lment organique , si bien com- mence par Haller, le crdit et l'activit d'o d- pend, selon nous, le sort de la physiologie. Il nous parot donc que les vritables progrs que cette science a faits dans ces derniers tem])s PHYSIOLOGIE. 219 sont dus ceux qui ont combin , avec la thorie de l'action nerveuse, les dcouvertes modernes de Tanatomie et de la chimie. C'est ainsi que Pro- chaska, Smmering,Reil, Rielmeyer, Autenrieth, en Allemagne; Bichat, en France (pour ne point parler des physiologistes vivants de ce pays, et n'tre point oblig d'assigner les rangs entre nos matres, nos confrres, et nos amis); Fontana, Moscati, Spallanzani, en Italie; Hunter, Home, Garlisle, Gruikshank, en Angleterre, ont, de notre temps, dvelopp des ides ou publi des exp- riences qui resteront toujours comme lments essentiels de la physiologie gnrale des animaux , et qu'une foule d'autres hommes de mrite ont en- richi la physiologie particulire des organes ou des diverses espces. Plusieurs ouvrages lmentaires et gnraux ex- posent, avec plus ou moins d'tendue, l'tat actuel de la science ; nous distinguerons, parmi ceux qu'a vus natre la priode dont nous traons l'histoire, en France, ceux de MM. Dumas ' et Richerand ^ ; et en iVUeraagne, celui de M. Autenrieth ^, et celui de ' Principes de Physiologie, premire dition; Paris, 4 vol. iii-S"; deuxime dition, ibid., 1806. * Nouveaux lments de Physiologie, 2 vol. in-8; la quatrime dition est de 1807. ^ Manuel de Physiologie humaine exprimentale , en allemand , 3 vol. in-S", lab. 1801-1802. 220 SCIENCES PHYSIQUES. M. Walther de Landsliuth, qui se distingue par un emploi frquent de Fanatomie compare, mais qui se livre un peu trop la marche vague et con- jecturale aujourd'hui si en vogue dans son pays. G est en effet ici que Ton nous demandera compte des nouveaux systmes de physiologie qu'a pro- duits en Allemagne cette mtaphysique appele piiilosophie de la nature^ dont nous avons dj dit juelques mots en gnral ; mais nous avouerons que, malgr l'tude que nous avons faite de cette manire de philosopher, nous avons encore peine croire que nous l'ayons hien saisie et que nous soyons en tat d'en donner une ide juste , tant elle nous parot contradictoire avec le mrite et l'esprit de plusieurs de ceux qui l'emploient. Partant de ces anciennes spculations mtaphy- siques, o tantt les phnomnes sont considrs comme de simples modifications du moi , tantt les tres existants sont regards comme des mana- tions de la substance suprme, tantt enfin l'uni- vers entier est cens l'tre unique dont tous les autres tres ne sont que des manifestations; por- tant ces spculations un degr d'abstraction tel (juela grande et simple unit, seule existante par elle-mme, ne produit (comme ils disent) les au- tres existences qu'en se diffrenciant en qualits opposes, qui s'anantissent rciproquement, d'o PHYSIOLOGIE. 221 il rsulte que l'existence suprme ne seroit rien au fond; les partisans de cette mthode ont cherch redescendre de leurs conceptions ahstraites aux faits positifs pour les en dduire rationnellement; et , comme on le devine aisment , c'est sur les par- ties les plus obscures des sciences naturelles qu'ils ont d le plus s'exercer. Aussi est-ce principalement en physiologie et eu mdecine que cette sorte de philosophie s'est intro- duite , cherchant sur- tout faire considrer les or- ganisations partielles comme des membres du grand tout, de la grande organisation, et les soumettre aux lois imagines pour celle-ci : mais ce projet im- posant ne s'est excut jus(|u' prsent qu'en pas- sant continuellement et brusquement, sans rgle xe^ de la mtaphysique la physique; qu'en ap- pliquant sans cesse un terme moral un phno- mne physique, et rciproquement; qu'en em- ployant des mtaphores au lieu d'arguments : en un mot cette mthode, qui d'ailleurs n'a fait d- couvrir jusqu' prsent aucun fait nouveau auquel on n'ait pu arriver aussi par la marche ordinaire, est telle que l'on a peine concevoir la fortune qu'elle a faite dans un pays renomm par sa raison et par sa logique, et comment elle y a trouv des partisans parmi des hommes d'un talent rel, et dont les expriences ont d'ailleurs enrichi les 222 SCIENCES PHYSIQUES. sciences de faits prcieux que nous avons cher- ch recueilHr dans cette histoire, aux endroits o il convenoit de les placer '. Pour la physiolo^orie comme pour lanatomie , les vfiftaux sont envelopps de plus d'obscurit que les animaux. Les nerfs et la sensibilit leur man- quent ; mais n ont-ils point quelque force contrac- tile plus ou moins analogue l'irritabilit? ' Les Archives physiologiques de MM. Reil et Autenrieth {^Halle en Saxe, en allemand), dont il a paru sept volumes in-^8 depuis lyg^^), sont le recueil le plus intressant des mmoires, dissertations, et autres ouvrages , relatifs la physiologie , sans acception de systme. Mais pour connotre la marche ou plutt les marches divergentes et souvent trs opposes de la physiologie, dans l'cole appele de la Physiologie de la nature, il faut lire d'abord l'crit sur l'Orne du monde, 179^; le premier Essai d'tui systme de Physiologie de la nature, par M. Schelling ; Yna et Leipsick , 1799, in-S"; et suivre ensuite les applications de cette doctrine, faites soit par l'auteur lui- mme dans divers autres crits , dans son Journal pour la Physique spculative, et dans celui qu'il donne avec M. Marcus , sous le titre ^ Aiinales de la Mdecine ; soit par ceux qui ont plus ou moins adopte ses principes, quoiqu'il soit loin de les avouer tous comme ses lves. Les Physiologies de MM. Domling et Treviranus , les ides sur la Pa- thognie et sur la Thorie de l'excitation, par M. Roschlaub, appar- tiennent plus ou moins ce systme. On peut compter parmi les plus rcents de ses sectateurs , et parmi ceux qui ont mis la hardiesse la plus extraordinaire dans leurs conceptions , M. Steffens, dans son Histoire naturelle intrieure de la terre , et dans son Esquisse d'une Physique philosophique ; M. Oken , dans sa Biologie , dans ses Mat- riaux pour la Zoologie, l'Anatomie, et la Physiologie compares, et dans quelques autres petits crits , tels que celui qui porte pour litre l'Univers continuation du systme sensitif ; Yna, 1808. PHYSIOLOGIE. 22.3 Long -temps on a cru le mouvement de leurs fluides suffisamment expliqu par la succion ca- pillaire de leurs racines et de leur tissu , par l'hu- midit du sol o s'enfonce leur partie infrieure, et par Fcvaporation plus ou moins forte qui se fait la grande surface de leur cime, au moins pendant le jour ; et il est certain que leurs vaisseaux peuvent transmettre dans tous les sens les liquides qu'ils contiennent, qu'on peut retourner un arbre, et faire donner des bourgeons h ses racines et du che- velu ses branches, etc. Cependant on a object que la sve monte avec plus de force au printemps lorsque les feuilles n'ont pas encore panoui leur surface; qu'elle monte et jaillit encore en abon- dance d'une tige dont on a coup la cime, ainsi que Fa fait remarquer M. Brugmans ' ; que les pleurs de la vigne sont un phnomne du mme genre o ni la succion ni l'vaporation ne peuvent avoir part. M. Van-Marum a mme fait voir que l'lectricit arrte les ascensions de sve, comme elle dtruit l'irritabilit animale. Tout rend donc vraisemblable qu'il existe aussi dans le tissu vgtal une force particulire em- ploye en faire mouvoir les sucs, et que l'on peut croire produite par le dveloppement de quelque ' Brugmans et Vitringa-Coulomb, De niutata humorum indole in regno organico, vi vitali vaaonim derivanda ; Leyde, 1789, in-8". 224 SCIEiNGES PHYSIQUES. agent imporjdrable : mais elle doit tre foible ; les exemples vidents en paroissent rares, et sa nature et son sige sont galement inconnus; peut-tre mme na-t-elle point de tendance fixe vers un point plutt que vers un autre, et la position du vgtal rompt-elle seule lequilibre. Cette dtermination des forces gnrales propres aux corps vivants, de leurs rapports mutuels, de ce qui les entretient ou les affoiblit, constitue la phy- siologie gnrale, leur application chaque fonc- tion, au moyen de la structure dcouverte par lanatomie dans chaque organe, est l'objet de la physiologie particulire. Ici encore Fpoque actuelle a t assez fconde. La respiration se prsente nous la premire comme la plus importante des fonctions : le chan- gement chimique qui en fait l'essence a t expos ci-dessus; le sang s'y dcarbonise et y prend de la chaleur et une couleur vermeille. La quantit de l'air inspir, celle de l'oxygne consomm, celle de l'acide carbonique et de l'eau produits, ont t l'objet des recherches longues et pnibles de MM. Menziez% Seguin % et autres m- decins et chimistes : faction de l'oxygne sur du sang , mme au travers du tissu membraneux ' Annales de Chimie, t. VUI, p. 211. - Ibl.y t. XX, p. 225. PHYSIOLOGIE. 225 d'une vessie, a t vrifie par M. Hassenfratz'. On doutoit du lieu prcis o ce chanpfement s'opre. Des expriences trs ingnieuses de Bichat ont prouv que c'est au passage mme des artres dans les veines pulmonaires et d'une manire su- bite que le sang devient rouge ^. On disputoit sur les effets immdiats de ce chan- gement et sur la cause de la mort par asphyxie : les expriences de Godwin ^ ont eu pour objet de mon- trer que le sang a besoin d avoir respir pour exci- ter les contractions du cur. Des expriences ana- logues de M. Nysten ont fait voir que des diffrents gaz que l'on peut injecter dans le cur, loxygne est celui qui en stimule le plus puissamment les contractions: l'hydrogne sulfur, aprs les avoir excites d'abord mcaniquement, les anantit bien- tt. Mais cet effet de la respiration sur le cur n'est qu'un cas particulier d'une loi gnrale. Des expriences nombreuses, dont la plupart sont en- core de Bichat, ont appris que c'est la respiration qui donne essentiellement au sang le pouvoir d'en- tretenir par-tout la force musculaire, et par cons- ' Annales de Chimie, t. IX, p. 261. ^ Voyez l'Anatomie gnrale de Bichat; Paris, an 10-1801, 4 vol. in-8"; et son ingnieux Trait de la vie et de la mort; Paris, an 8, 1 vol. in-8. ^ La Connexion de la vie avec la respiration, en anglois, traduit par M. Halle; Londres, 1789. BOFFON. COMPLM. T. I. , I J 226 SCIENCES PHYSIQUES. (juent l nergie des mouvements volontaires, et de tout le jeu intrieur de la circulation et des scr- tions : mais Bichat pense que c est par Tintermde du cerveau et du systme nerveux que le sang exerce ce pouvoir sur la fibre. La qualit dltre des gaz diffrents de l'oxy- gne ou de l'air commun a t en quelque sorte me- su re et compare par des expriences faites Tcole de mdecine de Paris, et auxquelles MM, Ghaussier, Thnard, et Dupuytren ont principalement con- tribu. Le gaz bydrogne sulfur est le plus perni- cieux de tous, soit quant 1 tendue du mal, soit quant sa promptitude, soit quant la difficult d'y remdier ; l'hydrogne carbon vient aprs , en- suite l'acide carbonique : ils agissent tous les trois comme vrais poisons, et non pas seulement oarce- qu'ilsne contiennent point d'oxygne libre. L'azote et Ihydrogne pur au contraire n'ont qu'un effet ngatif, ils se bornent ne point fournir au sang le principe que l'oxygne seul peut lui donner. Ces premiers gaz ont aussi un effet funeste quand on les introduit dans le corps par l'absorption cuta- ne, les plaies ou les premires voies ; M. Ghaussier s'en est assur par des expriences trs bien faites. Les expriences de M. Nysten sur le cur, dont nous venons de j)arcr, rentrent dans la rgle gn- rale tablie par celles-ci. PHYSIOLOGIE. 227 Le concours des nerfs qui se distribuent dans le poumon et qui animent son tissu, et particulire- ment ses artres , est ncessaire pour que l'air exerce toute son action sur le sang au travers des tuniques de ces vaisseaux. M. Dupuytren Ta prouv en cou- pant les nerfs de la huitime paire dans des chevaux et dans des chiens : le diaphragme et les ctes a voient beau continuer leur jeu, le sang restoit noir. La chaleur animale, l'un des plus importants rsultats de la respiration , est -peu-prs constante pour chaque espce et mme pour chaque classe , et se maintient malgr le froid extrieur, comme il toit naturel de l'attendre, puisque sa source est constamment active ; mais un phnomne plus sin- gulier c'est qu'elle se maintient pendant quelque temps mme dans un milieu beaucoup plus chaud , comme si la respiration devenoit alors subitement capable de produire du froid. Cette conclusion, qui sembloit rsulter des expriences de Fordice, de Grawford , etc., a t soumise un nouvel examen par deux jeunes mdecins, MM. Delaroche et Ber- ger ^ Ils ont rendu trs vraisemblable que l'aug- mentation de transpiration et d'vaporation , jointe la qualit peu conductrice du corps vivant pour la chaleur, est ce qui le met en tat de rsister ainsi ' Expriences sur les effets qu'une forte chaleur produit dans l'e'- conomie animale; Paris, 1806, in-4". I ;>. 228 SCIENCES PHYSIQUES. pendant quelque temps aux causes extrieures de- chauffement. Au reste il ne faut pas voir seulement dans la transpiration une vaporation d humidit; eiie est aussi, d'autres gards, une fonction analo.^jue la respiration, et qui enlve le carbone du corps en !e combinant l'oxygne de l'atmosphre. Ainsi la peau tout entire respire jusqu' un certain point et rentre par consquent sous la loi gnrale de toutes les parties vivantes o l'air peut parvenir; loi que nous avons expose ci-dessus d'aprs Spal- lanzani. M. Gruikshank ' Favoit annonc ds 1779- MM. Lavoisier et Seguin l'ont montr plus rigou- reusement par des expriences pnibles et ing- nieuses : chacun sait comment un crime jamais dplorable les a interrompues. La digestion , ou cette premire prparation des aliments pour les rendre propres fournir du chyle, n'avoit gure commenc tre bien tudie que par Raumur. Spallanzani a dvelopp les ex- priences de cet ingnieux physicien, et a donn au suc gastrique beaucoup de clbrits Toutes les ' Expriences sur la transpiration insensible, pour montrer son af- Hnit avec la respiration; en anglois ; Londres, 1779-1795. ' Expriences sur la digestion, traduit par Seunebier ; Genve, 1783. PHYSIOLOGIE. 229 substances alimentaires se dissolvent clans ce sin- gulier liquide ; et les divers appareils de trituration que Ton remarque dans les estomacs de plusieurs animaux ne lui servent que d auxiliaire, en sup- plant une mastication im])arfaite. Les aliments, ainsi rduits en une bouillie bomogne, passent dans Tintestin o la bile parot oprer une prci- pitation de la matire excrmentielle et en sparer le cbyle propre tre absorb. Outre cet emploi de la bile, M. Fourcroy a montr qu'tant forme d'une grande partie des principes combustibles du sang, elle donne lieu de considrer, sous ce rap- port, le foie comme un vritable auxiliaire du pou- mon. La rate est de tous les viscres abdominaux celui dont \vs fonctions paroissent les plus obscures, et donnent encore lieu plus de rechercbes et de sup- positions. On ne lui a vu long-temps d'autre emploi que de fournir au foie le sang qu'elle reoit, et (qu'elle prpare pour augmenter la matire d'o doit sortir la bile. M. Morescbi , de Pavie ', dans un ouvrage plein d'observations exactes d'anatomie compare, a cberch montrer que la rate a des rapports plus immdiats avec les fonctions de l'es- tomac ; que son volume est proportionn la force digestive de plusieurs animaux ; et que c'est proba- ' Del vero e primario uso dlia rnilza ; jMilau, i8()3. 23o SCIENCES PHYSIQUES. blement parceqiie la compression de la rate, quand l'estomac est plein, fait refluer vers ce dernier vis- cre une partie du sang destin au premier, et aug- mente ainsi la scrtion du fluide gastrique. L'estimation mathmatique des forces qui pro- duisent la circulation a beaucoup occup autrefois les physiologistes. On a reconnu que c'est un pro- blme insoluble dans l'tat actuel des sciences : ce- pendant on peut rechercher quels agents y ont part. Les fibres musculaires du cur sont sans contredit le principal ; mais sont-elles aides par celles des artres? On l'a contest: mais une foule de phnomnes le rendent vraisemblable, dans les animaux voisins de l'homme; et cependant on en voit aussi o des artres entirement inflexibles exigent que faction du cur s'tende immdiate- ment jusqu'aux plus petits rameaux du systme circulatoire. La nutrition proprement dite , ou le dpt que le sang fait des molcules nouvelles pour accrotre les solides ou pour les entretenir, a aussi t l'objet de grandes recherches. M. Scarpa ' s'est occup de celle des os, sur la- quelle on avoit diverses opinions depuis Malpighi, Gagliardi, et Duhamel. Il a montr qu'on se faisoit des ides fausses de leur tissu , en se le reprsentant ' De peu itioriossium structura Comtnentariusi Leips., 799i in-4'. PHYSIOLOGIE. 23 I oomiiie compos de lames et de fibres rg^iilires ; iiais qu'il est toujours cellulaire, et que ses parties les plus videmment fibreuses sont toujours for- mes de fibres ramifies et rticulaires : c'est en se dposant dans les cellules des cartilao^es que le pbos- pliate de chaux donne ces apparences au tissu os- seux . L'accroissement des dents ne se fait pas de la mme manire que celui des os. John Hunter ' a fait voir que leur substance extrieure est excrte par couches de la surface de leur noyau pulpeux , sans conserver de connexion orfj^anique avec lui , et qu'en mme temps leur mail est dpos sur elles en fibres perpendiculaires par la capsule membra- neuse qui les revt. Une troisime substance qui enveloppe l'mail dans certains animaux est fjale- ment dpose aprs l'mail et par la mme mem- brane. Ce dernier point a t bien dvelopp par M.BIake\ M. Cuvier^ parot avoir mis hors de doute tous ces phnomnes, en les vrifiant sur les normes dents de l'lphant, o il est trs ais de les suivre. Aussi les dents peuvent-elles tre entames, uses. Histoire naturelle des Denis, en anglois; i vol. in-4''. ' Essai sur la structure et la formation des Dents dans l'homme et divers animaux, en anjrlois , par Robert Blacke ; Dublin, 1801, i vol. in-8. * Annales du Musum d'histoire naturelle, t. VIII, p. pS. 232 SCIENCES PHYSIQUES. sans prouver les mmes accidents que les os; il faut mme que celles des animaux herbivores le soient. M. Tenon', dans un grand et beau travail sur ce sujet, a montr jusqu' quel point va cette dtri- tion , et comment , mesure qu elle emporte la cou- ronne de la dent, celle-ci salonge de nouveau du ct de sa racine; jusqu' ce que, ce supplment venant finir, elle s'use et tombe dfinitivement. Il a fix avec une prcision toute nouvelle les poques de l'ruption, de la chute, et du remplacement de chaque dent dans plusieurs animaux, et fait con- riotre une multitude de changements singuliers que Ttat variable des dents amne successivement dans l'organisation des mchoires. Les dents se trouvent reportes par-l dans la grande classe des substances qui recouvrent les parties extrieures, et qui croissent toutes par addi- tion de couches nouvelles sous les prcdentes; les poils, les cheveux, les ongles, les cornes, les becs, les cailles, les tts, les coquilles, les corps durs qui arment l'intrieur de certains estomacs, sont dans ce cas, et sont tous insensibles, et susceptibles d'tre mutils sans douleur et sans danger : c'est le noyau intrieur qui s'enflamme et devient doulou- reux dans la dent, et non la dent elle-mme. Les substances pierreuses des coraux croissent aussi par ' Mmoires de l'Institut, Sciences mathmatiques et physiques, t. I. PHYSIOLOGIE. 