:».>v •• ■ 1- ..,-»■ ^t ^C^ >Ç^^ ■;%:'^, ^^i* ^1-^.^n ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR SCEAUX. IMPRIMERIE CHARAIRE ET FILS. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR (JOURNAL DE MICROBIOLOGIE) PUBLIÉES SOUS LE PATRONAGE DE Wl. PASTEUR PAR i E. DUGLAUX MEMBRE DE l'INSTITUT PROFESSEUR A LA SORBONNE Et un Comité de rédaction composé de MM. CHÀMBERLAND, chef de service à l'Institut Pasteur. D' GRANCHER, professeur à la Faculté de médecine. NOCARD, directeur de l'école vétérinaire d'Alfort. Df ROUX, chef de service à l'Institut Pasteur. D' STRAUS, professeur à la Faculté de médecine. DEUXIÈME ANNEE 1888 PARIS G. MASSON, ÉDITEUR LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 420, BOULEVAR'D SAINT-GERMAIN EN FACE DE l'ÉCOLE DE MÉDECINE 1888 INAUGURATION DE I/INSTITUT PASTEUR INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR LE 14 NOVEMBRE 1888 EN PRESEXCR DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE. COMPTE RENDU SCEAUX CHARAIRE ET FILS, IMPRIMEURS DES ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 1888 ■mêi m ''''-IIP ■il ;V:;;;,i .',!,,;; i!!,! il!' iMi m 'Jlli)ian.iU»iïinJ.::i.>«ii«i »^<^^ INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR Le 14 novembre 1888 a eu lien l'inauguration de l'Institut Pas- leur, situé rue Dutot. Les maisons voisines s'étaient pavoisées comme pour une fête nationale. Des trophées de drapeaux ornaient la laçade de l'Institut Pasteur, bâti en briques et en pierres, dans le style Louis Xin. On lit sur le fronton : « Souscription publique 1888. » Tout en étant monumental, l'aspect de l'édifico est simple, sans ornementation et sans sculpture. On accède au bâtiment principal, qu'une grille et un terre-plein de gazon séparent de la rue, par dix marches qui condui- sent à une grande porte d'entrée. Une galerie intérieure relie ce bâti- ment aux deux ailes où seront installés le service du traitement de la rage et tous les laboratoires d'enseignement, de recherches et d'études. Dès midi, les portes étaient ouvertes. M. Pasieur, qui avait à ses côtés son fils, secrétaire de l'ambassade de France auprès du Quirinal, et son gendre, M. Vallery-Radot, se tenait sur le seuil de la salle d'inauguration, située à gauche du perron, et recevait les invités. L'illustre savant portait le grand cordon de la Légion d'honneur et la plaque de grand-croix de Sainte-Anne de Russie. La salle, décorée de drapeaux tricolores, pouvait contenir six cents personnes. Dans le fond, se dressait une large estrade dominée par le buste de la République. A droite et à gauche s'élevaient les bustes de deux grands souscripteurs : le tsar et l'empereur du Brésil, puis entre les fenêtres, les bustes de M. le baron de Rothschild et de M™" Boucicaut. Deux socles étaient réservés pour les bustes de M. le comte de Laubespin et de M"^ Furtado- Ileine. A une heure et demie, M. le Président de la République, accom- pagné du général Brugère et de deux officiers d'ordonnance, arrivait en landau devant le perron. Il était salué par l'hymne national exécuté par la musique de la Garde républicaine. M. Pasteur, après avoir descendu les marches pour aller au devant de M. le Président de 6 INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. la République, le conduisit clans un salon d'attente où s'était réuni le cortège ofiiciel composé de : M. Méline, président de la Chambre des députés; M. Floquet, président du Conseil des ministres; M. Lockroy, minisire de l'inslrtiction publique; M. Peytral, ministre des finances ; M. Pierre Legrand, ministre du commerce; M. Viette, ministre de l'agriculture ; M. Bourgeois, sous-secrétaire d'EUit du ministère de l'intérieur; M. Poubelle, préfet de la Seine; M. Lozé, préfet de police. Le comité de l'Institut Pasteur était représenté par M. Bertrand, président, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, membre de l'Académie française, MM. Camille Doucet, JulesSinion, H. Wallon , Dela- borde,le baron A. de Rothschild, Christophle et le docteur Grancher. Ainsi formé, le cortège fît son entrée dans la salle et monta sur l'estrade où des places avaient été réservées aux sénateurs et aux députés, parmi lesquels on remarquait : MM. Léon Say, Berthelot, de Marcère, le comte de Laubespin, Devès, Jules Ferry, Henri Brisson, Spuller, Lévèque, Ribot. Venaient ensuite : MM. Le Guay, sous- gouverneur du Crédit Foncier de France ; Jourde, directeur du Siècle; Palinot, directeur du Journal des Débats: Reinach, directeur de la République Française ; Liard, directeur de l'enseignement supérieur; Monod, Lavisse, Peyron, Collin, Dujardin-Beaumetz, directeur général du service de santé des armées, E. Tisserand, directeur de l'agriculture. Au premier rang des invités, et face à l'estrade, avaient pris place M. le général Menabrea, ambassadeur d'Italie; M. l'ambassadeur de Turquie; M. le ministre du Brésil; M. Kotzebue, conseiller de l'ambas- sade de Russie. Puis immédiatement après, parmi les membres de l'Académie française : MM. Legouvé, Dui'uy, le duc de Broglie, Rousse, John Lemoinne, Gaston Boissier, Mézières, François Coppée ; les membres de l'Académie des sciences : MM. Hébert, Chauveau, Bouchard, Verneuil, Troost, Friedel, Mascart, Schlœsing, Jan.»sen, Tisserand, Wolf, Gaudry, Cailletet, Grandidier ; parmi les membres des autres sections de l'Institut de France : MM. Guillaume, Delaunay, Perrot, Alex. Bertrand, Beaussire; parmi les membres de l'Académie de médecine : MM. ITérard, président, Bergeron, Proust, Ricord, Trélat, Guéneau de Mussy, Dujardin-Beaumetz, Villemin, Gavarret, Lannelon- gue, le b"" Lari-ey, Rochard, Alphonse Guérin, Hayem, MathiasDuval, Roger, Péan, A. Gautier, Féréol, Laboulbène, Laborde, Worms, Buc- quoy, Labbé; parmi les médecins étrangers spécialement délégués pour cette séance d'inauguration : MM. Metchnikoff, Gamale'ia, Bujwid, Kraïouchkine, Helman. Debout, au pied de l'eslrade, une députation des étudiants de Paris, leur drapeau déployé, formait comme une garde d'honneur de la jeunesse et du travail. INAUGLRATION DE L'INSTITUT PASTEUR. 7 Plusieurs pages ne suftiraient pasà énumérer tous ceux qui, parmi les hommes de science et les publicistes, les anciens élèves de M. Pasteur, MM. Raulin. Gayon, Maillot, et ses disciples actuels, les souscripteurs importants, s'étaient placés plus ou moins facilement dans cette salle devenue trop petite. A la porte et jusque dans la galerie se tenaient debout les hommes les plus connus, les plus célèbres, ne pouvant entrer dans la salle et ne s'en étonnant pas. La séance s'ouvrit et M. Bertrand prononça le discours suivant.: DISCOURS DE M. lîERTUAXD. Messieurs, La tâche qui m'est échue est plus douce que facile. Je n'ai rien à vous apprendre et les paroles me manquent pour remer- cier dignement le chef de l'Etat, la réunion imposante et les savants illustres qui parleur bienveillance, leur protection et leur concours empressé hâteront nos progrès aujourd'hui certains. Nos espérances sont grandes : je n'ai pas à les dire aujour- d'hui. Laissons à l'avenir sa part de joies et de triomphes , le pré- sent nous suffit; le nom de Pasteur, pour égaler les plus illus- tres, n'a pas besoin de grandir encore. Depuis quarante ans, mon cher Pasteur, vous laissez venir la gloire sans la poursuivre. Entre tant de routes oii souvent on la cherche, vous n'en connaissez qu'une, celle de la vérité. Là comme ailleurs on peut la rencontrer, votre renommée en est la preuve. La date du 14 novembre 1888 restera immortelle dans l'his- toire de la médecine. Permettez-moi, pour toute contribution à cette belle journée, de me reporter un instant vers le temps déjà ancien de vos premiers succès. L'éclat de vos débuts ne pouvait frapper que les savants. Quelques-uns seulement vous ont deviné et compris. Leurs noms, célèbres ou illustres, recevront un éclat nouveau du patronage empressé, spontanément offert à votre gloire nais- sante. En rappelant dans cette fête le souvenir de Biot, de Sénar- mont, de Claude Bernard, de Balard et de J.-B. Dumas, je réponds, j'en suis sûr, à vos sentiments les plus chers. 8 INAUGUllATION DE L'INSTITUT PASTEUR. Je ne céderai pas à la tentation de passer en revue le long enchaînement des travaux admirés par de si grands juges. On vous rencontre sur toutes les voies de la science. Je m'écarterais du but de cette réunion en y cherchant à votre suite la trace ineffaçable de votre empreinte. Vos condisciples , longtemps avant vos maîtres , avaient beaucoup auguré de vous. Dans un rapide voyage sur les bords du Rhin, c'était eu 1847, j'avais eu la bonne fortune de rencontrer et d'associer à mes excursions un des plus brillants élèves de l'Ecole dont vous êtes la gloire. Curieux de toute science, savant dans l'his- toire de l'esprit humain, Emile Yerdet savait tout comprendre. Jugeant de haut les gloires du passé, il portait sur l'avenir de clairvoyants regards. Pendcint une belle soirée d'été, sur les confins de la Forêt- Noire, nous abordâmes les plus difficiles problèmes. Encouragés par une confiance mutuelle, nous laissions ce jour-là, quoique sceptiques tout deux, libre carrière à nos espérances. Nous nous demandions quels seraient parmi nos amis jeunes encore, les mieux armés pour réaliser nos ambitieuses rêveries. Beaucoup de noms furent prononcés, plus d'une célébrité latente alors, fut prédite par Verdet qui ne se trompa guère ; il me parla de son ami Pasteur. Je vous connaissais à peine. Je n'eus pas l'occasion de vous dire au retour les pronostics de ce jienseur judicieux et sévère. Votre modestie, aujourd'hui mieux aguerrie, en aurait cer- tainement souffert. Yerdet cependant faisait sur chacun des réserves. Sur vous comme sur les autres, il conservait des doutes. « Pasteur, me dit-il, ne connaît pas les limites de la science. Je crains pour lui de stériles efforts ! il aime les problèmes insolubles. » Pouvait-on^ je vous le demande^ messieurs, se tromper avec plus de perspicacité? Les problèmes qui, depuis un demi-siècle , tourmentent sans repos votre esprit, ne sont plus insolubles aujourd'hui. C'est pour vous en remercier au nom de la science, pour nous en réjouir au nom de l'humanité, pour nous en glorifier tous ensemble au nom de la France, que nous sommes réunis aujourd'hui. INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. 9 Il était impossible de mieux résumer l'état des esprits et de dire plus simplement de si grandes choses. M. le docteur Granclier prit ensuite la parole et, dans un discours que nous donnons in extenso, rendit compte des résultats de la vacci- nation antirabique non seulement en France, mais dans le monde entier. Au cours de cet exposé lumineux se trouve une page historique des luttes soutenues :, DISCOURS DE 31. LE PROFESSEUR GRAMCHEU Monsieur le Président de la République, Messieurs, La communication que M. Pasteur fit à l'Académie des sciences, le 26 octobre 1885, dans laquelle il annonçait que le jeune Meister avait subi avec succès l'inoculation antirabique, causa dans le monde scientifique un émoi profond. C'était, en effet, lapremière application à l'homme d'une méthode générale de traitement des maladies virulentes et contagieuses, et l'on comprend aisément l'enthousiasme et les espérances des uns, le scepticisme, l'hostilité même des autres. Après Meister et Jupille, les blessés affluèrent en si grand nombre, que M. Pasteur et ses collaborateurs, pris au dépourvu, durent improviser une organisation sommaire de tous les ser- vices accessoires de la vaccination antirabique : inscription des malades, pansement des plaies, correspondance, etc., etc., de sorte que l'année 1886 fut absorbée tout entière dans l'énorme labeur exigé par la vaccination de 2,682 personnes françaises ou étrangères, chaque personne recevant, en moyenne, quinze à vingt inoculations. M. Pasteur sentait dès ce moment le besoin impérieux d'un journal ou d'une revue, organe officiel du labo- ratoire, qui publierait mensuellement la statistique des vacci- nations; malheureusement, sa santé, sérieusement ébranlée par les fatigues et les émotions, le força à quitter Paris avant la fin de 1886, et \qs Annales de V Institut Pasteur, fondées par M. Du- claux, professeur de chimie biologique à la Sorbonne, ne paru- rent qu'en janvier 1887. Cependant, les adversaires de la méthode de M. Pasteur ne 40 INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. manquaient pas de tirer parti de notre silence, et, profitant de quelques insuccès survenus dans le cours et à la fin de 1886, ils racontaient çà et là que le laboratoire cachait ses morts, dont le nombre était légion. Ils allaient même jusqu'à dire que la nouvelle méthode donnait la rage au lieu de la guérir. Au commencement de janvier 1887, l'Académie de médecine fut saisie de la question, et nous pûmes enfin combattre par des faits et par des chiffres ces bruits calomnieux qui troublaient l'opinion publique et risquaient de jeter l'effroi parmi nos malades. En même temps, les Sociétés savantes de Naples, de Vienne et de Saint-Pétersbourg retentissaient du bruit de la querelle des Pas- toriens et des Antipastoriens. Dans ces discussions scientifiques où l'attaque et la défense furent également ardentes, tout a été dit pour et contre la méthode des vaccinations antirabiques ; les adversaires soutenant que la méthode est inefficace ou dangereuse, selon les cas, les partisans proclamant, au contraire, que la vaccination antirabique est inof- fensive et merveilleusement efficace. La bataille, suspendue pendant plusieurs mois, fut reprise en juillet, en présence de M. Pasteur, qui répondit à ses contradic- teurs avec sa vaillance accoutumée. Elle avait été provoquée par le rapport de la Commission anglaise que M. Pasteur présentait à l'Académie. Cette Commission officielle, composée des savants les plus célèbres de l'Angleterre, avec un jeune et habile physiologiste, M. V. Horsley, pour rapporteur, était arrivée à Paris fort incré- dule. Après une enquête approfondie des faits, elle revint en Angleterre et répéta les expériences de M. Pasteur ; son contrôle expérimental dura plus d'une année. La conclusion de la Com- mission, au grand désappointement de nos adversaires, fut, je cite textuellement : que M. Pasteur avait découvert ime méthode préveîitive de la rage comparable à celle de la vaccmation contre la variole. La discussion académique fut close enfin par les paroles sui- vantes de M. Charcot : « Oui, l'inventeur de la vaccination antirabique peut, aujour- d'hui plus que jamais, marcher la tête haute et poursuivre désor- mais l'accomplissement de sa tâche glorieuse sans s'en laisser détourner un seul instant par les clameurs de la contradiction INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. H systématique ou par les murmures insidieux du dénigrement. » Celte parole si autorisée fut entendue de tous et l'année 1888 s'est écoulée pacifiquement. Messieurs, avant de vous présenter nos statistiques, je vou drais vous dire quelles sont, à mon avis, les causes de cette hostilité que la vaccination antirabique a rencontrée si pas- sionnée. Vous savez que M. Pasteur est un novateur, que son imagi- nation créatrice, réglée par l'observation rigoureuse des faits, a renversé bien des erreurs et édifié à leur place toute une science nouvelle. Ses découvertes sur les ferments, sur la génération des infiniment petits, sur les microbes causes des maladies con- tagieuses, et sur la vaccination contre ces maladies, ont été pour la chimie biologique, pour l'art vétérinaire et pour la médecine, non pas un progrès régulier, mais une révolution radicale. Or, les révolutions, même celles qu'impose la démonstration scientifique, laissent partout oii elles passent des vaincus qui ne pardonnent pas aisément. M. Pasteur a donc, de par le monde, beaucoup d'adversaires, sans compter ces Français d'Athènes qui n'aiment pas que le même homme soit toujours [juste ou toujours heureux. Et, comme si ses adversaires n'étaient pas encore assez nom- breux, M. Pasteur s'en fait d'autres par la rigueur implacable de sa dialectique et par la forme absolue qu'il donne quelquefois à sa pensée. Cette forme peut être dangereuse, surtout dans les choses de la médecine, où rien n'est absolu, et oii les exceptions à la règle 8ont toujours nombreuses. Or, M. Pasteur, par habitude d'es- prit, néglige volontiers ces faits contingents qui ne sauraient, il est vrai, prévaloir contre la loi, mais qui, lorsqu'il s'agit d'une médication appliquée à l'espèce humaine, méritent d'être com- ptés. Il a donc purement et simplement proclamé l'efficacité de sa méthode de traitement de la rage, sans faireses réserves sur la possibilité d'échecs partiels, tandis que, s'il eût été médecin, il eût instinctivement pris ses précautions en prévoyant la possi- bilité d'insuccès. Il n'en fit rien et s'exposa ainsi aux coups de la médecine traditionnelle. Or, pour comprendre la résistance de la médecine aux décou- 12 INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. vertes de M. Pasteur, il suffit de jeter un regard sur les mouve- ments qui l'agitent depuis quinze ans. Nous savions à peine que, dans certaines maladies, le sang, les humeurs et les tissus sont occupés par des êtres infiniment petits, lorsque M. Pasteur, conduit par ses travaux sur les fer- ments, s'est jeté dans cette voie, nouvelle pour lui et pour nous. Et quelles découvertes il y fait coup sur coup ! Il nous éclaire ; ce n'est pas assez dire, il éblouit nos yeux habitués au demi-jour de la médecine hippocratique. Voyez M. Pasteur en face delabactéridie charbonneuse. Non seulement il en fait la biologie, non seulement il nous prouve qu'elle est la cause unique du charbon, mais il éduque, il disci- pline cet infiniment petit et lui apprend à servir contre soi-même et à devenir son propre vaccin. L'expérience de Pouilly-le-Fort, longuement préparée par les travaux de laboratoire de MM. Pas- teur, Chamberland et Roux, est célèbre dans le monde entier. Lorsque, au Congrès de Londres, en 1881, M. Pasteur annonça cette grande découverte de l'atténuation des virus et de la vaccination du choléra des poules et du charbon, un des hommes les plus compétents en microbie, M. Koch, aurait dit : « C'est trop beau pour être vrai ! » et, trois mois après, dans le premier numéro des Mittheilimgen de Berlin, il prenait résolu- ment parti contre M. Pasteur. Depuis, M. Koch a concédé que l'atténuation et la vaccination sont des faits exacts et d'une grande portée scientifique, mais il nie peut-être encore aujour- d'hui la valeur pratique de ces vaccinations. Et cependant le vaccin charbonneux se répand partout oii le charbon existe : en France, en Italie, en Hongrie, en Espagne, aux Indes, en Australie. Quelle meilleure preuve de sa valeur scientifique et pratique ! Cette opposition ne troublait pas M. Pasteur qui nous disait : « Eh bien! qu'ils nient l'atténuation des virus et la vacci- nation, nous aurons sur eux dix ans d'avance! » Et le charbon est à peine achevé que M. Pasteur s'attaque à la rage. Là, pendant plusieurs années, avec l'aide de M. Roux, il fait expériences sur expériences et arrive à des résultats plus merveilleux encore. Le microbe de la rage a échappé jusqu'ici à tous les regards, mais il existe assurément. Eh bien! sans le connaître autrement que par ses effets, M. Pasteur a trouvé le INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. 13 moyen de l'utiliser comme matièro vaccinale. Et surtout, M. Pasteur a osé proposer la vaccination après morsure, c'est-à- dire après infection. Or, les médecins ont toujours vécu sur ce dogme qu'un virus, quel qu'il soit, qui a pénétré dans le corps humain est désormais inattaquable et doit y produire ses effets. La résistance des médecins à tant de nouveautés subver- sives est donc bien compréhensible. Pour reconnaître qu'on a appris d'abord, puis enseigné des erreurs, il faut, outre l'étude personnelle et impartiale des faits nouveaux, une certaine lar- geur d'esprit qu'on ne rencontre pas toujours, même chez les hommes les plus distingués. M. Pasteur, heureusement pour lui et peut-être même pour nous, n'est pas médecin. Expérimentateur sans idées préconçues et sans préjugés d'école, il a créé, à côté de la médecine tradi- tionnelle qu'il ignore, une médecine nouvelle que ses contradic- teurs ignorent à leur tour. Cette médecine est fondée sur cette idée que la spontanéité morbide n'existe pas pour les maladies infectieuses, et que les lois de la pathologie générale sont com- munes aux hommes et aux animaux. Combien de médecins, cependant, ont été élevés à croire le contraire ! Cela étant, com- ment sétonnerde leur opposition et de leur révolte? Je trouve, pour ma part, leur scepticisme fort excusable, puisqu'il procède des idées traditionnelles, c'est-à-dire de l'esprit de conservation. Il ne faut pas oublier toutefois, et 31. Pasteur n'oublie pas, qu'à l'heure critique, il s'est trouvé, pour défendre la vaccina- tion antirabique, une élite de médecins, hommes de science et d'avant-garde, dont l'autorité, universellement reconnue, a fait pencher le plateau de la balance du bon côté. Au premier rang. Yulpian,qui non seulement avait suivi M. Pasteur, mais l'avait poussé àlavaccination antirabique, Vulpian combattit et mourut sur la brèche en défendant avec une éloquence enflammée la méthode nouvelle. A côté de Vulpian, les Brouardel. les Charcot, les Verneuil, les Chauveau, les Villemin se sont honorés en soutenant la cause du progrès et en préparant son triomphe. M. Pasteur eut ainsi la bonne fortune de trouver, même à l'heure des défaillances et des défections, un double point d'appui, d'une part dans la foule des malades qui n'hésita jamais, d'autre part, dans la parole respectée de nos maîtres les plus éminents. U INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. Beaucoup d'autres médecins partageaient la foi' scientifique de M. Pasteur; je ne les nomme ni ne les connais tous, mais ils se taisaient, et nos adversaires menaient un tel bruit dans toutes les presses et les Académies qu'à les entendre, la vaccination antirabique était morte. Elle vit, Messieurs, et elle prospère, car il existe aujour- d'hui, en comptant celui de Paris, plus de vingt instituts antira- biques disséminés dans le monde entier. 11 y en a sept en Russie : à Odessa, Saint-Pétersbourg, Moscou, Varsovie, Charkow, Samara e^ Tiflis; cinq en Italie : à Naples, Milan, Turin, Palerme, Bologne, ces deux derniers créés récemment et dotés par le roi. Un à Vienne, un à Constantinople, un à Bar- celone, un à Bucarest, un à Rio de Janeiro, un à la Havane, un à Buenos-Ayres; enlin à Chicago et à Malte, deux nouveaux laboratoires sont en voie d'organisation. L'Institut antirabique de Paris est en relation suivie avec ces laboratoires dont les chefs sont tous venus, sauf deux, étudier ici la méthode de M. Pasteur pour l'appliquer à leurs malades avec ses perfectionnements progressifs. Dès l'origine, nous avons classé nos malades en trois tableaux A, B et C. Le tableau A contient toutes les personnes mordues par des animaux reconnus enragés par preuve expéri- mentale absolue. Dans le tableau B sont inscrites toutes les personnes mordues par des animaux déclarés enragés par certi- ficats de vétérinaires; c'est le tableau le plus chargé. Enfin, le tableau C contient toutes les personnes mordues par des ani- maux suspects de rage. La suspicion résulte ici des circonstances même de la morsure. Un chien inconnu traversant un village y mord plusieurs enfants et des animaux, chiens, moutons, puis disparaît. Si les personnes mordues se présentent au laboratoire, nous les inscrivons dans le tableau G. En fait, ce tableau est de plus en plus restreint, car notre sélection est de plus en plus sévère, de telle sorte que je crois pouvoir affirmer que 98 % des personnes admises à la vaccination ont été mordues par des ani- maux enragés. Notre statistique générale comprend donc trois tableaux A, B et C, réunis en un seul. Elle se subdivise en statistique parti- culière à chacun des tableaux A, B et G et en statistiques spé- INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. 15 ciaks pour les morsures de la tête et de la face, des mains, des membres et du tronc. Pour ne point fatiguer inutilement votre attention, je ne prendrai que quelques chiffres. Les Annales de rinstitut Pasteur qui publient les tableaux mensuels donneront les tableaux com- plets. Le nombre des personnes traitées à Paris pendant les années 1886-1887 et la première moitié de 1888 s'élève à 5,374. En 1886, où l'affluence des étrangers était considérable, nous avons inoculé2, 682 personnes, 1,778 en 1887 et 914 jusqu'au 1«' juillet J888. Le taux de la mortalité, en comptant tous les morts, même ceux pris de rage le lendemain du traitement, est, pour 188Ô, de 1,34 Vo, pour 1887 de 1,12, et pour 1888 de 0,77». Mais il convient d'écarter des tables de la mortalité les personnes qui succombent à la rage dans les quinze jours qui suivent le traitement, car la vaccination pour être efficace doit être achevée avant que l'incubation du virus du chien mordeur ait commencé dans les centres nerveux. Or, le virus de la rage commune, porté directement à la surface du cerveau d'un chien, y incube pendant quinze ou dix-huit jours avant d'y produire ses effets. Chez les malades qui succombent à la rage dans la quinzaine qui suit le traitement, celui-ci a été inutile, parce qu'il a été trop tardif, mais il n'a pas été mis en échec, parce que les conditions de son efficacité n'étaient point réalisées. En opérant cette défalcation, que pas un médecin ne saurait nous refuser, le taux de la mortalité, malgré le traitement, tombe pour 1886 à 0,93 "/o, pour 1887 à 0,67 «/«, et pour 1888 à 0,55 Vo. Ces chiffres sont sensiblement plus faibles que les premiers, puisque la mortalité reste toujours au-dessous de 1 o/o- Mais les uns et les autres donnent une mortalité progressivement décroissante alors que notre choix des personnes admises au traitement est de plus en plus sévère. Messieurs, cette décroissance dans la mortalité tient aux \. Tous les chiffres de la statistique de 1888 ont été relevés sur nos registres à la date du 31 octobre. 16 INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR, perfectionnements progressifs apportés à la première formule de traitement. Nous faisons un traitement plus énergique, plus prolongé, plus intensif, pour prendre le mot de M. Pasteur qui a fait tant de bruit, et le traitement reste inofïensif. Cette effi- cacité différente de la vaccination antirabique selon telle ou telle formule, est la preuve la plus certaine de sa valeur théra- peutique. Les savants russes qui combattaient la vaccination antirabique à Odessa et à Saint-Pétersbourg le jugèrent ainsi, et cessèrent toute opposition lorsque M. Gamaleïa leur eut montré deux tables de mortalité fort différentes selon la méthode employée. A Odessa, le traitement simple appliqué à 136 personnes a donné une mortalité de 5,88 7o, tandis que le traitement intensif appliqué à 997 personnes a donné une mortalité de 0,80 "/„. M. le D"" Bujwid, chef du Laboratoire de Varsovie, a fait de son côté les mêmes observations. M. Bujwid, qui assiste à cette séance, ne me contredira pas si je dis que quand il vint à Paris y étudier la vaccination antirabique, il était fort sceptique. Élève de Koch, et déjà très habile technicien en microbie, il travailla avec nous plusieurs mois, puis, dans son laboratoire privé à Varsovie, il pratiqua les inoculations antirabiques. M. Bujwid étudia le traitement simple, en s'arrêtant à la moelle de six jours. 195 personnes vaccinées donnèrent une mortalité de 4,1 "/o- Au contraire, le traitement intensif appliqué à des malades choisis sévèrement parmi ceux dont la morsure était réellement dangereuse (30 étaient mordus au visage, dont 4 par des loups enragés) a donné les résultats les meilleurs : sur 370 personnes vaccinées jusqu'au l*''" septembre, il n'y a pas eu de mort, de sorte que M. Bujwid est devenu un partisan très convaincu de la méthode. Nos statistiques particulières, dressées pour chaque tableau A, B et C, conduisent aux mêmes conclusions. La mortalité, dans le tableau A qui ne contient que des personnes dont la morsure était sûrement virulente, ne diffère pas sensiblement de la mortalité du tableau C, qui comprend les personnes mordues par des animaux simplement suspects. Pour les trois années 1886-87-88, la mortalité dans le tableau A est de 1,30 7o en comptant tous les morts, et de 1,09 en ne comptant que les morts survenues 15 jours après le traitement. Dans le tableau INAUGUHATION DE L'INSTITUT PASTEUR. 17 C, cette mortalité est de 1,30 Vo ou de 0,54 Vo- Cette similitude dans le chiffre de la mortalité pour deux tableaux en apparence si difFérents, prouve deux choses : 1" que le très grand nombre des animaux mordeurs, dits suspects, étaient bel et bien atteints de rage ; 2" qu'il y a lieu de traiter avec la même sévérité les personnes des tableaux A et G. Les statistiques spéciales, dressées séparément pour les morsures du visage, des mains ou des membres, témoignent à leur façon de l'efficacité de la vaccination antirabique. On sait que dans les anciennes statistiques, la mortalité moyenne de toutes morsures était évaluée à 10, 15 ou 20 7o' selon les observateurs, et que la mortalité par morsure faite à la tête ou au visage s'élevait à 80 et 88 7o- Dans nos tableaux, la mortalité après morsure à la tête ou au visage est de 3,84 "/o si on compte tous les morts; elle est en réalité de 1,82 "/y, si on écarte les morts survenues dans la quinzaine qui a suivi le traitement. Ainsi, dans ce genre de morsure, la moitié des morts survient dans les quinze premiers jours après le traitement, ce qui est une nouvelle preuve de leur gravité exceptionnelle. Mais, cette période dangereuse passée, le traitement est presque aussi effi- cace pour elles que pour les morsures communes. Nous nous expliquons ce résultat par la vaccination particulièrement éner- gique donnée aux personnes mordues à la tête ou au visage. L'écart du chiffre réel de notre statistique : 1,82 7oi ^t des chiffres des statistiques classiques : 80 et 88 7oi est tellement considérable qu'il est impossible de méconnaître l'intervention bienfaisante du vaccin antirabique. Les statistiques étrangères concordent avec les nôtres : A Saint-Pétersbourg , le laboratoire fondé par Son Altesse Impériale le Prince Alexandre d'Oldenbourg, et entretenu à ses frais, a vacciné, depuis le 13 juillet 1886 jusqu'au 13 septembre 1888, 484 personnes. La mortalité moyenne a été de 2,08 "/o- Des renseignements fournis par M. le D' Kraïouchkine, médecin de la station antirabique, il résulte que la mortalité, un peu plus élevée que la nôtre, de cette statistique, s'explique par la gravité extrême des morsures. ' A Odessa, dans le laboratoire dirigé par M. le professeur Metchnikoff, M. le D'Gamaleïa a vacciné : 18 INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. En 1886, 324 personnes par divers traitements simples. Mortalité : 3,39 "/q. En 1887, 345 personnes par le traitement intensif. Morta- lité : 0,o8 7o. En 1888, 364 personnes par le traitement intensif. Morta- lité : 0,64 Vo- Pendant ces trois années, 1,1 3S personnes ont subi le trai- tement antirabique avec une mortalité moyenne de 1,41 Vo. A Moscou., à l'Institut antirabique fondé sous les auspices du prince Do]goroukow,M. le D' Gwozdeff a vacciné: En 1886, 107 personnes par le traitement simple. Mortalité : 8,40 V„. En 1887, 280 personnes par le traitement intensif. Morta- lité : 1,27 »/o. En 1888, 246 personnes par le traitement intensif. Morta- lité : 1,60 Vo. A Varsovie, M. Bujwid a inoculé : 297 personnes par divers traitements simples. La mortalité moyenne a été de 3 «/o. 370 personnes avec la méthode intensive. La mortalité, jusqu'ici, est nulle. (Déjà, 16 mois se sont écoulés depuis le commencement de l'application de cette méthode et deux mois depuis le traitement du dernier malade.) A Samara, le D"" Parchenski a vacciné o3 personnes, dont 4 mordues par des loups, La mortalité, ici fort élevée : .^,67 Vo, s'explique par le traitement insuffisamment énergique et insuf- fisamment prolongé, ainsi qu'il résulte des renseignements fournis par une lettre du D' Parchenski. A CharhoiL\ et probablement pour les mêmes raisons, mais nous manquons de renseignements précis, M. le D'" Protopopoff a vacciné 233 personnes avec une mortalité de 3,80 Vo- A Turin, M. Bordoni Uflreduzzi a vacciné en 1886-87 et 88 502 personnes appartenant au tableau A. Mortalité 2.50 Vo- 221 appartiennent au tableau B. Mortalité 1.30 Vo. 43 appartiennent au tableau G. Mortalité nulle. A Milan, M. le D'' Baratieri a vacciné 335 personnes, 2 sont mortes malgré le traitement : mortalité 0,60 "/o. A Palerme, M. le prof. A. Gelli a vacciné, du l^'" mars au 30 septembre 1888, 109 personnes sans insuccès. INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. i9 A Naples, M. le prof. Cantani, assisté de MM. les D"^' Vestea et Zagari a dû fermer sou laboratoire, faute de subsides de la municipalité, de janvier à août 1888. Dans cette ville les adversaires de M. Pasteur, très nom- breux, avaient réussi, malgré un vote de confiance et d'encou- ragement de l'Académie de Naples, à ébranler Topinion publique et à indisposer la junte municipale contre la méthode de M. Pas- teur. Mais, pendant cette période d'interruption de sept mois, 9 morts par rage étant survenues à Naples, la municipalité a pro- mis un subside, le gouvernement et la province de Naples en ont promis d'autres, et le laboratoire a été ouvert de nouveau. Il est aujourd'hui en plein fonctionnement. 246 personnes ont été vaccinées à Naples, 199 depuis le jour de l'ouverture du laboratoire (22 septembre 1886) jusqu'à janvier 1888 et 34 depuis la réouverture. La mortalité après vac- cination est de 1,3 "/o. A Constantinople, M. le général docteur Zoëros-Pacha a vacciné 34 personnes, mortalité 0. — Cet institut a été fondé par ordre et sous les auspices de Sa Majesté le Sultan. A la Havane, dans l'Institut antirabique de M. le D^ Santos Fernandez, M. le D' Tamayo a inoculé 170 personnes, parmi lesquelles cinquante mordues par des animaux dont la rage fut prouvée expérimentalement. La mortalité est de 0,60 "/o- A Rio de Janeiro, dans la station vaccinale due à l'initiative de Sa Majesté l'empereur du Brésil, M. le D'Ferreira dos Santos a vacciné 66 personnes. Jusqu'à présent il n'a pas d'insuccès '. Messieurs, je ne puis passer sous silence la statistique du département de la Seine qui, chaque année, est l'objet d'un rapport spécial au conseil d'hyg-iène et desalubrité. Le rapport pour 1887 a été fait par M. le D'' Dujardin-Beaumetz qui a pris ses docu- ments à la Préfecture de police, et, pour ce qui concerne les personnes vaccinées, au laboratoire de M. Pasteur. Or, en 1887, le nombre des personnes mordues et vaccinées s'élève à 306 sur i. Le laboratoire de Constantinople n'a pas été cité dans le rapport la par M. Grancher, le 14. novembre, parce que nous manquions à cette date de rensei- gnements précis. Il en est de même pour la statistique de Turin. Pour l'Institut de Rio de Janeiro, nous avions donné le chiffre de 53 personnes inoculées. Ce chiffre était exact à l'époque où nous avoBs reçu le rapport de M. Ferreira dos Santos ; il s'élève aujourd'hui à 66. 20 INAUCiURAÏION DE L'INSTITUT PASTEUR. lesquelles deux sont mortes ' : mortalité 0,76 "/„; d'autre pail, sept cas de mort par rage sont survenus parmi les 44 personnes qui fio^urentsur les listes administratives comme n'ayant pas subi la vaccination antirabique. Dans ce groupe la mortalité atteint 15,90 f/o, chiffre que M. Leblanc avait donné et que MM. Pasteur et Brouardel avaient accepté comme représentant la mortalité moyenne avant la vaccination. Et M. Dujardin-Beaumetz conclut: « Je ne connais pas de témoignage plus éclatant à invoquer à l'appui de la méthode des inoculations. » Le rapport de M. Beaumetz contient une autre conclusion non moins intéressante, c'est que la rage est une maladie qu'on peut combattre par mesures sanitaires administratives. Il a rap- pelé qu'en Allemagne la rage a presque disparu, grâce à une prophylaxie intelligente. En effet, la rage n'est jamais spontanée, elle est toujours transmise par inoculation d'un animal à un autre, et de tous les animaux le chien est de beaucoup le plus susceptible. Or, la surveillance des chiens est facile à exercer quand l'autorité est vigilante çt la population disciplinée. Nous avons fait tracer un graphique qui donne la preuve écla- tante du bon et prompt effet des mesures de police sanitaire. A voir cette courbe rapidement décroissante, à partir de mai 1888, époque de l'arrêté du préfet de police au sujet des chiens errants, ne semble-t-il pas certain qu'avec un peu de persévérance de la part des pouvoirs publics, et un peu de bonne volonlédelapart delà population, on réussirait à réduire la rage à un petit nombre de cas, en France comme en Allemagne? Vous savez. Messieurs, que l'Institut Pasteur a été fondé non seulement pour le traitement de la rage, mais aussi pour l'étude scientifique des moyens de combattre pratiquement les maladies qui déciment l'espèce humaine: la diphtérie, la fièvre typhoïde, la phthisie, etc. Les vastes laboratoires qui vont s'ouvrir aux médecins français et étrangers seront ainsi pour l'humanité une source de bienfaits, et un puissant moyen de diffusion et d'expor- tation de la science française. 1. Ces chifTres sont ceux du rapport de M. Beaumetz. Depuis que ce rapport a été fait une troisième personne vaccinée a succombé à la rage, ce qui élève la mortalité à 0,97 "/q. INAUGURATION DE LINSTITUT PASTEUR. 21 1 1887 1888 > > S- s_ > •< ^ ^ C S- o 3/ O o p 1.' > 1; £ > V en > 1 i —3 O 11 -O O -J-J 7 5" 7 ^' 65 67 s/ IS // i ï i — li 10 6' û O Courbe indiquant par mois le nombre de personnes mordues dans le département de la Seine et traitées à l'Institut Pasteur. M. Christophle, gouverneur du Crédit Foncier deFrance, le trésorier de la souscription, lut un rapport sur l'exposé financier qui provoqua dès les premiers mots les applaudissements, DISCOURS DE M. CIlRiSTOPliLE. Monsieur le Président de la République, Messieurs, ' Le rapport de votre trésorier pourrait commencer comme un conte de fées : Il était une fois, dans un coin de Paris, mais un 22 INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. coin si peu connu des Parisiens qu'aujourd'hui encore il faut des indications spéciales pour le découvrir, un vaste terrain qui appartenait depuis cent cinquante ans à une famille de maraî- chers. Les rares promeneurs qui s'égaraient dans ce quartier pouvaient se donner le plaisir d'embrasser d'un coup d'œil onze mille mètres de légumes. Chaque jour, depuis le lever du soleil jusqu'à la tombée de la nuit, on voyait passer et repasser dans cet enclos des braves gens qui avaient la philosophie de Candide, sans l'avoir lu, et répétaient comme lui : « Il faut cultiver son jardin. » Or, un jour, à la fin de mai 1887, ainsi que l'on voit dans Cendrillon une citrouille changée en carrosse doré, tous ces pieds de laitue si correctement alignés semblèrent être frappés par un coup de baguette et changés en tombereaux. Des centaines d'ouvriers se précipitèrent sur cet hectare de salades. En un tour de main, tout fut arraché, bouleversé. On creusa en toute hâte, à d'énormes profondeurs, pour établir les bases d'un monument que l'on voulait indestructible. S'il n'y avait pas eu à régler la question du payement aux propriétaires du sol — ce qui nous fait rentrer un peu dans la réalité — tout dans cette histoire serait extraordinaire. Les architectes, M. Petit et M.Brébant, déclaraient, avant de commencer leurs plans, qu'ils n'accepteraient aucun honoraire et, ce qui est plus surprenant encore, qu'ils ne dépasseraient pas les devis; les entrepreneurs apportaient des comptes fantastiques par leur simplicité; les maçons parlaient de travailler le lundi. Quelle était donc, Messieurs, la fée assez puissante pour ren- verser ainsi toutes les habitudes de la vie, toutes les notions connues ? C'était la fée Enthousiaste qui s'était invitée elle-même dès le jour où elle avait entendu parler de l'Institut Pasteur. Comme il s'agissait de combattre contre de mauvais génies que M. Pasteur pouvait emprisonner dans des flacons de verre, et non seulement réduire à l'impuissance, mais encore transformer en génies protecteurs, cette fée, accompagnée de sa sœur la Généro- sité, se mit en campagne. Toutes deux parcoururent les com- munes de France et même de l'étranger, en annonçant la bonne nouvelle dans les palais, dans les châteaux et dans les chau- mières. Comme toujours^ et pour ne pas faire mentir le conte, elles INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. 23 rencontrèrent parfois sur leur route des fées plus ou moins redoutables qui, soit isolées, soit en conseil, essayèrent de leur jeter un sort en prononçant des paroles dont personne ne se souvient aujourd'hui. Ainsi d'ailleurs que les choses se passent dans les contes qui finissent bien, les bonnes fées triomphèrent et tous leurs souhaits furent les plus beaux du monde. Nous avons essayé de les mettre en pratique. C'est à la Banque de France et au Crédit Foncier, Messieurs, que toutes les sommes ont été centralisées. Les deux registres qui sont là, sous vos yeux, contiennent la liste des souscripteurs. En entendant le rapport de M. Grancher, vous pouviez vous dire que les chiffres ont leur éloquence; j'oserai dire, en parlant des nôtres, qu'il ont leur émotion. Les sommes prodigieuses et les offrandes minimes, tout est inscrit — avec les noms en regard — dans ce livre d'or dont les pages feront un jour un dés chapitres les plus touchants et les plus glorieux de l'histoire de cette maison. Je conseillerais à ceux qui ne voient l'humanité que sous un vilain jour, qui vont répétant que tout est pour le pire ici-bas, qu'il n'y a dans le monde ni désintéressement ni dévouement, de jeter un coup d'œil sur les documents humains dellnstitut Pas- teur. Ils apprendront là, pour commencer par le commencement, que l'on rencontre dans les ^Académies des confrères que non seulement la gloire d'un autre n'offense pas, mais qui trouvent leur bonheur et mettent leur fierté dans cette gloire; que les hommes politiques et les journalistes ont souvent la passion du vrai et du bien; que jamais à aucune époque les Français n'ont mieux aimé leurs grands hommes, qu'ils leur rendent justice dès ce monde ■— ce qui est encore la meilleure manière — que nous avons acclamé la fête de Victor Hugo, le centenaire de Chevreul et l'inauguration de l'Institut Pasteur. « Quand un Français dit du mal de lui, disait un jour un des confrères de M. Pasteur, ne le croyez pas : il se vante. » A l'itiverse d'une phrase célèbre et pessimiste, on pourrait dire que, dans cette souscription, toutes les vertus se perdent dans le dévouement comme les lleuves se perdent dans la mer. Qije d'exemples je pourrais citer, si les plus généreux dona- teurs n'avaient demandé que l'on ne prononçât pas leur nom! Mais si je ne puis parler des souscriptions isolées, vous me per- 24 INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. mettrez, Messieurs, de rappeler quelques souscriptions collectives, depuis les dotations offertes par l'admirable festival du Trocadéro où, comme le disait M. Pasteur, « les grands charmeurs de l'hu- manité heureuse apportèrent leur glorieux concours à ceux qui veulent servir l'humanité souiïranle, » jusqu'aux fêtes de petites villes et de villages où l'on se cotisait pour offrir « le cadeau de la misère ». Un jour, des ouvriers de la verrerie d'Aumale de- mandèrent au poète des humbles, àM. François Coppée, des vers pour mieux honorer le génie de M. Pasteur et envelopper leur obole. En les envoyant à M. Pasteur, M. Coppée finissait ainsi : Ils ont le compliment rimé qui leur manquait Et peuvent te l'offrir, Pasteur, comme un bouquet Au patron, le jour de sa fêle. 11 y eut une souscription plus touchante encore. Ce fut celle de 43,000 francs qu'apportèrent les Alsaciens-Lorrains. C'est d'Alsace qu'était venu le petit Joseph Meister, qui fut le premier inoculé, et qui est resté en correspondance avec « son cher M. Pasteur », comme il l'appelle toujours. Ces lettres intimes, ces pièces à l'appui, je les ai demandées à M. Pasteur. Mais il n'a pas voulu me les donner. Jamais rapporteur n'a été moins secondé que moi. Heureusement, j'ai les chilfres de la souscrip- tion. Elle s'est élevée à Fr. 2,586,680 Dans ce chiffre , il faut compren- dre les 200,000 francs votés par les Chambres et le don offert par M. le Président du Conseil. Les dépenses s'élèvent à ce jour, à 1,22.3,786 Nous avons encore à payer aux en- trepreneurs 240,000 L'achat des instruments des labora- toires exig-era 100,000 Les dépenses totales s'élèveront à 1,563,786 Ce qui laissera un solde disponible, qui formera la dotation de l'Institut Pas- , leur, de Fr. 1,022,894 INAL'GLRATIUN DE L'INSTITUT PyVSTEUK. 23 Si on veut connaître la nature de ces dépenses, on voit qu'elles se décomposent ainsi : Achat du terrain et droits Fr. 441,475 Terrassements et constructions 1)17,577 Instruments de laboratoires 100,0(10 Frais de circulaires, imprimés, bulletins de souscriptions, récépissés 12,421 Frais d'actes notariés 41G Entrelien des laboratoires pendant trois ans. 91.897 Total Fr. 7,563,786 On remarquera que celte souscription , qui a produit 2,586,680 francs, et qui. après toutes les dépenses payées, laissera à l'Institut Pasteur un capital disponible de 1,022,894 francs, n'aura coulé que 12,421 francs de frais. Si je ne craignais de commettre une indiscrétion, je rappellerais que, dans une séance du comité, M. l'amiral Jurien de la Gravière, dont nous regret- tons vivement l'absence dans cette fête, avait proposé de consa- crer une somme de 6,000 francs à la publicité. Mais le concours si bienveillant de la presse nous a permis d'économiser celte somme. Il me reste. Messieurs, à vous faire connaître un dernier donateur qui abandonne à l'Inslilut les bénéfices de la vente, en France, des vaccins découverts dans le laboratoire. MM. Cham- berland et Roux ont suivi leur maître dans sa générosité. Après avoir provoqué cette grande œuvre, M. Pasteur aura été un des plus grands souscripteurs. C'est ainsi, Monsieur (car mon incompétence scientifique bien plus encore que ma modestie naturelle me défend de vous dire : illustre maître, et je n'ose d'autre part, usant de la fami- liarité naïve du jeune Meister, vous appeler: mon cher monsieur Pasteur), c'est ainsi. Monsieur, que la générosité publique, le concours du gouvernement, votre désintéressement, enfin, ont fondé et consolidé l'établissement que nous inaugurons aujour- d'hui. C'est ainsi qu'a été assuré à votre œuvre ce pain quotidien qui fait parfois défaut aux plus ardentes prières et auquel l'avenir ajoutera, je l'espère, pour ce qui vous concerne, les douceurs 26 INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. complémentaires, presque aussi nécessaires que le pain de chaque jour. La sollicitude publique qui a entouré cette œuvre à sou berceau ne lui fera pas défaut. L'élan des cœurs généreux ne s'est pas ralenti : demain nous apportera ce qui fait défaut aujourd'hui, et vos collaborateurs, vos élèves et vos successeurs pourront poursuivre avec sécurité et avec confiance le cours do leurs travaux. Certes, c'est pour vous, Monsieur, un bonheur rare et presque inespéré. Qu'il vous console des luttes passionnées, des émotions poignantes, des crises parfois terribles que vous avez traversées! Quand je songe à ce passé si plein de troubles et de dangers, je songe aussi malgré moi à l'ironie de ces phrases toutes faites qui parlent de la sérénité de la science et de la paix des laboratoires. Mais je m'écarte, Monsieur, et je vous en demande pardon, de l'objet précis de ma mission. C'est votre faute, après tout. Vous nous avez mis dans la maison. Vous avez cru obligeam- ment que nous serions bons à quelque chose, ne fût-ce qu'à maintenir l'ordre dans la comptabilité, la régularité dans la gestion de ce trésor qui était bien le vôtre et avec lequel vous avez constitué une puissante réserve pour la science, en vue des découvertes de l'avenir. Vous ne nous avez pas défendu d'ajouter au zèle que vous attendiez de nous notre respect et notre affection. C'est votre faute, encore une fois. On ne peut vous entendre sans vous admirer. On ne peut vivre à côlé de vous sans vous aimer. M. Pasteur, ne pouvant maîtriser son émotion, dut charger son fils de lire son discours : DISCOURS DE M. l'ASTEUA. Monsieur le Président, Messieurs, Celui qui, dans vingt ans, écrira notre histoire contempo- raine et recherchera quelles ont été, à travers les luttes des INAUGURATION BE L'INSTITUT PASTEUR. 27 partis, les pensées intimes de la France, pourra dire avec fierté qu'elle a placé au premier rang- de ses préoccupations l'ensei- gnement à tous les degrés. Depuis les écoles de village jusqu'aux laboratoires des hautes études, tout a été soit fondé, soit renou- velé. Elève ou professeur, chacun a eu sa part. Les grands maîtres de l'Université, soutenus par les pou- voirs publics, ont compris que, s'il fallait faire couler comme de larges fleuves l'enseignement primaire et l'enseignement secondaire, il fallait aussi s'inquiéter des sources, c'est-à-dire de l'enseignement supérieur. Ils ont fait à cet enseignement la place qui lui est due. Une telle instruction ne sera jamais réser- vée qu'à un petit nombre ; mais c'est de ce petit nombre et de son élite que dépendent la prospérité, la gloire et, en dernière analyse, la suprématie d'un peuple. Yoilà ce qui sera dit et ce qui fera l'honneur de ceux qui ont provoqué et secondé ce grand mouvement. Pour moi, Messieurs, si j'ai eu la joie d'aller, dans quelques-unes de mes recherches, jusqu'à la connaissance de principes que le temps a consacrés et rendus féconds, c'est que rien de ce qui a été nécessaire à mes travaux ne m'a été refusé. Etlejouroii, pressentant l'avenir qui allait s'ouvrir devant la découverte de l'atténuation des virus, je me suis adressé direc- lementà mon pays pour qu'il nous permit, par la force et l'élan d'initiatives privées, d'élever des laboratoires qui non seulement s'appliqueraient à la méthode de prophylaxie de la rage^ mais encore à l'étude des maladies virulentes et contagieuses, ce jour-là la France nous a donné à pleines mains Souscriptions collectives, libéralités privées, dons magni- fiques dus à des fortunes qui sèment les bienfaits comme le laboureur sème le blé, elle a tout apporté, jusqu'à l'épargne prélevée par l'ouvrier sur le salaire de sa rude journée. Pendant que se faisait celte œuvre de concentration fran- çaise, trois souverains nous donnaient un lémoignag^e de sym- pathie effective. Sa Majesté le sultan voulait être un de nos souscripteurs ; l'empereur du Brésil, cet empereur homme de science, inscrivait son nom avec la joie d'un confrère, disait-il, et le tsar saluait le retour des Russes que nous avions traités par un don vraiment impérial. Devant les médecins russes qui travailleront dans nos labo- 28 INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. raloireset sont déjà présents parmi nous, j'adresse au Isarriiom- mage de notre respectueuse gratitude. Comment toutes ces sommes ont été centralisées au Crédit Foncier de France et l'usage qui en a été fait, vous venez de l'ap- prendre, Messieurs. Mais ce que M. Christoplile ne vous a pas dit, c'est avec quel souci il a géré ce bien national. Avant la pose de la première pierre, le comité de patronage de la souscription a décidé, malgré moi, que cet Institut porte- rait mon nom. Mes objections persistent contre un titre qui réserve à un homme l'hommage dû à une doctrine. Mais, si je suis troublé par un tel excès d'honneur, ma reconnaissance n'en est que plus vive et plus profonde. Jamais un Français s'adressant à d'autres Français n'aura été plus ému que je ne le suis en ce moment. La voilà donc bâtie, cette grande maison dont on pourrait dire qu'il n'y a pas une pierre qui ne soit le signe matériel d'une généreuse pensée. Toutes les vertus se sont cotisées pour élever cette demeure du travail. Hélas ! j'ai la poignante mélancolie d'y entrer comme un homme « vaincu du temps », qui n'a plus autour de lui aucun de ses maîtres, ni même aucun de ses compagnons de lutte, ni Dumas, ni Bouley, ni Paul Bert, ni Vulpian qui, après avoir été avec vous, mon cher Grancher, le conseiller de la première heure, a été le défenseur le plus convaincu et le plus énergique de la méthode ! Toutefois, si j'ai la douleur de me dire : ils ne sont plus, après avoir pris vaillamment leur part des discussions que je n'ai jamais provoquées, mais que j'ai dû subir; s'ils ne peuvent m'entendre proclamer ce que je dois à leurs conseils et à leur appui; si je me sens aussi triste de leur absence qu'au lende- main de leur mort, j'ai du moins la consolation de penser que tout ce que nous avons défendu ensemble ne périra pas. Notre foi scientifique, les collaborateurs et les disciples qui sont ici la partagent. Le service du traitement de la rage sera dirigé par M. le pro- fesseur Grancher, avec la collaboration des docteurs Chante- messe, Charrin et Terrillon. M. le ministre de l'instruction publique a autorisé M. Du- claux, le plus ancien de mes élèves et collaborateurs, aujourd'hui [NAU(ii:ilATU)N DE LliNSTITUT PASTEUR. 20 professeur à la Faculté des sciences, à transporter ici le cours de chimie biologique qu'il fait à la Sorbonne. 