233 couches , mais dont les dernires enveloppent les prcdentes, comme dans les arbres. Les organes extrieurs des sensations sont de tout le corps vivant ceux qui se prtent un plus grandnombred'applicationsdes sciences physiques. Tout ce qui se passe dans Fil , par exemple, jusqu'au moment o l'image visuelle se peint sur la rtine, se rduit des oprations d'optique, que l'on a compares avec raison celles de la chambre obscure : mais Til a deux proprits essentielles qui manquent cet instrument; celle de rtrcir ou d'largir son entre, qui est la pupille , selon l'abon- dance ou la raret de la lumire, et celle de rappro- cher ou d'loigner son foyer suivant la distance de l'objet qu'il faut voir. Cette dernire facult sur-tout est trs tendue dans certaines espces, et particu- lirement dans les oiseaux , obligs de voir gale- ment bien leur proie du haut des nues , pour diri- ger leur vol sur elle , et tout prs de terre , pour la saisir. Les moyens que la nature emploie pour arriver ce double but dans les diverses classes ont fait l'objet de longues recherches pour MM. Olbers, Porterfield , Hunter, Home, et Young '. On peut imaginer pour cela , ou que la corne ' Voyez sur-tout le Mmoire sur l'il par M. Young, clans les Transactions philosophiques de 1801. 234 SCIENCES PHYSIQUES. chaDge de convexit , ou que c'est le cristallin , ou que Taxe de Fil change sa longueur, et par cons- ([uent la distance de sa rtine , ou enfin que le cris- tallin change sa position. Lequel de ces moyens est le vrai? Le premier et le troisime seuls peuvent tre les objets d'une mesure immdiate. M. Young a montr d'une manire ingnieuse qu'ils ne con- trihuent point sensihlement l'effet qu'on dsire expliquer ; il a donc recours au deuxime , c'est-- dire la variation du cristallin : mais Fanatomie nous parot y rpugner; le cristallin est souvent dur comme de la pierre. Peut-tre le quatrime moyen est-il le principal; et il nest pas ncessaire de sup- poser de vrais muscles qui agissent sur le cristallin : on peut penser aussi qu'il est m par un change- ment analogue l'rection qui auroit lieu , soit dans les procs ciliaires , soit dans une membrane parti- culire aux oiseaux qui se nomme le peigne; elle part du fond de l'il , et s'attache dans le tissu vitr, non loin du cristallin. Les oiseaux auroient donc le moyen le plus puissant de changer leur foyer, ainsi que leur genre de vie l'exige. Gomme plusieurs paires de nerfs se distribuent la langue, on n'toit pas entirement certain de celle qui reoit la sensation du got , quoique la facilit de suivre les filets de la cinquimejusqu'aux papilles de cet organe semblt prouver beaucoup PHYSIOLOGIE. 235 Cil sa faveur. ^e galvanisme a dmontr M. Du- puytren ce que Fanatomie annoncoit. La lan^fjue n'est entre en convulsion que par l'excitation de la neuvime paire ; la cinquime, ne la mouvant point, doit donc tre l'organe de la sensibilit. En effet quand cette paire se paralyse la langue ne savoure plus rien. Nous avons dj annonc que les recherches de Scarpa et de Gomparetti ont plac dans la pulpe du labyrinthe membraneux le vritable sige de l'oue. On explique parl- l'effet de l'branlement du crne par les corps sonores , (jui fliit entendre les per- sonnes dont la surdit ne vient que de l'obstruction du canal extrieur de l'oreille. C'est seulement de cette manire qu'entendent les poissons, attendu qu'ils n'ont point de canal externe. Tout le monde sait (jue la production d'une jjer- ception , ou cette action des corps extrieurs sur le moi , d'o rsulte une sensation , une image , est un problme jamais incomprhensible, et qu'il existe en ce point, entre les sciences physiques et les sciences morales, un intervalle que tous les efforts de notre esprit ne pourront jamais combler. IjCS sciences morales commencent au-del de cette limite : elles montrent comment de ces sensa- tions rptes naissent les ides particulires ; de la comparaison de celles-ci , les ides gnrales ; des 236 SCIENCES PHYSIQUES. combinaisons d'ides, les jupements \ et de ceux-ci , les rciisonnements et la volont. Mais les sciences physiques , de leur ct , ne s'ar- rtent pas beaucoup prs l'impression reue par le sens extrieur; ce n'est pas celle-l que peroit le moi ; il faut qu'elle se transmette plus loin, qu'elle arrive jusqu'au cerveau ; et comme les ju.fi^ements ne s'oprent que sur les ides reproduites par la mmoire, il faut que cette action , une fois reue dans le cerveau , y laisse des traces plus ou moins durables. Le cerveau est donc -la-fois le dernier t^rme de l'impression sensible et le rceptacle des images que la mmoire et l'imagination soumettent l'esprit. Il est, sous ce rapport, l'instrument ma- triel de l'ame; et le plus ou moins de facilit qu'il a de recevoir les impressions , de les reproduire promptement, vivement, rgulirement, et abon- damment, et d'obir en cela aux ordres de la vo- lont , influe de la manire la plus puissante sur l'tat moral de chaque tre. On conoit donc d'abord que l'tat du cerveau, en sa qualit d'organe li toute l'conomie, d- pend, jusqu' un certain point, de l'tat de tous les autres organes : c'est l l'origine de Tinfluence du physique sur le moral , dont M. Cabanis a trac un tableau brillant et anim ^ ' Rapport du physique et du moral de l'homme, par M. Cabanis ; Paris, 2 vol. in-8". La deuxime tklition est de i8o5. PHYSIOLOGIE. 237 On conoit encore qu'un dranji^enient partiel ou total de l'organisation du cerveau peut altrer ou suspendre en tout ou en partie l'ordre des images, et par consquent celui des ides et des oprations intellectuelles ; ce qui explique tous les genres d'alination mentale. 11 n'est pas moins clair que des cerveaux sains d'ailleurs peuvent diffrer entre eux par une orrr^- nisation plus ou moins heureuse, et, prsentante! l'esprit des images plus ou moins vives, plus ou moins abondantes, et plus ou moins bien ordon- nes, occasioner des diffrences infinies dans la porte de l'intelligence et dans les ressorts de la vo- lont, et les faire descendre jusqu' un degr voisin de rimbcillit absolue. L'exprience et la compa- raison des diffrents individus et des diffrentes espces d'animaux montrent qu' cet gard le vo- lume , et spcialement celui de la partie suprieure nomme hmisphres^ est la circonstance favorable la plus apparente. Enfin comme l'exprience fait voir aussi qu'en beaucoup d'occasions Ton peut avoir une percep- tion j)ar un mouvement immdiat du cerveau, et sans que le sens extrieur ait t frapp, on peut se reprsenter qu'il existe constamment dans certains tres de ces perceptions internes c{ui les dtermi- nent cet ordre d'actions que l'on appelle instincts, telles que sont les diverses industries , souvent trs 238 SCIENCES PHYSIQUES. compliques, qu'exercent ds leur naissance, sans les avoir apprises de leurs parents ni de l'exprience, et d'une manire toujours constante , des espces d'animaux d'ailleurs trs stupides et places fort bas dans rchelle. Quant ce que l'on a voulu appeler instincts /- tomai/(/Hes, ce sont certains mouvements volontaires qui drivent de jugements devenus tellement prompts par l'habitude et par l'association plus constante des ides qui en rsulte que nous ne nous apercevons pas de les a voir faits. Qui peut nier que l'homme qui lit, celui qui touche de l'orgue, c^lui qui fait des armes, ne se souviennent, ne voient, ne jugent, et ne raisonnent, chaque con- traction de muscle? Sans doute c'est l sur-tout que se montre la rapidit de la pense. Il n'y a donc point de comparaison faire de ces actes prtendus automatiques avec les mouvements intrieurs invo- lontaires, et ceux-ci restent exphqus par les forces vitales ordinaires et irrationnelles , comme nous l'avons vu l'article Physiologie gnrale. Les pertes et les suspensions partielles ou totales de mmoire , les folies fixes qui ne portent que sur un seul objet, et les visions ou folies fixes momen- tanes, les songes et le somnambulisme, n'offrent aucune difficult importante d'aprs ces ides sur l'influence du cerveau , ides que les dcouvertes de PHYSIOLOGIE. 2J9 ces derniers temps ont seules pu rendre claires , quoique leurs principaux (termes se soient dj pr- sents plusieurs bons esprits, et se trouvent sur- tout assez nettement indiqus dans les ouvra(];es de Bonnet et de Hartley. M. Gall ' a soutenu rcemment que les trafces des diverses impressions se rpartissent en diffrents lieux du cerveau , selon leurs espces, et que le vo- lume particulier de chacun de ces lieux annonce le degr des dispositions particulires , de la mnie faon que le volume gnral des hmisphres an- nonce la porte gnrale de Tintelligence ; on sait niuie qu'il croit ces diffrences assez sensibles pour tre aperues dansThomme vivant parle moyen des formes du crne. Mais quoique cette doctrine, rduite aux termes dans lesquels nous venons de l'exprimer, n'ait rien de contraire aux notions gn- rales de la physiologie, on sent aisment qu'il fau- droit encore bien des milliers d'observations, avant ([ue Ton pt la ranger dans la srie des vrits g- nralement reconnues. La thorie gnrale de la formation des tres or- ganiss reste toujours, comme nous l'avons dit, le plus profond mystre des sciences naturelles : jus- qu' prsent pour nous la vie ne nat que de la vie; ' Pliysioiogie intellectuelle, par J. B. Demanfjeon ; Paris, i8o(), I vr>). in-8". 24o SCIENCES PHYSIQUES. ioos la voyons se transmettre, et jamais se pro- cUiirc ; et quoique Timpossibilit d'une gnration spontane ne puisse pas se dmontrer absolument, tous les efforts des physiologistes qui croient cette sorte de gnration possible ne sont point encore parvenus en faire voir une seule. L'esprit, rduit choisir entre les diverses hypothses du dvelop- pement des germes , ou les qualits occultes mises en avant sous les titres de moule intrieur, d'instinct formatif, de vertu plastique , de polarit ou de diff- renciation, ne trouve donc par-tout que nuages et qu'obscurit. Le seul point qui soit certain c'est que nous ne voyons autre chose qu'un dveloppement, et que ce n'est pas l'instant o elles deviennent visibles pour nous que les parties se forment ; mais qu'on nous fait remonter leur germe toutes les fois qu'on peut aider nos sens par quelque instrument plus parfait: aussi, dans presque tous les systmes de physio- logie , commence-t-on par supposer Ftre vivant tout form au moins en germe; et bien peu de phy- siologistes ont-ils t assez hardis pour vouloir d- duire d'un mme principe et sa formation primi- tive , et les phnomnes qu'il manifeste une fois qu'il jouit de l'existence : l'admission tacite de cette exis- tence est mme si ncessaire que c'est sur la liaison rciproque des diverses parties que repose jusqu' PHYSIOLOGIE. 2^1 prsent pour nous lu nitc de l'tre vivant, du moins dans le rgne vgtal, ori l'on ne peut admettre de principe sensitif. Mais si la gnration en elle-mme est inaccessi- ble toutes nos recherches , les circonstances qui l'accompagnent la favorisent ou l'arrtent, et les divers organes qui entretiennent dans les j)remiers temps la vie de l'embryon et du ftus sont suscep- tibles d tre observs avec plus ou moins d'exacti- tude, et ont donn lieu des dcouvertes intres- santes dans la priode dont nous faisons l'histoire. Il y a, parmi ces organes propres au ftus, une vsicule qui communique avec le bas-ventre au tra- vers de l'ombilic par un petit canal, et qui ne se voit dans l'homme que pendant les premires se- maines de la gestation : elle porte , dans les ani- maux, le nom de tunique jytlirode; dans Ihomme on Ta appele vsicule ombilicale. M. Blumenbach ' avoit reconnu son analogie avec la membrane qui contient le jaune dans les oiseaux. M. Oken d'Ina^ vient d'annoncer qu'elle n'est qu'un appendice du canal intestinal, plac de manire que, quand elle s'en spare, il reste une ' Dans ses Institutions physiologiques et son Manuel d'Anatonjie compare'e. ' Dans ses Matriaux pour la Zoologie, la Zootomie, et la Physio- logie compare. BUFFON. COMPLM T. I. l6 ^4'^ SCIENCES PHYSIQUES. portion de son tube qui forme l'intestin ccuni: la liqueur qu'elle contient passeroit donc immdiate- ment dans les intestins pour nourrir Fenibryon. Divers anatoniistes ont fait une observation assez semblable sur la manire dont le jaune de l'uf entre dans Fintestn par le pdicule qui l'y unit; cependant M. Lveill ' nie que ce pdicule soit creux: la nutrition se feroitdonc seulemeutpar les vaisseaux qui vont du msentre la membrane du jaune, et dont les analogues se trouvent galement sur la vsicule ombilicale. M. Gbaussier les a bien injects dans l'bomme^. La respiration de l'oiseau dans l'uf se fait par une membrane trs ricbe en vaisseaux , qui pren- nent leur origine, comme ceux du placenta, dans les mammifres. Aussi regarde-t-on aujourd'hui l'oxygnation du sang du ftus comme une des fonctions principales du placenta, laquelle s'exerce par la communica- tion que cet organe tablit entre le ftus et la mre: des observations de conception extra-utrines ont montr que cette communication peut s'tablir ailleurs que dans la matrice; et des ftus dont le placenta n'avoit pu s'attacher qu'aux intestins ou au msentre n'ont pas laiss de grossir. ' Dissertation sur la nutrition du ftus; Paris, an 7, in-8". ^ Bulletin (les Sriences , vendm. an i i . PHYSIOLOGIE. 243 Les vgtaux n'offroient pas tant d'objets de re- cherches. Leurs fonctions particuUres se rduisent aux scrtions et la gnration, qui sont soumises aux mmes difficults gnrales que dans les ani- maux. La fcondation de leurs graines et leur germina- tion pouvoient principalement prter des dcou- vertes. Dans les vgtaux ordinaires, le mode de la fcondation est depuis long -temps dmontr. Tout le monde reconnot que le pollen des ta- mines en est l'organe, ainsi que Ta prouv autre- fois Vaillant, et comme Ta confirm Klhreuter en produisant des mulets vgtaux. Mais les plantes appeles cryptogames ont leurs fleurs et leurs graines si petites et si caches que Ton n'est point encore du mme avis sur leur compte. L'opinion domi- nante aujourd'hui pour les mousses est celle de Hedwig', qui prend pour les organes mles cer- tains filets creux presque imperceptibles , placs tantt autour du pdicule de l'urne, tantt dans des rosettes de feuilles spares, et qui regarde l'urne elle-mme comme la capsule des graines. M. de Beauvois^ au contraire croit que la poussire ' Fundamenlutn historie naturalis musconim frondosonim ; Lipsice, 1782, in-4'^ ; et Theoria generationis et fructijicationis plaiitnrnm cryptogamicarum ; Ptersbourg, 1784, in-4*', et Leipsick, 1798. ^ Proilrome d'iEthogamie ; Paris, i8o5, 3 cah. in-12. 16. 244 SCIENCES PHYSIQUES. verte qui remplit l'urne est le pollen mle, et que la graine est dans une capsule plus intrieure, que les botanistes nomment columelle. Il y a des discus- sions analogues sur la fcondation des algues et des champignons : cependant on croit assez gnrale- ment que la poussire qui tombe de ces derniers est leur graine. M. DecandoUe ' a remarqu que ce qu'on appeloit graine dans les fucus n'est que leur capsule , et contient la vritable graine, beaucoup plus petite. M. Stackbouse l'a fait germer. TjCs conditions et les phnomnes gnraux de la germination ont t tudis par MM. de Humboldt, Huber^, et Sennebier. Il faut aux graines, peu d'exceptions prs, de Toxygne, pour qu'elles ger- ment; et sa fonction parot tre, d'aprs M. Tho- dore de Saussure, de leur enlever leur carbone surabondant. M. de Humboldt, en particulier, a remarqu que le gaz acide muriatique oxygn ac- clre singulirement la germination , et que tous les oxydes o l'oxygne adhre peu lui sont plus ou moins favorables. Un des points particuliers les plus embarrassants de l'conomie des vgtaux consiste dans certains ' Mmoire prsent l'Institut. ^ Mmoires sur l'influence de l'air et de diverses substances gazeuses dan? la germination des diffrentes graines ; Genve, 1801, i volume in-8". PHYSIOLOGIE. 245 mouvements, en apparence spontans, qu'ils mani- festent dans diverses circonstances, et qui ressem- blent quelquefois si fort ceux des animaux , qu'ils pourroient faire attribuer aux plantes une sorte de sentiment et de volont, sur-tout par ceux qui veulent encore voir quelque chose de semblable dans les mouvements intrieurs des viscres ani- maux. Ainsi les cimes des arbres cberchent toujours la direction verticale , moins qu elles ne se courbent vers la lumire; leurs racines tendent vers la bonne terre etriiumidit, et se dtournent pour les trou- ver, sans qu'aucune influence des causes extrieu- res puisse expliquer ces directions, si l'on n'admet pas une disposition interne propre en tre affec- te , et diffrente de ia simple inertie des cor[)s bruts. On sait depuis lon(^~temps comment les feuilles de la sensitive se replient sur elles-mmes quand on les touche. On sait aussi qu'une infinit de plantes flchissent diversement leurs feuilles ou leurs p- tales , selon l'intensit de la lumire : c'est ce (|ue Linnus , dans son langap,e figur, a nomm le sommeil des plantes. M. DecandoUe a fait sur ce sujet des expriences fort curieuses , qui lui ont montr dans les plantes une sorte d'habitude que la lumire artificielle ne parvient surmonter qu'au bout d'un 246 SCIEr^CES PHYSIQUES. certain temps. Ainsi, pendant les premiers jours , des plantes enfermes dans une cave, et claires continuellement par des lampes , ne laissoient pas de se fermer quand la nuit venoit , et de s'ouvrir le matin'. l y a d'autres sortes d'habitudes que les plantes peuvent prendre ou perdre. Les fleurs qui se fer- mentThumidit finissent par rester ou vertes quand l'humidit dure trop lon(j-temps. M. Desfontaines ayant men une sensitive dans une voiture , les ca- hots la firent d'abord se replier ; elle finit par s'- tendre comme en plein repos : c'est qu'encore ici la lumire, l'humidit, etc., n'agissent qu'en vertu d'une disposition intrieure particulire qui peut se perdre , s'altrer, par l'exercice mme de cette action , et que la force vitale des plantes est sujette des fatigues , des puisements, comme celle des animaux. Vhedysarum gyrans est une plante bien singu- lire par les mouvements qu'elle donne jour et nuit ses feuilles , sans avoir besoin d'aucune provoca- tion. S'il y a dans le rgne vgtal quelque phno- mne propre faire illusion et rappeler l'ide des mouvements volontaires des animaux , c'est bien celui-l. MM. Broussonet , Silvestre, Gels, et Halle, ' Mmoires des savants tran^rers prsents l'Institut, tome J, page 329. PHYSIOLOGIE. 2/17 Tout dcrit en dtail , et ont montr que son activit ne dpend que du bon tat de la plante. C'est en gnral dans les organes de la fructifica- tion que les plantes montrent le plus de ces mouve- ments extrieurs. MM. Desfontaines et Descemets y ont donn beaucoup d'attention. Les tamines de plusieurs fleurs, entre autres celles des pine- vinettes, paroissent avoir des inflexions spontanes , ou en prendre (juand on les touche, mme lgre- ment; mais il faut bien distinguer ces mouvements de ceux qui ne dpendent que d'un ressort mis en libert, comme sont ceux des capsules de la balsa- mine et des tamines des orties et des paritaires. Nous ne parlerons pas ici des oscillatoires, parce- que leur nature est encore douteuse. Adanson en a bien fait des plantes ; mais M. Vaucher les considre comme des animaux. Cependant ce seroit aller trop loin que de regar- der mme les mouvements de la sensitive comme tout--fait comparables ceux que l'irritabilit ])ro- dnit dans les animaux; non seulement il n'est point dmontr qu'ils tiennent une cause parfaitement identique, mais il Test mme qu'ils ne s'exercent pas dans des organes semblables. En effet tout mouve- ment musculaire est une contraction ; et M. Link a fait voir ([ue les flexions diverses que prennent les parties des plantes dpendent autant des fibres qui 248 SCIENCES PHYSIQUES. s'alonp^enl que de celles qui se raccourcissent lors de la flexion, et qu'en coupant celles-ci le mouve- ment ne laisse pas d avoir lieu. Ces contractions vgtales n'en sont pas moins encore un des faits gnraux et non expliqus que Ion peut admettre parmi ce qu'on appelle les forces vitales; et comme la contraction musculaire entre pour beaucoup dans les mou vements intrieu rs qui entretiennent la vie des animaux , il est trs pro- bable, ainsi que nous lavons dit, que cette autre sorte de contraction observe dans quelques parties extrieures des plantes s'exerce aussi l'intrieur, et contribue au mouvement de la sve et l'entre- tien de la vie vgtale. Comme enfin , dans les ani- maux, le bon tat des fonctions influe son tour sur la force qui les entretient, de mme, dans les vgtaux, la chaleur, la nourriture, augmentent ou diminuent ces contractions apparentes aussi bien que celles qui le sont moins. En un mot la vie vgtale, comme la vie animale, est un cercle continuel d'action et de raction; tout y est - la- fois actif et passif, et la moindre partie jouit d'une portion d'influence sur la marche gnrale de l'en- semble. HISTOIRE NATURELLE PARTICULIRE. 