11 dirigera le labo- ratoire de microbie générale. M. Cbamberland sera chargé de la microbie dans ses rap- ports avec l'hygiène :M. le docteur Roux enseignera les méthodes microbiennes dans leurs applications à la médecine. Deux savants russes, les docteurs MetchnikotF et Gamaleïa, veulent bien nous prêter leur concours. La morphologie des organismes inférieurs et la microbie comparée seront de leur domaine. Votfs connaissez, Messieurs, les espérances que nous don- nent les travaux du docteur Gamaleïa. C'est à dessein que je me sers du mot espérances. L'application à l'homme est loin d'être faite en ce moment; mais la plus rude étape est franchie. Constitué comme je viens de le dire, notre Institut sera à la fois un dispensaire pour le traitement de la rag-e, un centre de recherches pour les maladies infectieuses et un centre d'ensei- gnement pour les études qui relèvent de la microbie. Née d'hier, mais née tout armée, cette science puise une telle force dans ses victoires récentes qu'elle entraine tous les esprits. Cet enthousiasme que vous avez eu dès la première heure, gardez-le, mes chers collaborateurs, mais donnez-lui pour com- pagnon inséparable un sévère contrôle. N'avancez rien qui ne puisse être prouvé d'une façon simple et décisive. Ayez le culte de l'esprit critique. Réduit à lui seul, il n'est ni un éveilleur d'idées, ni un stimulant de grandes choses. Sans lui, tout est caduc. Il a toujours le dernier mot. Ce que je vous demande là et ce que vous demanderez à votre tour aux disciples que vous formerez, est ce qu'il y a de plus difficile à l'inventeur. Croire que l'on a trouvé un fait scientifique important, avoir la fièvre de l'annoncer, et se contraindre des journées, des semaines, parfois des années à se combattre soi-même, à s'ef- forcer de ruiner ses propres expériences, et ne proclamer sa découverte que lorsqu'on a épuisé toutes les hypothèses con- traires, oui, c'est une tâche ardue. Mais quand, après tant d'efforts, on est enfin arrivé à la certitude, on éprouve une des plus grandes joies que puisse res- sentir l'âme humaine, et la pensée que l'on contribuera à l'hon- neur de son pays rend cette joie plus profonde encore. Si la science n'a pas de patrie, l'homme de science doit en 30 INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR. avoir une, et c'est à elle qu'il doit reporter riuflaence que ses travaux peuvent avoir dans le monde. S'il m'était permis, Monsieur le Président, de terminer par une réflexion philosophique provoquée en moi par votre présence dans celte salle de travail, je dirais que deux lois con traires semblent aujourd'hui en lutte : une loi de sang et de mort qui, en imaginant chaque jour de nouveaux moyens de combats, oblige les peuples à être toujours prêts pour le champ de bataille, et une loi de paix, de travail, de salut, qui ne songe qu'à déli- vrer l'homme des fléaux qui l'assiègent. * L'une ne cherche que les conquêtes violentes, l'autre que le soulagement de l'humanité. Celle-ci met une vie humaine au- dessus de toutes les victoires ; celle-là sacrifierait des centaines de mille existences à l'ambition d'un seul. La loi dont nous sommes les instruments cherche même à travers le carnag-e à guérir les maux sanglants de celte loi de guerre. Les pansements inspiréspar nos méthodes antiseptiques peuvent préserver des milliers de soldats. Laquelle de ces deux lois l'emportera sur l'autre ? Dieu seul le sait. Mais ce que nous pouvons assurer, c'est que la science française se sera efforcée, en obéissant à cette loi d'hu- manité, do reculer les frontières de la vie. Les applaudissements, qui avaient éclaté à chaque paragraphe de ce discours, reprirent enthousiastes, à cette dernière page. Dans celte assemblée composée d'éléments si divers, il n'y eut plus qu'une âme commune, l'âme de tout un peuple qui vibrait avec l'âme de cet homme de labeur, de patriotisme et d'humanité. Ce fut une minute inoubliable d'émotion haute et généreuse. M. le Président de la République, après avoir serré la main de M. Pasteur, se leva et dit : « M. Pasteur n'a voulu d'autre récompense que celle que nous pouvons donner à ses collaborateurs : M. GrancheretM. Duclauxsont nommés officiers de la Légion d'honneur, M. Clianlemesse est nommé chevalier de la Légion d'honneur. Les palmes d'officier d'Académie sont décernées à M. Brébant, architecte de l'Institut Pasteur. * APPENDICE Dans les journées des 13, 14 et 43 novembre, M. Pasteur a reçu de l'é- traniT-er un grand nombre de télégrammes de félicitations, justifiant une fois de plus la pensée rappelée dans son discours que la science n'a pas de patrie. Profondément touché des vœux formés pour sa personne et la prospérité de l'établissement qui vient d'être inauguré, M. Pasteur prie les sociétés savantes et les personnes dont les noms suivent de vouloir bien agréer ici l'expression de sa vive reconnaissance : La Société entomologique du midi de la Russie, à Odessa; La Société impériale des Amis de la nature, à Moscou; La Société des naturalistes d'Odessa; La Station bactériologique d'Odessa; L'Académie impériale de médecine de Saint-Pétersbourg; La Société de médecine d'Odessa; Les médecins de l'hôpital de la ville d'Odessa; La Société des pharmaciens d'Odessa; La Régence provinciale de Bessarabie ; Le Comité des Congrès des médecins russes, à Saint-Pétersbourg; Les étudiants de l'Université d'Odessa; Le Conseil médical russe, à Saint-Pétersbourg; La Conférence des médecins de l'hôpital militaire de Moscou; La Société de chirurgie de Moscou; Le Congrès des médecins et des représentants du gouvernement de Cherson; La Société des médecins praticiens de Saint-Pétersbourg; La Société des sciences médicales de Lisbonne; S. A. le prince Alexandre d'Oldenbourg, en son nom et au nom de la Station antirabique de Saint-Pétersbourg; Le professeur Protopopofî, de KarkofT; Le professeur Hueppe, de Wiesbaden; Le professeur sir James Paget, de Londres; Le professeur Poehl, de Saint-Pétersbourg; Le directeur du journal de la Société agricole impériale d'Odessa; Le professeur Cantani, de Naples; La famille de Herz, de Bucarest; L'a famille Retzius, de Stockholm; José Julio Rodriguez, de l'École polytechnique de Lisbonne; Le docteur E. Ullmann, de Vienne; Le professeur Anrep, de Saint-Pétersbourg; Le docteur Burnay, de Lisbonne... SCEAUX. — IMPRIMERIE CHARAIRE. 2me ANiNEE. JANVIER 1888. N" 1 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR SIR LA DESTRLCTION DES LAPINS EN AISTR4LIE ET DANS LA NOUVELLE-ZÉLANDE, F»ar» IM. F»ASTEtJIÎ. M. Pasteur a adressé à MM. les agents généraux des posses- sions de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande la communication que voici : Paris, le S janvier 1888, La Revue des Deux-Mondes a publié, dans son numéro du 15 août 1887, un article de M. C. de Varigny, dont j'extrais les passages suivants : Enrichis subitement par la guerre de Sécession aux États-Unis, qui fît liausser le prix des laines, en arrêtant la production américaine, les colons de l'Australie se trouvèrent tout à coup disposer de revenus considé- rables... Imitateurs zélés des coutumes anglaises, ils se prirent de passion pour la chasse, et fondèrent en Australie et à la Nouvelle-Zélande des sociétés d'acclimatation pour importer d'Europe des lièvres et des lapins. Ce fut une véritable rage, un vent de folie qui souffla sur la colonie... Tout grand propriétaire n'eut plus qu'une idée : se créer une chasse réservée. Le sol et le climat convenaient si merveilleusement aux lapins, qui en Angleterre ont de quatre à six portées par an, de trois à quatre petits, qu'en Australie ils eurent jusqu'à dix portées par an, de huit à dix petits chacune... Vainement on tenta d'encloro les terrains de treillis, ils creusaient par- dessous et gagnaient 1p lavgp, au grand désespoir des propriétaires qui 1 2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. redoublaient d'efforts et de soins pfour en accroître le nombre. Ils ont si bien réussi que, aujourd'hui, cette peste désole la Nouvelle-Zélande et l'Australie. Les jardins maraîchers sont dévastés; les terrains qui produi- saient, il y a quelques années, ISO boisseaux d'orge et de 75 à 80 de blé à l'hectare, durent être abandonnés, toute culture, dans certains districts, étant devenue impossible. M. Gravi'ford cite l'exemple d'un grand propriétaire qui, après avoir dépensé 40,000 livres sterling (1 million de francs) pour se débarrasser de ce fléau d'un nouveau genre, fut obligé d'y renoncer. Sur certaines fermes, on évalue leur nombre à des centaines de mille, et, chaque année, leur taille augmente avec leur nombre. D'une voracité extraordinaire, ils mangent l'herbe jusqu'à la racine et convertissent d'immenses pâturages, qui nourrissaient vingt-cinq à trente moutons à l'hectare, en terrains dénu- dés et poussiéreux. Les vignobles ont été ruinés, et, jusqu'ici, les moyens employés pour détruire ces animaux n'ont abouti à aucun résultat appré- ciable. On les chasse, on les tue, on les empoisonne, et ils fourmillent. M. Williamson dépose que, dans une excursion qu'il fit avec un délégué du gouvernement, ils reconnurent que dans tout le district l'herbe avait disparu. Des bandes d'énormes lapins parcouraient le pays, s'écartant à peine pour faire place à leur voiture. Le sol. raviné de terriers, no permettait d'avancer qu'avec précaution : « Partout des lapins, dit-il, sur la route et dans la plaine; ils gambadent en troupes, se poursuivent dans les sables; on les voit assis par centaines a l'entrée de leurs terriers... Traqués sur un point, ils se réfugient sur un autre, et ils se multi|)lient avec une rapidité telle qu'un cataclysme de la nature pourra seul en avoir raison. » La publication suivante vint doaner récemment une confir- mation aux récits qui précèdent. Le 9 novembre et le 2 décembre 1887, le journal le Temps, de Paris, publiait l'avis officiel suivant, émané du gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud : Direction des Mines. Sydney, le 31 août 1887. Il est donné avis, par la présente, que le gouvernement de la Nouvelle- Galles du Sud payera la somme de 623,000 francs (£ 25,000) à quiconque fera connaître et démontrera, à ses frais, une méthode ou un procédé encore inconnu dans la colonie, pour exterminer d'une manière efficace les lapins, procédé assujetti aux conditions suivantes : lo Que cette méthode ou ce procédé recevra, après un essai d'une année, l'approbation d'une Commission nommée à cet effet par le gouvernement, avec l'avis du Conseil exécutif. 2o Que telle méthode ou tel procédé sera, d'après l'opinion de ladite Commission, inoffensif pour les chevaux, moutons, chameaux, chèvres, porcs DESTRUCTION DES LAPINS EN AUSTRALIE. 3 et chiens, et ne présentera pas l'emploi de matières ou substances qui pourraient Imir nuire. 3» La Commission sera tenue de ne pas divulguer les détails de ces méthodes ou de ces procédés, à moins que cette Commission ne décide d'expérimenter ladite métiiode ou ledit procédé. Toutes les communications relatives à ce ({ui précède doivent être adressées à the Honourable F. Abi!,^ail, Secretary for Mines Abigail. Sydney Très peu de jours avant que cette nouvelle fût publiée parle journal le Temps, j'avais reçu d'un habitant de la Nouvelle- Zélande le récit des désastres que les lapins occasionnent égale- ment dans cette île. Le 27 novembre 1887, j'écrivis au journal le Temps la lettre suivante, qui fut insérée le 29 novembre : A Monsieur le Directeur du Temps. Votre journal annonçait, il y a peu de jours, que le gouvernement delà Nouvelle-Galles du Sud était tellement impuissant à lutter contre un fléau d'un genre particulier — la puUulation des lapins — qu'il proposait un prix de 625,000 francs pour la découverte d'un procédé destiné à leur extermi- nation. Des portions considérables de la Nouvelle-Zélande, non moins ravagées que l'Australie, sont abandonnées par les fermiers, qui renoncent à l'élevage des moutons par l'impossibilité de les nourrir. Chaque hiver on tue les lapins par millions, sans que ce carnage paraisse en diminuer le nombre. Voulez-vous me permettre de faire parvenir dans ces lointains pays, par l'organe du Tenips^ certaines idées dont l'application pourrait peut-être avoir quelque succès? On a employé jusqu'à présent, pour la destruction de ce fléau, des substances minérales, notamment des combinaisons phosphorées.En s'adres- sant à de tels moyens, n'a-t-on pas fait fausse route? Pour détruire des êtres qui se propagent selon les lois d'une progression de vie effrayante, que peuvent de tels poisons minéraux? Ceux-ci tuent sur place, là où on les dépose; mais, en vérité, pour atteindre des êtres vivants, ne faut-il pas plutôt, si j'ose le dire, un poison comme eux doué de vie, et, comme eux, pouvant se multiplier avec une surprenante fécondité? Je voudrais donc que l'on cherchât à porter la mort dans les terriers de la Nouvelle-Galles du Sud et de la Nouvelle-Zélande, en essayant de commu, niquer aux lapins une maladie pouvant devenir épidémique. 11 en existe une que l'on désigne sous le nom de choléra des poules et qui a fait l'objet d'études très suivies d^ns mon laboratoire. Cette maladie est également propre aux lapins. Or, parmi les expi'tiences que j'avais instituées, se trouve celle-ci : je rassemblais dans un espace limité un certain nombre de poules, et, en leur donnant une nourriture souillée par 4 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. le microbe qui est la cause du choléra des poules, elles ne tardaient pas à périr. Les basses-cours sont, quelquefois, ravagées par de véritables épi- démies de ce mal, dont la propagation est due, sans nul doute, aux déjections dos premières poules malades qui souillent le sol et les ali- ments. J'imagine que la mémo chose arriverait. pour les lapins, et que, rentrant dans leurs terriers pour y mourir, ils communiqueraient la maladie à d'autres qui pourraient la propager à leur tour. Mais comment faire pour que les premiers lapins ingèrent dans leur corps le mal destructeur? Rien n'est plus facile. Autour d'un terrier, je placerais une barrière volante entourant un certain espace oii les lapins viendraient chercher leur nourriture. Des expé- riences nous ont appris qu'il est facile de cultiver, en état de pureté parfaite et sur une échelle aussi grande qu'on peut le désirer, le microbe du choléra des poules, dans des bouillons de viandes quelconques. De ces liquides pleins de microbes, on arroserait la nourriture des lapins qui, bientôt, iraient périr ici et là et répandre le mal partout. J'ajoute que le parasite de la maladie dont je viens de parler est inof- fensif pour les animaux des fermes, excepté, bien entendu, pour les poules, mais celles-ci n'ont pas besoin de vivre en pleine campagne. Je ne doute pas qu'il n'y ait, dans les pays infestés, des personnes toutes prêtes à appliquer le moyen que je propose, moyen très simple, qui, en tous cas, vaut la peine d'être tenté. Veuillez, etc.. Aussitôt après l'envoi de cette lettre, j'eus la curiosité de faire des expériences directes sur les lapins. Je me rappelais que le choléra des poules se communique facilement aux lapins ; mais je n'avais pas fait d'étude suivie sur ces rongeurs; souvent j'avais vu mourir des lapins qui avaient été placés dans des cages non désinfectées oii des poules avaient succombé du choléra. C'est une question de savoir, question résolue affirmativement par plusieurs, si le choléra des poules n'est pas simplement la septicémie des lapins, étudiée autrefois par le D'' Davaine. Je fus bientôt assuré de la facilité avec laquelle le moindre repas donné aux lapins, après avoir souillé la nourriture par une culture du microbe du choléra des poules, entraîne rapide- ment la mort de ces rongeurs. Voici quelques-unes des expériences que j'ai fait faire à M. Loir, étudiant en médecine attaché à mon laboratoire. Le 27 novembre, on place dans une caisse cinq lapins; ils y restent jusqu'à 6 heures du soir sans prendre de nourriture; à 6 heures, on met dans une petite cuvette lOO'c d'une culture DESTRUCTION DES LAl'INS EN AUSTIULIE. 5 virulente du choléra des poules, où l'on trempe les feuilles d'un chou. On laisse égoutter ces feuilles, puis on les donne à man- ger aux cinq lapins qui, après quelques minutes, ont achevé leur repas. On place avec eux, à minuit, trois lapins neufs non contaminés. Le 28 novembre, à 8 heures du matin, les cinq lapins conta- gionnés paraissent malades. A M heures, deux sont morts, dix-sept heures après le début du repas. Les trois autres meu- rent à 3 heures de l'après-midi, vingt heures après leur repas. Le 28 novembre, à 7 heures du soir, on trouve mort un des lapins mi-s la veille, à minuit, avec ceux qui ont mangé le repas infectieux. Les deux autres lapins ne sont pas devenus malades. Le samedi 3 décembre, à 5 heures du soir, on donne à man- ger à quatre lapins des feuilles de chou sur lesquelles ont été répandus 10'-'^ de culture virulente de choléra des poules, étendus de 100'^^'^ d'eau stérilisée. A minuit, tout le repas a disparu depuis plusieurs heures; on place avec eux quatre lapins neufs. Le 4 décembre, à 8 heures du matin, deux lapins semblent tristes. A 11 heures, il y a un mort ; à 2 heures, deux autres morts; à 4 heures meurt le dernier de ceux qui ont mangé. On laisse les cadavres avec les lapins neufs mis la veille, à minuit, dans la caisse. Le 5 décembre, on trouve un de ces lapins mort; le 6 décem- bre, un autre; le 7, un troisième; enhn le quatrième meurt le y décembre. Les lapins précédents étaient des lapins domestiques. Le 17 décembre, on donne à un lapin de garenne 10*^^ de culture de choléra des poules, également sur une feuille de chou. Le 18 décembre, il meurt. Dans tous les cas précédents, on a vérifié que la mort était bien due au microbe du choléra des poules. Le 3 décembre et jours d'après, on fait des expériences sur les animaux suivants : porcs, chiens, chèvres, moutons, rats, chevaux, ânes, toujours par contamination des repas. Aucun de ces animaux n'a été malade. Il y a plus : l'action sur les lapins est si rapide, il est si peu besoin de multiplier les repas que je suis persuadé, en me reportant à mes anciennes expériences sur les poules, que celles-ci même ne mourraient pas si on les laissait sur le sol que 6 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. les repas des lupins auraient pu souiller en partie; elles ont, pour la maladie, beaucoup moins de réceptivité que les lapins. Au contact de l'air, le microbe du choléra des poules meurt assez promptement. II perd sa virulence à 51° C, température quelquefois atteinte, dit-on, en Australie pendant Tété, mais il ne serait jamais nécessaire de s'occuper des lapins, au milieu du jour, en pleine chaleur. La conservation du microbe du choléra des poules est facile, au contraire, à l'abri de l'air et pendant plusieurs années : on pourra donc toujours se procurer de la semence très virulente. Mes expériences d'autrefois communiquées à l'Académie des Sciences en sont la preuve. Les cultures du choléra des poules peuvent être failes dans les bouillons les plus divers d'animaux quelconques. Un des plus économiques serait sans doute celui qu'on pourra préparer avec la chair des lapins. Il résulte des expériences qui précèdent que, non seulement les lapins qui ont ingéré une nourriture souillée par le microbe meurent très rapidement, en moins de vingt-quatre heures, mais que les lapins associés à ces derniers, qui n'ont point eu d'aliments contaminés, meurent également en grand nombre. Je réserve la question du mode de contagion. C'est un point que j'examinerai plus tard. Est-il vrai que les lapins d'un terrier ne se mêlent pas à ceux des terriers voisins ? On peut envisager, sans appréhension pour la réussite du procédé, le cas où les lapins d'un terrier ne frayeraient pas avec ceux des terriers voisins et n'y porteraient pas la contagion après qu'ils auraient été contaminés. La maladie se communique si facilement par les repas que, alors même que la contagion n'existerait pas des lapins infectés aux autres non infectés, la destruction de ces animaux n'en serait pas moins facile. Je parle, dans ma lettre au journal le Temps, de barrières volantes placées autour des terriers. Cette complication serait inutile. Je me représente l'épreuve en grand de la manière suivante : autour d'un ou plusieurs terriers, je ferais faucher une certaine quantité d'herbe qui serait ramenée ensuite avec des râteaux à DESTRT^CTTON DES LAPINS EN AUSTRALIE. 7 la portée des lai>iiis, avant leur sortie du soir. Cette herbe, souillée de la culture du microbe, serait mangée par les lapins dès qu'ils la rencontreraient sur leur passage. Une barrière serait inutile pour les arrêter et les forcer à mang-er. On aurait ainsi, en quelque sorte, la répétition de l'expérience de Reims, dont je vais parler. Il était bien désirable qu'une expérience pût avoir lieu sur une grande échelle. Le hasard vint bientôt me l'oiïrir dans les conditions les plus favorables. jyjme yve Pommerv^^ de Reims, propriétaire de la grande mai- son de vins de Champagne qui porte son nom. m'adressa la lettre suivante, après avoir lu ma note insérée dans le Temps : Reims, le 3 décembre 1887. Monsieur, Je possède à Reims, au-dessus de mes caves, un clos de huit hectares, totalement entouré de murs. J'ai eu la fâcheuse idée d"y mettre des lapins pour procurer une chasse, en ville, à mes petits-enfants. Ces bêtes ont tellement pullulé et minent le sol à un tel point que je désire les détruire. Les furets sont impuissants à les faire sortir de tas énormes de craie où ils se réfugient. S'il pouvait vous être agréable d'expérimenter le procédé que vous préco- nisez pour la destruction de ces animaux, en Australie, j'offre de vous en faciliter le moyen. Recevez, etc. Signé : V" Pomme ry. Rientôl après, j'appris de mon intelligente correspondante que, dans la crainte de voir les lapins de son clos, poussés par la faim, prolonger outre mesure leurs g-aleries souterraines et compromettre la solidité des voûtes des caves, on avait eu depuis longtemps l'idée de les retenir dans leurs terriers, non loin de la surface du sol, en leur servant, chaque jour, un repas de luzerne ou de foin distribué autour des terriers. On comprend dès lors aisément combien il était facile de tenter la destruction des lapins du clos de M™*^ Pommery. Le vendredi, 23 décembre, j'envoyai à Reims M. Loir arroser le repas du jour d'une culture récente du microbe de choléra des poules. Comme à l'ordinaire, la nourriture fut consommée dans 8 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. rintervalle de quelques minutes. Le résultat en fut pour ainsi dire surprenant. jyjiiie Pommery m'écrivit, le 26 décembre : Samedi matin (par conséquent dès le lendemain du repas mortel), on compta dix-neuf morts en dehors des terriers. Le dimanche, le clos ne fut pas visité. Le lundi matin, on compta encore treize morts, et depuis samedi on n'a pas vu un seul lapin vivant courir sur le sol. En outre, comme il était tombé un peu de neige pendant la nuit, on ne vit nulle trace de pattes de lapins autour des tas de craie. En général, les lapins meurent dans leurs terriers. Les trente-deux cadavres trouvés sur le sol du clos devaient donc représenter une très faible minorité parmi les morts, ainsi qu'on le verra tout à l'heure. Dans une autre lettre du mardi 27, M"^^ Pommery m'écrit : La luzerne (luzerne déposée autour des terriers le lundi soir) n'a pas été touchée et de nouveau on n'a vu nulle trace de pattes imprimées sur la neige. Tout est mort... Et M'"^ Pommery, faisant allusion à des journaux anglais qui avaient beaucoup critiqué le procédé que j'avais proposé, journaux qu'elle avait eu l'obligeance de m'adresser, ajoute : Que deviennent les attaques anglaises en pr(''se)ice d'un tel résultat ? Un clos de 8 hectares fourmillant de lapins, devenu un champ de mort. M. Pasteur empoisonne un repas ordinaire de ces lapins, et les jours suivants rien ne remue; tout est fini, tout est mort. Combien de lapins sont morts dans les terriers? Il est difli- cile de le savoir exactement. Cependant M"'" Pommery m'in- forme, par une lettre que je viens de recevoir, aujourd'hui 5 jan- vier, « que les ouvriers estiment à beaucoup plus dun mille le nombre des lapins qui venaient manger chaque jour les huit grosses bottes de foin qu'on distribuait autour de leurs terriers ». D'autre part, ajoute M"^" Pommery, partout où l'on découvre un peu les monceaux de craie, demeure habiluelle des lapins, on voit des tas de cadavres de deux, trois, quatre et cinq lapins. mmim keciierciies sir la race Par le D^ BARDACH, Sous-directeur à l'Institut bactériologique d'Odeasa. I. INOCULATIONS SOUS-CUTANÉES. Dans ]o premier numéro des Annales, M. Pasteur émet l'opinioii que peut-être on pourrait obtenir l'immunité par l'ino- culation préventive de moelles longuement desséchées, et conte- nant par suite une quantité de virus assez petite pour no plus provoquer la rage chez les lapins inoculés sous la dure-mère. J'ai fait à cet égard l'expéj'ience suivante sur six chiens. Aux dates des 2, 4 et 6 février, six chiens furent inoculés sous la peau, chacun par trois seringues pleines de moelles dé- layées et âgées de sept jours — du 2G, 28 et 31 janvier. Ces émulsions furent inoculées en même temps à des lapins. Celui du 2 février mourut le 22, le lapin de passage, inoculé avec son bulbe, a résisté ; celui du 4 février mourut le O'" mars, le lapin de passage eut une période d'inoculation de sept jours; le troi- sième lapin du 6 février, resté indemne, fut employé pour d'au- ti^es expériences après un mois et demi, terme complètement suffisant pour la manifestation de la rage. Le 12 février, les six chiens, plus un septième de contrôle, et deux lapins furent inoculés par trépanation avec du virus de rage des rues (2* passage, incubation de 13 jours). Le 22 février un des chiens fut pris de rage furieuse et mou- rut le 24. Un second tomba malade le 24 et mourut le 26. Le 20, ce furent le chien témoin, le troisième des chiens inoculés, et un des lapins qui tombèrent malades; le chien de contrôle et le lapin moururent le 28, et le troisième chien le 29. Le second lapin de contrôle et le quatrième des chiens tombèrent malades le 28 février et moururent le 1*^'" mars. Les deux autres chiens supportèrent la trépanationetsbntencore aujourd'hui dans notre chenil. 40 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cette expérience sert ainsi d'appui à l'opinion de M. Pasteur, d'après laquelle les moelles à faible virulence peuvent à elles seules rendre l'organisme réfractaire. L'immunité se développe en raison de l'adaptation des phagocytes à digérer le virus vivant, comme l'a exposé M. Gamaléia dans le 5* numéro des Anjiales. La preuve que c'est justement le virus vivant, inoculé sous la peau, qui développe l'immunité dans l'organisme, ressort des principales expériences que M. Pasteur fit sur les chiens : il leur inocula jusqu'à la moelle d'un jour et ne fit qu'ensuite l'o- pération du trépan ; tous les chiens survécurent. J'ai fait des expériences analogues : six chiens inoculés de cette même manière supportèrent impunément une inoculation sous la dure-mère. D'un autre côté je fis des inoculations préventives à trois chiens, en commençant par une moelle de 14 jours et termi- nant par celle de 4 jours. Le 11 novembre, les chiens furent ino- culés de la rage des rues. Le 26 novembre, un d'eux fut pris de rage paralytique, et le 8 février, c'est-à-dire après 87 jours, le second mourut de rage furieuse. Le troisième chien avait acquis un état réfractaire. La durée inusitée de l'incubation — 87 jours — du second chien s'explique peut-être par une vaccination, nommée « partielle » par M. Pasteur. Ainsi, dès qu'on réduit l'inoculation à des moelles de viru- lence faible, en supprimant celles d'un, de deux et de trois jours, la préservation, au lieu d'être absolue, ne devient que relative : elle se réduit à la minorité des cas, un sur trois. L'inoculation préventive du second chien n'a fait que pro- longer la période d'incubation. Mes expériences d'inoculations sous-cutanées de virus de pas- sage servent de preuve encore plus convaincante que ce sont principalement les moelles les plus virulentes qui élaborent l'immunité. Le 22 novembre, sept chiens furent inoculés sous la peau du flanc, chacun par une pleine seringue de virus de 138*^ passage. Le 19 décembre, l'un d'eux fut pris de rage paralytique et mou- rut le 21. Les six autres survécurent et furent trépanés le 1*"" fé- vrier ainsi que deux lapins, à l'aide d'une moelle de rage des rues (3^ passage, 13 jours d'incubation). RECHERCHES SUR LA RAGE. 11 Le 13 février, deux des chiens et un lapin furent pris de rage paralytique et succombèrent le 15 et le 16. Un autre lapin et le troisième ciiien tomiaèrent malades de rage paralytique le 15 fé- vrier et moururent le 17. Les lapins, inoculés avec une émulsion du bulbe des chiens succombés eurent la période d'incubation de la rage des rues, c'est-à-dire de 14 (dans deux cas) et de 15 jours (dans le troisième). Les autres sont encore aujourd'hui en bonne santé. Ils furent de nouveau inoculés le 8 mai avec le bulbe d'un chien enragé et résistèrent, tandis que le chien témoin tomba malade le 13 mai et succomba à la rage paralytique le 15. Ainsi une inoculation sous-cutanée, même d'une seule seringue de virus de passage, a rendu l'organisme assez réfractaire (dans trois cas sur six) pour résister à des trépanations réitérées. M. Pasteur a prouvé, comme l'on sait, qu'il y a des cas où le virus depassag-e, inoculé sous la peau, ne provoque point la rage et quelquefois même rend l'organisme réfractaire à des inocula- tions subséquentes sous la dure-mère. L'expérience ci-dessus, et celles qui vont suivre servent d'appui à cette conclusion. Le 8 février, on inocula trois chiens, très grands, par cinq seringues de virus du 150® passage sous la peau de la tête ; ils survécurent tous. Après trois mois, le 8 mai, ils furent inoculés (en même temps que les chiens de l'expérience précédente), avec le bulbe d'un chien enragé. L'un des chiens tomba malade le 25 mai et mourut le 27; les deux autres restèrent vivants. Le lapin de passage eut une incubation de 14 jours. Le 13 février, on inocula deux chiens par deux seringues de bulbedu23^passage(incubationde8jours);ilssurvécurenttousles deux. Le 8 mai, ils furent trépanés avec les précédents et tom- bèrent malades tous les deux le 24 mai, ils moururent le 26. Le lapin de passage eut une incubation de 13 jours. A partir du 24 et du 25 mai, j'ai inoculé cinq chiens, journaliè- rement, pendant dix jours, par une seringue de virus de passage chacun, et cinq autres par une seringue de virus de la rage des rues'. Pas un de ces chiens ne tomba malade. Le 8 et le 12 novembre, tous les dix furent trépanés. 1. Le bulbe du chien euragé était conservé dans la glycérine et à la glacière. Un lapin, inoculé dis jours après, le 3 juin, fut pris de rage le 18 juin, ce qui prouve que la moelle était encore virulente. 12 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Tous les chiens inoculés par virus de la rage des rues suc- combèrent aux dates des 20, 2i et 26 novembre: deux d'entre eux de rage furieuse et trois de rage paralytique. Des cinq chiens inoculés avec le virus de passage, un seul mourut le 24 novembre de rage paralytique. (Le lapin de passage eut une incubation de 14 jours.) ' On peut déduire deux conclusions de ces expériences : 1° On peut quelquefois obtenir l'immunité par l'introduction sous la peau d'une seule seringue de virus fixe, et cette possibilité s'accroît avec la quantité du virus de }»assage introduit ; ainsi sur six chiens inoculés par une seringue pleine, trois devinrent réfractaires; sur trois, inoculés avec 5 seringues pleines, deux le devinrent; sur 5, inoculés avec 10 seringues pleines, quatre le devinrent. En tout, 9 sur 14 obtinrent l'immunité, tandis que ceux qui furent inoculés avec une seringue de moelle de passage (23") de lapin et avec 10 seringues de moelle à rage des rues suc- combèrent tous à une nouvelle inoculation sur la dure-mère. Ainsi, aumoins d'après mes expériences, ce n'est que le virus de passage qui peut contribuer au développement de l'immunilé; le virus des rues, renforcé ou en recrudescence (23^ passage; n'y contribue point. On peut faire la supposition suivante à cet égard : peut- être le virus rabique, ayant passé par plusieurs générations de lapins et étant devenu fixe, a acquis la faculté d'élaborer, en se cultivant dans le système nerveux d'autres animaux, de certains produits, résultant de son activité vitale, qui accroissent l'énergie des phagocytes à digérer les microbes rabiques et donnent ainsi une immunité durable. J'espère pouvoir confirmer cette hypothèse par des expériences ultérieures. 2° L'inoculation sous-cutanée de bulbes à virus fixe, ainsi que celle de la rage des rues, paraît être défavorable à la culture et à la propagation du microbe rabique; ainsi, des 22 chiens inoculés sous la peau, il n'y en a eu qu'un pris de rage. IL INOCULATION DANS LE TISSU NERVEUX. En présence des résultats précédents, on se pose la question suivante : quel milieu dans notre corps est le plus favorable à la transmission du virus au système nerveux central? Le tissu nerveux UECllERCHES SUR LA RAGE. iS étant le meilleur milieu pour la culture et la propagation de ce virus, il est naturel de supposer que la transmission s'opère par voie du système nerveux périphérique. Les expériences, entre prises par moi à cet égard, donnèrent les résultats suivants. Le !"'■ juin, j'introduis très graduellement sous le névrilème du nerf radial droit, dégainé dans ie tiers supérieur de l'épaule d'un chien, une demi-seringue de virus fixe (79'-' passage). Le lapin inoculé en même temps, par trépanation, tomba malade le 8 et mourut le 10. Le 3 juin, je fais la même expérience avec un chien et un lapin. Ce dernier tomba malade le 10 et suc- comba le H. Le o juin, même expérience avec un chien et un lapin. Celui- ci tomba malade le 12 juin et mourut le 14. Le 6 juin, même expérience sur 4 chiens et 2 lapins. Ceux-ci tombèrent malades le 13 et moururent le 15. Le 13 juin, le chien inoculé dans le nerf radial droit, à la date du 3, cessa de manger, commença à avoir des envies de mordre, sa démarche devint chancelante, son aboiement hurlant, ses mouvements incoordonnés, et il succomba le lendemain aune paralysie complète. Les inoculations de premier et deuxième passages, faites avec le bulbe de ce chien, donnèrent une incubation de 7 jours et la mort après 9 jours. Le 20 juin, ce fut le chien inoculé le 6 qui tomba malade. Il cessa de manger, sa voix devint rabique, il s'affaissait du côté droit en voulant se relever, le train de derrière fut paralysé, il eut des crampes chroniques à la jambe gauche, la sensibilité et les réflexes excités, et il succomba le lendemain à une paralysie complète. A l'aide de son bulbe, on fit deux passages de lapin à lapin, qui furent pris de rage après 7 jours et succombèrent après 9 et 10 jours. En outre, des lapins inoculés à l'aide des deux nerfs radiaux tombèrent malades au bout de 9 jours et succom- bèrent le 11'' jour. Les 5 autres chiens résistèrent. 11 n'en résulte pas moins que le virus rabique, mis en contact immédiat avec le système nerveux périphérique, trouve en lui quelquefois un milieu favorable à sa propagation, et alors la durée de l'incubation est de 10 à 14 jours. Il est possible que la résistance de la majorité des chiens soit 14 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. due à ce que le nerf radial est entouré dans sa partie antérieure d'un réseau de menus vaisseaux. Il est facile de s'en assurer en injectant une solution saturée de couleur quelconque, par exemple de violet de gentiane, qui fait alors voir un réseau de belle cou- leur bleue de profonds vaisseaux lymphatiques, débouchant dans le conduit brachial. La tension des vaisseaux produite par l'in- jection fait peut-être émigrer des phagocytes, qui englobent et digèrent les microbes rabiques et, par cela même, rendent l'or- ganisme réfractaire. Cette explication est appuyée parles résultats des injections subséquentes sous la dure-mère de ces mêmes chiens. Le 13 septembre, les 5 chiens qui avaient résisté furent ino- culés par la moelle de 7^ passage de la rage de loup (incubation de 12 jours); en même temps on inocula 2 lapins, qui tombèrent malades le 26 septembre et moururent le 29. Le 27, 2 des chiens furent pris de rage paralytique et mouru- rent le 29. Le virus de passage donna une incubation de 12 jours. Le troisième chien fut pris de rage paralytique le 29 et mou- rut le 30. Le virus de passage donna une incubation de 12 jours. Les 2 autres chiens sont encore aujourd'hui vivants. Gela fait que des 5 chiens ayant résisté à l'inoculation du virus dans le nerf, — 2 avaient acquis l'immunité. Il est ainsi hors de doute que les nerfs périphériques peuvent servir quelquefois à la transmission et à la propagation du virus rabique. Les faits cliniques suivants s'accordent complète- ment avec cette conclusion. S. I... a reçu le 25 mars quatre profondes plaies par morsure de loup dans le lieu de ramification du nerf radial gauche. Il fut pris de rage le 2S avril et mourut le 27. L'infection suivit au début le cours du nerf : pendant que S. I... mangeait, buvait et avait encore une température normale, il se développa une tumeur dans la région de ramification du nerf radial droit ; le malade eut une sensation comme s'il maniait de la fourrure, et des sensations d'engourdissement, de fourmillement. Ces symp- tômes m'engagèrent à porter mes expériences de nécropsie sur le quart inférieur du tronc du nerf radial; je m'en servis pour faire l'opération du trépan à deux lapins. Les premiers symptômes de la maladie se manifestèrent chez eux le IS avril, et la mort survint le 17. Je fis encore trois passages de lapin à lapin, qui REGIIEIICIIES SUR f.A RAGE, 15 donnèrent une période d'incubation de 14 à 16 jours et le tableau complet de la rage du lapin. Le nerf radial gauche du malade ne fut malheureusement pas expérimenté, de sorte que la question de savoir si ce nerf non endommagé contenait du virus ne put point être résolue. Le cas suivant est par suite beaucoup plus démouslratif. G. M..., attaqué par un loup enragé, s'efforça de l'étrangler de la main droite, en lui bouchant en même temps la gueule de la main gauche ; celle-ci y resta prise près d'une demi-heure et ne fut retirée que lorsqu'on trancha la mâchoire supérieure du loup. De nombreuses blessures étaient concentrées dans la région du nerf médian et du cubital. Les premiers symptômes de la maladie se manifestèrent par un exsudation sérosanguine dans le lieu des morsures, par des douleurs et une sensation de pesanteur dans le bras gauche jusqu'à l'articulation de l'épaule. Ces phénomènes n'eurent pas lieu du côté droit. Les troncs des nerfs médian et cubital, droit et gauche, furent pris et la trépanation, faite à leur aide, donna les résultats sui- vants. Le 29 mai, on inocula deux lapins avec une émulsion du nerf médian; ils tombèrent malades le 12 et le 43 juin et moururent le 14. Le 29 mai, on inocula deux lapins avec une émulsion du nerf cubital; ils tombèrent malades le 13 et le 14 juin, et moururent le 13 et le 16. Les cinq passages de lapin à lapin eurent une incubation de 12 à 16 jours, et la maladie présenta les symptômes ordinaires. Les lapins de contrôle, inoculés avec les nerfs médian et cubital droits, résistèrent. Ainsi, dans les deux cas de maladie, le développement du virus se faisait par la voie du système nerveux; les expériences autant que les observations cliniques donnent ainsi à croire que les nerfs sont une des voies par lesquelles le virus se dirige vers le cerveau. IlL DU VIRUS RABIQUE DANS LA SALIVE HUMAINE. La question de la présence du virus rabique dans la salive, ou, ce qui est la même chose, dans les glandes salivaires des per- 16 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. sonnes enragées n'a pas été résolue jusqu'à présent. Je vais exposer ici les résultats que j'ai obtenus à cet égard. Dans tous les cas suivants, on fit des inoculations par l'opéra- tion du trépan à des chiens et à des lapins, à l'aide d'émulsions des glandes salivaires, retirées de 12 à 24 heures après la mort. Huit de nos rabiques nous étaient arrivés déjà malades, et n'avaient ainsi point subi d'inoculations préventives. Parallèlement à ces inoculations, on en faisait toujours d'au- tres, aussi à des chiens et à des lapins, à l'aide d'une émulsion du bulbe de ces mêmes malades. Tous les animaux ainsi traités mouraient toujours après 44 à 20 jours. Le 3 juillet, 1886 on trépane deux lapins a l'aide d'une émulsion de la glande salivaire de G., mordu par un chien enragé. Tous les deux tombè- rent malades le 26 juillet et moururent le 28. Incubation de 23 jours. Le 10 juillet, on trépane deux lapins (J. J..., mordu par un loup); ils furent pris de rage le 29 juillet et moururent le 30. Incubation de 19 jours. Le 12 octobre, on trépane trois lapins (Gh..., mordu par un chien enragé). Tous les trois tombèrent malades le 26 octobre et moururent le 28. Incubation de 14 jours. Le 13 octobre, on tréi)ane deux lapins à l'aide de la glande salivaire de K..., mordu par un chien enragé. L'un fut pris de rage le 29 octobre, l'autre le 30. et ils moururent le l*i" et le 2 novembre. Incubation de 16 jours. Le premier lapin de passage eut une incubation de 14 jours. Le 15 décembre, on trépane deux lapins (glande salivaire de V. S., mordu par un loup). Ils tombèrent malades le 30 décembre et moururent le 1''' janvier. Incubation de 15 jours. Le 17 décembre, on trépane deux lapins (glande salivaire de V..., mordu par un loup). Ils furent pris de rage les 7 et 8 janvier, et moururent le 10, Incubation de 21-22 jours. Le 18 décembre, on trépane deux lapins (G..., mordu par un loup); ils tombèrent malades le 4 janvier et moururent le 5. Incubation de 17 jours. Le 21 décembre, on trépane deux lapins (M..., mordu par un loup); ils tombèrent malades le 8 janvier et moururent le 9 et le 10. Incubation de 18 jours. Le 3 janvierl887, on trépane deux lapins (P..,, mordu par un chien); ils tombèrent malades le 20 janvier et moururent le 22. Incubation de 17 jours. Le 16 janvier, on trépane deux lapins (B..., mordu par un loup); ils tom- bèrent malades le 31 et moururent le 2 février. Incubation de 15 jours. Le 20 janvier, on trépane deux lapins (B..., mordu par un loup); ils tombè- rent malades le 13-14 février et moururent le 15. Incubation de 24-25 jours. Le 22 février, on trépane un chien (D..., mordu par un chien) ; il fut pris de rage furieuse le 2 avril et mourut le 5, Incubation de 40 jours. Le 25 février, on trépane deux lapins (S,.., mordu par un loup) ; ils tombé- RECHERCHES SUR LA RAGE. 47 rent malades le 47 avril et moururent le 18. Incubation de 20 jours. Un chien, trépané à l'aide de la même émulsion, fut pris de rage furieuse le 25 avril et mourut le 27. Incubation de 28 jours. Le 28 mars, on trépane deux lapins (J..., mordu par un loup); ils tombèrent malades le 13 et le 15 avril, et moururent le 15 et le 16. Incubation de 16 et 48 jours. Un chien, trépané avec la même émulsion, fut pris de rage furieuse le 13 mai et mourut le 17. Incubation de 45 jours. Le lapin de pas- sage eut une période d'incubation de 14 jours. Le 1 1 mai, on trépane deux lapins (J..., mordu par un chien), qui tombè- rent malades le 26 mai et moururent le 28. Incubation de 15 jours. Un chien trépané avec l'aide de la même émulsion fut pris de rage paralytique le 29 mai, et mourut le 30. Incubai ion de 18 jours. Le 29 mai, on trépane deux lapins (M..., mordu par un loup); ils tombè- rent malades le 13 juin, et moururent le 16 et le 17. Incubation de 16 jours. Deux chiens furent trépanés avec l'aide de la même émulsion. L'un fut pris de rage paralytique le 27 juin, et mourut le 30. Incubation de 28 jours. L'autre, après 51 jours, manifesta une légère parésie des extrémités posté- rieures, une démarche chancelante ; le 22 juillet, la parésie des extrémités progressa ; le jour suivant, par contre, il n'y eut qu'une légère incoordination des mouvements qui disparut le 24 juillet. Le chien est encore aujourd'hui bien portant. Le 20 juillet, on trépane deux lapins (P..., mordu par un loup) ; ils tom- bèrent malades le 4 août et moururent le S. Incubation de 15 jours. Le 22 juillet, on trépane deux lapins (P.... mordu par un loup) ; ils tom- bèrent malades le 3 aoiit et moururent le 5 et le 6. Incubation de 12 jours. Le 12 août, on trépane un lapin (glande salivaire de Ka..); il tomba malade le 25 août et mourut le 27. Incubation de 13 jours. Le 42 août, on trépane un lapin (glande salivaire de Kr. .); il tomba malade le 27 août et mourut le 28. Incubation de 16 jours. Le 16 août, ont répane un lapin avec l'aide de laglande salivaire de E... ; il tomba malade le 1" septembre et mourut le 3. Incubation de 16 jours. Le 21 août, on trépane un lapin avec l'aide de la glande salivaire de A. .. ; il tomba malade le 3 septembre et mourut le 5. Incubation de 14 jours. Ainsi, dans 22 cas, tous les lapins succombèrent à la rage, avec une période d'incubation de 18 jours, et, sur six chiens, cinq succombèrent avec une période d'incubation de 32 jours. La prolongation de l'incubation est, sans doute, due dans la majorité des cas à la petite quantité de virus contenue dans la glande salivaire; mais néanmoins sa présence doit être reconnue comme indubitable. Par conséquent l'opinion émise par M. Pas- teur, d'après laquelle la rage pourrait être transmise par mor- sure humaine, est appuyée expérimentalement. â NOTES DE LABORATOIRE SUR LA PRÉSENCE DU VIRUS RABIiiUE DANS LES NERFS, F»ar E. roux:. Par quelle voie le virus rabique va-t-il de la morsure aux ceutres nerveux ? par quelle voie se rend-il aux glandes salivaires ? ce sont là des questions d'un grand intérêt dans l'étude de la rage. Les expériences faites au laboratoire de M. Pasteur ' ont mon- tré que le virus rabique pouvait arriver au cerveau et à la moelle par la voie sanguine. D'un autre côtelés démangeaisons, les dou- leurs partant de la blessure, que l'on observe si souvent chez les personnes mordues, ont fait croire depuis longtemps que le virus rabique se propageait le long des nerfs. M. Duboué, de Pau, a soutenu que c'était toujours par les nerfs que le virus rabique atteignait les centres nerveux. Le récent mémoire de MM. Ves- tea et Zagari, qui a été analysé page 92 de la première année de ces Annales, a de nouveau appelé l'attention sur cet intéressant sujet. Dans ce numéro même, M. Bardach consacre à cette question une partie de son travail. Nous avons donc pensé que le moment était bien choisi pour exposer quelques-unes des expériences faites au laboratoire de M. Pasteur sur la présence du virus rabi- que dans les nerfs. Dans une note présentée en 1884 à l'Académie des Sciences, MM. Pasteur, Chamberland et Roux ^ ont annoncé qu'ils avaient donné la rage à des animaux par l'inoculation des nerfs pneumogastriques et sciatiques d'un chien enragé. La matière nerveuse avait été inoculée par trépanation, et la durée de l'incubation de la maladie avait été beaucoup plus longue que lorsqu'on inocule de la même façon la substance du cerveau ou 1. Pasteur, Chamberland, Roux et TliuilJier, Comptes rendus. Acad.des .fc. t. XGV, p. 4487, 488i2. 4. Comptes rendus Acad. des se, p. 457, t. XCVIIl. VIRUS RABIQUE DANS LES NERFS. 19 de la moelle, comme si le viras rabique était très peu abondant dans le tissu des nerfs. Dans une expérience, on a inoculé à trois chiens le nerf pncumog-astrique, divisé en trois tronçons : chaque animal reçut sous la dure-mère le liquide obtenu en broyant séparément un de ces tronçons dans un liquide stérilisé. Les animaux qui avaient reçu le bout supérieur et le bout infé- rieur du pneumogastrique prirent la rage, celui qui avait été inoculé avec le bout intermédiaire resta bien portant. Il semble donc que le virus rabique est peu abondant dans les nerfs, et il faudra, pour le mettre en évidence, inoculer une quantité aussi grande que possible de la matière du nerf qne l'on veut étu- dier. Si le virus rabique se propage le long des nerfs, on aura quelques chances de le rencontrer dans les cordons nerveux qui partent de la blessure. Nous avons pu inoculer les nerfs du mem- bre mordu de plusieurs personnes ayant succombé à la rage. Nous allons citer quelques-unes de ces expériences. Le 6 novembre 1883, nous faisons, à l'Hôpital des enfants, l'autopsie d'un enfant de sept ans mordu au bras droit à travers ses vêtements, 55 jours auparavant. L'enfant avait succombé, le 5 novembre, à une rage caracté- ristique. Dès le 24 octobre, il avait éprouvé un malaise général, et de temps à autre une gêne dans le bras mordu. Le 3 et le 4 novembre, la cicatrice de la morsure est douloureuse, et l'enfant accuse dans le bras une douleur qui remonte jusqu'à l'aisselle. A l'autopsie, on trouva les ganglions de l'aisselle rouges, très augmentés de volume et succulents; les nerfs du bras avaient leur aspect normal. On enlève, avec pureté, tout le paquet nerveux de l'aisselle sur une étendue de trois centimètres environ, on broyé les nerfs dans du bouillon stérilisé. L'émulsion est passée sur une toile de platine fine préalablement chauffée au rouge, et avec le liquide ainsi obtenu, on inocule, par trépanation, un chien neuf et un lapin. Le 26 novembre, le lapin est pris de rage (20 jours d'incubation). Le 4 décembre, le chien est devenu mordeur, il a la voix rabique. Le 5, il est extrêmement furieux ; il meurt le 6 décembre (28 jours d'incubation). Deux lapins inoculés avec le bulbe de cet enfant avaient été pris de rage : l'un le 16 novembre (incubation 10 jours), l'autre le 23 novembre (incubation 17 jours). Dans ce cas, les nerfs du bras mordu contenaient le virus rabique, mais on peut se demander si le virus venait du point d'inoculation ou s'il s'était propagé de la moelle épinière dans les nerfs, comme cela a lieu évidemment chez les animaux inoculés 20 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de la rage par trépanation, et dont les nerfs sont souvent viru- lents. Dans les expériences qui suivent nous avons inoculé, par comparaison, les nerfs du membre mordu et les nerfs du mem- bre sain. Cl... Eugène est mordu le 7 août 1886 par son chien à l'avanl-bras droit nu, qui porte trois morsures profondes. Il est traité à l'Institut Pasteur du H août au 23 août. Le 12 octobre, Cl... éprouve des fourmillements dans le bras droit, et comme un engourdissement dans le petit doigt et dans l'annulaire de la main droite. La douleur se fait sentir jusque dans l'épaule. Le 15 octobre, les symptômes rabiques sont caractéristiques, impossibilité d'avaler, aérophobie, etc. — Cl... succombe à l'hôpital Tenon dans la nuit du 17 au 18 octobre. L'autopsie est faite le 19 octobre au matin : on enlève séparément et avec pureté, le nerf cubital, le nerf radial et le nerf médian du bras mordu, sur une longueur de 15 centimètres environ à partir des cicatrices : on extrait de même les nerfs cubital, radial et médian du côté sain. Chaque nerf est broyé séparément, et l'émulsion, obtenue avec chacun d'eux, est inoculée par trépanation à un lapin : on a soin d'injecter une assez grande quantité de liquide dans la cavité arachnoidienne. Aucun des animaux inoculés avec les nerfs, soit ceux de côté sain, soit ceux du côté malade, n'a pris la rage. Ils ont, cependant, été conservés en observation pendant plus de sept mois. Les sensations d'engourdissement et de fourmillements éprouvées dans le petit doigt et l'annulaire, trois jours avant que la rage fût déclarée, semblaient indiquer que le virus rabique avait suivi le trajet du nerf cubital, et cependant celui-ci n'a rien donné à l'inoculation. Peut-être le virus rabique était-il en quantité insuffisante dans les nerfs pour communiquer la rage aux lapins. On peut aussi supposer qu'il s'était cultivé silen- cieusement dans les nerfs pendant l'incubation de la maladie et qu'il n'y existait plus au moment de l'autopsie. Les lapins inoculés avec le bulbe furent pris de rage le 14e jour, ainsi que ceux qui avaient recula moelle ; ceux inoculés avec la substance d'une circonvolution frontale droite et d'une circonvolution frontale gauche étaient enragés le 16'' jour. Le 10 avril 1887 mourait de la rage, à l'Hôpital des enfants, une petite fille mordue au poignet droit. Il fut impossible de savoir si l'enfant avait éprouvé des douleurs dans le bras mordu pendant les jours précédents. Elle ne s'était pas plainte, et la cicatrice de sa morsure ne paraissait nulle- VIRUS RABIQUE DANS LES NERFS. 