249 Histoire naturelle par tien Hre des corps vivants. Une fois que l'on s'est fait ainsi des ides nettes sur les forces attaches chaque ordre d'lments organiques, et sur les fonctions propres chaque organe, on peut en quelque faon calculer la na- ture de chaque espce d'tre organis, d'aprs le nombre des organes qui entrent dans sa composi- tion , d'aprs Ftendue, la figure , la connexion , et la direction de chacun d'eux et de ses diverses par- ties. Cette tude de l'organisation d'un tre vivant , et des consquences particulires qui en rsultent dans son genre de vie, dans les phnomnes ([u'il mani- feste, et dans ses rapports avec le reste de la nature, est ce que l'on nomme l'histoire naturelle de cet tre. Toute recherche de ce genre suppose que l'on a les moyens de distinguer nettement de tout autre l'tre dont on s'occupe. Cette distinction est la pre- mire hase de toute l'histoire naturelle : les vues les plus nouvelles, les phnomnes tes plus curieux, perdent tout intrt quand ils sont destitus de cet appui; et c'est pour avoir nglig ce genre de pr- caution ([ue les ouvrages des anciens naturalistes conservent aujourd'hui si peu d'utilit. Ainsi les 25o SCIENCES PHYSIQUES. savants qui s'occupent cle cette partie de rhistoire naturelle laquelle on a donn le nom de nomen- clature niviient toute sorte de reconnoisance. Leur travail exige non seulement une patience et une sa- gacit peu communes, quand il s'agit de dcrire les objets et den saisir les caractres distinctifs; il leur faut encore une rudition vaste et une critique profonde, pour dmler dans les crits qui les ont prcds ce qui appartient aux espces diverses , pour ne point confondre celles-ci, ou ne point les sparer mai--propos; et, s'ils ne faisoient un em- ploi ingnieiix de mille moyens dlicats, ils aug- menteroient l'obscurit que leur art a pour but de dissiper. Linnseus a port dans cette branche de la science un vritable gnie, et lui a donn une impulsion extraordinaire; il est le premier qui ait tendu la nomenclature mthodique tout l'ensemble des tres naturels; tous ceux qu'il connoissoit bien ont t nomms, caractriss, et classs par lui de la manire la plus prcise et la plus claire ; il a dduit de la nature de la chose les rgies qui doivent diri- ger dans ce genre de travail ; et chacun de ceux qui s'en occupent se considre comme l'un des conti- nuateurs de l'immense difice dont Linnaeus avoit pos les bases. Nous voulons parler de ce grand catalogue des HISTOIRE NATURELLE PARTICULIRE. 25 I tres existants, auquel on a donn le nom deSjstema nalur. Tous les naturalistes s'empressent de le complter ; tous les gouvernements clairs se sont fait un devoir de leur en procurer les moyens. Des jardins, des mnageries, ont t tablis; des collections ont t rassembles dans toutes les gran- des capitales ; de grands voyages ont t ordonns , et c'est un des caractres de notre ge que ces ex- pditions lointaines et prilleuses, entreprises uni- quement pour clairer les liommes et enricbir les sciences. Pour ne parler que des entreprises et des tablis- sements des Franois, nous rappellerons que le Musum d'histoire naturelle a plus que doubl dans toutes ses parties, depuis Tpoque o commence cet aperu historique sur les sciences, et qu'il surpasse aujourd'hui tous les tablissements du mme genre par l'ensemble des objets qu'il runit, autant que par les facilits qu'il offre pour l'tude. La belle runion des plantes rares forme la Malmaison par rimj)ratrice Josphine a dj pro- cur notre pays d'importantes richesses en ce genre, que la munificence de cette auguste prin- cesse s'est empresse de rpandre dans les tablisse- ments publics et particuliers. Les jardins et les cabinets des coles centrales commenoient tre fort utiles pour faire connotre 252 SCIENCES PHYSIQUES. les productions naturelles des diffrents dparte- ments de la France. Il faut esprer que les ordres du Gouvernement pour les runir et les soigner dans les lyces auront t excuts. Quatre grandes expditions lointaines ont t entreprises par des Franois dans cette mme po- que. Chacun connotle malheureux sort de celle de LaProuse ' . Les discordes qui ont mis fin celle de d'Entrecasteaux n ont pas empch MM. de .a Bil- lardire% Laliaye , Riche, d'en rapporter beaucoup de plantes et d'animaux nouveaux. La premire de Baudin, quoique borne aux Antilles, n'a pas laiss de procurer aussi des plantes nouvelles : 'mais la se- conde, ordonne par le gouvernement consulaire, et qui s'est porte vers la Nouvelle-Hollande et TAr- cliipel indien, a t la plus fructueuse qu'aucune nation ait jamais excute^ ; grces au zl infati- gable de MM. Prou, Leschenault de La Tour, et Lesueur, les animaux et les vgtaux inconnus en ont t rapports par milliers ; et nous pouvons assurer que nous sommes en tat de faire connotre les productions de ces parages beaucoup plus com- ' Voyage de La Prouse autour du monde, rdige' par Milet-Mu- reau; Paris, 1797, 2 vol. in-4, avec un atlas in-folio. ' Relation du Voyage la recherche de La Prouse ; Paris, an 8 , 2 vol. in-4, et un atlas grand in-folio. ^ Voyage de dcouvertes aux terres australes ; Paris, 1807, in-4'', premier vol. avec un atlas. HISTOIRE NATURELLE PARTICULIRE. 253 pltement que les nations europennes qui les ha- bitent depuis tant d'annes. Les naturalistes qui ont suivi rarme frant^oise en Egypte ne laisseront rien dsirer sur Tliistoire naturelle de cette contre fameuse: M. Geoffroy en dcrit les poissons et les quadrupdes; M. Savi^^ny, les oiseaux et les insectes; M. Delile, les plantes. Quelques uns de ces objets, prsents au public dans des mmoires isols, tels que le poisson polyp- tre, dcrit par M. Geoffroy ', le palmier doum , par M. Delile % donnent la plus vive impatience de jouir de la totalit, et de voir bientt les planches magnifiques dessines sur les lieux par les phis ha- biles artistes. M. Olivier a rapport beaucoup de choses nou- velles de son voyage au Levant^ ; M. Bosc , de celui d'Amrique; M. de Beauvois, des deux qu'il a en- trepris en Guine et Saint-Domingue. M. Desfon- taines avoit fait antrieurement un voyage trs fructueux en Barbarie et sur l'Atlas ; M. Poiret avoit aussi t en Barbarie; M. de La Billardire, en Sy- rie et sur le Liban 4; M. Bichard, Cayenne;M. du Petit-Thouars, l'le de Bourbon; MM. Poiteau Bulletin des Sciences, germinal an lo. ^ Ibid.^ pluvise an lo. ^ Voyage dans l'empire Ottoman, l'Egypte, et la Perse; Paris, 1801-1807, 3 vol. in~4 avec un atlas. ^ Syri Plant rariores, dee. i et 2 ; Paris, 1790, in-4. 254 SCIENCES PHYSIQUES. et Turpin, Saint-Domiiif>ue. Les correspondants du Musum, Gharles-Town, Cayenne, i Ile-de- France, lui ont fait de riches envois : on doit citer avec loge dans le nombre MM. Michaux, Mac, et Martin. Tous ces voyages, ajouts ceux de Sonnerat, de Gommerson, de Dombey, et d autres, mettent certainement les Franois au premier ranp de ceux * 1 CJ qui ont enrichi les collections europennes. Cependant, quoique nous ne connoissions pas tous les voyages des trangers, nous en savons assez pour dire qu'ils ont rivalis de zl avec nous. Seu- lement, dans la priode dont nous rendons compte, la Gochinchine a t visite par Loureiro \ le Brsil par Vellozo, tous deux Portugais; le Prou et le Chili par Ruiz et Pavon% la Terre-Ferme par Mu- tis, le Mexique par de Sess et Mocino, tous cinq Espagnols ; l'Inde par Roxburgh \ le Cap par Mas- son, la Nouvelle-Hollande par un grand nombre cVautres Anglois. M. Smith devoit en dcrire les plantes ^, et M. Shaw les animaux \ ' Flora Cochinchinensis ; Lisbonne, 1790, 2 vol. in-4 ; Berlin, 1798, 2 vol. in-8". Flora Peruviana et Chilensis; Madrid, 1799, 2 vol. in-fol. ^ Plants of the coast of Coromandcl ; Londres, 1795, in-fol. ^ A Spcimen of botanj of Neiv-Holland ; Londres, 1793, i vol. in-4". * Zoology of New-IIolland ; Lonvea^ 1794, in-4". HISTOIRE NATURELLE PARTICULIRE. 255 Le voyage de MM. de Huniboklt et Bonpland dans les diverses parties de l'Amrique espa^^iiole, en mme temps qu'il est le seul de cette importance d au gnreux dvouement d'un particulier, s'an- ' nonce comme Fun des plus instructifs que l'on ait jamais faits pour toutes les branches des sciences physiques. Botanique. Il y a cependant parmi ces voyageurs plus de botanistes que de zoologistes. Le plus grand nom- bre ont publi ou publient en ce moment les Flores des pays qu'ils ont parcourus. Celles du mont Atlas par M. Desfontaines % de la Nouvelle-Hollande par M. de La Billardire% d'Oware et de Bnin par M. deBeauvois\ des les de France et de Bourbon par M. duPetit-Thouars^, font honneur la France et enrichissent la bota- nique. M. Pallas a continu celle du vaste empire de Russie, sous les auspices de son gouvernement '; l'Espagne a publi avec magnificence celle du P- ' Flora Atlantica ; Paris, an 6, 2 voL in-4' ' Nov HoUandl plant, specim. ; Paris, i8o4-i8o8, 2 vol. in-4. ^ Flore cl'Oware et de Bnin eu Afrique; Paris, i8o4, in-fol. non termin. ^ Histoire des vgtaux recueillis dans les les australes d'Afrique ; Paris, i8o6, in-4 non termin. * Flora Roxsica ; Ptersbonrg, 1784 et seq., in-fol. 236 SCIENCES PHYSIQUES. rou et clu Chili; Michaux a laiss celle des tats- Unis, et LUI ouvrage particulier sur les nombreuses espces de chnes de ce pays-l ' . Parmi les Flores europennes on doit remar- quer.^ pour la beaut des figures, celle du Dane- marck, commence par OEder% et que le gouver- nement danois prend soin de faire continuer, ainsi que la zoologie du mme pays; celle d'Autriche, entreprise et termine par M. Jacquin ^, et celle que MM. Kitaibel et Waldstein ont commence pour la Hongrie^. Bulliard en avoit aussi entrepris une en figures pour la France^. Nous en avons du moins une excellente quoique dpourvue de cet ornement : c'est celle de M. de Lamarck dont M. Decandolle vient de soigner une nouvelle di- tion, et pour le perfectionnement de laquelle le Rouvernement a envoy ce savant botaniste dans les diverses parties de Fempire ^. Parmi les Flores de nos provinces celle du Dauphin, par M. Villars, ' Flora Boreali-Americana ; Paris, i8o3, 2 vol. in-S". Histoire des chnes de l'Amrique; Paris, 1801 , i vol. in-fol. ^ Flora Danica ; Hafn., 1764 et seq., in-fol. non termine ^ Flora Austriaca ; Vienne, 1 773-1778, et Miscellanea Austriaca. ^ Plant rariores Hungari. ' Herbier de la France; Paris, 1784 et seq., 4 vol. in-folio non termins. '' Flore Franoise, premire dition en trois vol. 1778; deuxime dition en 5 vol., i8o5. BOTANIQUE. 267 tient un des premiers ran^js '. Il y a une trs bonne Flore d'An(;[leterre , par M. Smith % et la plupart des tats de l'Europe ont aussi les leurs. M. Swartz en a donn une des Indes occidentales^. Pendant que l'on parcourt ainsi avec beaucoup de peine des pays voisins ou loigns, les botanistes sdentaires travaillent faire connotre les plantes des jardins et celles des herbiers. Les uns s'attachent certaines collections particulires ; et dans ce genre la France peut citer avec orgueil la descrip- tion dujardin del Malmaison^, o les talents du bo- taniste, M. Ventenat, etceux de l'artiste, M. Redout, ont rivalis pour riger un digne monument de la munificence de l'impratrice Josphine, et de la protection claire qu'elle accorde aux sciences utiles. Le jardin de Gels, par M. Ventenat", est aussi un produit trs honorable d'une entreprise prive. En Autriche M. Jacquin continue depuis long- 'Histoire des plantes du Dauphin ; Grenoble, 1780, 4 volumes in.8. ^ Flora Britannica f par Smith; Londres, 180G, 3 vol. in-S"; et Ar- rangement of British plants, par Whitering, 4 vol. in-8". ^ Flora Indice occid. ; Erlang, 1787, 3 vol. in-8''. ^ Jardin de la Malraaison ; i8o3 et seq. , in-fol. ^ Description des plantes nouvelles et peu connues cultives dans le jardin de M. Gels; Paris, an 8 ( 1802 ), in-folio ; et Ghoix de plantes dont la plupart sont tires du jardin de Gels, i8o3. BUFFON. COMl'LM. T. 1. I7 258 SCIENCES PHYSIQUES. temps de dcrire les plantes du jardin de Tempe- reur ' ; M. Willdenow a commenc la description de celui de Berlin^; celui du roi d'Angleterre Kew' a t publi par M. Alton, et celui d'Hanovre par M. Schrader^. Parmi ceux qui se sont borns donner des es- pces de supplments au systme en dcrivant des plantes nouvelles, de quelque part qu'elles leur vinssent, nous citerons M. Vahl, dans ses Eclocj american^ et dans ses Sjmbol^;M. Gavanilles, dans SCS plantes rares d'Espagne^; M. Smith, dans ses Icnes^. Les Stirpes et le Serlum Ancjlicnm de l'H- ritier^ mritent aussi detre cits honorablement dans ce nombre. D'autres botanistes prennent pour sujets d'tude certaines familles de vgtaux. Les Liliaces de ' Hortus Vindohonensis ; Vienne, 1770-1776, in-fol. ; et Hortiis Schnln-u7inensiSf ibid. 1797 et seq. ^ Hortus Berolinensis ; Berlin. ^ Hortus Kewensis ; Londres, 1789, 3 vol. in-S". '* Sertuni Hanoveranum ; Gott., 1795-1796, in-fol. ^ Hafn., 1796, in-fol. '' Symholce botanic ; Hahi.^ 1790, in-fol. 7 Icnes et Descriptiones plantarum qu aut sponte in Hispania cres- cunt, aut in hortis hospitantur; Madrid, 1791-1801 , 6 vol. in-fol. ^ Icnes, pict plant, rar.; 1 790-1 798; et Plant, icnes hactenus inedit ; Londres, 17 89-1 791 , in-fol. 9 Stirpes nov ; Paris, 1780-1785; et Sertutn Anglicum , 1788, in-fol. BOTANIQUE. 2^9 M. Decandolle, avec des planches de M. Redout, doivent tre mises , pour la magnificence, la tte de tous les ouvrages de ce genre'. M. Decandolle a aussi donn un Trait sur les astragales et les genres voisins^, et une Histoire des plantes grasses avec de belles figures^. La Monographie des pins , de M. Lambert, est un ouvrage superbe; celle des saules par Hofman^, celle des carex par M. 8chkuhr\ celle des oxalis par M. Jacquin*", celle des gen- tianes par M. Frlich7^ mritent des loges pour leur exactitude : nous devons aussi remarquer celle des gramines d'Allemagne et de France, par M. Khler, de Mayence ^. l y a une foule d'autres travaux sur des familles particulires publis dans les Mmoires des socits savantes, ou sparment, et qu'il nous est impossible d'numrer complte- ment. ' Les Liliaces ; Paris, 1802 et seq., (rand in-fol. Il y a dj trois volumes termins. ^ Astragalocjia ; Paris, 1802, i vol. in-fol. ' Plantarurn Historia succulentanim ; Paris, an y et suiv. , in-fol. ^ Hiatoria salicum; Leips., lySS-iyQi, 2 vol. in-fol. dont le second n'est pas fini. ^ Histoire des carex ou laches, traduite de l'allemand par Dela- vigne ; Leipsick , 1 802 , in-8". ^ Oxalis Monographia; Vienne, 1794? ^ vol. in-4''. 7 Libellas de gentiana ;Y,r\an^j. ^ l786,in-8. ^ Descriptio graminum in Gallia et Germania sponte cresceniium ; Francfort, 1802, in-8''. '7- 26o SCIENCES PHYSIQUES. Les plantes cryptogames ont t tudies avec une attention toute particulire : des figures et des descriptions des mousses ont t donnes par Hed- wig% des lichens par Hofman" et par Acharius ', des champignons par BuUiard^. MM. Tode^ et Per- soon^ ont port trs loin Ttude des petits champi- gnons; M. Decandoile y a beaucoup ajout^. Les algues et conferves ont t observs avec beau- coup de soin par MM. Chantrans et Vaucher'^ : le premier croit que plusieurs de ces tres appar- tiennent au rgne animal. La Nereis bniannca de M. Stackhouse^ est une belle monographie des fu- cus. Il y en a une autre faite avec plus de luxe, par M. Welley : celle de M. Esper est moins soi- gne '^ ' Descriptio et adumhratio muscoruni fi'ondosorum ; Leipsick, 1^87-1797, 4 ^'^1- in-fol.; et Species muscoruni frondosorum ^ Lelps. , 1801, in-4- Voyez aussi Muscologia recentioiixm , par M. Britel ; Got]i. , 1797-799, 3 vol. in-4. ' Descriptio et adumhratio lichenum. ; Leipsick, 1790, in-fol. ^ Lichenographi Suecic Prodro7VUS;luinli.o\)inQ^ ^798- '' Dans l'Herbisr de la France, et part sous le titre de Cliampi- qnons de la France. ^ Fungi Mecklenburgenses selecti ; Lunebourg, 1 790-1 791, in-4. ^ Synopsis methodica fungorum , Gott. 1801 , in-8; et icnes pictce spec. rar. fungorum ; Paris, i8o3 et suiv. 7 Dans son e'ditinn de la Flore Franoise. ** Histoire des conferves d'eau douce ; Genve, i8o3, in-4. 9 Bath, 1795, in-fol. '" /r;oe5 /conn ; Nuremberj^, 1797, et 1798, in-4". BOTANIQUE. 261 M. de Beau vois a travaill sur toute cette classe ' : MM. Swartz^ et Smith ' se sont occups plus parti- culirement des fougres. Avec des secours si abondants il a t ais de rendre les ouvra^^es gnraux de }3otanique infi- niment plus complets que Linnus ne les avoit laisss. Le Dictionnaire de botanique de TEncyclopdie, par M. de La Marck, continu par M. Poiret^ ; le Species plantarum de M. Willdenow^ 1 enumration que M. Vahl^ avoit commence, porteront prs de trente mille le nombre des espces de plantes connues et enregistres dans ce grand catalogue de la nature, et chaque jour en ajoute de nouvelles. M. de Jussieu comptoit dix-neuf cents genres en I "789 ; ce nombre seroit presque doubl par ceux qu'ont tablis MM. Ca vanilles, T^oureiro, Smith, de La Marck, Ruiz et Pavon, Michaux, IjaBillardire, Thunberg, Gaertner, du Petit -Thouars , Decan- dolle, Ventenat, et M. de Jussieu lui-mme: mais ' Prodrome d'iEthogamie , dj cit. ' Synopsis Jilicum ; Kie\ ^ i8o6,ia-8. ^ Mmoires de l'Acadmie de Turin. * Commenc en iy83. On en est au huitime et dernier volume; in-8. ^ Commenc en 1797 Berlin. On en est au huitime et dernier volume : il y en aura deux de supplment; in-8. ^' Enumerat. plantar. ; Hafn. , i8o5. Il n'y en a cjue deux volumes. 