21 ment douloureuse. On prend tout le paquet nerveux à la partie supérieure du bras mordu et du bras sain. On broie ensemble les divers nerfs du bras mordu, et on inocule l'émulsion par trépanation à deux lapins. On fait la même chose pour les nerfs du bras sain, qui sont inoculés également par trépanation à deux lapins. • Deux lapins inoculés avec le bulbe furent pris de rage le 26 avril (incu- bation : 15 jours). Les lapins inoculés par le paquet nerveux du bras mordu furent pris de rage le 4 mai (incubation : 34 jours). Les lapins inoculés par le paquet nerveux du bras sain furent pris de rage le 44 juin (incubation : 65 jours). Il semble que dans ce cas les nerfs du bras mordu étaient plus riches en virus rabique que ceux du bras sain. Le 30 mai 1887, H... est mordu par un chien enragé au pouce droit : lo sur l'ongle qui a été traversé; 2o sur le dos de la première phalange; 3û dans la pulpe du pouce ; 4o sur le bord interne du pouce. Toutes ces blessures sont profondes et ont bien saigné. H... est traité à l'Institut Pasteur. Bien portant, en apparence, jusqu'au 30 juin, il a, cependant, souffert du mal de tête le 27 juin. Le ler juillet, douleurs dans le pouce droit et le bras droit, et aussi douleurs passagères dans la jambe droite. L'hydropliobie se montre dans la journée du 1er juillet. H... est transporté, le 2 juillet, à l'hôpital Saint-Antoine. Il meurt dans la nuit du 3 au 4 dans le service de M. leD'Hayem. Le 5 juillet, on enlève avec pureté le paquet nerveux du bras mordu, et le paquet nerveux du bras sain au niveau des aisselles. Avec les nerfs du bras mordu, broyés dans du bouillon stérilisé, on inocule par trépanation un lapin. Tout ce qui reste de l'émulsion est injecté sous la peau d'un autre lapin. Le liquide, obtenu par le broyage des nerfs du bras sain dans du bouillon, sert à inoculer sous la dure-mère un lapin, et ce qui reste est injecté sous la peau d'un autre lapin. Enfin un cinquième lapin est inoculé sous la peau avec la matière du bulbe. Le lapin inoculé par le bulbe sous la peau est pris de rage le 2 septembre (28 jours d'incubation). Le lapin trépané, inoculé par les nerfs du bras mordu, est pris de rage le 24 août (50 jours d'incubation). Le lapin inoculé sous la peau par les nerfs du bras mordu est pris de rage le 5 août (30 jours d'incubation). Le lapin trépané, inoculé avec les nerfs du bras sain, est pris de rage le 7 octobre (94 jours d'incubation). Le lapin inoculé sous la peau avec les nerfs du bras sain est pris de rage le 5 août (30 jours d'incubation). Dans les expériences que nous venons de rapporter les nerfs du côté mordu et du côté sain contenaient le virus rabique. On 22 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. remarquera que les lapins qui ont été pris de rage les premiers ne sont pas ceux qui ont été trépanés, mais ceux qui ont été ino- culés sous la peau. Cela tient à ce que la quantité de matière inoculée sous la peau était beaucoup plus considérable que celle déposée à la surface du cerveau. Les expériences précédentes nous ont montré que les nerfs contiennent toujours peu de virus rabique : il peut alors arriver que les quelques gouttes injectées dans la cavité arachnoïdienne ne contiennent pas de virus rabique ou en renferment trop peu pour donner la rage. Il con- vient donc, quand on recherche le virus rabique dans les nerfs, d'inoculer une quantité notable de matière nerveuse, et alors il faut avoir recours, soit à l'injection intra- veineuse, soit à l'ino- culation sous-cutanée. La présence du virus rabique dans les nerfs du côté mordu et dans ceux du côté sain ne prouve pas du tout que le virus soit arrivé aux nerfs en partant de l'axe nerveux dans lequel il aurait pullulé tout d'abord. Car il se pourrait aussi qu'après avoir suivi les nerfs du bras mordu, il se soit cultivé dans la moelle à leur point d'origine, et qu'il soit passé ensuite' dans les nerfs du bras opposé i. Pour surprendre cette propagation du virus de la plaieaux centres nerveux, par les nerfs qui partent du point d'ino- culation, il faudrait expérimenter sur ceux-ci pendant la durée même de l'incubation. L'expérience directe sur les animaux pourra donner des résultats plus nets que ceux que nous venons de rapporter. L'inoculation pratiquée directement dans un tronc nerveux donne la rage, souvent avec une période d'incubation assez courte, surtout si on emploie le « virus de passage». Mais, dans les conditions ordinaires des morsures, l'inoculation directe dans un tronc nerveux se rencontre rarement. Nous avons inoculé, à l'extrémité de la queue, des chiens avec du virus rabique, et nous avons soigneusement observé chez eux l'apparition des pre- miers signes de la rage. Si le virus suit la voie nerveuse, le début de la rage devra se manifester par des symptômes qui relève- ront de la moelle inférieure, et cette portion de l'axe spinal i . Des fragments de nerfs du bras mordu ont e'te' examinés au point de vue des lésions histologiques en même temps que les nerfs du bras sain. M. Vaillard, qui a une compétence spéciale, a bien voulu se charger de cet examen. Il n'a trouvé dans ces nerfs aucune lésion apréciable. VIRTTS RABIOUE DANS LES NERFS. 23 devra contenir le virus rabique avant la moelle supérieure et le bulbe : Le 24 avril 1886, nous inoculons, avec M, Nocard, cinq chiens au bout de la queue avec quatre ifouttes d'une émulsion de la moelle de 70« passage. Ces chiens sont attentivement surveillés plusieurs fois par jour, pendant tout le temps de l'expérience. Le 19 mai, au matin, un de ces chiens a des allures bizarres, le regard est changé, et vers onze heures du matin il se met i'i hurler, la voix est modifiée. Pas de faiblesse musculaire, il reconnaît très bien les personnes qui l'appellent, et essaye de lécher la main qu'on lui tend. 11 lèche avec fureur un chien que l'on met avec lui, puis se précipite sur lui pour le mordre. Bref, ce 19 mai au matin (25 jours après l'inocu- lation), ce chien présente les symptômes typiques d'une rage furieuse au début sans le moindre prodrome de paralysie. A deux heures de l'après- midi, on le sacrifie par strangulation, on l'ouvre, on prélève aussitôt des segments du bulbe de la moelle lombaire et de la moelle dorsale, ainsi que les glandes sous-maxillaires droite et gauche. Un lapin est inoculé par trépanation avec la substance du bulbe. A un autre lapin, on injecte dans les veines un centimètre cube de l'émulsion du bulbe. Un lapin est inoculé par trépanation avec la matière de la moelle dorsale. A un autre lapin, on injecte dans les veines un centimètre cube de l'émulsion de la moelle dorsale. Un lapin est inoculé par trépanation avec la substance de la moelle lombaire. A un autre lapin on injecte dans les veines un centimètre cube de l'émulsion de la moelle lombaire. Enfin un lapin est inoculé par trépanation avec la substance des glandes maxillaires droite et gauche broyées ensemble. Un autre reçoit dans une veine un centimètre cube du liquide de broyage des glandes. On a eu soin de prélever dans chacune des régions bulbaire, dorsale et lombaire, des segments assez volumineux intéressant toute l'épaisseur de la moelle, pour être bien sûr de mettre en évidence le virus rabique alors même qu'il serait localisé dans un point de l'axe spinal, dans un des cordons latéraux ou postérieurs par exemple. Le lapin inoculé par trépanation avec le bulbe est pris de rage le 9 juin (20 jours d'incubation). Le lapin inoculé dans les veines avec le bulbe est pris de rage le 28 juillet (70 jours d'incubation). Le lapin inoculé par trépanation avec la moelle dorsale est pris de rage le 10 juin (22 jours d'incubation). Le lapin inoculé dans les veines avec la moelle dorsale n'a pas pris la rage. Le lapin inoculé par trépanation avec la moelle lombaire est pris de rage le 7 juin (19 jours d'incubation). 24 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Le lapin inoculé dans les veines par moelle lombaire est pris de rage le 22 août (95 jours d'incubation). Le lapin inoculé par trépanation avec les glandes salivaires est pris de rage le 10 juin (21 jours d'incubation). Les premières manifestations de la rage chez ce chien pouvaient faire croire que les rég-ions du système nerveux atteintes tout d'abord par le virus rabique étaient le bulbe et les circonvolutions cérébrales; comme l'inoculation avait été faite à la queue, il ne semblait pas que le virus eût suivi la voie nerveuse qui l'aurait d'abord conduit à la partie inférieure de la moelle. Or on n'a observé aucun affaiblissement dans le train pos- térieur. Cependant les inoculations faites au lapin ont montré que le virus rabique existait dans la moelle lombaire et dans la moelle dorsale aussi bien que dans le bulbe, et qu'il était présent dans la moelle épinière sans avoir donné lieu à aucun symptôme spécial qui pût y faire soupçonner sa présence. Cette expérience, qui au premier abord semble contraire à l'idée de la propagation par les nerfs, ne prouve en réalité rien contre elle. Elle montre que le virus a pu suivre silencieusement le cordon médullaire comme il chemine dans un nerf. La culture ne s'est pas géné- ralisée; elle s'est faite dans quelques faisceaux nerveux que le virus a suiviscomme un conducteur jusqu'aux cellules du bulbe, En sacrifiant l'animal quelques jours avant l'apparition de la rage, peut-être aurait-on surpris le virus dans la moelle avant que le bulbe soit atteint. Nous avons ainsi été conduit à recher- cher le virus rabique dans la moelle avant l'apparition d'aucun symptôme rabique. Avant d'exposer ces essais, il convient d'in- sister, sur ce fait, que, chez le chien dont nous venons de parler les glandes salivaires contenaient le virus dès le début de la rage, bien que l'inoculation ait été pratiquée à la queue. Il y était sans doute déjà présent avant le jour où l'animal a été sacrifié, alors qu'il paraissait en parfaite santé. Tl faut donc se garder de déclarer inoffensives les morsures faites par des animaux enragés dans les jours qui ont immédiatement précédé l'explo- sion de la maladie. Il serait fort intéressant de faire des expériences systématiques pour savoir à quel moment le virus rabique apparaît dans la salive. Mais continuons l'exposé des résultats de noire expérience. VIRUS RABIQUE DANS LES NERFS. 25 Un second chien de cette série parut un peu triste le 30 mai au soir. Le 31 mai. les jambes postérieures sont fléchissantes, l'animal a manifestement de la paraplégie. Il ébauche fréquemment des mouvements de coït. Il présente un type de rage médullaire au début. A 10 heures du matin, il est sacrifié. On prélève des segments de moelle lombaire et de bulbe; les segments comprennent toute l'épaisseur de la moelle sur une étendue de deux centi- mètres. Avec chacun d'eux, broyé à part dans du bouillon stérilisé, on inocule un lapin à la surface du cerveau, un lapin dans les veines : ce dernier lapin reçoit une forte dose de substance nerveuse. Le lapin inoculé par trépanation avec le bulbe est pris de rage le 84* jour. Celui injecté dans les veines est resté bien portant. Le lapin inoculé par trépanation et celui injecté dans les veines avec la moelle dorsale n'ont pas pris la rage. Le lapin inoculé par trépanation avec la moelle lombaire est pris de rage le 47» jour, et celui inoculé dans les veines avec la même moelle est pris de rage le 28e jour. Ces deux chiens inoculés en même temps à l'extrémité de la queue ont présenté l'un une rage furieuse cérébrale et bulbaire, l'autre une rage paralytique, une rage médullaire type. Le résultat des inoculations dans le second cas montre que le virus a abordé la moelle par la partie inférieure dans la région d'origine des nerfs qui viennent du lieu de l'inoculation. Au- dessus du renflement lombaire le virus est peu abondant, la culture ne fait que commencer. La moelle dorsale n'a pas donné la rage, et le bulbe ne l'a donnée qu'au bout d'un temps très long. Les trois autres chiens de cette série sont restés bien portants. Le virus rabique s'est déjà cultivé dans les centres nerveux avant l'apparition de tout symptôme de rage, et on peut le mettre en évidence chez les animaux, alors qu'en apparence ils sont en parfaite santé '. Le 18 juin 1886, on inocule, par trépanation, quatre lapins neufs avec 1/10^ de centimètre cube du liquide obtenu en broyant un peu du bulbe d'un lapin enragé de 70o passage, dans environ dix fois son volume de bouillon stérilisé. On sait, par de nombreux essais, que ce virqs de 70'-' passage donne aux lapins auxquels ou l'inocule par trépanation, une rage dont l'incubation est exactement de huit jours. Cinq jours après l'inoculation, on sacrifie, par strangulation, un de ces lapins qui paraît en pleine santé, et on puise, au milieu du bulbe, un peu de matière nerveuse qui sert à inoculer deux lapins neufs, à la surface du cerveau. Le lendemain 26 juin, on sacrifie un autre lapin et soii bulbe est inoculé 1. Voir les expériences de MM. Vestea et Zagari sur le même sujet dans ces Annales, p. 493, 1 Vol. 26 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. à deux lapins neufs par trépanation. Le 27 juin, on sacrifie un troisième lapin dont le bulbe est aussi inoculé à deux lapins neufs. Le 3 juillet, les lapins inoculés avec le bulbe du lapin sacrifié le 5e jour après l'inoculation sont pris de rage (incubation : 8 jours). Le 4 juillet, les lapins inoculés avec le bulbe du lapin sacrifié le 6« jour sont pris de rage (incubation: 8 jours). Le 5 juillet, les lapins inoculés avec le bulbe du lapin sacrifié le T'' jour sont pris de rage (incubation : 8 jours). La durée totale de l'incubation de la rage causée par le virus de 70 passage est de huit jours, et dès le 5" jour après l'inocu- lation, par trépanation, le virus rabique s'est cultivé dans le bulbe sans qu'aucun symptôme ait manifesté sa présence. Dans une autre expérience, on a recherché le virus rabique pendant la période d'incubation non dans le bulbe, mais dans un point plus éloigné du lieu de la trépanation, dans la moelle inférieure. Le 8 juillet 1887, on inocule, par trépanation, six lapins avec le bulbe d'un lapin de 74^' passage. A partir du H juillet, on sacrifie chaque jour un de ces lapins, et on inocule des fragments de sa moelle inférieureetde son bulbe (pris dans le centre du cordon médullaire) à deux lapins. Le bulbe et la moelle lombaire du lapin sacrifié le 3" jour n'ont pas donné la rage. Il en est de même pour le bulbe et la moelle lombaire du lapin sacrifié le 4c jour. Le bulbe du lapin sacrifié le ^^ jour a donné la rage en 8 jours. La moelle lombaire n'a rien donné. La moelle lombaire du lapin sacrifié le 6'' jour donne la rage en 10 jours. Les deux lapins non sacrifiés sont pris régulièrement de rage le 8« jour. Donc, deux jours avant qu'aucun symptôme rabique se soit manifesté, la moelle inférieure contenait le virus rabique qui s'était déjà cultivé dans le bulbe un jour auparavant. Il existe donc une période de culture latente du virus rabique dans les centres nerveux. Dans son étude sur la pathogénie de la rage publiée dans le tome P'de ces Annales, M. Gamaleïa avait déjà conclu àl'existence de cette période de culture latente. Nous avons entrepris, M. Nocard et moi, quelques expériences VIRUS RABIOT JE DANS LES NERFS. 27 pour rechercher comment le virus rabique se propage dans les nerfs et avec quelle rapidité. Pour cela nous avons inoculé un àne clans le nerf plantaire externe au niveau du canon. La grosseur de ce nerf chez Tâne permet de faire facile- ment l'inoculation dans le tissu nerveux; de plus, sa longueur le désignait particulièrement pour l'expérience que nous nous proposions. Le virus employé était du virus de 144*3 passage; huit jours après l'animal était sacrifié et le nerf enlevé jusqu'à l'épaule. Le point d'inoculation est marqué par une zone rouge. Le nerf est divisé en huit fragments qui sont broyés à part. Avec chaque tronçon, on inocule par trépanation un lapin et on injecte sous la peau d'un autre ce qui reste de l'énnilsion. Seize animaux reçoivent donc ainsi la substance de ce nerf; aucun d'eux n'est tombé malade. Ils ont été conservés depuis le mois de mars 1887 jusqu'au mois d'octobre de la même année. Le 22 mai l'expérience est répétée sur le nerf plantaire externe d'un cheval, avec cette différence que l'on inocule du virus de la rage des rues. Le 7 juin le cheval est sacrifié, et le nerf, divisé en cinq tronçons à partir du point d'inoculation, est inoculé à des lapins. Chaque segment sert à inoculer un lapin par trépanation, un lapin sous la peau avec une grande quantité de matière, et un lapin dans les veines avec deux centimètres cubes du liquide d'inoculation. Aucun de ces animaux n'a pris la rage ; ils sont encore tous en bonne santé, même ceux qui avaient reçu la portion du nerf où on avait pratiqué l'inoculation. Dans ces deux essais, le virus employé était virulent, puisqu'un chevreau et des lapins inoculés dans l'œil succombaient à la rage en 14 jours. Il faut se demander si ce cheval et cet âne auraient contracté la rage, s'ils avaient été conservés? Il semble que non seule- ment le virus ne s'était pas cultivé, mais même qu'il avait dis- paru au point où on l'avait inséré. Le 20 mars 1887, nous avons inoculé avec du virus fixe deux moutons dans le nerf collatéral du canon de la patte postérieure; ces deux animaux conservés pendant neuf mois n'ont pas pris la rage, tandis que le même virus inoculé dans l'œil à un autre mouton le faisait périr de rage 43 jours après. On voit donc que l'inoculation dans les nerfs ne donne pas toujours la rage, et qu'elle ne présente point la sécurité de l'inoculation par trépanation ni même celle de l'inoculation dans l'œil. DE LA CULTtJRG SIR PONIIIE DE TERRE F»ar E. FIOUX. L'aspect caractéristique que prennent les colonies de certains microbes lorsqu'ils croissent sur la pomme de terre rend très précieux pour les bactériolog-istes ce mode de culture. De plus, la pomme de terre permet les cultures à haute température que Von ne peut pas faire avec la gélatine. La technique de la culture sur pomme de terre, telle qu'elle a été fixée par M. Koch, est assez compliquée, elle prescrit des lavages préalables de la pomme de terre, la stérilisation de sa surface dans une solution de sublimé de façon à la débarrasser des germes qu'elle apporte avec elle, et qui résistent à une température supérieure à celle employée pour sa cuisson. Enfin il est difficile de conserver longtemps des cultures pures sur pomme de terre, surtout après que l'on a fait des prises dans les colonies. L'emploi des boîtes en verre munies d'une ouverture latérale fermée par un tampon de coton, semblables à celles que nous avons décrites, M. Nocard et moi, dans notre note sur la culture de la tuberculose, permet d'éviter presque sûrement les germes qui tombent sur la pomme de terre lorsqu'on fait les ensemencements ou les prises d'essai. Depuis plus d'une année' nous faisons la culture sur pomme de terre dans des tubes à essai dans les conditions suivantes : on taille la pomme de terre en tranches, sans aucune précau- tion de lavage antiseptique, de façon que les tranches puissent entrer dans un tube à essai de deux centimètres et demi de diamètre environ, figure 1 . Ce tube porte vers le quart inférieur un étranglement qui empêche la tranche de pomme de terre de tomber au fond ; dans la partie inférieure se rassemblera le liquide qui sort de la pomme de terre après la cuisson. 11 n'est pas nécessaire que le tube soit stérilisé h l'avance. Lorsque la 1. Ce procédé est enseigné depuis plusieurs mois dans le cours de technique bactériologique que M. Chautemesse fait à l'École de médecine de Paris. DE LA CULTURE SUR POMME DE TERRE. 29 pomme de terre est introduite dans le tube, enferme celui-ci par un tampon de coton, et on le porte dans l'autoclave où on le chauffe jusqu'à Ho" : on le maintient à cette température pen- dant 13 minutes. Les tranches doivent être assez épaisses pour ne pas s'affaisser après la cuisson. A la sortie de l'autoclave, la surface de la pomme de terre est un peu humide, il suffit de Fig. i. B Fig. 2. placer les tubes verticalement pendant quelques heures à l'étuve pour que l'eau s'égoutte et que sa surface se sèche, elle est alors prête pour l'emploi. Les avantages de ce procédé sont faciles à saisir, il permet de préparer en très peu de temps autant de tranches de pomme de terre que l'on voudra, et qu'il est facile de conserver en recouvrant le tube à essai d'un capuchon de caoutchouc. Il évite les lavages aux antiseptiques et l'emploi de vases de verre encombrants. Il donne aux cultures sur pomme de terre la précision, la commodité et toute la sécurité des cultures sur gélose. Mais son principal avantage est daus la 30 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. stérilisation de la pomme de terre à H5°, qui assure en un temps très court sa stérilisation parfaite. En modifiant légèrement le tube que nous venons de décrire, il est facile d'obtenir des cultures d'anaérobies sur la pomme de terre. Pour cela on soude au tube à essai au-dessous de l'étran- g-lement un tube latéral, étiré en a (fig-. 2, A), et muni d'un tampon de coton, comme le montre la figure. Après avoir introduit la tranche de pomme de terre dans le tube, on stérilise le tout à l'autoclave comme il a été dit plus haut, puis, quand la surface de la pomme de terre est égouttée, ou sème l'organisme anaérobie que l'on veut cultiver, et on ferme à la lampe lapartie supérieure du tube comme on le voit (fig. 2, B). La tubulure latérale est reliée à la pompe à mercure et on fait soigneusement le vide. La tranche de pomme de terre est maintenue pendant quelques instants sous le vide de la machine pour que l'air qu'elle contient s'échappe, puis avec un trait de chalumeau porlé en«, on détache le tube. 11 est facile de suivre à travers la paroi du verre le progrès de la culture. Nous avons ainsi obtenu de belles cultures du vibrion septique qui creusent un sillon dans la pomme de terre. Au lieu de faire le vide, on pourrait, après avoir étiré la partie supérieure du tube, faire passer un courant de gaz privé d'oxygène, et fermer ensuite à la lampe le tube en haut et en bas. NOTE m LA RÉACTION CHIMIQUE DES BACILLES DU CHOLÉRA, Par m. ODO BUJVID, de Varsovie. Dans un travail, résumé page 307 du tome I«'" de ces Annales, M. Ali-Cohen dit que la réaction chimique des bacilles du choléra qu'on produit au moyen des acides chlorhydrique et sulfurique, n'est pas caractéristique pour ces bacilles, qu'elle s'observe ég'alement avec ceux de Finkler, de Miller, de Deneke, et qu'elle dépend de la présence de l'acide azoteux dans les acides employés. Il y a du vrai et du faux dans cette affirmation. On peut, RÉACTION CHIMIQUE DES BACILLES DU CHOLÉRA. 31 d'abord, obtenir la réaction avec un acide qui ne peut pas apporter d'acide azoteux, par exemple, l'acide oxalique, qu'on peut préparer dans un grand état de pureté. Il suftit d'en mettre quelques cristaux dans une culture de bacille du choléra faite dans un bouillon légèrement alcalin, à 2 0/0 de peptone, et additionné de 0,5 0/0 de sel marin, pour observer le même résultat qu'avec les acides sulfurique ou chlorhydrique. Avec les autres bacilles, l'acide oxalique ne donne rien. Avec l'acide chlorhydrique pur et ne renfermant pas d'acide azoteux, on n'obtient de même la réaction d'un rouge violet foncé qu'avec les bacilles du choléra, et c'est pour cela que j'ai recommandé l'emploi de cet acide de préférence à l'acide sulfurique. Ce dernier renferme, en effet, ordinairement de l'acide azoteux, et il donne alors la même réaction avec les bacilles de Miller, de Deneke, d'Emmerich, les bactéries fécales, et le bacillus pyogenes fœtidus qu'avec le bacille du choléra. Elle est seulement beaucoup plus intense avec ce dernier. Seul, le bacille de Finkler, après 4 jours de culture à 37°, donne avec l'acide chlorhydrique une réaction qui se rapproche de celle des bacilles du choléra. Mais avec ces derniers, elle est beaucoup plus prompte et s'observe quelques heures seulement après l'ensemencement. Salkowski explique cette réaction, en disant qu'elle n'estautre que celle de l'indol sur l'acide azoteux. Ce qui caractérise la cul- ture du bacille de Koch, c'est la production simultanée et rapide d'indol et d'un azotite qui, décomposé par un acide, donne le rouge observé. Les autres bactéries donnent de l'indol, mais pas d'acide azoteux. D'après ce que nous avons dit plus haut, le bacille de Finkler diffère des autres bacilles étudiés en ce qu'il donne aussi de l'indol et un nitrite, comme les bacilles de Koch, mais en un temps beaucoup plus long. La réaction que j'ai signalée, appliquée dans les conditions que j'ai indiquées, reste donc caractéristique du bacille-virgule. REVUES ET ANALYSES SUR L'ABSORPTION PAR INHALATION DES GERMES MORBIDES- REVUE CRITIQUE. BucHNER. Sur les conditions du passage des microbes dans l'air et sur leur inhalation. Aerlzt. Intelligent, n"* 12, 13 et 14, 1880. — Flugge. Les microorganismes, 2"= éd. 1886, p. 605. — Arnold. Recherches sur l'inha- lation et la métastase des poussières. Leipzig 1885. — Muskatbluth. Nou- velles recherches sur l'infection par les poumons, Ce7itralbl. f. Bact., t. I, p. 321, 1887. — KocH, Mittheilungen, etc., 1884. — Cadeac et Mallet, Comptes rendus, t. CV, p. 1190. — Buchner. Nouvelles recherches sur l'inha- lation des spores charbonneuses, Munch. med. Wocliens., 1881,^. 1027. Par quelles voies une affection microbienne passe-t-elle de l'individu malade sur l'individu sain ? C'est là une question longtemps discutée, sur laquelle nous commençons seulement à avoir quelques renseignements précis. La loi générale de notre organisation, telle qu'elle résulte des mémo- rables expériences de M. Pasteur, est que l'intérieur de notre corps est d'or- dinaire fermé aux germes des microbes. Par où passent ceux qui réussissent à y pénétrer? Profitent-ils pour cela d'une porte antérieurement ouverte, d'une lésion, d'une effraction quelconque de la peau ou d'une muqueuse ? Ou peuvent-ils franchir d'eux-mêmes ces obstacles, en vertu d'une loi de leur physiologie ? Tel est le problème; on voit qu'il n'en est guère de plus impor- tant en théorie et en pratique. N'est-il pas surprenant que l'on ignore encore, par exemple, si le virus du chancre mou peut se développer lors- qu'il est déposé sur une muqueuse saine, ou s'il a besoin d'une érosion préexistante? Je laisserai pourtant de côté, dans cette revue, tout ce qui se rapporte aux modes de pénétration des microbes par la peau ou la muqueuse intesti- nale. Là, il y aurait trop à dire, si on voulait creuser la question, et trop peu, si on voulait résumer à son sujet l'état actuel de la science. Nous sommes un peu mieux renseignés sur l'absorption pulmonaire, qui, pouvant se produire sur une surface considérable, au travers d'un épithélium très fin, a été tout naturellement mise en cause des premières pour expliquer l'extension épidémique de certaines maladies. C'est ainsi que Pettenkofer, même pour des maladies comme le typhus et le choléra, admettait que les germes de ces affections étaient absorbés par le poumon, passaient de là dans le sang, et ensuite dans l'intestin pour y subir leur évolution carac- téristique. REVUES ET ANALYSES. 33 Toutefois, à cette mise en suspicion de l'absorption pulmonaire, on pou- vait répondre par quelques arguments. S'il y avait là une voie ouverte ou à peu près ouverte, on ne comprendrait pas que l'intérieur du corps fût, comme nous l'avons rappelé plus haut, fermé d'ordinaire aux germes patho- gènes que nous sommes si souvent exposés à rencontrer autour de nous. On ne comprendrait guère aussi l'absence des germes non pathogènes, s'il est vrai, comme l'a montré M. Wyssokowitsch (V. ces Annales, t. I, p. 45), que beaucoup de bactéries vulgaires, comme le B. subtilis, peuvent résister et vivre longtemps dans le sang, quand elles y ont pénétré. Cette conséquence avait sans doute frappé M. Wyssokowitsch quand il s'est mis à étudier, dans le laboratoire de M. Fliigge, la perméabilité du poumon, et aussi celle de la peau, pour les germes des microbes. Dans les deux cas, il a constaté que tant que l'épiderme ou la muqueuse étaient intacts, il n'y avait aucune pénétration des bactéries dans le sang. Pour le poumon en particulier, il a soumis ses animaux d'expériences à des inha- lations de poussières sèches de cultures du bacille de la fièvre typhoïde, de staphylococcus ou d'autres microbes. Il leur a fait respirer les liquides de culture eux-mêmes après les avoir pulvérisés, ou encore les leur a injectés dans la trachée. Il n'a jamais pu constater l'arrivée des microbes dans le sang, alors même « que l'injection avait déterminé dans le poumon les manifestations maladives les plus accentuées ». Ces résultats étaient d'accord avec ceux que Arnold avait obtenus aupa- ravant en soumettant ses animaux à l'inhalation de poudres colorées, qu'on pouvait retrouver anatomiquement dans les tissus. Ni le noir de fumée, ni l'outremer, ni l'émeri n'ont pu être décelés dans le sang ni dans les organes profonds. On les retrouvait tout au plus dans les ganglions bronchiques. Arnold a montré aussi que le poumon de l'homme se comporte à cet égard comme celui des animaux. Le noir de fumée n'y pénètre jamais que par des voies anormales. Voilà des conclusions bien nettes. Sans doute, faites pour des matières mortes, elles ne s'étendent pas nécessairement aux microbes, et Arnold lui- même fait des réserves à ce sujet, mais, unies à celles de Wyssokowitsch, elles témoignent d'une sorte d'imperméabilité de la muqueuse pulmonaire. Faut-il maintenant envisagercette imperméabilité comme absolue? On aurait bien tort, car l'histoire de la tuberculose nous montre nettement qu'au moins pour cette maladie il peut y avoir pénétration pulmonaire directe. On sait que la croyance à la contagiosité de la tuberculose, si bien établie au siècle dernier, n'a pas été déracinée partout par les efforts du corps médical, et qu'elle existe encore à l'état vivant dans beaucoup de campagnes. Mais c'est M. Villemin, qui, dans son heureuse et féconde tentative de réaction contre les idées de son temps, lui a donné le premier une consécration expérimentale, en prouvant que des animaux, soumis à une inhalation de poussières d'organes tuberculeux, devenaient tuberculeux. M. Koch a recommencé depuis ces expériences, en leur donnant le cachet de précision et de netteté que permettait sa belle découverte du bacille de la tuberculose. En soumettant des animaux à l'inhalation, sous la forme d'eau pulvérisée, de cultures pures de ce bacille, il a vu devenir tuberculeux tous ceux qui 3 SA ANNALES DE L'INSTITUT PASTEIJR. appartenaient à des espèces très accessibles à cette maladie, les cobayes, les lapins, les souris des champs et les chats. Les espèces plus résistantes, chiens, rats, et souris blanches, finissent aussi par succomber à l'infection par de grandes quantités de cultures pures. M. Koch opérait d'ordinaire en diluant dans l'eau une culture du bacille, jusqu'à obtenir un liquide presque clair, et en soumettant les animaux, pendant 3 jours de suite, à une demi-heure d'inhalation pendant laquelle on pulvérisait, dans la caisse d'expérience, environ 50cc de ce liquide. En recommençant ces essais pour juger de la réceptivité de l'appareil respira- toire pour les bacilles de la tuberculose, MM. Cadéac et Mallet ont constaté, comme M. Koch, que l'inhalation de liquidés tuberculeux pulvérisés, ou l'injection intra-traehéale de matières tuberculeuses, rendaient tubercu- leux tous les animaux d'expérience. Mais ils sont aussi arrivés à ce résultat imprévu que l'inhalation des poussières tuberculeuses sèches était presque toujours inoffensive. Quelques détails sont nécessaires pour apprécier la valeur de ce résultat. MM. Cadéac et Mallet dessèchent à l'éluve de 30 à 33° des crachats de phtisiques, ou laissent se dessécher à l'air de tout petits morceaux de pou- mons de vaches tuberculeuses, pulvérisent ensuite dans un mortier, et pas- sent le tout au moulin à poivre; puis, à l'aide de petits soufflets pour poudres insecticides, ou d'autres moyens mécaniques, ils disséminent, en les fraction- nant, « un ou plusieurs litres de poussières tuberculeuses dans l'atmosphère de caisses hermétiquement fermées oiàon place journellement, pendant plu- sieurs heures, un certain nombre d'animaux ». Relevons seulement, pour le moment, dans ce court exposé, deux points sur lesquels nous aurons à re- venir tout à l'heure : le premier est que ces poussières paraissent, au moins à première vue, n'avoir été ni très sèches ni très fines; en second lieu les animaux en expérience étaient soumis à des inhalations multipliées (une demi-heure par jour pendant plusieurs jours consécutifs) dans un air qui doit avoir été très riche en poussière, car on a dans une expérience injecté 2 litres de poussières, en 3 semaines, dans une caisse d'un mètre cube de capacité, et qui renfermait 8 lapins et 8 cobayes. Nous verrons bientôt que le mode opératoire n'est pas indifférent. On peut dire toutefois, au sujet de toutes ces expériences, que, très inté- ressantes au point de vue de la tuberculose, elles se rapportent uniquement à un être qui trouve dans le poumon un milieu d'élection, s'y cultive facile- ment et y amène, avec la maladie qu'il produit, des désordres qui favori- sent sa pénétration dans les organes profonds et la généralisation de la maladie. Elles ne nous renseignent pas sur le mode de pénétration des microbes qui ne deviennent pathogènes que dans les organes profonds, et pour lesquels le poumon n'est qu'un lieu de passage. Comment ces derniers s'ouvrent-ils cette porte? Pour résoudre cette question, Buchner s'est adressé à la bactéridie char- bonneuse. Celle-ci a un défaut. SitAt qu'elle a pénétré dans le sang, elle devient rapidement mortelle, et la mort de l'animal interrompt brusque- ment la période de transition qui est le point capital de l'étude. Peut-être Buchner et les savants qui l'ont suivi dans cette voie auraient-ils trouvé intérêt REVUES ET ANALYSES. 35 et profit à se servir d'une bactéridio déjà atténuée, ou à opérer sur des ani- maux vaccinés. Mais ils n'en sont pas moins arrivés à quelques résultats, très intéressants, et que nous allons résumer. Dans ses premières expériences, Buchner avait mélangé de spores char- bonneuses dos poudres fines et bien sèches de charbon de bois ou de talc, qu'il avait répandues en nuage dans une caisse renfermant les animaux d'expérience. Il avait vu ces animaux, qui étaient des souris blanches, Jiiourir du charbon quelques jours après l'inhalation. On pouvait dire que l'infection avait tout aussi bien pu se produire par des érosions à la surface de la peau ou par le canal intestinal que par voie pulmonaire; mais Buchner avait répondu à cette objection en saupoudrant d'autres animaux avec des poussières infectieuses, ou en les leur faisant avaler, et n'avait vu aucun d'eux mourir charbonneux. Par voie d'exclusion, il mettait donc directement en cause l'absorption pulmonaire. Mais si ces expériences prouvaient que la pénétration était possible, elles ne disaient pas comment elle se faisait. C'est le point qu'a étudié M. Muskat- bluth. Il a employé pour cela deux méthodes différentes. Dans la première, il injectait dans la trachée de lapins de petites quan- tités (0,2 à 0,3 ce.) d'un liquide très riche en bacilles du charbon. Puis, comme il y avait alors à redouter l'infection locale de la blessure, il sacrifiait les animaux environ 16 heures après l'opération, avant que cette infection locale n'ait pu venir troubler les résultats. Il retrouvait alors les bacilles injectés sur les parois des alvéoles, enveloppés dans des cellules que leur forme et leur position doivent faire considérer comme desdébris de l'épi thélium alvéolaire, les cellules à poussière {Staubzelle7i) ; ces cellules sont bondées de bacilles et contiennent fréquemment aussi de longs fils enroulés. On trouvait aussi des bacilles dans les ganglions bronchiques, mais seulement dans les lymphatiques du ganglion, et pas du tout dans les vaisseaux sanguins. Cependant, les bacilles avaient déjà pénétré dans la circulation, car sur un lapin tué 17 heures après l'injection on a trouvé, parla méthode des cultures, des bacilles charbonneux dans le foie et dans la rate. Dans un second procédé opératoire, M. Muskatbluth trachéotomisait d'abord ses lapins, et ne faisait l'injection, et encore au travers de la canule, que lorsque la plaie était entièrement fermée et cicatrisée. Assuré ainsi contre toute infection locale, il pouvait attendre la mort de l'animal, qui survenait au bout de 40 ou 48 heures, pour faire l'examen microscopique des poumons. Le tableau était alors exactement l'inverse de tout à l'heure. On ne trouvait plus de bacilles que dans les vaisseaux sanguins du poumon, les cellules à poussière étaient presque toutes vides de microbes, et dans les ganglions bronchiques toutes les bactéridies avaient disparu des vais- seaux lymphatiques. Ces expériences permettent de conclure : i° que le poumon est perméable pour les bacilles charbonneux; 2° que les voies de pénétration sont les lym- phatiques, les ganglions et le tronc lymphatique, d'où les bacilles passent dans les vaisseaux sanguins. Le seul point un peu obscur dans ces études, est le rôle des cellules à poussière; sont-elles des agents d'expulsion ou des agents de pénétratiori des 36 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. microbes. Eu les voyant remplies de bacilles, on est tenté d'en faire des phagocytes. Mais on n'aperçoit aucune trace de dégénérescence chez les ba- cilles qui les habitent, et qui continuent à se colorer très bien. Elles ne laissent pourtant pas que d'avoir un rôle protecteur. Beaucoup sont élimi- nées avec les sécrétions bronchiques, et éliminent ainsi les bacilles qui les contiennent. Or, l'intensité de la sécrétion dépend de l'intensité de l'inflam- mation pulmonaire; elle augmente avec l'énergie de la desquamation et de l'infiltration cellulaire, de sorte que s'il survient une pneumonie, une partie des bacilles étant éliminée par voie mécanique, une autre se trouvant noyée dans des liquides d'infiltration qui remplissent les bronches ou les alvéoles, et privée ainsi, sinon de nourriture, au moins d'air, l'évolution du charbon peut se trouver arrêtée par la maladie intercurrente provoquée par l'inflammation pulmonaire. M. Muskatbluth en cite un exemple, et nous allons en. trouver d'autres dans les dernières expériences de Buchner. Mais nous n'avons pas besoin d'attendre pour conclure que l'inhalation de poussières infectieuses ou non infectieuses met peut-être en jeu un mécanisme de résistance dont il importe de tenir compte dans le dispositif des expériences et dans l'interprétation des résultats. Sans qu'on sache encore grand'chose sur ce mécanisme, on a le droit de penser que, pour réussir une inoculation tuberculeuse, il faudra d'abord arriver jusqu'aux alvéoles, ce qui exigera l'emploi d'une poudre très fine et très sèche, puis tacher de réduire au minimum l'inflammation pulmonaire, puisqu'on ne peut l'éviter totalement, et pour cela opérer avec une faible quantité de poussière aussi infectieuse que possible. Toutes les expériences dans lesquelles ces conditions ne sont pas réunies risquent d'être troublées par la cause d'erreur ou d'insuccès que nous relevions tout à l'heure, et c'est ainsi peut- être qu'on s'explique comment MM. Cadéac et Mallet n'ont pas trouvé infec- tieuses par voie puhuonaire des poussières tuberculeuses sèches qui, insérées sous la peau, donnaient la tuberculose aux animaux inoculés. Dans ses dernières expériences sur le cliarbon, Buchner a retrouvé le succès des premières, en réunissant les conditions que nous venons de signaler. Comme substance pulvérulente, il emploie les spores de Lyco- perdon giganteum, dont le diamètre n'atteint pas la moitié du diamètre d'un globule du sang humain, dont la légèreté est très grande, et qui, bien sphériques, échappent au reproche qu'on peut faire aux poudres minérales de présenter quelquefois des arêtes à bords tranchants qui peuvent léser la muqueuse si délicate du poumon. Il imbibe largement cette poudre d'une culture de bactéridies où. il n'y a que des spores, la dessèche bien sur le chlorure de calcium, et la transforme en nuage dans une chambre close où respirent les animaux. La quantité de poudre mise en suspension dans l'air est très faible, elle n'est que de 0,2o gr. dans une chambre de 3 litres environ de capacité, renfermant cinq souris blanches, du double dans une chambre de 14 litres, renfermant deux cobayes. L'inhalation ne dure que de 10 à 15 minutes, et les animaux n'y sont exposés qu'une fois. On voit que nous sommes loin des conditions des expériences de MM, Cadéac et Mallet. Il est vrai qu'il ne s'agit plus de tuberculose, mais les résultats sont très nets. Les souris succombent au charbon en moyenne REVUES ET ANALYSES. 37 après 60 heures, et les cobayes du 3° au 5° jour. Sur 43 souris soumises à rcxpérienee, il y en a eu 36 mortes par le charbon, 5 par pneumonie, et 2 restées vivantes. Sur 18 cobayes, 13 sont morts du charbon, 5 ont survécu. Les cas de pneumonie nous rappellent notre obser^ation de tout à l'heure. Ici aussi, le microbe de la pneumonie, présent par hasard ou à la suite d'une afTection antérieure, et favorisé dans son développement par l'inflammation pulmonaire résultant de l'inhalation, avait si bien arrêté l'évolution du bacille qu'il a été impossible d'en retrouver dans les poumons des animaux pneumoniques, ni au microscope, ni par voie d'ensemencement. Nous avons aussi le droit de rappeler ici l'insuccès des expériences de Wyssokowitscli que nous avons résumées plus haut, et dans lesquelles l'in- jection répétée de petites quantités de culture de bacilles dans la trachée s'était montrée inofîensive, « même lorsque le poumon montrait les mani- festations maladives les plus accentuées ». Gomme le font remarquer MM. Muskatbluth et Buchner ce n'est pas même, c'est parce que qu'il aurait fallu dire sans doute. C'est parce que le poumon était devenu le siège d'une congestion ou d'une afTection à marche rapide que l'évolution du microbe inhalé avait été arrêtée. Quoi qu'il en soit, on voit tout le danger de l'inhalation des pous- sières charbonneuses. M. Buchner a cherché à pousser plus loin sa démons- tration en apportant la preuve directe de la pénétration de. la bactéridie par les poumons. Les nombreuses tentatives qu'il a faites à ce sujet peuvent se résumer dans l'expérience suivante, qui rappelle celles de M. Muskatbluth. Une souris, tuée par le chloroforme 20 heures après l'inhalation, et dans un état apparent de santé parfaite, a été soumise à un examen microsco- pique soigneux. Dans ses poumons, on a trouvé, en deux points, des amas de bacilles charbonneux dans les diverses couches de la paroi alvéolaire. Comme l'inhalation avait porté uniquement sur des spores, il fallait bien qu'il y eût eu végétation. Cette végétation ne résultait pas à son tour d'un retour dans le poumon de bacilles ayant pullulé à l'intérieur du corps, car d'abord, la rate, étudiée par la méthode des cultures, ne contenait aucun bacille, puis on ne trouvait aucun bacille dans le réseau capillaire des pou- mons, ce qui eût été nécessairement le cas si les microbes avaient été transportés par le sang dans les poumons. Enfin, comme dernière preuve, au milieu d'un des amas de bacilles révélés par le microscope, on a trouvé, adhérent à la paroi alvéolaire, le fragment inhalé de poudre de charbon qui avait apporté le germe. M. Buchner estime donc avoir le droit de tirer la conclusion suivante qui résume ses expériences et celles de ses prédécesseurs: « Les spores charbonneuses ou les bacilles qui en proviennent ont le pou- voir de traverser la surface du poumon en dehors de toute lésion mécanique, de passer dans les voies lymphatiques, et d'aller ainsi végéter dans les organes profonds. Des phénomènes d'inflammation dans le tissu du poumon ne sont nullement nécessaires pour tout cela, et constituent au contraire un obstacle à la pénétration des bacilles. » Dx. 38 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Max Voelsch. — Contribulion à la question de la résistance des bacilles tuberculeux. Beitr. z.patli. Anat., t. II, 4887. Le Mémoire de M. Voelsch est consacré à l'étude de quelques points très controversés de l'histoire biologique du bacille tuberculeux, c'est-à-dire de sa résistance à la putréfaction, à la chaleur, à la dessiccation. Sur le premier point, les savants sont divisés en deux camps. Dans l'un, nous trouvons Baumgarten', Fischer- et Falk ^, qui, les deux premiers pour la tuberculose transmise par les voies digestives, le dernier, pour la tuber- culose d'inoculation, prouvent qu'après quelques jours de putréfaction, les matières tuberculeuses perdent tout pouvoir infectieux. De Toma^ est tout récemment arrivé à des conclusions analogues pour la putréfaction des cra- chats tuberculeux. Mais en face de ces affirmations se dressent les résultats contradictoires obtenus dans le laboratoire de M. Koch par Schill et Fischer^, qui ont pu inoculer avec succès un crachat tuberculeux en putré- faction depuis trois jours. M. Koch^ a confirmé ces résultats, et Wesener ne les a pas conti;edits. L'incertitude n'est pas moins grande sur d'autres points, pourtant très importants, l'action de la chaleur, par exemple. L'ébuUition peut-elle rendre inofTensif un lait tuberculeux ? Schill et Fischer répondent qu'après deux minutes d'ébuUition un crachat tuberculeux n'a pas perdu sa viru- lence, mais qu'il l'a perdue après cinq minutes. Wesener ajoute que l'ébul- lition détruit plus sûrement les bacilles sans spores que les spores. Mais Falk n'est d'accord ni avec eux ni avec de Toma sur l'influence d'une longue conservation à haute température. Enfin, au sujet de l'influence de la dessiccation, nous avons encore à choisir entre des affirmations qui ne sont plus, il est vrai, aussi contradic- toires, mais qui prêtent à l'embarras par leur manque de précision. Ce sont ces incertitudes que M. Voelsch a essayé défaire disparaître. Il s'est demandé si elles ne tenaient pas en partie à ce que les savants cités plus haut avaient opéré tantôt sur des bacilles tuberculeux sans spores, tantôt sur des bacilles sporifères peut-être plus résistants. Il a donc porté son attention de ce côté, et s'est servi de semences tuberculeuses provenant de trois sources. Une culture artificielle lui donnait des bacilles à peu près privés de spores ; un crachat tuberculeux des bacilles très riches en spores, et enfin un tissu tuberculeux jeune lui fournissait un mélange de bacilles à spores et de bacilles sans spores. Avec chacune de ces semences, il a fait l'étude de l'influence de la putré- faction, de la dessiccation à basse et à haute température, d'un simple et d'un double chauffage à 400*^. C'était beaucoup entreprendre. Ajoutons tout 1. Centralbl. f. Klhi. M éd., 188 i, u» 2. 2. Arch. f. exp. Path. u. Pharmak., t. XX. 3. Arch. f. path. Anut. und Physiol., t. XCIII. 4.. Annali unie, di medic. chirurg., 1886. o. Mittheil. d. k. Gesund., t. II, p. îiiS. 6. Id., p. 78. REVUES ET ANALYSES. 39 de suite que vingt-neuf lapins lui ont suffi pour étudier toutes ces questions. Ajoutons encore que, faute de temps, ces lapins ont été tués une quinzaine de jours après l'inoculation, avant toute évolution possible d'une tubercu- lose généralisée, et qu'on a jugé du degré d'affaiblissement subi par la semence par le degré de développement du tubercule local produit au point d'inoculation. Ajoutons enfin que le point capital qu'on pouvait essayer de viser dans ce dispositif expérimental, à savoir la comparaison entre les effets des divers traitements sur les bacilles sans spores de la culture artificielle et les bacilles à spores du crachat tuberculeux, s'est entièrement dérobé à l'expérience, par suite de l'intervention fortuite, dans l'une des séries d'essai, d'une septicémie du lapin, dont les germes existaient sans doute dans le crachat tuberculeux auquel on a emprunté la semence, et qui a pris le pas sur la tuberculose. Il suffit de cette courte esquisse de la phy- sionomie du Mémoire de M. Voelsch pour comprendre qu'il n'ait pu avan- cer beaucoup les questions dont il a entrepris l'étude. Ce qu'il trouve est un peu vague et difficile à résumer. Le point le plus net est relatif à l'influence d'un simple et d'un double chauffage à 100*^. La semence en sort affaiblie, mais non morte. Mais le résultat n'a rien de bien nouveau. Il avait été trouvé par quelques-uns des savants cités plus haut, s'il avait été contesté par d'autres. Ce qui nous intéresserait, ce n'est pas de savoir dans quel camp M. Voelscli se place, ni s'il a jugé plus juste de se tenir entre les deux, ce serait d'apprendre de lui pourquoi, sur une question, en apparence si simple, la science est divisée en deux camps, pourquoi des savants ont trouvé inoffensive l'inoculation d'un bacille tuberculeux chauffé, pourquoi d'autres savants, également habiles et autorisés, l'ont trouvée virulente. Y avait-il une influence, restée inaperçue des uns ou des autres, de la prédisposition individuelle ou de la race des animaux inoculés, ou de la nature de la semence, ou de la réaction acide ou alcaline du milieu qui les contenait, ou du mode de chauffage, ou de la température atteinte, ou du mode d'échauffement ou de refroidissement, qui prolonge plus ou moins l'action des températures voisines de la température mortelle? Un seul de ces points, convenablement élucidé dans le mémoire de M. Voelsch, lui aurait donné une autre valeur que celle que lui donne son vaste pro- gramme, resté à l'état d'ébauche. Nous pourrions en dire autant au sujet de la putréfaction. M. Voelsch trouve qu'elle affaiblit aussi la virulence, mais ne la fait pas disparaître. Il se place ainsi à côté de son maître, M. Baumgarten, de Falk, de Fischer, etc. Mais ces questions ne sont pas des questions de majorité. Pourquoi la putréfaction s'est-elle montrée active à Berlin, inactive à Kœnigsberg? et d'abord, de quelle putréfaction s'agit-il? M. Voelsch, comme ses prédécesseurs, parle de la putréfaction comme d'un phénomène simple. Mais il y a certainement plusieurs centaines de putréfactions diverses, ame- nées par dos microbes qui sécrètent des diastases difi'érentes, donnent lieu aux produits vitaux les plus variés, communiquent au liquide putride une réaction tantôt acide, tantôt alcaline, et ne peuvent se ressembler dans leur action sur les bacilles tuberculeux. Le moindre renseignement sur ce sujet eût singulièrement diminué notre embarras à choisir entre des affirmations rivales, 40 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Enfin, au sujet de l'influence de la dessiccation, M. Vnelsch constate que la virulence décroît lentement par une longue conservation à la température ordinaire, et plus rapidement à l'étuve. Sur ce point, pas plus que sur les autres, « il ne s'est révélé de différence bien sensible entre les bacilles spo- rifères et non sporifères, ce qui revient à dire que la ténacité des bacilles tuberculeux non sporifères est assez grande ». Ce serait le cas de faire ici quelques réserves sur ce qu'on appelle spores dans le bacille tuberculeux, mais comme cette question, dans le Mémoire de M. Voelsch, est plutôt visée que traitée, nous attendrons une autre occasion pour l'étudier avec le soin qu'elle mérite. Dx. Th. Kitt. — Recherches sur le rouget des porcs et son inoculation. Centralbl. Bacteriol. u. Parasit., t. II, 1887, p. 693. Le Mémoire de M. Kitt, résumé d'autres Mémoires plus étendus, publiés dans d'autres recueils ', touche à une foule de points. Nous ne parlerons que de ceux qui sont d'un intérêt général et sur lesquels M. Kitt apporte des notions nouvelles. Ce sont surtout les questions d'atténuation qu'il a étudiées, et sur les- quelles il se trouve en contradiction avec ce qu'on croyait savoir déjà. M. Pasteur avait montré que, par des passages successifs au travers du pigeon, la virulence du bacille du rouget s'exalte vis-à-vis du porc, qu'elle s'atténue, au contraire, par des passages successifs au travers du lapin. M. Kitt n'a pas pu observer ces variations de virulence, et se demande comment on a pu les observer ailleurs. La durée de l'incubation et celle de la maladie étant très courtes avec les petits animaux, chez lui, souris, pigeons et lapins périssent également vite, qu'on les inocule avec le premier vaccin Pasteur contre le rouget, qui doit ne renfermer que des bacilles atténués, avec le second vaccin ou avec du rouget de porc. Les souris meurent entre i et 4 jours, les pigeons entre 3 et 6 jours. Il y a pourtant là une marge assez notable pour mettre en évidence des effets d'atténuation. Il n'a pas été plus heureux dans l'étude de l'atténuation par des ino- culations en série. Avec les souris, il n'a pu resserrer entre des limites plus précises que celles de 1 à 3 jours les durées d'évolution du microbe i. Nous profitons de l'analyse du travail de M. Kitt sur le rouget pour donner la bibliographie complète du sujet, depuis la découverte du bacille : Pasteur et ThuilUer, sur le rouget ou mal rouge des porcs, C.-Rendus, 1883, t. XCXV; Bull, de l'Ac. de méd., 1883, n" iS. Loeffler. Recherches expérimentales sur le rouget. Arb. a. d. k. R. G. A.. 1885. t. I. Schulz. Arch. f. wiss. und prakl. Thierheilk. Berlin, d88o, t. XI; et 1886, t, XII; et Arbeiten a. d. k. R. G. A., 1880-86. Lydtin et Schottellus. Le rouget des porcs. Weisbaden, 1883. Cornevin. Première étude sur le rouget du porc. Paris, 1885. Baillet. Recherches sur le rouget. Recueil de méd. vét., 1884. T. Kitt. Recherches sur le rouget des porcs et sou inoculation. Jnlircsbericht d, bayer. Thierzarzneisch, 1886. — Oesterreich. Revue f. Thierheilk., 1886. REVUES ET ANALYSES. 