202 SCIENCES PHYSIQUES. une partie de ces genres rentreront les uns dans les autres, ou dans les genres anciens; il en restera toujours huit neuf cents de nouveaux ', Il n'est pas possible que dans un si grand nombre de plantes il n'y en ait beaucoup dont la socit pourra tirer parti. Sans vouloir, l'exemple des anciens, attribuer toutes les plantes des vertus mdicinales imagi- naires, il est certain que la botanique a fourni, mme dans ces derniers temps, plusieurs mdi- caments utiles. Le telragonia expansa, rapport des les des Amis par le capitaine Gook, se cultive aujourd'hui en Europe comme plante alimentaire et comme excel- lent antiscorbutique; le chenopodium antlieiminilii- cum, si utile contre les vers des enfants, s'est r- pandu des Etats-Unis dans beaucoup de jardins de FEurope ; la mousse de Corse (fucus lieiminthocor- ton ) est supple maintenant par plusieurs de nos varecs, suivant les indications de M. Grard. Plusieurs plantes mdicinales , anciennement connues, mais apportes autrefois de l'tranger, sont actuellement communes dans nos jardins; le ' Consultez aussi sur les plantes nouvelles qui paroissent journelle- ment les divers recueils priodiques de Botanique, tels que le Journal de Botanique d'Usteri, celui de Schrader, le Botanist Repository d' An- drews , les Annales du Musum d'histoire naturelle de Paris, etc. BOTANIQUE. .763 lobelia sypiliiuica de Virginie, le jalap du Mexique (convolvulus jalappa) ^ la rhubarbe de Sibrie (rfieinn paimatum)^ celle des Arabes {rlieum ribes)^ sont de ce nombre. L'histoire , jusqu' prsent si obscure , de nos plus importants mdicaments vgtaux a t singulire- ment claircie par les botanistes. MM^Vahl, Ruiz,etPavon,ontles premiers bien distingu les diverses sortes de quinquina , dont plusieurs galent en vertu le quinquina rouge du Prou. M. Decandolle a montr que Ton confondoit en pharmacie des plantes de genres et mme de classes diffrentes , sous le nom commun 'ipca- cuanha\ Sans toutes ces distinctions, sans la fixation pr- cise du degr de vertu de chaque espce, il est im- possible la mdecine de rien prescrire de certain sur les doses et refficacit des mdicaments. Les botanistes n'ont pas mis moins de zl pro- pager les plantes aromatiques ou alimentaires qu'ils ont dcouvertes. Tout le monde est instruit de leurs succs dans la transplantation . la Guiane des piceries des Moluques. Ce monopole a t arrach l'Orient par des Fran(;ois, et la culture de ces plantes pr- Bulletin des Sciences, messidor an lo. 204 SCIENCES PHYSIQUES. cieuses porte dans des contres d'o le retour en Europe sera beaucoup moins pnible et moins coteux. Nos les de France et de Bourbon , qui ont servi d'entrept pour cette grande entreprise, en par-^ tarent le bnfice : elles reoivent elles-mmes des espces nouvelles; le ravendsara de Madagascar, arbre aromatique , y est maintenant naturalis ; rinde et la Chine lui ont fourni le litchi , le ram- boutan , et le mangoustan , dont les fruits sont trs agrables. Les professeurs du Musum d'histoire naturelle sont parvenus faire donner nos colonies d'A- mrique l'arbre pain des les des Amis. On en fait prsent usage Cayenne. La canne sucre violette de Batavia remplacera bientt la canne or- dinaire ; elle donne plus de sucre et en moins de temps. La France, dj si riche en excellents fruits , a reu le mrier rouge du Canada , le nflier du Ja- pon , et le noyer pacanier de l'Amrique septentrio- nale. Ces fruits agrables peuvent encore se perfec- tionner par la culture. Une varit de la patate du Mexique, envoye rcemment de Philadelphie, se rpand en France: son got approche de la chtaigne. Ces plantes ali- mentaires souterraines, qui craignent peu les intem- BOTANIQUE. 265 pries, sont une richesse plus certaine encore que les autres. Les Etats-Unis nous ont donn une foule de nouveaux bois de charpente et de menuiserie, principalement des espces de chnes, de frnes, d'rables, de bouleaux , de pins, et de noyers , dont quelques unes ont encore des usages accessoires trs importants. Le tan du chne rouge est prfr tous les autres; le quercitron, ou chne tinctorial, aide teindre les cuirs en un jaune trs solide ; deux sortes d'rables donnent du sucre; le tupelo aquatique remplaceroit le lige; le baumier donne un suc utile en mdecine; divers sapins et genvriers aro- matisent la bire. Quelques uns de ces arbres ont l'avantage de bien venir dans des terrains qui n'en nourrissoient pas d'autres de mme genre. Le cy- prs chauve veut des marais , etc. La terre de Dimen nous enverroit de mme des eucalyptus et des casuarina excellents pour la ma- rine , et dont les diverses qualits s'approprie- roient aisment une foule d'autres usages parti- culiers. Lep/iormmm tenax de la Nouvelle-Zlande peut servir la marine plus promptement encore par sa fdasse, beaucoup plus robuste que celle du chanvre; il viendra aisment dans nos provinces mridionales. 266 SCIENCES PHYSIQUES. Nous ne parlerons pas de ce .(jrand nombre de plantes d'aprment qui ornent aujourd'hui nos parterres et nos bosquets, quoique ce soit aussi uue utilit que de multiplier ces sortes de jouis- sances, et que larchitecture et les fabriques en tiient journellement des moyens et des modles. C'est en ^^rande partie par cette attention qu'ont toujours eue les naturalistes de runir dans leur patrie les productions trangres qui peuvent y russir, que les peuples civiliss sont arrivs leur prosprit actuelle. Le mme moyen peut l'aug- menter encore : les pays trangers nous offrent bien d'autres plantes utiles; nos colonies sur-tout peuvent en recevoir en foule des Indes et des autres pays chauds. Il seroit digne d'un gouvernement paternel de les leur donner, et de faire encore pendant la paix ces conqutes si douces et si peu dispendieuses. Zoologie. Le nombre des animaux existants est infiniment suprieur celui des vgtaux, mais on a commenc plus tard et l'on a long-temps mis moins d'atten- tion en dresser l'tat. Linnaeus encore, en portant dans cette branche de la science cette mthode pr- cise qui lui a donn tant de succs en botanique, a eu l'avantage d'y trouver un champ plus neuf et ZOOLOGIE. 2G7 plus fcond, qu'il a effleur rapidement tout entier, pendant que Buffon et Pallas en cultivoient quel- ques parties avec plus de profondeur et d'clat. Les efforts runis de ces hommes clbres ont inspir plus d'intrt pour l'histoire des animaux, et l'effet commence devenir sensible; car la p- riode actuelle est plus riche que toutes les autres en travaux sur ce rgne. Les quadrupdes ont prouv peu d'augmenta- tion depuis Pallas et Buffon , si ce n'est par la Zoo- logie de la Nouvelle-Hollande de M. Shaw, et par les espces que M. Schreber ajoute de temps en temps la grande histoire de cette classe, qu'il publie de- puis plusieurs annes '. Cependant l'ouvrage d'Au- debert sur les singes peut tre cit comme livre de luxc\ La description de la mnagerie du Musum, commence par MM. de Lacpde , Guvier, et Geof- froy, offre aussi de belles figures de quadrupdes dessines par Marchal et M. de Wailly ^, On attend avec intrt l'ouvrage que M. Geoffroy prpare sur les animaux bourse, et dont il a donn spar- ment de beaux chantillons. M. Prou a rapport beaucoup de quadrupdes nouveaux del Nouvelle- ' l^ublie en Franois et en allemand, Erlang, depuis 1776; le quatrime volume est fort avanc. * Histoire naturelle des Singes, in-fol. ^ Conimence'e en l'an 10, in-fol. Il en a paru dix cahiers de quatre planches chacun. 268 SCIENCES PHYSIQUES. Hollande, et M. Lescbenault, de l'le de Java. Buf- fon, qui se proposoit de terminer ses travaux par l'histoire des ctacs, fut arrt par la mort; M. de Lacpde a glorieusement rempli ce besoin de la science ' et ce dsir de son illustre matre. M. Latham est celui qui a le plus ajout au cata- logue des oiseaux^. La France a produit sur cette classe des ouvrages de luxe remarquables par la beaut de leurs plancbes. Les oiseaux d'Afrique^, par M. Le Vaillant, prsentent beaucoup d'espces nouvelles et un grand nombre d'observations int- ressantes. Les perroquets'^, les oiseaux de paradis, les toucans, etc.\ par le mme auteur, avec des figures de M. Barraband ; les coUbris et autres oiseaux dors par Audebert et M. Vieillot^; les tangaras de M. Desmarets fils, avec des figures de mademoiselle Decourcelles^, sont -la-fois de vri- tables objets de commerce et des recueils dont la science peut tirer parti. On en a. aussi commenc de semblables en Allemagne; les figures des oiseaux ' Histoire des Ctacs; Paris, an 12, in-4*. '^ Index ornithologicus ; Londres, 1790, 2 vol. in-4- ^ Paris, in-fol. et in-4. Commenc en 1799; il en a paru ciuq volumes. ^ Ibid, Commenc en 1 801; il en a paru deux volumes. ' Paris, 1806, 2 vol. grand in-fol. ^ Paris, 1802, 2 vol. grand in-fol. 7 I^aris , 1 8o5 , grand in-fol. ZOOLOGIE. 269 de ce pays, publies par MM. Wolf et Meyer ', et plus encore celles de MM. Borkhausen, Licli- ihanimer, et Becker% mritent des lo(];es; mais peut-tre vaudroit-il mieux reprsenter plus sim- plement des espces nouvelles que de reproduire ainsi des espces connues, uniquement pour appro- cher davanta(}e d'une perfection d'images que l'on n'atteindra jamais compltement, et qui n'est pas ncessaire au naturaliste. M. d'Azzara, dont on a en franois une excellente Histoire des quadrupdes du Paraguay, traduite par M. Moreau de Saint- Merry\ vient de donner, en espagnol, celle des oiseaux, qui ne sera pas moins prcieuse. Le luxe des figures a aussi t port sur une classe qui n'en paroissoit gure susceptible. Uau- din, en France, a fait reprsenter les grenouilles, rainettes, et crapauds^, et Russel, en Angleterre, les serpents de la cte de Goromandel, avec beau- coup de magnificence '. L'Histoire gnrale des reptiles, par M. de La- cpde, qui remonte aux premires annes de notre priode, a commenc porter un grand jour dans cette classe auparavant peu tudie^. ' Nurember^T, grand in-fol. "* Darmstadt, in-fol. ^ Paris , 1801 , 2 vol. in-8". ^ Paris, an 1 1 , in-4''. ^ Londres, 2 vol. grand in-fol. ** Histoire naturelle des quadrupdes oupares et des serpents; Pa- ris, 1788 cl 1789, 2 vol. in-4''. 2^0 SGIEINCES PHYSIQUES. Les travaux de ce clbre naturaliste , continus depuis cette poque, et ceux que Daudin a faits en partie sous ses yeux , ont mis ce dernier en tat d'en publier rcemment une autre ' o le nombre des espces est plus que doubl. M. Schneider, dans deux ouvrages sur la mme classe, a publi aussi des remarques trs intressantes^. M. de Lacpde est encore celui qui a jubli l'histoire des poissons la plus rcente et la plus riche. C'est, par ses vues, par le nombre des faits qui y sont rassembls, par Tordre qui y rgne, par l'clat de son style, un digne complment du ma- gnifique difice commenc par Buffon^. L'ouvrage de Bloch^, qui l'avoit prcd de peu d'annes, est remarquable par la beaut de ses fi- gures enlumines et par le grand nombre de ses nouvelles espces. L'abrg latin ^ que M. Schnei- der vient d'en publier, avec des additions, contri- bue le complter et faire connotre avec plus ' Histoire naturelle des reptiles; Paris, ans lo et ii, 8 volumes in-8^ = Amphihiorum physiologi spec. 2 et II ; Zullichow, 1797, in-4 ; et Histori amphibiomm naturalis et litterari fascic. I et II; lna, 1799 et 1801 , in-S". ^ Histoire naturelle des Poissons; Paris, an 9 et 1 1, 5 vol, in^"- ^ Histoire naturelle des Poissons , en Franois et en allemand ; 12 vol. in-fol. et in-4. Commence en 1782. ^ Systema ichthyologi iconibus CX illustratum ; Berlin, 1801, 2 vol. in-S". ZOOLOGIE. 271 d'exactitude un certain nombre d'espces ; mais la mthode bizarre que cet diteur a suivie, d'aprs le nombre des nageoires, en rend Tusage embarras- sant. La classe immense des insectes est celle qui a donn lieu plus de recherches et plus d'ou- vrages. 11 y en a de ces derniers presque autant (|ue sur les plantes, et l'espace nous nianqueroit pour en rapporter seulement les titres. Nous citerons nanmoins, parmi les descrip- tions d'insectes de certains pays, la Faune trusque, de M. Rossi ' ; celle de Sude , de M. Paykull ' ; la gra ude Faune des insectes d'Allemagne , avec de jolies figures, par M. Panzer^; l'Entomologie hel- vtique, de M. Glairville^; celle de la Grande- Bretagne , par M. Marsham ; la Faune des insectes des environs de Paris, par M. Vaickenaer ', qui ajoute beaucoup celle de MM. Geoffroy et Four- croy; les Insectes de Guine et d'Amri(|ue, par M. dcBeauvois^. ' Livourne et Pise, 1790-1794, 4 volumes in-4, dont deux de sup- plment. ^ Gusta\iiPaykn\\ Fauna Suecica, /?secfa ;Upsal, 1798, 4vol.in-8". ^ Commence en 1793, par feuilles dtaches, et se continuant encore. ^ Zurich, 1798, I vol. in-8, en Franois et en allemand. ^ Paris, 1802, 2 vol. in-8". ^ Insectes recueillis en Afrique et eu Amrique ; Paris, in-fol. jju'a .^ menc en i8o5. y*^0\0^^''^/\ ay^ SCIENCES PHYSIQUES. Parmi les descriptions d'insectes de certaines familles se distinguent minemment , par leur magnificence, les descriptions et les figures des papillons, de Cramer', d'AngramelIe% d'Esper^, et sur-tout celles d'Hbner^. On doit y ajouter riconograpbie des hmiptres , de Stoll ^ ; celle des crustacs, de M. Herbst^ ; les punaises, de Wolf; les diptres , de Schellenberg"; les abeilles d'Angle- terre, de Kirby^; enfin l'Histoire des coloptres, de M. Olivier"^, qui joint au luxe des figures l'en- semble le plus complet sur les murs , et un grand nombre d'espces trangres observes par l'auteur dans les cabinets de l'Angleterre et de la Hollande. D'autres ouvrages sur cette classe, quoique d- pourvus de nombreuses planches enlumines, sont remarquables par l'exactitude des observa- ' Papillons exotiques. Commenc en 1779, continu par Holl jus- qu'en 1790. "^ Papillons d'Europe; in-4''. Commenc en 1779, continu jus- qu'en 1 790. ^ Commenc Erlang en 1777, in-4. ^ Huit volumes iu-4- ^ Commence en 1788 ; Amsterdam, in-4. ^ Commence en 1790 ; Berlin et Stralsund, in-4. 7 Genres des mouches diptres , en franois et en allemand ; Zu- rich, i8o3, in-8. ^ Monographia apum Angli^ en anglois ; Ipsvvich, 1802, 2 vol. in-8^ 9 Commence en 1789, et se continuant encore. L'auteur vient de terminer le cinquime volume in-^". ZOOLOGIE. 273 tions qu'ils renferment. Telles sont les Monogra- phies des carabes, des staphylins, et des charan- ons , par M. PaykuU ' ; celles des fourmis et des abeilles, par M. Latreille'' ; celle des coloptres petits lytres, par M. Gravenhorst^. Pour les descriptions d'insectes nouveaux en g- nral on a plusieurs recueils priodiques, sur-tout en Allemagne, o ce genre de publication est plus en usage. Fuessly 4, Scriba % M. Illiger, ont suc- cessivement mis leurs noms la tte de semblables recueils. Quantaucntaloguegnral des insectes, M. Fabri- cius^ est, depuis long-temps, en quelque sorte en possession de le rdiger. Ses ditions successives, de< puis celle de i 77^, l'ont port au nombre effrayant de prs de vingt mille espces recueillies, soit dans les ouvrages que nous venons de citer, soit dans les cabinets que M. Fabricius a soin de visiter chaque ' Monographia staphylinorum Sueci ; TTpsal, 1789, in-8". Mono- graphia caraborum ; ibicl., 1790, in-8. ' Paris, 1802, in-8''. ^ Brunswick, 1802, etGott., 1806, 2 vol. in-8. ^ Le Journal de Fuessly a commenc en 1778. Il a paru sous diffc- rents titres jusqu'en i 794 , Zurich et Winterthur, in-8". ' Celui de Scriba, imprim Francfort, a paru depuis 1790- 1798, in-8 etin-4. ^ Ce savant naturaliste n'est mort que depuis la prsentation de ce Rapport. BUFFON. COMPLKM. T. I. 1^ 274 SCIENCES PHYSIQUES. a nne dans une partie de TEurope. La France est l'un des pays qui lui ont fourni le plus de matriaux ^ Nous avons en Franois un excellent ouvrage sur les insectes, c'est celui que M. La treille a joint l'- dition de Euffon imprime chez Duffart^ ; et il y en a en Allemagne un beaucoup plus considrable, commenc par Jablonsky et continu par Herbst ^. Les coquilles et les divers lithophytes n'ont pas manqu de descripteurs ni de dessinateurs. Schroe- ter"^, Draparnaud ', MM. Poiret*", et Frussac^, ont trait des coquilles d'eau douce j le grand ouvrage de Martini a t continu par Chemnitz^, etc. ' Systema entomologi ; Flensbourg et Lelpsick, l'/'jS ^ in-8". Spe~ des insectorum ; Hambourg et Kiel , 1781, 2 vol. in-S". Mantissa iri- se ctorum ; Hafn., 1787, 2 vol. in-8. Entomolocjia systeniatica ; Hafn., 1792-17941 4 "^*^'' if^'S"- Systema eleuteratorum ; Kiel, 1801, 2 vol. in-8. Systema ulonat. ; et ainsi de suite pour les autres classes. ' Paris, ans 10 et i3, i4 vol. in-8. Le mme auteur a publi de- puis, en latin, les trois premiers volumes de ses Gnera insectorum; Paris et Strasbourg, 1806 et 1807, in-8. ^ Systme de tous les insectes connus, commenc Berlin en 1785, in-4. ^ Sur les coquilles d'eau douce , piincipalement de Thuringe ; Halle, 1779, in-45 ^n allemand. ^ Histoire naturelle des mollusques terrestres et fluviatiles de la France; Paris, i8o5, in-4". ^ Coquilles fluviatiles et terrestres observes dans le dpartement de l'Aisne; Paris, an 9, in-8. "^ Essai d'une mthode conchyliologique; Paris, 1807. * Nouveau Cabinet systmatique de coquilles; Nuremberg, 1769- 1788 , 10 vol. in-4". ZOOLOGIE. 275 Les coquilles fossiles des environs de Paris ont trouv dans M. de La Marck un descripteur infati- gable, qui en a dj ajout plusieurs centaines la liste de celles qu'on observe vivantes dans la mer et dans les eaux douces '. Mais les mollusques nus, ceux qui habitent l'in- trieur des coquillages, les vers, et les zoopbytes, ont t trop ngligs ; l'intrt et la varit de leur structure n'ont prvalu qu'auprs d'un petit nom- bre de naturalistes sur la difficult de les recueillir et de les conserver. M. Poli cependant a publi, sur les animaux des coquilles du royaume de Naples , un magnifique ouvrage o il expose et reprsente leur anatomie avec beaucoup d'exactitude % et rpand un jour tout nouveau sur leur physiologie. M. Guvier s'occupe de tous ces animaux nus; il en a dj fait connotre plusieurs nouveaux, tant l'extrieur qu' l'intrieur, et a rectifi par le moyen de l'anatomie la plupart des notions que l'on avoit sur les autres ^ Gtze ^, Werner, Fischer'', Bloch, liudolphi, ' Dans les diffrents volumes des Annales du Musum d'his. natur. ^ Testacea utriusquc Sicili ; 2 vol. ffrand in-fol. ^ Dans les Annales du Musum d'histoire naturelle. * Essai d'une histoire naturelle des vers intestins des animaux ; Blankenbour{;, 1782, 1 vol. in-4'', n allemand. ^ Vermium intestinalium brevis Expos'tio, auct. Werner; Leips. , 18. 2^6 SCIENCES PHYSIQUES. ont donn beaucoup d'tendue la connoissance des vers intestinaux, famille si singulire par la ncessit qui la retient dans l'intrieur des ani- maux. Bru^juire avoit commenc, dans l'Encyclop- die, une histoire gnrale de tous ces animaux sans vertbres, qui ne sont pas des insectes, et que l'on confondoit sous le nom commun de vers. Son voyage et sa mort l'ont interrompue ; et maintenant que la distribution mthodique de cette partie du rgne est change on ne pourra pas continuer cet ouvrage sur le mme plan. Il y a beaucoup moins d'ouvrages gnraux sur le rgne animal que sur la botanique, parcequ'il est trs difficile qu'un seul homme tudie les espces innombrables et les formes -la-fois si compliques et si diversifies des animaux. M. Shaw est jusqu' prsent le seul qui ait entrepris d'en crire un d- taill ' ; mais il est encore loin de l'avoir termin , et la plus grande partie de ses figures est emprunte d'autres ouvrages. Il y en a au moins plusieurs ta- bleaux abrgs. Les Allemands, accoutums depuis long -temps enseigner l'histoire naturelle dans leurs universits, ont sur-tout le Manuel de M. Blu- 1782, I vol. in-8 ; ejiiadem Contin. I; ibid. , 1782; Contin. II h Leonh. Fischer, 1786; Contin. III, aucfore Fischer, 1788. ' General Zoology, commence en 1800; Londres, in-8. ZOOLOGIE. 