41 inoculé. Avec les pigeons, les résultats de l'inoculation on série ont été plus réguliers : la imu-t survenait d'ordinaire au bout de 3-i jours. L'ino- culation se faisait à chaque fois à la lancette, trempée dans le sang du pigeon qui venait de mourir, et avait lieu sous la peau du grand pectoral. La quantité de virus inoculé était ainsi très faible, et la mort eût sûrement été plus rapide si on en avait inoculé davantage. Mais s'il y avait eu une diminution de virulent-e, elle aurait dû apparaître, pense M. Kitt, dans la série de 30 pigeons inoculés, et on n'en trouvait trace, ni dans la durée d'évolution de la maladie, ni dans les résultats de l'inoculation de ces virus de passage du pigeon à la souris ou au lapin, qui mouraient aussi vite que lorsqu'on les inoculait avec du rouget de porc. Avec les lapins, la contradiction est encore plus marquée et plus curieuse. M. Pasteur a montré, comme on sait, que dans le passage au travers du lapin, la virulence du bacille du rouget décroît vis-à-vis du porc, mais croit vis-à-vis de cet animal qui, dans des inoculations en séries, périt de plus en plus vite. M. Cornevin a trouvé le même résultat. M. Kitt con- firme la décroissance de la virulence vis-à-vis du porc par le passage au travers du lapin, et a même réussi à conférer l'immunité à un porc par l'inoculation d'un bacille ayant traversé une seule fois l'organisme d'un lapin; mais il trouve, chose plus imprévue, que le transport du bacille de lapin à lapin ne peut se faire au delà de deux fois de suite, et que d'ordinaire, après une première génération « sa virulence est tellement afïaiblie qu'une nouvelle inoculation sur le lapin est impossible ». L'impossibilité rencontrée par M. Kitt tient peut-être à son mode opéra- toire. Le sang des lapins contient très peu de microbes, et l'insuccès des ■transplantations successives à la pointe de la lancette tient peut-être à cette circonstance. M. Kitt eût sans doute obtenu d'autres résultats s'il avait inoculé ses animaux en série avec un fragment de rate broyée. Chercher, comme il le fait tant sur ce sujet que sur d'autres, l'explica- tion des différences entre ses résultats et ceux des savants qui l'ont précédé, dans l'impureté possible des cultures en milieux liquides en usage au labo- ratoire de M, Pasteur, c'est porter contre ce mode de culture une accusation sans preuves. Comment admettre que, depuis 1882, on conserve au labora- toire de M. Pasteur des cultures de rouget, donnant l'immunité aux porcs auxquels on les inocule, si ces cultures étaient impures à l'origine. N'est-il pas évident que, dans cette longue série de cultures en milieux liquides, cette impureté aurait fini par disparaître ou dominer, et que ces cultures auraient en ce moment des propriétés toutes différentes de celles qu'elles possédaient autrefois? La condition de perpétuité dans les cultures et de la préparation indéfinie des vaccins est précisément leur pureté absolue. Ce n'est pas d'ailleurs la première fois, et ce ne sera sans doute pas la dernière qu'on trouvera exprimée, dans des Mémoires étrangers, la pensée que la culture en milieux liquides n'assure pas la pureté autant que la cul- ture sur milieux solides. Ainsi M. Pasteur n'aurait jamais connu, à l'état pur, les ferments alcooliques et le ferment lactique ; Raulin, ÏAspergillus niger; Van Tieghem, le ferment de l'urée, pour ne parler que des premiers qui ont suivi M. Pasteur dans les voies nouvelles qu'il avait ouvertes. L*C'^ y*' \\ ■- ■ 'ti'"' i i 42 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. culture sur milieux solides a été un grand progrès, mais dédaigner tout ce qui ne vient pas d'elle est ou une prévention, contre laquelle l'expérience proteste, ou une prétention, amusante comme toutes les prétentions, et qu'il faut laisser passer, en la saluant d'un sourire. Pour le microbe du rouget, en particulier, la figure la plus exacte qui en ait été tracée est une pho- tographie du D'' Roux, que tout le monde a pu voir, en 1884, au labora- toire de M. Pasteur, qui a été présentée, en 188S, à la Société de Biologie, et publiée dans le premier volume des Annales. Le Mémoire do M. Kitt contient, en outre, le résultat de ses études sur le mode de propagation du rouget. Il trouve queles excréments des animaux souffrant de cette maladie (souris, pigeons, porcs) sont extrêmement infec- tieux, qu'une putréfaction de quelques jours leur laisse leur virulence, mais qu'ils la perdent assez vite par la dessiccation. On n'est pas encore bien fixé sur les espèces domestiques qui peuvent contracter le rouget. M, Pasteur dit que les moutons sont dans ce cas, et Lydtin dit la môme chose, avec réserve, il est vrai, pour les bœufs. MM. Gor- nevin et Herbet contredisent ces deux assertions. M. Cornevin a constaté aussi l'état réfractaire du mulet, de l'âne, du chien, du chat et du cobaye, de la poule, de l'oie et du canard. M. Kitt confirme quelques-unes de ces conclusions, mais il y ajoute que le mulot [Waldmaus] est aussi indemne, ce qui est un argument à ajouter à ceux qu'ont avancés MM. LoefTler et Schutz, pour établir l'identité entre le microbe du rouget et celui de la sep- ticémie de la souris, qui, pathogène pour la souris blanche et la souris grise, ne l'est pas pour la souris des champs. Cette question d'identité ne nous paraît pas aussi démontrée que le pense M. Kitt. Mais ce n'est pas le moment d'aborder cette question. Dx. J. PoELS. Les microcoques du coryza contagiosa dos chevaux. Fortschritte d. Medicin, t. VI, 1888, p. 4. M. Poels désigne sous le nom de glande [Druse), une affection conta- gieuse du cheval, identique sans doute à ce que nous nommons gourmes en France, et qui se caractérise par une hypersécrétion delà muqueuse respi- ratoire, souvent suivie d'un gonflement et d'une formation secondaire d'ab- cès dans les ganglions lymphatiques de la région. L'inflammation est d'ordinaire bornée aux narines et à l'arrière-gorge, mais elle peut aussi gagner le larynx, les voies respiratoires, les sinus maxillaires et frontaux. C'est une maladie très redoutée, parce que, dès qu'elle a pénétré dans une écurie, elle s'étend sur presque tous les chevaux, tuant les jeunes, et arrêtant les animaux de travail. Quelle que soit la forme affectée par cette maladie, M. Poels a toujours trouvé, dans le mucus nasal ou le pus des glandes des chevaux qu'il a étudiés, un micrococcus, tantôt en articles isolés, tantôt en paires, tantôt en chaînettes de 3, 4 ou 5 articles. Les chaînes ne sont jamais très longues. REVUES ET ANALYSES. 43 Ce cocciis est iniid iiii un pmi ;ill()ngp, ol dans vo cas il iimiitrc, quand il est en voie de division, deux pôles plus fortement colorés, en forme de demi-sphère, en contact par leur surface plane. C'est là le début de la multiplication. Les deux mntiés du coccus s'arrondissent ensuite, s'allon- gent à nouveau et se multiplient ainsi. La plupart de ces coccus sont entourés d'une enveloppe non colorable, mais ils ne l'emportent pas avec eux dans tous les milieux de culture. Sur la i^élatine ou la gélose, on n'observe aucun développement super- ficiel. Sur la gélatine, il ne se forme sur la piqûre que des colonies isolées. Dans le bouillon, il n'y a qu'un trouble léger au-dessus d'un abondant dépôt de fond. C'est sur le sérum du sang de cheval que le coccus se développe le mieux, à la condition que ce sérum ne soit pas trop fortement coagulé. Quand il est encore à moitié gélatineux, il s'y forme des colonies mu- queuses, demi-transparentes, qui ressemblent à de petites gouttelettes d'eau superficielles. Quand on les touche avec un fil de platine, on s'aperçoit qu'elles sont un peu visqueuses, mais cela ne les empêche pas de couler le long de la surface si on incline le tube de sérum qui les nourrit. Le coccus y pousse aussi dans la profondeur. Dans ce milieu, il montre, lorsqu'on le traite par une solution de violet de gentiane, une belle capsule colorée, et quelques-unes de ces enveloppes ressemblent beaucoup à celles du microbe de Friedlaender. On les trouve non seulement autour des articles isolés, mais entourant aussi les chaînettes. <( On trouve quelquefois des capsules dans lesquelles on ne voit aucun coccus, et qui apparaissent alors parfaitement homogènes, ou présentent à la place que devraient occuper les coccus des parties brillantes qui ont tout à fait la forme de coccus. » Il ne s'agit sans doute, dans cette description, que d'un effet de mise au point. Si l'enveloppe et ce coccus sont inégalement réfringents, on doit, suivant les cas, voir le coccus clair sur un fond gris ou le coccus noir sur un fond clair. Sur la gélatine, la gélose et le bouillon, les capsules disparaissent pour reparaître si on reporte la culture sur le sérum de sang. Ce coccus est pathogène pour la souris, le lapin et le cobaye. Son inocu- lation sous-cutanée à la souris provoque un gonflement et une infiltration séreuse du tissu conjonctif. Parfois, ce gonflement et cette infiltration gagnent de proche en proche, et sont suivis d'une infection générale qui amène la mort à bref délai. On retrouve le coccus non seulement dans l'in- filtration séreuse du tissu conjonctif, mais encore dans le foie et la rate de la souris morte. Mais ces cas aigus sont rares. D'ordinaire il se forme au point d'injection des foyers purulents, avec métastases dans le foie et ail- leurs, qui gardent longtemps le microbe à l'état vivant. Ce qui est plus important que ces inoculations sur la souris, c'est que M. Poels a pu infecter à l'aide de son coccus deux chevaux bien portants. Sur l'un on a injecté, dans le larynx une culture de S*-' génération du coccus dans du bouillon. L'animal a eu l'inflammation de l'arrière-bouche et le gonflement des ganglions supérieurs. Sur un poulain âgé de 30 mois, on a injecté dans les cavités nasales, 44 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. après y avoir fait quelques piqûres, une culture de 60 génération sur du sérum de sang de cheval, mélangée à iO grammes de bouillon. En même temps, on inclinait la tète de l'animal, de façon à amener en contact le liquide d'inoculation avec la muqueuse du nez et de l'arri ère-bouche. Ce poulain présenta le coryza caractéristique avec gonflement et formation d'abcès dans les ganglions du cou. Dans le mucus nasal et le pus des gan- glions on retrouvait le coccus. Il semble donc qu'il n'y ait pas de doute à avoir sur la question de cause. Dx. J. .Iadassohn. Sur la connaissance du rouge de choléia. Breslauer Aertzl. ZeiUchr, n^s 10 et 17, 1887. L'article de M. Bujwid, qu'on trouvera dans les Mémoires originaux de ce numéro des Annales, résume bien l'état actuel de la science au sujet du choléra-roth ou rouge de choléra. Ce rouge est une combinaison d'indol et d'acide azoteux que l'on obtient plus hâtive etplusabondante avec le bacille du choléra qu'avec d'autres bacilles très analogues à celui du choléra pour leurs formes ou leurs propriétés, parce que le premier développe à la fois, dans les cultures, l'indol et l'acide azoteux nécessaires à la formation du choléra- roih. Il y a des bacilles qui ne produisent que de l'indol, et qui ne donnent, dès lors, la réaction rouge qu'avec un acide souillé de produits nitreux.Le bacille de Finkler-Prior donne à la fois de l'indol et un nitrite, et pourrait être confondu avec le bacille du choléra s'il n'était toujours, sous ce point de vue, beaucoupen retard sur lui. Le bacille du choléra est donc jusqu'ici le seul qui puisse, dès les premièies heures après l'ensemencement, donner la réaction du choléra-roth, qui se trouve être ainsi caractéristique pour lui, à la condition de faire intervenir la question de temps. En dehors de sa valeur pratique, cette réaction a une importance géné- rale; elle peut servir à caractériser la présence de l'indol, c'est-à-dire d'une substance qui, comme le scatol, le glycocoUe, la leucine, la tyrosine, est un des produits de dislocation de la matière azotée dont se nourrissent certains microbes. Nous ne savons pas encore grand'chose sur la forma- tion de ces substances, dont le rôle nous apparaît pourtant de plus en plus comme capital dans l'histoire des relations d'un microbe avec l'animal envahi. On avait été conduit peu à peu à attribuer à ces produits d'éli- mination du microbe quelques-uns des symptômes de la maladie ou de la mort à laquelle il préside. Le remarquable travail de M. Roux, inséré dans le dernier numéro de ces Annales, non?, les montre en action dans les questions de vaccination ou d'immunité. 11 n'est donc pas inutile d'insister un peu sur cette réaction du choléra-roth, et nous allons profiter pour cela d'un Mémoire fait par M. Jadassohn à l'instigation de M. Neisser, et dans lequel nous trouvons, en outre de la confirmation de faits antérieurement connus, quelques nouveaux résultats appartenant à l'auteur. Il débute par un court historique de la question. C'est Poehl qui a découvert en 1886 ' la coloration rouge des cultures de bacilles du choléra sous l'in- i. Bar. d. d. chem. Gesell.,t. XIX, p. 1163. REVUES ET ANALYSES. 43 fluencedes acides. Cette réaction, oubliée, fut retrouvée l'année suivante par 0. Bujwid ', et étudiée : par Brieger- d'abord, qui l'envisagea surtout au point de vue chimique, puis par Dunham ^ qui a surtout recherché les con- ditions dans lesquelles elle se produit. Ce sont ces conditions que nous allons résumer en prenant pour base le travail de Dunham et celui de M. Jadassohn qui le complète à divers égards. Ces conditions peuvent se résumer sous les chefs suivants : a. Nature de l'acide. — L'acide nitrique, l'acide chlnrhydrique recom- mandé à juste titre par Bujwid, et l'acide sulfurique employé par Dunham et Brieger ne sont pas les seuls à pouvoir donner la réaction On l'obtient aussi en traitant la culture de bacilles du choléra par les acides bronihy- drique, phosphorique, tartrique, lactique, oxalique, mais non par les acides acétique et formique. Ce sont les trois premiers acides qui valent pourtant le mieux, et parmi eux l'acide chlorhydrique qui ne jaunit pas la préparation comme le fait l'acide azotique, ou ne la noircit pas comme le fait quelquefois l'acide sulfurique. b. Nature du milieu. — Dunham avait trouvé que la réaction était beau- coup plus prompte et plus belle quand le milieu nutritif contenait de la pep- tone. D'après Jadassohn, on l'obtient encore, mais dans un temps un peu plus long, et avec une intensité un peu plus faible, avec des milieux albumineux ne contenant pas de peptone, tels que ceux qu'on obtient en stérilisant à la chaleur une solution très étendue d'albumine d'oeuf, ou bien encore en se servant de sérum de sang. Avec le lait ou le bouillon de veau, les bacilles se développent très bien, mais la réaction ne réussit plus. Il en est de même avec des cultures dans l'eau ou dans l'eau gélatinisée, qui se font assez bien, comme on sait, mais ne se colorent pas par l'acide chlor- hydrique. Avec une culture de gélatine-peptone ou de gélose-peptone, au contraire, huit à dix heures après l'ensemencement, on peut, en versant de l'acide chlorhydrique à la surface, voir une teinte rouge qui, d'abord confi- née dans les couches supérieures occupées par les microbes, descend peu à peu jusqu'au bas du tube, dans la portion qu'ils n'ont pas encore envahie. La matière qui donne cette couleur est donc une substance diffu- sible. L'ensemble de ces résultats est assez d'accord avec ce qu'on aurait pu prévoir d'avance, en sachant que l'indol est nécessaire à la réaction. Cet indol est un dérivé encore assez compliqué de la matière albuminoïde. On comprend donc que les bacilles du choléra en fabriquent aux dépens de l'al- bumine ou des peptones qui en sont très voisines, mais n'en fournissent pas avec les matériaux du bouillon ou les matières organiques qu'ils trouvent dans l'eau. On comprend aussi qu'ils mettent plus de temps à arriver à cet indol avec l'albumine d'oeuf qu'avec les peptones beaucoup plus assimilables. 1. Une réaction chimique des bacilles du choléra. Zeitschr. f. Hijg., 1887, p. 82. 2. Sur le tétanos traumatique, avec des remarques sur le rouge de clioléra Deuts. méd. Wochenschr, -1878, n"^ io et 22. 3. Sur la réaction chimique des bactéries du choléra. Zeitschr. f. Hyg., 1887, t. II, p. 337. 46 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. c. Présence de l'oxygène. — Le bacille du choléra n'a pas uii besoin absolu d'oxygène. Quand on lui ménage l'air, il pousse seulement un peu plus lentement. Il se multiplie par exemple assez bien dans un milieu nutritif recouvert d'une couche d'huile, mais même après plusieurs semaines, il ne donne aucune réaction de choléra-roth. Ceci est plus inexplicable. La for- mation d'un nitrite, nécessaire pour cette réaction, ne peut s'accomplir que dans un milieu réducteur, et, à priori, il semblerait au contraire que c'est quand le bacille est privé d'air qu'il doit donner la réaction la plus intense. d. Pureté des cultures. — Quel effet peut produire le mélange dans une culture du bacille du choléra avec une espèce différente? Pour étudier cette question complexe et délicate, M. Jadassohn emploie l'ingénieux procédé suivant. Il stérilise une culture de bacille du choléra donnant la couleur rouge avec les acides, y ensemence un autre microbe, et constate après deux ou trois jours que ces cultures ne se colorent plus avec les acides chlorhy- drique et sulfurique, mais prennent leur ancienne teinte avec l'acide nitrique. Il a pu faire cette constatation avec plusieurs microbes qui, eux-mêmes, en cultures isolées, ne se colorent pas par l'acide nitrique. On obtient le même résultat en faisant des cultures simultanées de bacille du choléra et d'autres microbes. L'auteur semble vouloir conclure que la coloration par l'acide nitrique ne peut pas être assimilée à celles que donnent les acides sulfurique et chlorhydrique. Mais on peut aussi s'expli- quer ces résultats en admettant que le microbe ensemencé avec le bacille ou après le bacille détruit les nitrites qui rendent possible la réaction par les acides chlorhydrique et sulfurique, et que réintroduit l'acide nitrique ajouté. A cette question de la pureté des cultures vient se rattacher celle de savoir si le choléra-roth est, ou non, caractéristique des bacilles du cho- léra. Sur ce point, M. Jadassohn est d'accord avec M. Bujwid, au travail duquel nous renvoyons. Quant à savoir s'il y a beaucoup d'espèces capables de communiquer à leurs milieux de culture la propriété de rougir sous l'influence de l'acide nitrique ou d'un mélange d'acide nitrique etd'un autre acide fixe, c'est une question qui est encore trop peu élucidée pour que nous croyions devoir l'aborder ici. Dx. A. Gelli. Quelques-unes des propriétés du virus rabique, Bull. d. IL. Ace. med. di Roma, fasc. 8, 1886-1887. La municipalité de Palerme a récemment créé une station de vaccina- tion antirabique dans laquelle A. Celli a étudié le degré de résistance du virus rabique vis à-vis de certains agents. Ses expériences confirment quelques-uns des résultats déjà connus depuis les classiques travaux de M. Pasteur (insensibilité au froid, sensibilité à la lumière) et en ajoutent d'autres dont voici le résumé : La virulence d'une émulsion de moelle rabique disparaît après une heure passée à 50° et après 24 heures à 4So. Elle résiste à un froid de — 16° à — 20" pendant environ 30 heures, à 60 heures de séjour dans de l'air comprimé REVUES ET ANALYSES. 47 à 7 ou 8 atmosphères, tandis qu'elle est détruite après une exposition de 14 heures à la lumière, la température maximum de l'air au voisinage ayant été de 37", et après une exposition de 24 heures, mais dans laquelle l'éprou- vette contenant l'émulsion de moelle était contenue dans un vase plein d'eau qui a atteint la température maxima de 35». Pour essayer l'efficacité de certains agents chimiques, on a renoncé à l'inoculation sous la dure-mère, trop rapidement mortelle, et on a choisi la voieintrapéritonoale, après avoir constaté que 10 lapins, inoculés par celte voie, sont tous morts de rage paralytique après une période d'incubation qui, pour neuf d'entre eux, a été de 10 à 20 jours, et de 35 pour le dernier. On a ainsi constaté l'inactivité complète de l'émulsion de moelle dans une solution de sublimé à 1 p. iOOO, injectée aussitôt faite, de l'émulsion dans une solution dliypermanganate de potasse à 2,5 p. 4000 et d'alcool à 50 et à 90 degrés, injectées après 24 heures. L'émulsion dans de l'alcool à 25», inoculée après 24 heures et après 3 jours, donne la rage après des périodes d'incubation qui sont respectivement de Set de 10 jours; inoculée après 5 jours, elle s'est montrée inactive. L'alcool à 45 degrés n'a pas altéré la virulence après un contact de 7 jours. Enfin une émulsion rendue nettement acide aux papiers réactifs à l'aide de 4 ou 2 gouttes d'acide acétique, ou nettement alcaline avec un petit cristal de carbonate de soude, s'est montrée inoffensive, bien qu'inoculée en volume de 5" dans la cavité abdominale de deux lapins. Dx. INSTITUT PASTEUR RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES SUR LES PERSONNES TRAITÉES DU l*' AU 31 DÉCEMBRE 1887. Personnes traitées mortes de maladies non déterminées. Valla, Claude, 35 ans, de Salettes, commune de Sainte-Foy, Haute-Loire, mordu le 8 novembre par son chien, reconnu enragé par M. Gire, vétérinaire. Trois morsures, l'une sur le bord interne de la main, près du petit doigt, les deux autres à la paume de la main. Toutes ont saigné et ont été cautérisées superficiellement au fer rouge. Traité du d3 au 27 novembre. Le 17 décembre, Valla, après avoir beaucoup travaillé dehors par un temps très froid, a été pris du mal de g'org'e avec difficulté d'avaler, il souffrait d'une dyspnée très forte. Ces symptômes disparurent complètement après l'application de sinapismes. Le lendemain Valla paraissait remis, lorsqu'il tomba en syncope et mourut subitement, le 20 décembre. Valla n'a été vu par aucun médecin, les renseignements précédents ont été fournis par le maire du Ghambon. 48 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. INSTITUT PASTEUR STATISTIQUE ' DU TRAITEMENT PRÉVENTIF DE LA RAGE. — DÉCEMBRE 1887 Morsures à la tète et à la figure simples . . multiples. CautéJ'isations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation ,, • ( simples... Morsures aux mamsj ^^J-^^^^^ Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mem-j simples bres et au tronc \ multiples.. . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu Morsures multiples en divers points du corps Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu Tn+oiiv^ ) Français et Algériens, lotaux. ^ Etrangers ■il 3) 11/ 1%) 9» 3* 35/. 4 I A 39 3/ 2i 8«) Total général 64^ I B 1.12 SH %» 93 3| 1) 4 lO « a 7) i. Pour l'interprétation des termes et la signification des diverses colonnes du tableau, se reporter aux statistiques précédentes, p. 9o, 143 et 207, t. I. Les animaux mordeurs ont été : Chiens, 126 fois; chats, 6 fois. Le Gérant : G. Masson. Sceaux. — Imprimerie Charaire et fils. grae ANNEE. FÉVRIER 1888. N" 2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR mmmî contre le charbon symptomatiqie conférée PAR DES SUBSTANCES SOLUBLES, Dans le numéro de décembre 1887 de ces Annales^ nous avons montré, M. Chamberlandetmoi, qu'il est possible de donner aux cobayes l'immunité contre la septicémie aiguë en leur injec- tant des quantités suffisantes de sérosité septique ou de culture de vibrion septique, complètement dépourvues d'org^anismes vivants. Après avoir fait cette preuve pour la septicémie, il était naturel de la tenter pour le charbon symptomatique. Ces deux maladies sont en effet très voisines ; les microbes qui les causent sont tous deux anaérobies, et les lésions qu'ils produisent dans les muscles et le tissu cellulaire des animaux sont très analogues. MM. Arloing-, Cornevin et Thomas, auxquels nous devons presque toutes nos connaissances sur le charbon symptomatique, ont montré que cette affection ne récidive pas d'ordinaire, et que l'on peut conférer l'immunité contre elle par des inoculations préventives devirus atténués '.De plus, le charbon symptomatique est inoculable aux cobayes, ce qui fait qu'il est facile d'expéri- menter sur cette maladie. Les savants expérimentateurs de Lyon ont découvert que le 1. Voir le Charbon symptomcUique du bœuf, par ;\I.\I. Arloing, Coroevia et Thomas, 2" édition, 1887. 4 50 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. charbon symptomatiqnc est causé par un microbe spécial bien diflerent de celui de la fièvre charbonneuse, et auquel ils ont donné le nom de Bacterium Chauvœi. Cet organisme micros- copique se rencontre surtout dans les tumeurs musculaires qui caractérisent cette espèce de charbon, et dans l'œdème qui les entoure. Il s'y trouve sous forme de bâtonnets mobiles, souvent munis d'une spore à une des extrémités. Les bacilles sporulés ont parfois la forme d'un battant de cloche : ces apparences rappellent celles du vibrion septique, mais le Bacterium Ghauvœi se dislingue nettement par son action sur les animaux. Il est inofîensif pour le lapin, les poules, le cheval, le porc, qui sont tués par le vibrion de la septicémie. Le microbe du charbon symptomatique se cultive à l'abri de l'air dans le bouillon de poule et de veau légèrement alcalins '. Ses germes périssent lorsqu'on les maintient pendant 10 minutes à une température humide de 100°. Le bœuf et le mouton sont les animaux qui prennent le plus facilement le charbon bactérien ; le cobaye présente plus de résistance à la maladie; il ne meurt pas toujours à la suite des inoculations faites avec la pulpe de tumeur charbonneuse. MM. Arloing-, Gornevin et Thomas ont fait connaître un mode d'inoculation qui amène toujours la mort des cobayes. Pour obtenir ce résultat, il suffit de délayer le virus dans une solution d'acide lactique au 1/5°. Avec ce moyen d'épreuve, on n'a pas à craindre de soumettre les animaux à des inoculations inefficaces et de voir résister les cobayes de contrôle. Lorsqu'on injecte dans la cuisse d'un cobaye le virus du charbon bactérien délayé dans la solution lactique, le membre ne larde pas à gonfler, à devenir chaud et douloureux. Il ne peut servir d'appui à l'animal, qui devient triste, hérissé, et meurt souvent en moins de 24 heures. A l'autopsie le muscle dans le- quel on a fait l'injection est rouge, gonflé, friable, les fais- ceaux musculaires sont dissociés par des gaz et des épanchements sanguins ; un œdème rougeâtre s'étend dans le tissu cellulaire sous-cutané. Le Bacterium Ghauvœi se trouve en abondance dans le muscle, l'œdème, la sérosité du péritoine ^. 1. Voir, pour ce qui coucerne les caractères et la physiologie du Bacterium Cbauvœi, le remarquable travail de MM. Arloiûg, Coruevin et Tiiomas. 2. Voir Arloing, Coruevin et Thomas, loc. cit. CHARBON SYMPÏOMATIQUE. 51 La marche suivie dans celte étude est la même que celle qui a été exposée dans le Mémoire que nous avons publié en commun avec M. Chambcriand sur le vibrion septique. Pour donner aux cobayes l'immunité pour le charbon symptomalique, nous leur injectons, dans le péritoine, de grandes quantités de culture du Bacterium Chauvœi, après avoir tué dans le liquide tout élément vivant par le chauffage à 115°, ou encore après avoir séparé tous les microbes par la filtration sur porcelaine. Toute expérience dans laquelle on n'a pas la certitude absolue qu'aucun élément vivant n'a pu intervenir pour produire l'immu- nité ne saurait avoir de valeur pour la démonstration qui nous occupe. G'estpourquoi nouspratiquonsla stérilisation des liquides de culture à lio° dans l'autoclave. Ce procédé est assurément brutal et peut faire perdre aux substances vaccinales leur activité ; aussi, avons-nous choisi, pour établir la possibilité de la vaccina- tion par produits solubles, des maladies comme la septicémie pour laquelle la matière vaccinale est résistante à la chaleur. Les cultures du charbon symptomatique dans le bouillon de veau sont chauffées, aprèslo jours de séjour à l'étuve, dans l'au- toclave à 115°. Le liquide ainsi stérilisé est injecté dans la cavité péritonéale des cobayes à la dose de 40 cent, cubes, comme nous l'avons décrit dans le n° 12 de ces Annales {V année). Ces injec- tions sont répétées trois fois, à deux jours d'intervalle. Les ani- maux ainsi préparés résistent, le plus souvent, à l'inoculation, faite dans les muscles de la cuisse, avec 1/5 de centimètre cube de virus du charbon symptomatique délayé dans l'acide lactique au 1/5° ; tandis que les animaux témoins inoculés en même temps succombent quelquefois en moins de 24 heures. Nous citerons ici, à titre de renseignements, une de nos expériences. Expérience. — A4 cobayes on injecte en 3 fois dans la cavité périlonéale 120 cent, cubes d'une culture du charbon symptomatique stérilisée àMoo ; à 4 autres cobayes on injecte, dans le péritoine, on 3 fois, 120 cent, cubes de bouil- lon pur. Trois jours après l'injection, tous ces cobayes sont inoculés dans la cuisse avec 1/5' décent, cube du liquide obtenu en délayant de la poudre viru- lente * de charbon symptomatique dans la solution d'acide laeti([ue au 1/3*^ 24 heures après, 3 des cobayes qui ont reçu le bouillon [tur sont morts, 1. Voir le livre de MM. Arloiag, CornevinetTtiomas, pour la préparation de la poudre de charbon symptomatique. 