277 menbach \ Le premier crit mthodique de ce [jenre qui ait paru en France est le Tableau lmen- taire de M. Cuvier^, qu'a suivi la Zoologie analy- tique de M Dumril , ouvra(^e qui prsente tous les genres distribus d'aprs une analyse rigoureuse, et o l'auteur propose beaucoup de divisions nou- velles^. Les animaux nous offrent moins souvent des ob- jets nouveaux d'utilit que les vgtaux, parceque nous avons moins de moyens de nous en rendre matres et de nous consacrer leur existence. Cependant cette priode a fait connotre de nou- velles espces de gibier que l'on pourroit rpandre dans nos bois, comme le phascolome de la Nouvelle- Hollande, etc. ; de nouvelles pelleteries propres alimenter le commerce ou donner du poil pour la chapellerie, comme le couy du Paraguay, etc. En revanche les animaux offrent au philosophe, ' La huitime dition est de 1807. Il y en a une traduction Fran- oise , par M. Artaud, faite sur la sixime e'dition ; Metz, 1 8o3 , 2 vol. in-8. " Paris, an 6, in-8". ^ Paris, 1806, in-8. Au reste, pour se mettre au courant de toutes les dcouvertes de dtail dont se sont enrichies les diverses branches de l'histoire naturelle , il faut encore parcourir les ouvrages priodiques gnraux, tels que le Naturforscher, le Journal de Voigt, les Annales du Musum d'histoire naturelle, les crits de la Socit des naturalistes de Berlin, le JVaturalist's Misccllany de Shaw, etc. Ce dernier a le dfaut de reproduire beaucoup 3o6 SCIENCES PHYSIQUES. thymus et les glandes surrnales des divers ani- maux'. L'Italie, cette terre si minemment classique pour Fanatomie, a produit encore dans cette priode de grands travaux en ce genre. Les excellents ouvrages de M. Scarpa et de Gom- paretti sur les organes de l'oue , de l'odorat, et de la vue, ont presque compltement fait connotre les modifications varies de ces organes dans les di- verses classes. M. Mangili a dmontr les nerfs dans quelques animaux o on ne les connoissoit pas. Nous avons dj parl de la superbe Histoire anato- mique des ctacs des mers de Naples , par M. Poli , et du grand travail de M. Moreschi sur la rate. En France M. Cuvier a fait connotre d'une ma- nire gnrale la structure des organes de la voix des oiseaux, et en a expliqu le mcanisme. MM. Bloch et Latham ont trait de quelques parties du mme sujet en Allemagne et en Angleterre. M. Cuvier a encore dvelopp le mcanisme des jets d'eau des ctacs, et les causes qui rendent ces animaux muets : il a donn une comparaison des cerveaux de diverses classes, et montr les rapports de leurs formes avec rintelligence et mme avec quelques unes des habitudes particulires des ani- ' Mmoires cVanatomie et de physiologie humaine et compares , en allemand; Halle, 1806, in-S". ANATOMIE COxMPARE. 3o^ maux. Il a dcrit en dtail les orjpnes de la circu- lation des mollusques et des vers san^ rou.tje: il a cherch prouver que les insectes n'ont aucune circulation; et, pour y parvenir, il a dcrit la struc- ture de leurs viscres et celle de leurs organes s- crtoires. Ceux-ci sont toujours de lonj^s tubes flot- tant dans le fluide nourricierdontils extraient leurs sucs propres \ M. Geoffroy a entrepris un grand travail, pour montrer l'analogie de toutes les parties du squelette dans toutes les classes d'animaux vertbrs, quelles que soient les modifications de leurs formes et de leurs connexions. On connoissoit avant lui les organes lectriques de la torpille et du gymnote; mais il a dcrit le pre- mier ceux du silure, poisson bien suprieur la torpille pour la force de cette proprit. Ces or- ganes, toujours disposs par couches, paroissent avoir du rapport avec la pile galvanique. Il est pi- quant de savoir que les Arabes dsignent ces ani- maux par le mme mot que le tonnerre^. M. Dumril a fait connoitre le mcanisme de l'articulation du genou et du jarret des oiseaux qui ' Les Mmoires anatomiques de M. Cuvier sont pars dans le Jour nal de Physique et dans le Bulletin des Sciences; mais on en trouve le rsum dans ses Leons d'anatomie compare. * Les Mmoires de M. Geoffroy sont dans les Annales du Mus'um 30. 3o8 SCIENCES PHYSIQUES. leur permet de se tenir si long-temps sur un pied ; et il a rempli de ses propres observations la partie de FAnatomie compare de M. Cuvier dont il a t le rdacteur. M. Duvernoy en a fait autant pour la sienne, et il a publi sparment des observations sur l'existence de l'hymen dans tous les quadru- pdes, et d'autres sur les organes de la dglutition, considrs dans toutes les classes vertbres. Il n'existoit point avant la priode actuelle d'ou- vrage gnral sur l'anatoniie compare. Tous les crits qui portoient ce titre, comme ceux de Seve- rinus , deBlasius , de Valentin , deCollins , deMon ro , et celui que Vicq-d'Azyr a voit commenc pour TEn- cyclopdie mthodique, n'toient que des recueils de descriptions particulires. Les Leons de M. Cu- vier, publies par MM. Dumril et Duvernoy ', en font aujourd'hui un o chaque organe est considr successivement dans toute la srie des animaux. Il a fallu pour cela entreprendre un nombre consi- drable d'observations et de dissections nouvelles ; mais la richesse des rsultats, soit pour la connois- sance des animaux, soit pour la thorie gnrale de leurs fonctions, ddommage amplement de ce travail. M. Blumenbach pubioit en mme temps en Al- ' Paris, ans 8 et i^^ 5 vol. u-S". AINATOMIE COMPAKlilt:. ^09 emagne un trait moins tendu \ mais qui aura le mme genre d'utilit, c'est--dire qu'il servira de base l'enseig^nement , et de point de dpart pour des recherches ultrieures , en mme temps qu'il fournira d'abondants matriaux la physiolojj;ie , qui jusqu' ces derniers temps faisoit de l'anatomie compare un usage un peu arbitraire , en n'em- ployant presque jamais que des faits isols. Peut-tre en abuse-t-on un peu aujourd'hui dans un autre sens, en rapprochant d'une manire t- mraire et sur des rapports examins superficielle- ment les classes et les organes les plus loigns. C'est un reproche que l'on peut faire quelques physiologistes allemands : mais cette manire de voir les engage toujours faire des observations ; et les faits qu'ils auront dcouverts resteront, quand leurs ides systmatiques seront passes. M. Girard, professeur AUort", a publi pour les coles vtrinaires un Trait particuher d'anatomie des animaux domestiques, trs utile pour ceux qui se livrent ce genre de mdecine. Outre son emploi physiologique, l'anatomie com- pare en prend un trs grand pour la sinqjle dis- tinction des tres. En effet cette comparaison des ' Manuel d'anatomie compare^ en allemand; Goltingen, ioo5, in-8. ' Anatomie des animaux domestiques; Paris, 1807, 2 vol. in-8. 3lO SCIENCES PHYSIQUES. orofanes a donn pour cbaciin d eux et pour toutes leurs parties des caractres tels qu'une seule de ces parties peut faire reconnotre la classe, le ^enre, et souvent l'espce de l'animal dont elle vient. Cela devoit ncessairement tre ainsi : car tous les orga- nes d'un mme animal forment un systme unique dont toutes les parties se tiennent, agissent, et r- agissent les unes sur les autres ; et il ne peut y avoir deniodifications dans l'une d'elles qui n'en amnent d'analogues dans toutes. C'est sur ce principe qu est fonde la mthode imagine par M. Cuvier, pour reconnotre un ani- mal par un seul os, par une seule facette d'os ; m- thode qui lui a donn de si curieux rsultats sur les animaux fossiles. Ainsi l'anatomie claire jusqu' la thorie de la terre; ainsi toutes les sciences naturelles n'en for- ment qu'une seule , dont les diffrentes branches ont des connexions plus ou moins directes, et se- ciaircissent mutuellement. FIN DE LA SECONDE PARTIE. TROISIME PARTIE. SCIENCES D'APPLICATION. Elles se runissent toutes dans les deux arts ou sciences pratiques de l'agriculture et de la mde- cine, qui ne sont que des applications gnrales des connoissances physiques aux plus pressants be- soins deFliomme, et dont l'une nous apprend propager et entretenir les tres dont nous nous servons , tandis que l'autre nous fait connotre les maladies auxquelles ils sont sujets, ainsi que nous, et les moyens de les prvenir et de les gurir. Les tres organiss sont donc le principal objet de la mdecine et de l'agriculture ; mais toutes les substances naturelles peuvent devenir leurs agents : la physiologie animale et vgtale est leur princi- pale doctrine auxiliaire; mais il ne leur est permis de ngliger aucune des doctrines qui fournissent celle-l les donnes dont elle part. Mdecine. La mdecine sur-tout s'est fait dans tous les temps honneur de l'appui que lui prtent les 3l2 SCIENCES PHYSIQUES. sciences naturelles ; et les hommes prcieux qui l'exercent se sont toujours livrs avec ardeur l'- tude de ces sciences : il faut mme reconnotre que c'est eux qu'elles doivent sans comparaison le plus ^rand nombre de leurs accroissements. Peut- tre n'aurions-nous encore ni chimie, ni botanique, ni anatomie, si les mdecins ne les avoient culti- ves, s'ils ne les avoient enseignes dans leurs coles, et si les souverains ne les avoient encourages, cause de leurs rapports avec l'art de gurir. Aujour- d'hui mme que ces sciences, sorties du cercle de la Facult , et introduites dans la philosophie gn- rale et dans l'ducation commune, exigent, cause de leur immensit, des hommes qui s'y livrent presque entirement, leur influence sur la mde- cine reste encore plus sensible que sur toutes les autres professions; et tout ce que nous avons dit de leurs progrs pourroit presque tre compt au nombre des siens. Cependant, pour viter les rptitions, nous ne considrerons plus les parties de l'tude mdicale que nous avons dj envisages dans des rapports plus gnraux , et nous nous bornerons ici tracer les progrs particuliers de la connoissance des ma- ladies et de l'art de les prvenir ou d'y remdier. L'conomie organique est tellement rgle, toutes les fonctions <|ui concourent la maintenir ont MDECINE. 3l3 entre elles des rapports si troits que les maladies mmes sont assujetties une marche fixe, et que chacune d'elles a ses symptmes, ses priodes , et sa dure, sur lesquels l'homme habile se mprend rarement. Mais si la physiologie , qui considre l'tre vivant dans son tat rf^ulier et ordinaire , est encore si loin d'tre devenue une science entirement ration- nelle , combien la pathologie , ou l'tude de ces irr- gularits qui, toutes constantes qu'elles sont dans leur marche , n'en troublent pas moins l'ordre com- mun des fonctions, sera-t-elle plus loigne encore de cet idal de perfection ! Nous voil donc revenus cette obligation d'ob- server, de rduire nos observations en histoires comparables, et d'en tirer quelques rgies d'analo- gie qui puissent nous faire prvoir les phnomnes d'aprs ceux qui ont eu lieu dans des cas sem- blables. S'il toit possible d'lever ces analogies un de- gr de gnralit tel qu'il en rsultt un principe applicable tous les cas , on auroit ce que l'on en- tend par les mots de lliorie mdicale; mais, quel- ques efforts qu'aient faits depuis tant de sicles les hommes de gnie qui ont exerc la mdecine, au- cune des doctrines qu'ils ont proposes sous ce titre napu encore obtenir un assentiment durable. Les 3l4 SCIENCES PHYSIQUES. jeunes gens les adoptent chaque fois avec enthou- siasme, parcequ'elles semblent abrger l'tude, et donner le fil d'un labyrinthe presque inextricable; mais la plus courte exprience ne tarde point les dsabuser. Les conceptions des Stahl , des Hoffman , des Boerhaave , des Cullen , des Brown , seront toujours considres comme des tentatives d'esprits sup- rieurs; elles feront honneur la mmoire de leurs auteurs , en donnant une haute ide de l'tendue des matires que leur gnie pouvoit embrasser; mais ce seroit en vain que l'on croiroit y trouver des guides assurs dans Texercice de l'art, La thorie mdicale de Brown avoit des titres marqus au genre de succs dont nous avons parl, par son extrme sim[)licit et par quelques chan- gements heureux qu'elle a introduits dans la pra- tique. La vie reprsente comme une sorte de com- bat entre le corps vivant et les agents extrieurs; la force vitale considre comme une quantit d- termine dont la consommation, lente ou rapide, retarde ou acclre le terme de la vie , mais qui peut l'anantir par sa surabondance aussi bien que par son puisement ; l'attention restreinte l'intensit de l'action vitale, et dtourne des modifications qu'on est tent de lui supposer; la distribution des maladies et des mdicaments en deux classes oppo- MDECINE. 3l5 ses selon que lactioii vitale se trouve excite ou ra- lentie ; toutes ces ides sembloient rduire l'art m- dical un petit nombre de formules : aussi cette doctrine a-t-elle joui pendant quelque temps en Allemagne et en Italie d'une faveur qui alloit jus- qu' la passion ; mais il parot qu'aujourd'hui ce qu'elle a d'ingnieux ne fait plus mconnotre l'in- justice de l'exclusion qu elle donne pour ainsi dire l'tat des organes et la grande varit des causes extrieures qui peuvent influer sur les altrations des fonctions. Il en a t-peu-prs de mme des modifications que quelques mdecins, tels que MM. Roschlaub, Joseph Franck, etc. , ont essay de lui faire subir, et qui ont donn lieu autant de systmes divers , que l'on a compris sous le titre gnral de thorie de t incitation ' . Quant aux essais plus nouveaux tents en Alle- magne par les sectateurs de ce qu'on appelle en ce pays-l pliUosophie de la nature, on peut dj en prendre une ide par ce que nous avons dit de leur physiologie. Ils se placenta un point de vue si lev que les dtails leur chappent ncessairement ; et Voyez le Magasin de l'art de gurir, par Roschlaub; le Dix-hui- time Sicle, ou Histoire des de'couvertes, the'ories, et systmes, par M. Heoker, avec un extrait de son Journal, ainsi qu'un ouvrage plus moderne du mme auteur sur l'histoire des thories et des systmes depuis ilippocrale. 3l6 SCIEINCES PHYSIQUES. la pratique de la mdecine n'offre que des dtails et des exceptions : aussi ne paroissent-ils avoir ob- tenu qu'une influence momentane sur l'exercice de Fart'. Au reste on peut remarquer ici qu'il y a dans ' l'histoire des thories mdicales , comme dans celle de la physiologie, une sorte d'oscillation remar- quable et tout--fait correspondante celle de la philosophie gnrale chaque poque. Les ides chimiques, les ides mcaniques, s'toient succ- d et combattues dans le dix-septime sicle ; on en toit revenu pendant le dix-huitime au pouvoir de l'anie raisonnable sur les mouvements involon- taires, au principe vital, l'excitabilit, ou telle autre qualit plus ou moins occulte; et mesure que la mtaphysique se reporte vers les abstractions et la mysticit, l'on voit la mdecine chercher la sui- vre dans ces rgions leves. C'est ainsi que les progrs rapides de la chimie moderne avoient encourag il y a quelques annes plusieurs mdecins envisager ou expliquer les maladies d'aprs le genre d'altration dans la com- position des organes qu'ils supposoient produire ' Voyez, sur la mdecine des sectateurs de la philosophie de la nature, la Philosophie de la me'decine , par Wagner; l'Essai d'un systme de mdecine, par Kilian; Ides pour servir de base la no- sologie et la thrapie, par Troxler; et les ouvrages dj cits l'ar- ticle de la Physlolofjie : ils sont tous en allemand. MDECINE. 817 chacune d'elles, et d'o il leur scmbloit facile de conclure les moyens propres les gurir. M. Beddoes, M. Darwin, en Angleterre ; M. Reil, M. Girtanner, et plus rcceniment quehjues autres mdecins en Allemagne; et M. Baume en France, ont prsent les plus remarquables de ces essais : mais, quelque vraisemblance que puisse avoir le principe en gnral , et quelque esprit que ces au- teurs aient mis dans son emploi , nous avons trop vu ci-devant combien la chimie des corps organiss est encore peu avance pour que nous puissions en esprer une application dtaille. Ainsi , de quelque ct qu'on ait envisag les ana- logies qui rsultent de l'observation mdicale sur les altrations de l'conomie organique , on ne leur a pu adapter ce lien commun ; les observations sont restes fragmentaires ; et la distribution rgulire des altrations , d'aprs certains caractres appa- rents, est le seul but que nous puissions jusqu' prsent esprer d'atteindre dans cette partie de la science mdicale comme dans toutes les sciences naturelles dont les objets sont un peu compliqus. Il en rsulte ce qu'on appelle nosologie, c'est-- dire un catalogue mthodique des maladies, tout- -fait comparable aux systmes des naturalistes, quoique d'une application infiniment plus diffi- cile , parceque les caractres des naturalistes res- 3l8 SCIENCES PHYSIQUES. tent toujours les mmes , tandis que chaque mala- die est en quelque sorte un tableau mouvant, et se compose d'une suite souvent fort disparate de mtamorphoses. Cependant l'ordonnance de ce ca- talogue, sa nomenclature, ses caractres distinc- tifs, ses descriptions, sont susceptibles d'amlio- rations journalires ; et Ton a malheureusement occasion d y ajouter quelquefois des maladies nou- velles. L'exemple des naturalistes et les perfectionne- ments introduits dans leurs mthodes distributives ont beaucoup influ sur cette partie de la science mdicale. Sauva(]es et Linnus essayrent il y a environ cinquante ans d'y porter une partie de la prcision et de la nettet qui venoient d'tre intro- duites en botanique ; mais on sent que les mala- dies n'toient pas si aises diviser ni caractriser que les plantes. Le dfaut le plus important , et ce- pendant le plus difficile viter, c'toit la variation du principe de distribution. On fa pris tantt dans les symptmes , tantt dans les causes , tantt dans les siges des dsordres. Mais les siges ne sont pas toujours faciles dcouvrir : les causes se compli- quent d ailleurs l'infini et ne sont pas dans nn rapport direct avec les symptmes ; on perd sou- vent de vue la premire de toutes, et plus souvent encore on les conclut d'aprs une pathologie hy- MDECINE. 319 pothtique : aussi ne voit-on que trop les distribu- tions nosologiques varier avec chaque systme m- dical. Les symptmes eux-mmes sont exposs aux variations les plus bizarres; et Ton ne peut en un mot suppler ce dfaut de principes rigoureux de distribution que par des descriptions bien com- pltes. C'est la voie qu'ont tente les plus grands mde- cins de tous les sicles, ceux que Ton regarde en- core comme les guides les plus srs dans l'exercice de l'art ; et tout rcemment M. Pinei a cherch la suivre fidlement dans sa Nosographie philoso- phique \ ouvrage dont les divers articles sont re- gards comme autant de tableaux , affligeants sans doute, mais parfaitement ressemblants, des maux qui nous assigent. Cependant Fauteur n'a point nglig la partie distributive; mais il en a cherch les bases dans ce que l'on a de plus certain. Ses classes sont fondes sur les modes de lsion , ses ordres sur les siges ; et les considrations qui ont servi de fondement cette dernire distribution ont prcd et prpar celles qui ont guid Bicliat dans ses recherches anatomiques sur les mem- branes. Indpendamment des ouvrages gnraux de pa- ' Noso^jraplie philosophique, ou Mthode de l'analyse applique'e la mdecine : la troisime dition, en 3 vol. in-8", est de 1807. 320 SCIENCES PHYSIQUES. tholop,ie et de nosologie les mdecins ont fait des travaux particuliers sur certaines classes ou, comme on pourroit s'exprimer, Fexempie des natura- listes, sur certaines familles de maladies, soit qu'ils aient choisi pour cela les maux les plus communs, soit que des circonstances malheureuses leur aient donn sujet d'en observer de plus rares ^ Ainsi l'expdition d'Egypte a fourni quelques occasions de mieux connotre la nature de la peste et d'observer plus frquemment la lpre, et quel- ques autres de ces maladies endmiques dans l'O- rient, dont la police bien entendue de nos lazarets a depuis si long-temps prserv la chrtient^. Jamais on n'a mieux senti l'importance de cette police que lorsqu'une maladie dsastreuse, concen- tre dans quelques parties de la zone torride, aprs avoir dvast les tats-Unis , est venue dsoler divers cantons de lEspagne et, pendant quelque temps, menacer toute l'Europe. Le gouvernement a envoy en Espagne des m- ' On trouvera l'enumration Jes innombrables observations de maladies particulires dans la Bihliotheca medicin pratic realis de M. Ploucquet, et dans les journaux. Il nous ioit impossible d'entrer dans ce dtail. ' Voyez la Relation chirurgicale de l'expdition d'Egypte et de Syrie, par M. Larrey; Paris, i8o3, i vol. in-8; et l'Histoire mdicale de l'arme d'Orient, par M. Desgenettes; ibid. , an lo. Consultez aussi les ouvrages de MM. Pugnel et Pouqueville. MDECINE. 32 1 decins chargs de recueillir sur ia fivre jaune tous les renseignements propres en faire connotre la nature et le traitement, ainsi qu' indiquer les pr- cautions ncessaires pour s'en prserver. Les mde- cins espagnols et ceux de Gibraltar leur ont com- muniqu, avec le zl le plus louable, toutes leurs observations qui, rapproches de celles des mde- cins de Livourne, des Etats-Unis, et de Saint-Do- mingue, donneront un corps de doctrine aussi complet qu il est possible de l'attendre. On ne peut fju'en dsirer la prompte publication \ En gnral les Anglois et les Amricains ont par- ticulirement travaill sur les maladies des pays chauds. John Hunter, Gilbert, Blane, Ghalmer, et sur-tout Jackson Rush, doivent tre cits avec loge. Le radsygin des Norvgiens , le pokolwar de Hongrie, le pelagra des Milanois, ont donn lieu de nouvelles recherches; le crtinisme, le pem- phigus , ont t examins avec plus d'attention ^ La fameuse plique polonoise a t tudie, pen- dant les campagnes de l'arme francoise, par des .' Voyez, sur la fivre jaune, les ouvrages de M. Devze; Paris, an 12; de M. Valentin; ibid., i8o3; de M. Berthe; Montpellier, i8o4; et l'Histoire mdicale de l'arme de Saint-Domiugue en l'an 10, par M. Gilbert; Paris, an 11. - M. Finke a cherch runir dans sa Gographie mdicale , pu- blie en 1792, ce qui se trouve pars dans les ^ivers voyageurs sm les maladies endmiques. DUFFOS. COMPI.F.M. T. I. 2 322 SCIENCES PHYSIQUES. mdecins exempts des prjugs accrdits depuis lon^i^-temps dans le pays. Ilparot constant aujour- d'hui que Ton peut, sans dan^^er, couper les che- veux mls; qu'il n'en dcoule ni sanj^ ni autre humeur : quelques uns mme vont jusqu' soute- nir que la plique n'est pas une maladie relle, et que la malpropret seule feutre ou colle les che- veux ' . Quelques maladies communes parmi nous ont aussi donn heu des ouvrajjes particuliers qui en ont plus ou moins perfectionn la connoissance. Tels sont ceux de M. Portai sur le rachitis et la phthisie, qui ont t rpandus par ordre du gou- vernement et traduits dans plusieurs langues ; le Tableau des nvralgies, par M. Chaussier, qui a remis de l'ordre dans une famille de maux mal distingue. Une grande partie des thses soutenues dans l'Ecole de mdecine sont d'excellentes mono- graphies de certaines maladies, et donnent une haute ide des tudes qui prparent les jeunes gens dbuter d'une manire aussi brillante; quelques unes, dveloppes par leurs auteurs, sont devenues des ouvrages importants \ ' Mmoires prsents l'Institut par MM. Roussille-Chaniserii et Larrey. Voyez aussi ceux de M. de Lafontaine, pour l'opinion con- traire. ^ Tel est sur-tout le Trait des fivres ataxiques, par M. iiliber. MDECIINE. 323 M. Alibert a essay avec succs, l'exemple de TAnglois Wiilaii et de quelques Allemands, d'ap- pliquer aux maladies de la peau ce mme luxe d'images que l'on a introduit dans la botanique et dans la zoologie'. M. Halle avoit propos depuis long- temps cet emploi des arts, et les coles de mdecine s'en toient servies en particulier pour la vaccine. Cette sorte de description, qui parle aux yeux , surpasse en effet en vivacit les paroles les plus expressives pour tout ce qui a rapport aux couleurs et aux figures; mais comme aucune per- sonne n'est prcisment malade comme une autre, on ne peut donner de nos infirmits que des por- traits individuels, tandis que dans les tres rgu- liers Findividu reprsente l'espce. C'est malheureusement, comme nous l'avons dj dit, une difficult gnrale de toute la noso- logie; mais c'est aussi ce qui rend si ncessaires et si glorieux les travaux des hommes qui s'attachent On a encore remarqu, parmi les thses mdicales, celles de M. Pal- lois, sur l'hygine navale; de M. Rayle, sur les pustules malignes; de M. Blattin, sur le catarrhe utrin ; de M. Sclmilgu, sur le croup; de M. Royer-Gollard, sur l'amnorrhe; de M. Duvernoy, sur l'hystrie ; de M. Tartra , sur les empoisonnements par l'acide nitrique ; de M. Rouard, sur ceux du vert-de-gris, etc. Plus de dtails nous mne- roient trop loin; et il nous a t impossible seulement de connotre les bonnes thses trangres. ' Description des maladies de la peau; Paris, in-fol. Cet ouvrage a t comnienc en 1806. 5 I. 3^4 SCIESCES PHYSIQUES. ainsi, l'exemple du pre de la mdecine, d- crire scrupuleusement les maladies, les caract- riser avec exactitude, et donner plus d'tendue et de solidit cette science, premier fondement de l'art de gurir, comme les systmes de nomen- clature sont les premires bases de Thistoire natu- relle. Nanmoins comme l'histoire naturelle a encore sa partie rationnelle o elle calcule l'influence des formes et de l'organisation des tres sur les phno- mnes qu'ils prsentent, on doit chercher aussi ajouter la simple description de chaque maladie des recherches sur son sige , sur les altrations primitives qui l'ont occasione, et sur la nature intime des dsordres qui l'accompagnent et qui la suivent. Cette partie rationnelle de la pathologie , ou cette physique des maladies, communment appele tiologie, beaucoup moins avance que leur descrip- tion, est aussi beaucoup plus diflicile, parceque l'examen anatomique des cadavres et la comparaison chimique de leurs liquides et de leurs solides, qui forment ses deux principaux lments, ne peuvent avoir lieu qu' une poque o tout est consomm, et qu'elle participe d'ailleurs de toutes les difticults de la physiologie ordinaire. Nous avons dj parl, dans l'histoire de la chi- MDECINE. 325 mie, des connoissances acquises dans ces derniers temps sur les altrations chimiques de l'urine, du sang, de la substance des os, et sur la nature des concrtions calculeuses, biliaires, goutteuses. Ce sont l autant de vrais progrs pour cette partie de la mdecine. L'examen des cadavres, ou ce qu'on appelle ana- tomie pathologique , n'a pas t moins fcond. Dj , avant l'poque dont nous parlons, cette partie de la science mdicale possdoit beaucoup de mat- riaux recueillis par Baillie, par Voigtel. Les cabi- nets de Hunter Londres, de MM. Sandifort et Brugmans Leyde, Bonn Amsterdam, Walther Berlin, Meckel Halle, ceux de Vienne, dePavie, de Florence , avoient offert d'importants objets d'tude : mais nos Franois semblent s'y tre parti- culirement livrs dans ces derniers temps. M. Portai , qui enseigne publiquement cette partie de la mdecine au Collge de France depuis plusieurs annes, a donn, dans un grand trait sur ce sujet , les rsultats de sa longue exprience ' . L'cole de mdecine a fortement excit l'ardeur des jeunes gens cet gard; et plusieurs centaines d'ou- vertures qui ont t faites dans ses laboratoires promettent un grand ensemble d observations sur la frquence de chaque genre de lsions organiques, ' Cours d'Anatomie mdicale; Paris, iSo/f, 5 vol. in-8*. 320 SCIENCES PHYSIQUES. sur leur nature, leurs nuances, et leurs rapports avec les symptmes observs pendant les maladies auxquelles elles correspondoient '. Parmi tous ces travaux d anatomie pathologique, se distinguent minemment ceux de M. Gorvisart sur les maladies organiques du cur, dont le pr- cieux recueil vient d'tre rendu public par M. Ho- reau^. Il en rsulte qu'elles sont beaucoup plus communes qu'on ne le croyoit jusqu'ici, et que c'est elles qu'une foule de maladies que l'on regardoit comme primitives , telles que beaucoup d'hydro- pisies de poitrine et autres, doivent leur origine. Cette connoissance intime de la nature de nos maux seroit l'indication la plus sre de la possibilit et des moyens d'y remdier : aussi a-t-elle fourni , dans ces derniers temps, plusieurs vues que le succs a justifies. Ainsi laltration presque vg- tale de l'urine dans le diabtes a indiqu son traite- ment par l'usage exclusif des matires animales joint l'emploi des alcalis et de l'opium ; l'analyse ' MM. Dupuytren, Bayle, Laennec, etc. , se sont sur-tout occups de ce genre de recherches, auquel Birhat avoit aussi donn une {Grande impulsion. Essai sur les maladies et les lsions organiques du cur; Paris. 1806, I vol. in-8. Depuis M. Corvisart a encore puhli un ouvrage vraiment classique; sa traduction et son commentaire de la Mthode d'Avenbrugger pour connotre les maladies internes de la poitrine parla percussion; Paris, 1808, i vol. in-S". MDECINE. 327 des divers calculs a donn l'espoir de parvenir en dissoudre quelques uns par des injections appro- pries : les notions acquises sur la frquence des maladies organiques et sur leurs symptmes ext- rieurs ont au moins l'avantage de montrer dans quels cas il est inutile de tourmenter le malade par des remdes impuissants. Cette connoissance physique des maladies est cependant encore tellement imparfaite que nous serions bien malheureux si la partie de la mdecine qui s'occupe de gurir n'avoit pas d'autre base : heu- reusement il existe une suite d'observations rgu- lires, une tradition transmise par les sicles, qui prescrit les mthodes et fournit les remdes, et qui, en sa qualit de corps de doctrine exprimentale, est susceptible de perfectionnements journaliers, indpendants d'une tiologie encore absolument nulle dans un si grand nombre de cas. Parmi ces perfectionnements dicts par la simple exprience, et fonds sur des essais rpts finfini, nous devons placer sur-tout ces mthodes plus gnrale- ment excitantes, plus actives, qui se sont intro- duites dans la pratique, et fabandon de ces traite- ments affoiblissants, de ces purgations continuelles, qui seml)loient si bien faire l'essence de la mdecine (|u'c]les s'en toient appropri le nom ; nous devons y placer aussi l'emploi plus frquent de (luelques 328 SCIENCES PHYSIQUES. remdes actifs que la mollesse des murs a voit trop ionj^^-temps fait ngliger. Les amliorations du traitement des alins tien- nent des tudes d'un ordre plus lev, Tobser- vation suivie de leur tat moral et des aberrations de leurs ides , dont on a d'abord t redevable aux Anglois et aux Allemands, mais qui s'est introduite en France avec beaucoup de succs, et dont M. Fi- ne!' et d autres mdecins ont obtenu d'admirables rsultats, en faisant venir la psycliologie la plus dlicate au secours de Fart de gurir. On a imagin et ion commence employer frquemment un beureux moyen de constater les rsultats gnraux des divers essais, et d'assigner la vritable valeur des probabilits sur lesquelles reposent presque uniquement la plupart de nos mtbodes, en soumettant en ([uelque sorte au calcul FexjDrience mdicale: ce sont les tables compares qui prsentent d'un seul coup d'il le tableau de toute une pidmie, ou des longs rsultats de la pratique d'un bpital. M. Pinel en a donn un exemple intressant sur les alinations mentales, et le plus ou moins de probabilit qu'il y a d'en gurir cbaque espce^. ' Trait mdico-philosophique sur raUnation mentale ou la ma- nie; Paris, an 9,in-8. ' Mmoires de l'Institut, 1807, premier semestre, p. 169. MDECINE. 329 Mais de toutes les applications que Ton a pu faire de ces tables , il n'y en aura peut-tre jamais d'aussi satisfaisantes, d'aussi admirables mme, que celles qui concernent la vertu prcservative de la vaccine, et leur comparaison avec celles qui retracent les rava{]^es del petite-vrole '. Aussi, quand la dcou- verte de la vaccine seroit la seule que la mdecine et obtenue dans la priode actuelle, elle suffiroit pour illustrer jamais notre temps dans f histoire des sciences , comme pour immortaliser le nom de .Tenner, en lui assignant une place minnte parmi les principaux bienfaiteurs de Ihumanit. Il n'est pas ncessaire que nous rapportions en dtail les expriences qui ont t faites pour con- stater l'efficacit de la vaccine. Depuis 1798 que M. Jenner publia les siennes, il en a t fait dans tous les tats clairs; tous les gouvernements les ont ordonnes et surveilles; tous les hommes bien- x faisants y ont pris part. En France, sur-tout, une souscription volontaire, propose par M. de Lian- court, ayant contribu aux premiers frais, un comit d'hommes instruits; nomms par les sou- scripteurs a soumis ce merveilleux prservatif aux preuves les mieux raisonnes; il a entretenu con- stamment un foyer de matire vaccine, d'o il en a ' Voyez Analyse et Tableaux de l'influence de la petite-vrole sur la rnoitalite-, etc., par M. Duvillard; Paris, tHof), 111-4"- 33o SCIENCES PHYSIQUES, rpandu clans toute l'Europe. En un mot il n'y a point, clans la nature, de phnomne -la-fois aussi surprenant et aussi certain que celui-l; et Ion ne sait plus de quoi Ton pourroit dsesprer mainte- nant, quand on son^e cjue cjuelques atomes de ma- tire purulente , recueillis sur des vaches du Devon- shire, sont devenus un vritable talisman cjui fera J)ientt disparotre Tun des plus cruels flaux qui aient jamais accabl Fhumanit '. L'action des acides minraux, et principalement de Facicle muriatique oxygn, pour dtruire les miasmes contagieux, est encore une des dcou- vertes modernes les plus utiles et les mieux certifies pir des expriences nombreuses et rigoureuses. Les Etats-Unis, FEspagne, nos hpitaux, nos pri- sons, on eu mille occasions, de s'en fliciter; et la voix publir^ue a applaudi Fhonorable rcompense dcerne par le gouvernement M. Guy ton de Morveau, principal auteur de ce nouveau bienfoit de la science ^. Les trois rgnes de la nature ont encore fourni ''" Consultez le Rapport du comit central de vaccine; Paris, i8o3, vol. in-8; le Rapport fait l'Institut par M. Halle, et les Recher- ches historiques mdicales sur la vaccine, par M. Husson ; Paris, i8o3, in-8", troisime dition. ' Trait des moyens de dsinfecter l'air, etc. La troisime dition est de i8o5, i vol. in-8 ; mais la drouverte date n( nient sont ncessairement les mmes, y ont t runies; la clinique sur-tout, cette instruction si importante qui se donne au lit des malades, et qui n'existoit point auparavant en France par auto- rit publique , y a t tablie et organise sur le meilleur pied ; les lves qui montrent le plus de dispositions sont exercs sous les yeux des matres , et les secondent dans leurs recbercbes pour les progrs de Fart; en un mot on peut dire, sans h- siter, que de toutes les parties de Tinstruction pu- blique, c'est peut-tre celle-ci qu'il y a le moins dsirer: elle deviendra parfaite, si l'on arrive rendre les rceptions des mdecins, et sur-tout celles des chirurgiens, un peu moins faciles; et le moyen en est bien simple , car il suffit pour cela de ne pas faire dpendre la fortune des examinateurs de leur indulgence. Les ouvrages lmentaires publis par quelques uns des professeurs ne sont pas au moindre rang des moyens d'instruction : la nature de ce rapport ne nous permet que de rappeler en peu de mots ceux o MM. Sabatier et Lassus ont consign les rsul- tats de leur longue et heureuse exprience dans la mdecine opratoire; celui que M. Richerand a in- titul Nosographie chirurgicale' ^ o il se montre un digne lve de Tun des plus grands matres que son ' Paris, i8()5, 2 vol. in-8". MDECINE. 341 art ait possds, Desault, qui a t enlev encore dans sa force au commencement de notre priode, mais dont la nombreuse cole perptue la j^loire; le jpand Trait de M. Baudelocque sur les accouche- ments, qui a t traduit dans toutes les langues, etc. Nous regrettons beaucoup de n'avoir pas de notions suffisantes des ouvrages du mme genre publis par les trangers, afin de leur rendre la mme justice. En Allemagne sur -tout , o l'usage des livres l- mentaires est plus commun que chez nous, il n'est presque aucune universit dont les professeurs n'en aient publi d'excellents. S'il toit de notre sujet de montrer quel j)oint les lumires des sciences, en se rpandant, peuvent clairer et diriger utilement l'administration , c'est ici sur-tout que nous aurions un beau champ. La prcision donne aux jugements de la mdecine lgale \ les prcautions indiques par la mdecine la police pour prvenir les pidmies et pour ar- rter les contagions , les secours prpars pour les ' Les Allemands se sont occups avec beaucoup de zle de la m- decine lgale ; plusieurs ouvrages de MM Ludwig , Metzger, Pyl , Scherf, et autres, en font foi. Mais la police mdicale est sur-tout devenue un objet d'tude particulire , depuis que M. Frank l'a traite dans un grand ouvrage. MM. Fodr et Maion ont ajout aux con- noissances sur cette matire en France. Le Manuel de M. Sclimidi- uiuljer, cjui est le plus moderne, indique les livres auxquels on peut avoir recours pour chaque objet en particulier. J'""^ 342 SCIENCES PHYSIQUES. noys et pour les asphyxis, la surveillance exer- ce sur la nourriture du peuple, le perfectionne- ment des hpitaux de tous les genres , prsente- roient un tableau consolant pour l'humanit. Il seroit beau de montrer les gouvernements euro- pens s occupant l'envi d'appliquer au bien-tre de leurs peuples les dcouvertes des savants ; mais ce n'est point nous tracer ce tableau , et les dcouvertes elles-mmes ou leur dveloppement scientifique doivent seuls nous occuper. Nous ne nous tendrons pas mme sur l'hygine prive, et sur Tinfluence heureuse que les lumires gnrales de la physique et de la mdecine ont exerce pour rendre plus salubres le genre de vie, le vtement, le logement , les aliments des citoyens de toutes les classes et de tous les ges ; quiconque comparera avec un peu de soin et d'impartialit notre vie pri- ve celle que nous menions il y a trente ans n'en ])Ourra mconnotre les avantages : mais ces effets lieureux des sciences, dont l'action lente n'est pas toujours sentie par ceux mmes qui en profitent le plus, ne sont pas de nature tre exposs en dtail dans un ouvrage tel que celui-ci. Qu'il nous soit seulement permis de rappeler Fimmense et impor- tant travail de M. Tenon sur les hpitaux, et les amliorations que les vues de ce chirurgien philan- thropeont produites dans ces retraites du malheur; MDECUNK. 343 FHygiiie de M. Halle, rin^nieuse Macrobiotkiue de M. Hufeland , et le grand Code de la sant et de ia longvit du chevalier John Sinclair ', ouvrages o toutes les connoissances de la mdecine sont employes [)our enseigner aux hommes les moyens de se passer des mdecins. La science nous prend en quelque sorte au berceau pour nous prmunir contre tous les dangers qui nous attendent ; et les leons donnes aux mres par M. Desessarts% par M. Alphonse Leroy ^, pargneront beaucoup d'hommes une vie dbile qu'une ducation impru- dente auroit pu leur prparer. La mdecine v^trinaire est encore une branche de Fart de gurir dont lobjet est moins noble sans doute que celui del mdecine humaine, mais dont les principes sont les mmes , et qui ne diffre dans son apphcation qu' cause des diffrences de struc- ture et de rgime des animaux et de ia plus grande simplicit de leur genre de vie. Elle vient de tirer un grand parti de cette analo- gie en imaginant d'inoculer le claveau aux mou- tons. Cette ide, fonde sur la ressemblance du claveau et de la petite-vrole, parot avoir parfai- ' diuiboury, iboj, 4 vol. in-8", en anglois. ' Trait de rducation corporelle des enfants, premire dition , 1759; deuxime dition , 1798. * Mdecine maternelle; Paris, tBo3, 1 vol. in-S". 344 SCIENCES PHYSIQUES. tenient russi ; et les nombreuses expriences de M. Huzard ont constat que c'est un prservatif sr et -peu-prs sans danger. On a essay la vaccine dans la mme vue, mais sans avoir encore rien ob- tenu de dcisif. Il n'est pas jusqu'aux vgtaux qui n'aient leurs maladies, et leur mdecine susceptible d'tudes et de vues tout--fait analogues celles qui dirigent la mdecine des tres anims. Les recherches de M. Tessier sur les maladies des bls , celles des botanistes qui ont constat que la plupart de ces maladies sont dues des champi- gnons parasites, la certitude obtenue par des ex- priences rptes l'infini, que la plus funeste , la carie du froment, a son remde infaillible dans l'o- pration du chaulage, sont autant de rsultats dus aux savants qui honorent notre priode. Agricuilure, La deuxime de ces sciences pratiques qui se rat- tachent plus particulirement aux sciences natu- relles c'est l'agriculture. Gomme la mdecine, elle s'occupe des tres vivants : mais elle les considre principalement dans l'tat de sant; et son objet est sur-tout de multiplier autant qu'il est possible ceux d'entre eux qui nous sont utiles, ou, en d'au- AGRICULTURE. 345 trs termes, d'employer la force de la vie pour ras- sembler et, retenir le plus possible d lments dans ces combinaisons que la vie seule peut produire, et (jui sont ncessaires notre nourriture, nos v- tements ou aux autres besoins de notre socit. En sa qualit de la plus indispensable et de la plus vaste de toutes les fabriques , elle peut tre consid- re sous un double point de vue, celui de la poli- tique et celui de la doctrine; et cette dernire elle- mme est susceptible d'un double aspect : celui de l'tendue qu'elle a acquise , ou de l'ensemble des vrits qui en gnral ont t reconnues , et celui du plus ou moins d'extension que ces vrits ont obtenue parmi les cidtivateurs. Sous le rapport de la politique, l'bistoire de l'agriculture devroit ex- poser quel toit son tat avant la rvolution , quelle influence ont eue sur elle l'abolition des droits fo- daux, la division des grandes proprits , la guerre continentale et maritime, et les variations dans le systme des contributions et dans celui des douanes; dans quelles provinces il s'est introduit des proc- ds plus avantageux , quelles causes y ont contri- bu; s'il se produit aujourd'bui plus ou moins de cbaque denre qu'autrefois, et si on l'emploie avec plus d'avantage aux besoins du peuple et de l'fat. Mais tous ces objets, qui ne dpendent (|ue des cir- constances politi({ues ou morales, regardent lad- 346 SCIENCES PHYSIQUES. iiiinistratiori,et non pas l'Institut; et quoique notie compagnie ne soit point trangre la propagation des dcouvertes agricoles.^ ses Fonctions consistent sur-tout les constater ou les rendre plus nom- breuses, et son devoir, en ce moment, se borne exposer l'histoire de celles qui appartiennent le- poque actuelle. En gnral ces dcouvertes se rapportent deux sortes ; introduction de nouvelles espces et de nouvelles varits, ou procds nouveaux dans leur gouvernement. On peut, si l'on veut, en faire une troisime sorte des nouvelles combinaisons de cultures diverses propres tirer un meilleur parti d un espace donn , et des procds convenables pour mettre en culture des terrains auparavant striles. Cependant nous ne devons pas nous en tenir trop troitement, en ce genre, ce qui peut tre appel nouveau dans toute la rigueur du terme. Si quelques pratiques, auparavant concentres dans certains cantons particuliers, ou connues seulement dans des pays loigns , sont devenues plus gn- rales, il appartient cette histoire des sciences de montrer comment les notions tires de la chimie et de l'histoire naturelle ont fait sentir nos compa- triotes lavantage de ces pratiques, et les ont enga- gs les tudier et les introduire parmi nous. AGRICULTURE. 347 Nous avons ljn cit, l'article du r[jne vc(;- tal , plusieurs plantes ctranf^rcs dont l'utilit s'est fait connotie dans ces dernires annes : nous en pourrions citer beaucoup d'autres qui, connues depuis lon^-temps, n'ont t admises que depuis peu dans l'agriculture franoise. La pistache de terre (avachis hypocjd) commence se rpandre dans le midi , o elle a t introduite par Gilbert; sa semence, si singulire par sa posi- tion souterraine, donne une huile agrable. lia pa- tate douce de Malaga a t introdute, en 1789, Montpellier et Toulouse par M. Parmentier; celle d'Amrique, qui est plus agrable, a t cul- tive depuis Bordeaux par M. Yillers, et a russi dans nos dpartements plus septentrionaux par les soins de M. Leiieur. Le topinambour (helianthus tuberosus)^ dont la racine a l'avantage de se conser- ver sous terre sans geler, s'emploie de plus en plus pour les bestiaux. Le navet de Sude, dit rula-baga, plante qui runit beaucoup d'utilits diffrentes, se rpand gnralement. Tout le monde se souvient des grandes expriences de M. Parmentier sur les pommes de terre, et des services rendus par ces racines dans les disettes dont nous fmes menacs deux fois pendant la rvolution; le got s'en est rpandu ds-lors, et les meilhaires varits se sont introduites par-tout. On s'est assur del possibi- 348 SCIENCES PHYSIQUES. lit de cultiver le coton herbac clans quelques par- ties mridionales de la France, et de rendre ainsi nos fabriques un peu moins dpendantes de nos relations politiques, he phormium fen^x commence tre cultiv dans les mmes dpartements, et four- nira bientt les plus puissants de tous les cordages. La multiplication du faux acacia ou robinier a t trs considrable par-tout, et trs avantageuse cause de la promptitude de son dveloppement et de sa facilit venir dans les plus mauvaises situa- tions. Nous avons dj parl des arbres de FAm- rique septentrionale que ion peut naturaliser parmi nous. Les essais en ce genre, dus aux soins de MM. Michaux et excuts sous les auspices de l'administration des forts, sont dj nombreux et promettent beaucoup; avec de Tordre et de la pa- tience on enrichira la France d'une foule de bois de qualits diverses, et dont le plus ou moins de rapidit crotre et de facilit vivre dans des ter- rains varis offre les plus grands avantages. De toutes les oprations de plantation , la plus intressante et la plus immdiatement utile est bien celle des pins maritimes pour la fixation des dunes : non seulement elle met en valear des terrains im- menses, mais elle assure l'existence de villages , de cantous entiers, ([ue les dunes menaoient d'une destruction totale. On ne peut trop clbrer le zle AGRICULTURE. 349 (le M. Bremontier, ([ui a le premier constat les vrais moyens de rendre ce travail efficace, et qui a mis toute son activit en presser l'excution '. La plus importante des races d'animaux que l'on peut considrer comme nouvelles en France, celle dont ia multiplication a t la plus gnrale, c'est sans contredit celle des moutons d'Espa^^ne laine fine, appels mermos; ils sont aujourd'hui rpan- dus dans presque toutes nos provinces. Deja la laine qu'ils fournissent diminue sensiblement pour nos fabriques de draps le besoin des laines tran- fijcres ; et les cultivateurs qui tirent un revenu dou- ble d'un troupeau qui n'exi^je pas une nourriture plus abondante ni plus chre, bnissent les Dau- benton , les Tessier, les Gilbert, lesHuzard, les Silvestre, dont les lon[js travaux , encourags par le gouvernement, leur ont procur cette nouvelle source de prosprit. Les bufs d'Italie, plus propres que les autres au tirage, les buffles, si utiles pour tirer parti des terrains marcageux, nous ont t procurs par les conqutes de la premire arme d'Italie. On com- mence multiplier les vaches sans cornes, qui joignent l'avantage de se blesser moins souvent entre elles celui de fournir un lait aussi bon que copieux. ' Mmoires sur les dunes, an 5. 35o SCIENCES PHYSIQUES. Les soins donns aux haras par ie gouverne- ment, les instructions qui ont t publies sous ses auspices par M. Huzard, ont dj un effet trs sen- sible sur les races de nos chevaux. Grce aux observations des naturaUstes, l'art, presque nouveau en France , de recueillir le miel sans dtruire les abeilles commence se rpandre, et aura de linfluence sur cette branche importante d'conomie. En tout genre, les connoissances plus exactes sur la manire de conduire chaque espce, et sur la quantit et la qualit des produits de chaque va- rit , sont au moins aussi prcieuses acqurir que des espces ou des races entirement nouvelles. La comparaison des diffrentes crales par M. Tes- sier, celle des diverses varits de vignes, de leurs rapports avec les terrains et l'exposition, et de leur influence sur la qualit du vin, par M. Bosc ', m- ritent donc un rang distingu parmi les travaux utiles de cette priode. Mais la partie la plus transcendante de l'agri- culture consiste trouver la combinaison et la suc- cession d'espces la plus avantageuse; dterminer avec prcision, dans chaque circonstance, quelle partie de terrain doit tre consacre chaque cul- ' rian pour ia dtermination et la classification des diverses va- rits de la vigne cultive en France, i vol in-8", 1808 AGRICULTURE. 35 I ture, et la proportion relative des animaux et des pfiains que Ton doit chercher ohtenir. C'est dans cette proportion ([ue consiste le problme des assole- ments et des prairies artificielles; problme dont la solution, pour tre parfaite, exi^j^e, pour ainsi dire, la runion de toutes les sciences naturelles : aussi est-ce sur ce point que l'ajpiculture a fait, dans cette priode, les progrs les plus marqus, [/ou- vrage de Gilbert ' avoit dj montr , avant le com- mencement de notre poque, l'avantage d'tendre la culture des prairies artificielles; et ds-lors \es expriences ont t multiplies; des hommes ha- biles ont russi faire entrer ces prairies dans Tordre de leurs rcoltes successives, et l'art des assolements a fait un grand pas vers sa perfection. Les bons exemples de ce genre ont t particulire- ment donns par MM. Yvart, Mallet, Pictet, Bar- banois, Fremin , Jumilhac, Rosnay, Devilliers, Fera-Rouville, Sageret, etc. Les principes de cet art ont t tablis dans un ouvrage que M. Yvart "* a publi sur ce sujet, aprs avoir obtenu l'approba- tion de la classe; et les rsultats heureux de ces d- couvertes se sont principalement rpandus par le zle des socits d'agriculture. Les jachres ont diminu par-tout, les bestiaux ' Traites des prairies artiiicielles, i vol. in-8, 17B9. ^ Essai sur les assolements. 352 SCIENCES PHYSIQUES. se sont multiplis; l'art des entrais s'est perfec- tionn, la pouclrette en a fourni un nouveau; le pltre a t mieux employ aux amendements; et l'usage si utile d'enfouir des vgtaux vivants , se- ms cet effet, commence tre adopt dans plu- sieurs cantons. Nous devons mettre au premier ran^y des travaux utiles qui ont contribu rpandre le got et les connoissances positives de l'agriculture, les cours publics d'conomie rurale qui ont t faits dans cette priode, et pour la premire fois en France, par MM, Silvestre et Coquebert-Montbret, et celui que M. Yvart professe depuis deux annes l'cole vtrinaire d'Alfort. Ce seroit en vain que nous essaierions de nom- mer tous les hommes zls qui ont contribu par leurs crits et par leurs exemples dissminer l'in- struction agricole dans notre pays; encore moins ceux qui ont rendu des services semblables aux pays trangers. Qu'il nous suffise de citer ici les Mmoires de a socit d'agriculture de Paris', composs d'observations intressantes sur toutes les parties de l'agronomie, et dans lesquels M. Sil- vestre , secrtaire de cette socit , en exposant chaque anne l'tat des progrs de l'agriculture franoise, leur a donn encore une nouvelle im- ' II vol. in-8". AGRICULTURE. 353 pulsion; la partie d'agriculture de la Bibliothque britannique, rdige par M. C. Pictet, de Genve, et les Annales de l'agriculture Franoise de M. Tes- sier, comme les recueils qui ont le plus contribu cette uvre si utile dans la partie de lagricul- ture. Les instructions populaires sur divers sujets spciaux, publies par ordre du gouvernement, et rdiges par MM. Parmentier , Gels , Gilbert , Huzard, Tessier, Vilmorin, Yvart, Chaberl, Nys- ten ; l'Instruction pour les bergers de feu Dauben- tori ', celle de M. Huzard sur les haras ^ ; l'ouvrage de M. Sylvestre sur les moyens de perfectionner les arts conomiques; les crits de M. Lasteyrie sur les moutons^, les constructions rurales^, le cotonnier^; ceux de M. Dumont-Gourset , sur le jardinage^; de M. Maurice sur les engrais; les Voyages agronomiques de M. Franois de Neuf- chteau^; ceux de M. Depre^; l'ouvrage sur les desschements, de M. Ghassiron'^; les Traits des ' Troisime dition, i vol. in-8, an lo. * Un volume in-8, an lo. ^ Histoire de l'introduction des moutons h laine fine d'Espagne, i vol. in-8, an 1 1. ^ Traduction du Trait de construction rurale puMi par le bureau d'agriculture de Londres, i vol. in-B", an lo. ' Du cotonnier et de sa culture, i vol. in-8", i8o8. ^ Le Bot.iniste cultivateur, 4 vol. in-8", 1802. ' Un vol. in-4'', 1806. ^ Manuel d'agriculture pratique , 1680. 9 Lettre aux cultivateurs Franois sur les desschements, an 9. BUFFON. COMPL.VI. T. I. 23 354 SCIENCES PHYSIQUES. bois et des irrigations, par M. de Pertbiiis ' ; la par- lie d acjriculture de rEncycIopdie mthodique ; la nouvelle dition du Dictionnaire de Rozier, et celle du Thtre d'a.griculture d'Olivier de Serres : voil les ouvrages qui se prsentent le plus avantageuse- ment notre mmoire. Mais de dire positivement, comme nous l'avons fait pour les sciences thoriques, ce que chacun de ces auteurs a fourni de nouveau l'ap^riculture, c'est ce qui nous seroit impossible. Ici , comme en mdecine , comme en chirurgie , les procds se propagent lentement; leur utilit se constate plus lentement encore : ce n'est point par sa nouveaut qu'une dcouverte se recommande : faire passer une pratique d'un canton dans un autre est sou- vent une chose plus utile que ne pourroient l'tre les conceptions les plus profondes, les efforts les plus soutenus de l'esprit; et dans ces transmigra- tions de races, d'instruments, d'oprations, dans cette communication qui s'en fait entre des r^ens peu instruits, plus dsireux de profits que de gloire, le nom du vritable inventeur se perd et disparot le plus souvent. La mme observation s'applique la technologie , la troisime de nos ' Trait de l'amnagement et de la restauration des bois et forts de la France, an ii. Mmoire sur l'amlioration des prairies artifi- cielles et sur leur irrigation , 1806. AGRICULTURE. 355 sciences pratiques, et celle par laquelle nous ter^ minerons cette histoire des sciences. Technologie , ou connoissance des arts et mtiers, La technologfie embrasse tous les arts, c'est-- dire toutes les modifications que nous savons don- ner aux productions naturelles, pour les accommo- der nos besoins, depuis les altrations les plus simples, que leur facilit et leur ncessit journa- lire font ranger dans l'conomie domestique ou rurale, jusqu'aux fabrications les plus tendues et les plus dlicates, f ^'histoire dtaille de leurs pro- grs exigeroit des recherches que notre genre de vie et les moyens qui sont notre disposition ne nous permettent pas de rendre compltes. Ce n'est ni dans les livres, quelque nombreux quils soient, ni dans le cabinet que l'on peut s'en instruire. Il faudroit parcourir les ateliers, suivre les manipulations ds ouvriers, s'entretenir avec les chefs, souvent leur arracher des secrets d'o dpend leur fortune ; et mme, aprs plusieurs annes, combien nignore- roit-on pas encore de pratiques, caches ou con- centres dans quelques atehers particuliers, ou qui, des pays trangers, n au roient point pntr jusque chez nous ! Il faut donc, en technologie, comme en mde- 2:1 35G SCIENCES PFIYSIQUES. cine, comme en ajjnculture, nous borner une revue rapide des principaux objets qui sont par- venus notre connoissance, et ies considrer non seulement en tant qu'ils seroient nouveaux en eux- mmes , mais avoir encore gard ceux qui sont au moins nouveaux pour la France, et qui n'y ont t propags que dans ces derniers temps. Aussi bien c'est au gotitdes sciences devenu plus gnral, c'est aux lumires devenues plus communes parmi les manufacturiers , que l'on doit cet intrt qu*ils ont mis s'instruire, se procurer la connoissance de ces pratiques trangres ou peu connues, et cette justesse avec laquelle ils ont pu les apprcier. Cette numrationnousprsente d'ailleurs encore dans sa rapidit un tableau assez remarquable et assez digne de l'attention de ceux qu'intressent la gloire et la prosprit de la France. Ainsi la physique a fourni des amliorations . tout--fait inattendues dans l'art de conduire le feu et d'pargner le combustible. Le chauffage des ap- partements a reu des poles et des chemines de toutes les sortes qui ont peut-tre rduit d'un tiers la consommation du bois, ou multipli d'autant les jouissances des individus. La dpense que la cui- sine exige est rduite moins de moiti par les nou- veaux procds de M. le comte de Rumford, doU l'utilit s'tend tontes les fabriques qui emploient TECHINOLOGIE. 35^ d( S liquides chauds, depuis les bains et es lessives jusqu'aux teintures et aux savonneries ' : les distil- leries sont arrives par-l des conomies presque incroyables. Les thermolampes de M. Lebon, qui tirent parti du mme feu pour cbauFfer et poui* clairer, ont reu d'importantes applications en A n- g^lcterre et en Allemagne, et s'emploient dj avec grand profit dans diverses manuflictures considra- bles. C'est aux dcouvertes physiques sur l'influence de la pression dans les combinaisons, que Ton doit le nouvel art mis en pratique par M. Paul pour composer les eaux minrales artificielles. Toutes les parties de l'conomie rurale et domes- tique ont reu des perfectionnements par l'exten- sion des connoissances chimiques relatives aux substances qu'elles emploient. La meunerie, la boulangerie, ont t amliores par M, Parmentier^. La mouture conomicjucetles bons procds de panification se sont gnraliss. On a appris faire de l'amidon avec une infinit de substances vgtales plus communes (pie le bl, ou mme auparavant tout--fait inutiles. X ' Essais politiques et conomiques, etc., par M. le comte de Kum- foitl, ">. vol. in-8 ', 1799; et diffrents Mmoires imprims parmi ceux de l'Institut. ^ Le parfait Boulano;er, i vol, ii-8", '77^; '< J>lusieurs ;ujrres Mmoires. 358 SCIENCES PHYSIQUES. L'ouvrage de M. GhajDtal sur le vin ', dont nous avons parl l'article de la chimie, a produit Ja plus heureuse rvolution dans cette branche si impor- tante de l'industrie Franoise; et plusieurs cantons dont les vins toient de mauvaise qualit ont dj russi les perfectionner d'aprs les prceptes de ce savant chimiste. i/analyse du lait, par MM. Parmentier et Deyeux, a donn des procds srs pour imiter par- tout toutes les sortes de fromages, et pour rendre le beurre plus agrable et plus facile conserver. Les fdtres de charbon , suite des dcouvertes de Lowitz, de Morozzo, de Rouppe, ont fourni les moyens de rendre salubres et agrables les eaux les plus corrompues \ La thorie du tannage, dcouverte par M. Se- guin, a produit cet effet, que l'on termine mainte- nant en trois ou quatre mois, dans la plupart des ateliers, ce qui en exigeoit auparavant douze ou quinze. D'ailleurs les procds spciaux ncessaires pour chaque sorte de tannage, chamoisage, et cor- royage, sont devenus des connoissances gnrales. 11 en est de mme des fabriques de produits sa- lins, dont la France manquoit autrefois, et que ' Art de faire le vin, i vol. in-S", 1807. ^ Voyez la Manire de bonifier parfaitement les eaux, par Barry, 1 vol. in-8", an I 2. TECHJNOLOGIE. Jt)9 la chimie a multiplies au niveau de nos besoins. La cruse, le vert-de-j^ris , la couperose, l'alun, le sel ammoniac, la soude, se font maintenant chez nous aussi parfaitement qu'en aucun autre pays : comme on les fabrique pour la plupart de toutes pices, on leur donne un degr de puret qu'il toit impossible d'obtenir auparavant; et si Ton trouve moyen d'adoucir, pour les deux derniers objets, l'impt sur le sel, nous soutiendrons toute espce de concurrence'. Nous serons o^alement, dans tous les marchs , les rivaux des Anglois pour l'acide sulfurique , si le gouvernement permet ces fabriques de s'approvi- sionner de salptre de l'Inde^. L'emploi de cet acide pour clarifier les huiles les plus troubles, sur-tout celle de colza , et les rendre limpides comme de l'eau, est encore un des bien- faits rcents de la chimie. Tout le monde se souvient du service important qu'elle rendit l'tat dans des moments prilleux , en simplifiant et en rendant populaire l'extraction du salptre et la fabrication de la poudre ^ ' Depuis la prsentation de ce Rapport , l'exemption a t accor- de; et il s'est form une vingtaine de fabriques de soude artificielle par la dcomposition du sel marin. ^ Cette permission a t accorde. * Instruction sur la fabrication du salptre, an 2. 36o SCIENCES PHYSIQUES. Aucun art no clevoit attendre de cette science et n'en a reu en effet plus d'amlioration que la tein- ture. M. Berthollet lui adonn le blanchiment par l'acide niuriatique oxygn, qui pargne le temps et les frais, et qui a l'avantage inapprciable d'enlever les couleurs mal appliques '. L'emploi de Pacide oxalique, pour enlvera vo- lont l'oxyde de fer; celui de l'acide muriatique, pour nuancer les couleurs, et des muriates d tain, de fer, et de bismuth , comme mordants, sont aussi des sources de grandes commodits en teinture; comme la substitution de l'acide pyroligneux au vinaigre, dans presque tous les cas o Ton em- ployoit celui-ci , a t celle d'une trs grande co- nomie. La teinture du coton en rouge a t rduite aux principes les plus srs par les travaux successifs de MM. Haussman etChaptaP : M. Tingry en a fait autant pour l'art des vernis. L'art d'enlever dans la juste proportion le suint des laines qu'on veut teindre est une dcouverte encore toute nouvelle due MM. Vauquelin , Go- dine, et Roard. M. Ghaptal a imagin de remplacer les huiles, dans la fabrication du savon, par de vieux dbris ' xlunales de Chimie de 1789. ^ Art de la teinture du coton en rouge; 1807, i vol. in-8. Voyez aussi les lments de teinture de M. HerthoUet. TECHNOLOGIE. 36 1 de laine; et Ton y emploie maintenant, en An.^le- terre, jusqu'aux vieux cadavres de [)oissGns. Le blanchiment la vapeur est encore une d- couverte importante , (gnralise par M. Ghaptal '. Nous avons dj parl des nouvelles couleurs fournies par la chimie la peinture Thuile et ta la peinture en mail, comme le bleu de cobalt, de M. Thenard; le rouge de chrome; le vert du mme mtal, appliqu la porcelaine, parM. Brongniart. \ jNous aurions pu y ajouter l'introduction en France de la fabrication du bleu de Prusse et du bleu an- glois, qui n'est cpiVin bleu de Prusse ml cFalu- mine. L'analyse plus exacte des terres n'a pas t moins utile la poterie; et il suffit, pour s'en convaincre, de comparer nos poteries communes d'aujourd'hui celles que nous avions il y a vingt ans. Le caillou- tagedeSargueminesetleshygiocramcsdeM. Four- my mritent d tre distingus dans ce nombre \ Le rouissage du chanvre |)ar des moyens chimi- ques est infiniment plus sr, plus court, et plus salnbre qu'autrefois. Nous n'avons pas besoin de traiter des progrs de la docimasie et de la mtallurgie , qui marchent ' Essai sur le blanchiment, par Oreilly; i8oi. i vol. in-8" ^ Mmoire sur les ouvra(jes en terre cuite , par Fourmy; brochure in-8", 1802. 362 SCIENCES PHYSIQUES. ncessairement du mme pas que la chimie, ni de rappeler la prcision admirable laquelle est ar- riv le monnoyap^e ; mais nous pouvons dire que la purification du platine et l'art de le travailler ont donn tous les autres arts les vases les plus utiles par leur inaltrabilit. Nous avons dj expos ailleurs le nouvel art de fabriquer Facier fondu, invent par Glouet; celui des crayons de mine de plomb, par Cont; et celui de dcomposer le mtal des cloches, par M. Four- croy. Ce dernier a pu tenir momentanment lieu de mines d'tain et de cuivre. Ij'tablissement de fabriques de fer-blanc, qui ne laissent plus rien dsirer, est encore une conqute rcente sur Ftranger. La fabrication des cristaux et de tous les genres de verres n a j^as fait de moindres progrs que les autres arts chijidques , pour la nettet , la blan- cheur, le volume, et l'conomie; on peut s'en con- vaincre dans les moindres demeures des particu- liers, aussi bien que dans l'excellent ouvrage de M. Loysel sur la verrerie '. M. Pajot-Descharmes en est venu jusqu' souder les glaces. Le rouge polir, autrefois trs cher, se fait maintenant d'une ma- nire infiniment plus simple, d'aprs les procds de MM. Guyton et Frdric Cuvier. ' Essai sur l'art de la verrerie; an 8, i vol. in-8". TECHNOLOGIE. 363 Les ciments de toute espce, les pouzzolanes ar- tlHcielles, fabriques selon les mthodes imagines par MM. Chaptal, Pre, etc., ainsi que celles de nos volcans teints, ont donn nos constructeurs les moyens de se passer des produits trangers. M. Fabroni en Italie, et d aprs lui M. Faujas en France, ont trouv des terres proj)res Faire des briques si lg^res qu'elles flottent sur l'eau, inven- tion prcieuse pour construire les fours des vais- seaux. La carbonisation de la tourbe, la purification du coak ou charbon de terre dessoufr , ont t intro- duites en France dans cette priode. L'opration des assi(^nats, quels qu'aient t ses rsultats politiques, a laiss l'art du pa^ietier des perfectionnements durables, et sur-tout l'emploi de l'acide muriatique oxy^^n pour le blanchiment de la pte. C'est mme elle que Ton doit en grande partie le nouvel emploi des caractres strotypes , qui augmenteront les bienfaits de l'imprimerie , en faisant pntrer les conceptions du gnie jusque dans les pauvres chaumires. La technologie n'a point d'cole en France o l'on en dmontre les principes; et quoique les arts et mtiers aient t souvent dcrits en dtail dans de grands ouvrages , il n'y a encore d'lmentaire et propre l'instruction gnrale que la Chimie appli- 364 SCIENCES PHYSIQUES. que aux arts, de M. ('baptal; livre excellent, mais qui n'embrasse que les arts exclusivement cbimi-, ques '.Du moins dans cette partie, l'on peut tre assur que la lumire des sciences pntrera dans les atfiliers; et ses effets sont dj trs sensibles chez les manufacturiers clairs. Rsum. C'est ici que nous terminerons cet aperu som- maire des cbangements les plus avantageux que les progrs de la chimie et de la physique ont intro- duits dans la pratique des arts pendant la premire priode dont nous avons rendre compte. Nous aurions pu l'tendre beaucoup, si le temps et la nature de nos connoissances nous l'avoient permis , et sur-tout s'il nous avoit t possible d'entrer dans tous les perfectionnements de dtail qui ont t adapts aux divers procds particuliers; nous au- rions pu y ajouter enfin l'numration de cette quantit de substances que la botanique, la min- ralogie, et la zoologie, ont dcouvertes et fournies aux diffrents arts, si nous n'en avions dj indi- qu les principales en parlant de ces sciences elles- rnmes , et si nous n'avions encore ajout cette ' Chimie applique aux arts; 1807, 4 vol. in-S". RSUM. 36f) liste lorsque nous avons trait de la mdecine et de Ta^yriculture. Tel qu'il est, ce tableau suffira sans doute pour donner une ide de ce que les sciences ont fait et de ce qu elles peuvent faire encore pour l'utilit imm- diate de la socit. Conduire Tesprit humain sa noble destination , la connoissance de la vrit; rpandre des ides saines jusque dans les classes les moins leves du peuple; soustraire les hommes l'empire des pr- jugs et des passions; faire de la raison l'arbitre et le guide suprme de l'opinion publique, voil l'objet essentiel des sciences; voil comment elles concou- rent avancer la civilisation , et ce qui doit leur m- riter la protection des gouvernements qui veulent rendre leur puissance inbranlable, en la fondant sur le bien-tre commun. Si l'on veut donc reporter les yeux sur ce qui prcde, et considrer, sous l'aspect que nous ve- nons d'indiquer, les efforts des hommes dont nous avons parl, nous esprons qu'on y trouvera la preuve d ce que nous avons annonc ds l'abord , qu'il n'est aucune des branches des sciences natu- relles qui ne doive les augmentations les plus sensi- bles ceux qui les ont cultives de notre tem|)S; qu'il n'en est aucune qui n'ait acquis une multitude de faits prcieux, de vues nouvelles, et que la plu- 366 SCIENCES PHYSIQUES. part ont prouv, dans leurs thories, des rvolu- tions importantes qui les ont simplifies, clair- cies, et leur ont fait faire des pas vidents vers la vrit. La marche des affinits chimiques, ressort gn- ral de tous les phnomnes naturels , a t expli- que; la chaleur, principal de leurs agents, a reu des lois rigoureuses ; l'lectricit galvanique est venue ouvrir des rgions toutes nouvelles, dont nul ne peut encore mesurer l'tendue; la nouvelle thorie de la combustion, en jetant sur toute la chimie la plus vive lumire , et la nouvelle nomen- clature, en facilitant son tude, en ont inspir le got, et ont occasion une foule de travaux aussi utiles que pnibles; la physiologie des corps vivants, l'effet et la marche des fonctions dont leur vie se compose, ont reu de la chimie les claircissements les plus inattendus : Tanatomie compare s'est jointe la chimiepour faire pntrer tous les secrets comme toutes les variations des forces vitales; elle a rgl l'histoire naturelle d'aprs des mthodes raisonnes, qui rduisent les proprits de tous les tres leur expression la plus simple; elle a dterr et recr des espces inconnues, enfouies dans les couches du globe : les minraux ont t analyss et soumis aux lois de la gomtrie : des vgtaux et des animaux auparavant inconnus ont t rassem- RSUM. 367 bls et distingus ; leur catalogue gnral a t aug- ment de plus du double; leurs proprits ont en- richi les arts d'une foule d'instruments nouveaux : la vaccine enfui a donn les moyens de soustraire riiunianit l'un des plus funestes flaux qui la tourmentoient. Telles sont les principales dcouvertes physiques qui ont illustr cette poque. Quelles esprances ne donnent-elles pas elles-mmes! Combien n'en donne pas sur- tout l'esprit gnral qui les a occa- siones, et qui en promettant d'autres pour l'ave- nir! Toutes ces hypothses, toutes ces suppositions plus ou moins ingnieuses, qui avoient encore tant de vogue dans la premire moiti du dernier sicle , sont aujourd'hui repousses par les vrais savants : elles ne procurent plus, mme leurs auteurs, une gloire passagre. L'exprience seule, l'exprience prcise, faite avec poids, mesure, calcul et compa- raison de toutes les substances employes et de toutes les substances obtenues, voil aujourd'hui la seule voie lgitime de raisonnement et de dmons- tration. Ainsi , quoique les sciences naturelles chappent aux applications du calcul, elles se font gloire d'tre soumises l'esprit mathmatique; et par la marche sage (qu'elles ont invariablement adopte, elles ne s'exposent plus a faire de pas en arrire : toutes leurs propositions sont tablies avec 368 SCIENCES PHYSIQUES. certitude , et deviennent autant de fondements so- lides pour ce qui reste construire. Les physiciens et les naturalistes de notre poque se sont donc honorablement placs la suite et dans les rangs des hommes qui ont acclr la marche de l'esprit humain, et parmi eux les phy- siciens et les naturalistes ftanois. Nous pouvons, nous devons le dclarer en ce moment solennel o nous sommes leurs organes, et nous ne craignons pas d'tre dsavous par ceux des autres nations, les physiciens et les naturalistes Franois ont noble- ment soutenu l'honneur de leur patrie, et pendant ces vingt annes, o, dans une autre carrire , des prodiges inous de dvouement, de valeur, et de gnie, portoient avec tant d'clat dans toutes les contres de l'univers les noms des hros de la France, ceux qui cultivent les sciences dans cet heureux pays ne sont point rests indignes d'avoir aussi quelque part dans la gloire de leur nation. Nous le rptons ici, ce n'est point par un effet de notre partialit que les savants franois se trou- vent, dans cette histoire, cits au premier rang dans presque toutes les branches des sciences naturelles ; la voix des trangers le leur dcerne comme la ntre; et mme dans les parties o le hasard n'a pas voidu qu'ils fissent les dcouvertes principales, la manire dont ils les ont accueillies, examines, RSUM. 369 dveloppes , dont ils en ont suivi toutes les cons- quences , place nos compatriotes bien prs des premiers inventeurs, et leur donne, bien des gards , le droit d'en partager l'honneur. FIN DU PREMIER VOLUME DE COMPLEMEINT. BUFFON. COMPl-F-M. . I. T 4 TABLE ANALYTIQUE / DES MATIRES CONTENUES DANS CE VOLUME. Avertissement Pap,e v Introduction, pa(je i. Ide gnrale de l'objet et de la marche des sciences, ibid. Nature et limites des sciences naturelles, ibid. Leurs principes gnraux, 2. Vains efforts pour augmenter leur certitude, S. Plan de cet aperu , 6. PREMIRE PARTIE. CHIMIE GNRALE Page i > Thorie de la Cristallisation, page 12. Histoire de cette thorie, ibid. Rome de Tlsle, i3. Rergman et Gahn, ibid. ^ Ides de M. Hay, et leur application tous les cristaux, 14. Objections, et leur rfutation, 18. Thorie des Affinits, page 19. Anciennes ides sur ce sujet, ibid. Ides nouvelles de M. Rerthollet, 22. Agents chimiques impondrables, p. 27. Lumire, 28. Action chimique de la lumire, ibid. Son union avec la chaleur dans les rayons solaires, ibid. C/in- leui\) 29. Sources de la chaleur, 3o. Sa propagation , ibid. Chaleur rayonnante et chaleur engage, 3i. 3^2 TABLE ANALYTIQUE. Effet des surfaces sur le rayonnement, p. 32. Lois du rayonnement par rapport au temps, 33. Facult conductrice de la chaleur engage , ibid. ^ Dans les so- lides, ibid. Dans les liquides et dans les fluides, 34- Effets de la chaleur, 35. Sensation du chaud et du froid, ibid. Dilatabilit des corps par la chaleur, ibid. Dilatabilit des liquides. (Thermomtres.), 36. Maximum de densit de l'eau, 37. Dilatabilit des solides. (Pyromtres.), ibid. Dilatabilit des fluides lastiques , 38. Restitution de la chaleur par les corps comprims; son absorption par ceux qu'on dilate, 39. Combinaisons de la chaleur. ( Chaleur latente et li- bre. ), ibid. Capacit pour la chaleur, ^i. Table des capacits, 4^. Calorimtre, ibid. Action chi- mique de la chaleur, 44* Pression^ 4^- Thorie des vapeurs , ib. lectricit , 49- Son action chimique, 5o. Sa production par le contact des corps htrognes. ( Galvanisme. ) , ibid. Arc mtallique ou excitateur de Galvani, 5i. Pile de Volta, 53. Action chimique de la pile, 56. Thorie de la Combustion, page 61. Son histoire, 62. Jean Rey, ibid. Boyle, ibid. Mayow, 63. Beccher et Stahl , ibid. Dcouvertes sur les airs , pendant la premire moiti du dix-huitime sicle, 64. Priestley, ibid. Bayen, 65. Lavoisier, ibid. Cavendish et Monge, 67. Berthollet, 68. Runion des chimistes franois, 71. Objections anciennes et nouvelles con- tre cette thorie, ibid. Thorie de Winterl, 75. Nouvelle nomenclature , 79. Prcision mathmatique introduite dans les expriences, 81. TABLE ANALYTIQUE. 3'j3 CHIMIE PARTICULIRE Page 8? Nouveaux lments mtalliques 84 Nouveaux lments terreux 88 Nouveaux Acides go Nouvelle tude des combinaisons salines, pa(ye 96. D- composition du sel marin; extraction de la soude, 99. tude des oxydes mtalliques, 100. Combinaison des acides etdes oxydes aveedes substances combustibles, 101. Poudres fulminantes, 102. Recherches sur les al- liages, io3. Recherches sur les carbures. ( Crayons, Acier.), 104. Recherches sur les phosphures, les sul- fures, io5. tude des coinbinaisons gazeuses, 107. Application de la dioptrique l'analyse des substances transparentes, no. Recherches sur le diamant, 1 1 1. tude des produits des corps organises, 1 12. Produits nouvellement dcouverts Page 1 1 S Transformation des produits les uns dans les autres, p. 1 1 (S. Analyse des mixtes des corps organiss, 120. Thorie des fermentations, page 126. Fermentation vineuse, i2y. Fermentation acteuse, i3o. thers et lhrification, ibid. Fermentation putride, i33. SECONDE PARTIE. HISTOIRE NATURELLE Page 187 Histoire naturelle de l'Atmosphre. (Mtorologie.) Page i4i- Ses difficults, ibid. Essais pour dter- miner quelques rapports entre les mtores et les mou- vements des astres, f44- Instruments propres me- 374 TABLE ANALYTIQUE. surer les variations atmosphriques, page i44' Dter- mination de la composition gazeuse de Fatmosphre,! 45. Pierres atmosphriques, i48. Histoire naturelle des Eaux. (Hydrologie.). . Page 149 Histoire naturelle des Minraux, page i5i. Minra- logie proprement dite, ibid. Mthodes minralogi- ques, 162. Perfectionnements du catalogue des mi- nraux, 169. Combinaisons minrales nouvellement dcouvertes , ibid. Nouvelles analyses des minraux connus, 161. Nouveaux minraux dtermins physi- quement, 162. Gologie, page 164. Gologies particulires des divers pays, ibid. Gologie gnrale positive, 168. Ter- rains primitifs, 169. Terrains secondaires, 171. Volcans, lyS. Alluvions, 178. Fossiles et ptrifica- tions, 180. Gologie hypothtique ou explicative, i83. Histoire naturelle des Corps vivants Page 186 Histoire gnrale des fonctions et de la structure des Corps vivants, page 188. Partie chimique, 189. Chimie gnrale du corps vivant considr dans son ensemble, ibid. Dans les vgtaux, ibid. Dans les animaux, 191. Chimie particulire des scrtions, 19.'^, Partie anatomique, 194. Anatomie gnrale, ibid. Dans les animaux, ibid. Dans les vgtaux, 196. Anatomie particulire des divers organes, 200. Dans les animaux, ibid. Dans les vgtaux, 206. Partie dynamique ou physiologie, 210. Physiologie gn- rale, ou thorie des forces vitales, ibid. Dans les ani- maux, 211. Dans les vgtaux, 222. Physiologie particulire des diverses fonctions , 224. Dans les ani- TABLE ANALYTIQUE. 3-^5 maux, page 224. Respiration, ibid. Digestion, 228. Circulation, 23o. Nutrition, ibid. Sensations, 233. Vision, ib. Audition, 235. Fonctions du cerveau, ibid. Ge'nration , 239. Dans les vgtaux, 243. Fcondation, ibid. Germination, 244- Mouvement , ibid. Histoire naturelle particulire des Corps vivants , page 249. Nomenclature et catalogue des tres, ibid. Voyages entrepris; collections tablies ou augmen- tes, 25 1. Augmentation du nombre des plantes con- nues, ibid. Botanique, page 255. Nouvelles plantes utiles, 262. Zoologie, page 266. Augmentation du nombre des ani- maux connus, ibid. Nouveaux animaux utiles, 277. Observations remarquables sur les murs et l'indus* trie de quelques animaux, ibid. Proprits singulires de certains animaux, 278. Tact des chauve-souris, ibid. Reproduction des parties coupes, ibid. F- condation continue , 279. Sommeil hivernal, ibid. Venin. Emanations nuisibles, 281. Animaux singu- liers par leurs formes, 282. Ncessit d'un nouveau Systemanatur^ 283. Perfectionnements dans les Mthodes Page 284 Mthode naturelle des Plantes 286 Mthode naturelle des Animaux 292 Progrs de l'Anatomie compare 3oo 376 TABLE ANALYTIQUE. TROISIME PARTIE. SCIENCES D'APPLICATION Page 3 1 1 MDECINE, page 3ii. Pathologie, ou connaissance des maladies^ 3i3. Thories mdicales, ibid. Nosologies, 317. Travaux sur des maladies particulires, 319. Chimie pathologique, 324- Anatomie pathologique, 326. Thrapeutique ^ ou art de gurir^ 326. Perfec- tionnements dans les mthodes de traitement, ibid. Tables mdicales compares, 328. Nouveaux moyens de gurison ou de prservation, ibid. Vaccine, 329. Action des acides minraux contre les contagions, 33o. Autres remdes de vertus diverses, ibid. Chirurgie^ 336. Enseignement mdical^ 339. Art vtrinaire ^ 343. Mdecine des vgtaux^ 344- Agriculture , page 344* Nouvelles espces ou varits introduites en agriculture, 346. En vgtaux, ibid. En animaux , 349- Nouveaux soins imagins pour des espces ou races connues , 35o. Perfectionnement des assolements, ibid. Technologie , ou connoissance des Arts et Mtiers , page 355. Tableau des principaux perfectionnements qu'ils ont reus de la chimie et de l'histoire naturelle , ib. Conclusion f,t rcapitulation rapide Page 364 fin de la ta RLE. d^W"" ' -.'V i