52 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. le quatrième succombe 30 heures après l'inoculation. Les cobayes préparés ont eu un petit gonflement de la cuisse qui s'est rapidement dissipé, ils sont restés en bonne santé. Dans celle expérience, les cobayes de contrôle avaient reçu dans le périloine un volume de bouillon pur égal au volume de cullure stérilisée employée pourla vaccination des autres cobayes. Il nous a paru nécessaire de nous assurer que le bouillon n'avait pas par lui-même d'action préservatrice. Parmi les substances que l'eau extrait des muscles, il pourrait s'en trouver d'ana- logues à celles produites par l'action des microbes, et qui seraient, elles aussi, capables de donner aux animaux un certain degré d'immunité. Dans l'étal d'ignorance oii nous sommes sur la nature de ces substances vaccinales, il n'est pas déraisonnable de faire une semblable supposition. Il est évident que la quantité de culture injectée, nécessaire pour produire l'immunité, varie avec les animaux et surtout avec les cultures, qui peuvent être plus ou moins actives. Aussi, dans ces expériences, est-il préférable de préparer en une fois de grandes quantités de cultures, pour ne pas avoir à déterminer à chaque nouvel essai l'activité des liquides que l'on emploie. Comme nous l'avons vu pour les cultures de vibrion septique, la température de 115° paraît aussi modifier les sublances actives des cultures de charbon symplomatique. Les liquides filtrés sur porcelaine paraissent mieux agir que ceux qui ont été chauffés. Il est à remarquer que les cobayes auxquels on injecte les cul- tures stérilisées de charbon bactérien sont moins affectés que ceux qui reçoivent les cultures de vibrion septique privées de microbes, comme si les premières ne contenaient pas des pro- duits aussi toxiques pour eux que les secondes. Cette différence est encore plus marquée quand on emploie la sérosité du charbon symplomatique comparée à la sérosité septique '. La sérosité septique filtrée, injectée à la dose de 20-' dans le péritoine d'un cobaye, le fait mourir rapidement ; i. Pour préparer cette sérosité, uous enlevons sur les cobayes qui soûl morts du charbon symptomatique les muscles et le tissu cellulaire œdéinatié où le microbe s'est développé. Ces parties sont divisées dans une petite machine à hacher, macérées dans la moitié de leur poids d'eau et pressées. Le liquide qui s'écoule est filtré sur porcelaine. On obtient ainsi une sérosité rougeâtre, alcaline, alburaineuse, qui peut se conserver sans altération. CHARBON SYMPTOMATinUE. 53 une semblable quanlilé de sérosité de charbon symptomatique, privée de microbes, rend le cobaye malade, mais ne le tue pas. II est facile de rendre les cobayes réfractaires au charbon bactérien en leur injectant chaque jour, sous la peau, un centi- mètre cube de sérosité filtrée. Au bout de dix à douze injections, l'immunité est acquise, On voit que la sérosité de l'œdème du charbon de Chaberl se comporte absolument comm) la sérosité seplique. (V. ces Aîmales, n" 12, t. I.) ExpÉHiENCK. — 4 cobayes reçoivent chaque jour, sous la peau, 1 cent, cube de sérosité de charbon symptomatique pendant 12 jours; 3 jours après, on les inocule dans le muscle de la cuisse avec de la poudre virulente délayée dans la solution lactique au l/S»^, en même temps que 3 cobayes neufs. 26 heures après, les 3 cobayes témoins ont succombé. Les cobayes qui ont reçu la sérosité sont bien portants, leurs cuisses sont un peu tuméfiées. Le gonfle- ment disparaît les jours suivants. Ce nouvel exemple de vaccinalionpar l'injection desubstances solubles présente d'autant plus d'intérêt qu'il se rapporte à une maladie qui se rencontre chez les animaux domestiques. Userait d'un très grand intérêt de répéter ces essais de vaccination sur le mouton et le bœuf. Le moment de les entreprendre sera venu lorsqu'on saura préparer les matières solubles vaccinales à l'état de pureté. Les ressemblances qui existent entre le vibrion septique et le Bacterium Ghauvœi nous ont conduit à chercher si les cobayes qui ont l'immunité pour la septicémie l'ont aussi pour le charbon symptomatique, et inversement si ceux qui ne prennent plus le charbon bactérien résistent à la septicémie. Les cobayes vaccinés pour la septicémie succombent au charbon symptoma- tique. Mais ceux qui ont été rendus réfractaires à cette seconde maladie résistent souvent à l'inoculation du vibrion septique. Cette vaccination d'une maladie par une autre nous paraît un point intéressant sur lequel nous reviendrons dans un pro- chain mémoire. DE L nnilMTÉ CONTRE LE YIRIS DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE CONFÉRÉE PAR DES SUBSTANCES SOLUBLES Par mm. A. CHANTEMESSE et FERNAND ^YIDAL. L'immunité contre une maladie virulente, conférée par les substances chimiques qui tirent leur origine des microbes, n'est pas une idée tout à fait neuve, mais à cette idée il manquait jus- qu'ici le fait nécessaire et suffisant : une démonstration expéri- mentale. Pour la première fois, dans le Mémoire de M. Pasteur sur le choléra des poules, celte idée se trouve nettement exprimée. M. Toussaint crut à tort qu'il tenait la démonstration de la vac- cination par des produits solubles, car le sang- charbonneux chaulTé à 55", s'il donnait quelquefois l'immunité, contenait des bactéridies vivantes. M. Chauveau attribua l'immunité des fœtus de brebis charbonneuses à des substances chimiques, et non à la pénétration des bactéridies dans leur sang. Les recherches de Straus et Chamberland, confirmées par celles de Koubassofï et d'autres savants, qui découvrirent la bactéridie vivante dans le sang- des fœlus de bêtes charbonneuses, enlevèrent aux expé- riences de M. Chauveau les qualités d'une preuve irréfutable. En 1886, Salmon rendit réfractairos au choléra Hoy des pigeons qu'il avait inoculés avec des cultures stérilisées du microbe de cette maladie. L'expérience était peu concluante, parce que le pigeon est doué d'une faible réceptivité pour ce virus, et que le procédé de vaccination appliqué aux porcs et aux autres mammifères échouait complètement. Récemment M. Gharrin fit voir que les lapins qui avaient reçu des cultures stérilisées du bacille de la pyocyanine de Gessard, sans contracter l'immunité, étaient plus résistants que les lapins non inoculés. IMMUNITÉ CONTRE LA FIÈVRE TYPHOÏDE. 55 Il manquait une expérience inattaquable qui montrât l'im- munité donnée à une espèce animale très sensible à un virus, au moyen des substances soliibles sécrétées par ce virus. Cette expérience et cette démonstration se trouvent dans le Mémoire que MM. Roux et Chamberland ont publié au mois do décembre 1887, dans les Amiales de Unstitut Pasteur, sur l'im- munité contre la septicémie. Ce travail iuaugure une ère nouvelle en bactériologie. Dans la médecine humaine, quel rôle jouent les substances solubles produites par les microbes pathogènes? Des travaux dans ce sens ont été publiés en France pour le choléra par M. Bouchard, en Allemagne pour la fièvre typhoïde par Brieger, Sirotinin, Beumer et Peipcr. Aucun auteur, à notre connaissance, n'a étudié expérimentale- ment, dans un but de vaccination, le rôle des substances solubles produites par le bacille typhique et séparées du virus vivant. Depuis plusieurs mois nous avons entrepris cette étude et nous en avions annoncé les résultats, en mai dernier, aux méde- cins qui suivent les cours pratiques du laboratoire de M. Cornil. Nous avions été amenés à cette recherche par un fait que nous avons mentionné dans notre Mémoire publié dans les Archives de physiologie au mois d'avril 1887. La culture du microbe d'Eberth, ensemencé par strie sur un tube de gélatine incliné, reste assez étroitement limitée aux points d'inoculation. Si au bout de quelques jours on enlève, sur un espace de 2 centimètres, les colonies qui se sont développées, et que l'on sème sur cette place mise à nu du bacille typhique très vivace, ce dernier ne s'y développe pas. La première culture a modifié au-dessous d'elle le milieu nutritif d'une façon assez puis- sante pour qu'il soit incapable de nourrir de nouveaux microbes de la même espèce. La gélatine semble en ce point « vaccinée ». Nous avons tenté de répéter l'observation en faisant l'expé- rience sur des animaux. 1° Les souris sont sensibles au virus tijphique Expérience. Trente souris blanches sont inoculées dans le péritoine avec 4 gouttes d'un bouillon peptonisé ensemencé depuis 3 jours avec du bacille typhique virulent pris sur une rate 56 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. humaine, et laissé à l'étuve à 37°. Au bout de 36 lieures, toutes les souris étaient mortes. L'intestin était rempli de diarrhée liquide, les plaques de Peyer un peu tuméfiées, la rate grosse. La rate et la moelle des os contenaient des bacilles typhiques. Cette expérience est semblable comme résultats à celles qui ont été publiées par Frankel et Simmonds, Seitz, Sirotinin, Beumer et Peiper, etc., et nous-mêmes. Tous les auteurs s'accor- dent sur ce point; le seul débat est le suivant : à quoi ont suc- combé ces souris? ont-elles péri par infection typhique ou par intoxication due à la ptomaïne produite par les bacilles dans le bouillon? Les uns admettent l'infection, les autres la rejettent. Ils disent qu'il est impossible d'assimiler cette maladie à celle de la fièvre typhoïde de l'homme. Sa marche est trop rapide. Nous croyons avec Frankel et Simmonds, Seitz, K. Kilcher, qu'il s'agit bien d'une infection. Tout d'abord, en pathologie comparée, on ne peut demander une similitude complète entre les symptômes présentés par l'homme et par les animaux atteints de la même maladie. Qui songe à exiger que le cobaye ait une pustule maligne quand il contracte le charbon de l'homme ? En second lieu, les produits solubles fournis par les bacilles qui vivent dans un bouillon sont, il est vrai, capables de faire^ périr les souris avec des symptômes, une période de maladie, et des lésions sensiblement pareilles aux précédentes, mais il faut pour cela inoculer une dose de bouillon 5 ou 6 fois plus forte. A dose ég'ale, minime, une culture stérilisée ne tue pas et une culture vivante tue. La cause immédiate de la mort, nous le concédons volontiers, ce sont les substances chimiques élaborées par le bacille, mais la dose de poison contenue dans deux gouttes de bouillon n'est suffisante qu'à condition que le microbe continue à vivre quelque temps dans le corps de l'animal pour y fabriquer l'appoint de la substance toxique nécessaire pour donner la mort. Or si le bacille vit dans le corps de la souris et y élabore des poisons, cela suffit pour dire qu'il y a infection. 2° Les souris qui ont été préalablement inoculées avec du bouillon privé de bacilles, mais dans lequel ont vécu des colonies typhiques, résistent au virus virulent. Expérience L — Le 20 mai 1887, 12 souris blanches re- çoivent dans le péritoine un demi-centimètre cube d'un bouillon T.MMUMTE CONTRE LA FIKVRK ÏYPIIOTDK. 57 ensemencé depuis 3 jours avec du bacille lyphique virulent, el laissé à 37°. Avant l'inoculation, le bouillon a été stérilisé à Tautoclave à 120*^ pendant dix minutes, et il est privé de tout germe vivant, ainsi qu'on s'en assure en semant un tube vierge. Le 21 mai, les animaux reçoivent une même quantité de culture vieille de 5 jours et stérilisée. Les 22, 23, 24 et 25 mai, l'inoculation intra-péritonéale de culture stérilisée est faite avec un 1/3 de cent, cube de bouillon ensemencé depuis 6, 7, 8 et 9 jours. Pendant le cours de ce traitement précipité, et difficile à sup- porter par des animaux de petite taille, 4 succombent, 8 souris, après avoir présenté des signes de malaise plus ou moins grands, reviennent à la santé. Le 30 mai, ces 8 souris traitées et 4 souris neuves sont in- jectées dans le péritoine avec un demi-centimètre cube de culture virulente développée depuis 3 jours à l'étuve et non stérilisée. Le 2 juin, les 4 souris neuves étaient mortes et présentaient à l'autopsie les lésions ordinaires. Les 8 souris vaccinées étaient toutes vivantes et paraissaient un peu malades. Une a succombé le 7 juin, une seconde le 29 juin. Leurs organes ne renfermaient plus de bacilles vivants. Plusieurs de ces animaux vivaient encore à la fin de décembre. Expérience IL — 5 souris blanches sont inoculées avec 1/4 de cent, cube de bouillon de culture typhique vieille de 3 jours, et stérilisée. Elles résistent toutes. 5 autres souris sont inocu- lées pour la première fois avec une culture de même origine, vieille de 9 jours et stérilisée. Vingt-quatre heures après, 3 souris avaient succombé sur les 5. Par conséquent la toxicité d'une culture typhique s'accroît avec la durée de cette culture pendant les premiers jours. Expérience IIL — Le 20 juin, 12 souris blanches reçoivent 1/4 de cent, cube d'une culture stérilisée vieille de 3 jours. Le 22, une même dose de culture vieille de 5 jours. Le 24, une même dose de culture vieille de 7 jours, et enfin, le 26, elles sont inoculées avec une culture vieille de 9 jours. Trois ont succombé pendant la durée du traitement. Le 1" juillet, les 9 souris traitées et 4 souris neuves sont inoculées dans le péritoine avec un 1/4 de cent, cube de culture typhique vieille de 3 jours, non stérilisée. 58 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Le 3 juillet, toutes les souris témoins avaient succombé ; une seule des souris traitées était morte. Deux autres moururent le 12 et le 20 juillet. Les survivantes restèrent bien portantes pendant plusieurs mois. ExpÉRiKNCE IV. — Le 5 janvier 1888, dix souris blancbes reçoivent dans le péritoine 1/4 de cent, cube d'une culture typhique vieille de 3 jours et stérilisée à l'autoclave. Le 6 janvier, une souris était morte Le 8 janvier les 9 survivantes reçoivent 1/4 de cent, cube d'une culture stérilisée vieille de 6 jours. Le 12, une des souris mourut. Le 23, 5 des souris traitées et 5 souris neuves reçoivent dans le péritoine deux gouttes d'une culture virulente vieille de 6 jours. Le 24, toutes les souris témoins étaient mortes. Le 25, une des souris vaccinées succombe. Les 4 autres con- tinuent à se bien porter. Des expériences précédentes il découle quelques faits. Les souris neuves résistent exceptionnellement k une dose déterminée de culture typhique virulente. Les souris traitées préventivement résistent dans la grande majorité des cas à la même inoculation. Elles doivent celte immunité à la seule pénétration dans leur organisme de principes chimiques solubles élaborés par les bacilles typhiques, La quantité de substance soluble contenue dans une culture croît avec l'âge de celle-ci. L'immunité n'appartient pas aux animaux pour quelques heures ; elle est susceptible de persister pendant un assez long- temps, encore indéterminé (Expér. IV). Quelle est dans nos expériences la dose suffisante de poison pour donner l'immunité à une souris, sans dépasser la résistance de celle-ci au poison? Quelle est aussi cette substance soluble? Nous avons étudié l'action physiologique de cette substance sans la connaître complètement, et nous n'avons pas déterminé le rôle d'un alcaloïde isolé dans les cultures typhiques par Brie- ger, sous le nom de Typhotoxine. Ce que nous pouvons dire cependant, c'est que la substance contenue dans les cultures, qui donne une notable immunité contre le microbe virulent, paraît bien être de celles que les bacilles fabriquent dans l'intérieur d'un liMMUMTK CONTRE LA FTÈVRE TYPTIOIDE. 59 organisme vivant. On peut en effet donner aux souris un degré d'immunité sensiblement égal au précédent, en les inoculant avec des doses extrêmement faibles d'abord, puis progressi- vement plus grandes d'un virus virulent. La vie du bacille dans leur organisme a peu à peu fabriqué la dose de poison qui suffit à donner l'état réfractaire. Mais dans la fièvre typhoïde comme dans toute autre maladie infectieuse, l'état réfractaire n'est presque jamais absolu. On peut bien théoriquement supposer une condition chimique de l'organisme qui rende impossible le début d'une culture d'un microbe, l'imprégnation par des produits solubles jouant cons- tamment le rôle d'un antiseptique. Reste à savoir si une pareille dose de substance toxique permettrait la vie normale des cel- lules. Mais d'ordinaire, l'immunité n'est pas absolue et doit être mesurée par un coefficient. Elle se compose en effet de deux facteurs d'importance variable suivant les cas : 1" la résistance des cellules ; 2° l'imprégnation par les produits de la vie d'un microbe; on conçoit que si l'un quelconque de ces facteurs vient à faiblir, les causes qui empêchaient le début d'une culture disparaissent, et l'immunité fait place à la maladie. Les substances qu'on injecte à des animaux aussi fragiles que des souris, sont pour elles des poisons violents, et nous ne pouvons qu'approximativement indiquer les doses utiles et celles qui dépassent le but. De plus, notre méthode d'inocula- tion intra-péritonéale d'une quantité de liquide relativement considérable, est quelque peu brutale et dangereuse. Toutes ces raisons font comprendre que le chiffre des animaux qui survivent ou qui succombent peut être un peu variable, suivant la virulence des cultures et la main de l'expérimentateur. Mais ce qui ne change pas, c'est le sens général du phénomène que nous avons constaté : une dose de culture typhique qui lue invariablement des souris saines, ne tue pas dans la grande majorité des cas les souris qui ont absorbé préventivement des produits solubles non vivants élaborés par le bacille typhique. Celles-ci ont acquis l'immunité. DE L'ACTION DE QIELQIES ANTISEPTIQUES ET DE LA CHALEUR SUR LE RACILLE DE LA TURERCULOSE, Par m. a. YERSIN. Chaque microbe se comportant d'une façon qui lui est parti- culière en présence d'un antiseptique donné, le pouvoir antisep- tique d'une substance chimique doit être étudié à part sur chacun d'eux. L'action des antiseptiques sur les bactéries pathogènes est surtout intéressante à connaître parce qu'elle nous fournit des moyens de détruire les matières virulentes, et aussi parce qu'elle peut nous donner des indications thérapeutiques. 11 faut donc, dans l'étude de l'action d'un antiseptique sur un microbe, rechercher : 1° Quelle est la quantité d'antiseptique nécessaire pour faire périr le microbe dans un temps donné; 2° quelle est la quantité qu'il faut ajouter à un milieu nutritif déterminé pour empêcher le développement du microbe. Dans cette note, nous ferons connaître l'action de quelques antiseptiques sur le bacille delà tuberculose ; nous ne traiterons que le premier des points dont nous parlions plus haut, à savoir: déterminer quelles sont les doses d'antiseptiques qui tuent le bacille tuberculeux dans un temps donné. Parmi les travaux qui ont été faits sur ce sujet, le plus im- portant est celui de MU. Shill et Fischer {Ueber die Desinfection des Amwurfs des Phthisiker) paru en 1884, dans le deuxième vo- lume des Miltheilungen *. La matière virulente employée par MM. Shill et Fischer était des crachats tuberculeux qu'ils ino- culaient à des cobayes après leur avoir fait subir l'action de l'an- tiseptique étudié. Cette méthode répondait parfaitement au but que s'étaient proposé les auteurs et leur a donné des résultats importants dont l'hygiène a fait son profit. Cependant elle ne permet pas une grande précision scientifique. Rien n'est plus variable, en effet, que le nombre des bacilles contenus dans les 1. m iUlieilungen aus dem Kaiserlichen Gesandheitsamle (12" vol. 18S4). BACILLE DE LA TUBERCULOSE. 61 crachats tuberculeux, et par conséquent rien n'est plus variable aussi que la quantité de virus inoculée aux animaux. La résis- tance des bacilles aux antiseptiques varie aussi suivant les con- ditions dans lesquelles s'est faite leur culture, selon qu'ils sont jeunes ou vieux, qu'ils renferment des spores ou qu'ils en sont privés. De plus, la réaction des sels métalliques sur les crachats est complexe, une partie de la substance active se combine à la matière organique et n'agit pas sur les bacilles. Enlin, l'inocu- lation aux cobayes nous fait bien connaître si les bacilles sont capables de donner, après faction de l'antiseptique, la tubercu- lose à ces animaux, mais lorsque ceux-ci resten^ en bonne santé, elle ne nous permet pas d'affirmer que tous les bacilles inoculés avaient été tués. Sans parler de la réceptivité pour la tuberculose qui n'est pas la même chez tous les cobayes, il faut remarquer que les bacilles modifiés dans leur vitalité, par l'action passagère d'un antiseptique, peuvent se montrer inoffensifs pour un animal, sans avoir perdu pour cela le pouvoir de se cultiver de nouveau dans un milieu approprié où ils reprendront peut-être leur virulence. Outre les bacilles de la tuberculose, les crachats ren- ferment d'autres organismes microscopiques qui peuvent, s'ils n'ont pas succombé à l'action de l'antiseptique, rendre incertain le résultat des inoculations. Nous avons tâché d'éviter toutes ces causes d'incertitude. Pour que toutes nos expériences soient aussi comparables que possible entre elles, nous avons fait agir les antiseptiques sur des bacilles cultivés de même âge et de même virulence. Après leur contact avec l'antiseptique, nous éprouvions la vitalité des bacilles, non plus en les inoculant à des cobayes, mais en les semant sur un milieu nutritif favorable. Les perfectionnements que MM. Roux et JNocard ont apportés dans la culture du bacille de la tuberculose ont rendu ces expériences faciles ; elles peuvent être multipliées et donnent des résultats très constants. Voici la technique que nous avons suivie : avec une effilure de verre, nous prélevons une petite parcelle de la couche blan- châtre formée par les bacilles à la surface d'un tube de gélose glycérinée ensemencé 15 jours auparavant '. L'effilure chargée 1. Les bacilles de ces cultures présentent déjà des spores. Une parcelle de cette couche blancliàtro, uniquemi>nt composée de bacilles, portée sur du papier de touruesol, donne une réaction légèrement alcaline. 62 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de bacilles est plongée dans un LuIdc à essai qui contient la solution antiseptique. Après un temps déterminé, on fait une prise dans le dépôt au moyen d'un tube effilé, et on la fait tomber dans un tube à essai plein d'eau distillée, stérilisée. Quelques heures après on puise de nouveau cette semence bien lavée pour la porter dans un flacon de bouillon de veau peptonisé glycérine, que l'on met à l'étuve à 39*'. En opérant ainsi, les bacilles sont seuls soumis à l'action de l'antiseptique, pendant des temps variables, sans qu'il y ait d'action secondaire de l'antiseptique sur les milieux de culture. Il serait fastidieux pour le lecteur de rapporter ici tous les chiiïres relevés dans les nombreuses expériences que nous avons faites. Le tableau suivant résume les résultats obtenus avec les antiseptiques les plus employés. Les proportions indiquées dans la seconde colonne le sont en millièmes en volumes pour les liquides, en millièmes en poids pour les solides. La troisième colonne, marquée A, donne les durées de contact du microbe et de l'antiseptique pour les- quelles tous les germes ne sont pas tués; la colonne B les durées d'actions suffisantes pour tuer tous les germes. ANTISEPTIQUES. Millièm-'s. A B Acide plionique .... Ah'onl absohi Élher iodofornié .... Élher so 10 1000 10 1000 1 3 2,5 40 lainules 5 id. 2 heures 1 heure 1 id. 1 id. 12 heures 30 secondes 1 minute 5 id. 5 id. 10 id. 10 id. 2 lieures 6 heures Birhloruro de uiercuie. Thymol Eau sat. de créosole. . id. naphtol p. Acide salicylique. . , . Acide borique Les bacilles qui ont subi l'action de l'antiseptique se cul- tivent d'autant plus lentement que l'antiseptique est plus éner- gique, et que son action a été plus prolongée. BACILLE DE LA TUBERCULOSE. C3 II Dans une autre série d'expériences, nous avons déterminé la température à laquelle sont tués les bacilles de la tuberculose. Nous avons étudié la résistance à la chaleur des bacilles tuber- culeux sans spores et des bacilles sporulés '. Pour avoir des bacilles tuberculeux privés de spores, nous avons pris de la pulpe de la rate de lapin mort à la suite d'une injection intraveineuse de culture de tuberculose sur gélose glycérinée. MM. Roux et Nocard ont montré que lorsqu'on in- jecte ainsi dans les veines des lapins des bacilles cultivés par leur méthode, les animaux succombent très rapidement (15 à 20 jours) à une tuberculose infectieuse généralisée. La rate est très augmentée de volume, et elle contient une quantité énorme de bacilles qui sont aussi en grand nombre dans la moelle des os. Cependant dans aucun organe on ne voit de tubercules appréciables à l'œil; la marche de la maladie a été si rapide que les tubercules proprement dits n'ont pas eu le temps de se former. Dans ces formes de tuberculose infectieuse, les bacilles sont 1res homogènes, se colorent également dans toutes leurs parties, et ne présentent pas l'aspect g-ranuleux des bacilles des crachats. On aspire dans des tubes eflilés un peu de la pulpe d'une rate très riche en bacilles, et, après avoir fermé ces tubes à la lampe, on les plonge dans un bain-marie dont la température est bien réglée. Après chauffage pendant un temps déterminé , on sème la pulpe dans un bouillon glycérine. La quantité de matière chauf- fée est ainsi très petite, et comme elle est contenue dans une etfilure de moins de un demi-millimètre de diamètre, elle prend rapidement la température du bain-marie et est chauffée égale- ment dans tous les points. Voici les résultats que nous avons obtenus : Les flacons en- té Nos connaissances sur les spores de la tuberculose sont encore fort incom- plètes. Les spores, dans les bacilles qui ont servi à nos expériences, apparaissaient non pas comme des granulations plus ou moins irrc'gulières et prenant fortement la matière colorante, mais bien comme des spores véritables à contours nets, au nombre de une ou deux par bacille, trois au plus. Ces spores sont particulière- ment nettes dans les cultures sur gélose glycérinée âgées de quelques semaines, et aussi dans les cultures d'nn bouillon glycérine albuminé. 64 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. semences avec les bacilles chauffés à 5o° pendant 10 minutes ont donné une culture après lo jours. Ceux ensemencés avec les bacilles portés à 60° pendant 10 minutes se sont peuplés après 37 jours. Enfin les bacilles chauffés à 70° pendant 10 minutes n'ont pas donné de culture. Les bacilles sporulés qui ont servi à la seconde série d'expé- riences venaient d'une vieille culture dans bouillon glycérine légèrement alcalin. Beaucoup d'entre eux présentaient des spores très nettes; nous les avons chauffés dans un tube effilé, pendant 10 minutes, aux températures de : 55°, 60°, 65", 70°, 75", 80°, 85% 90°, 100° Au bout de 10 jours, les bacilles chauffés à 55° avaient donné une culture dans le bouillon glycérine; ceux chauffés à 60" ont poussé après 22 jours; les bacilles chauffés au-dessus de 70° n'ont donné aucun développement. Cette expérience, répétée un grand nombre de fois, nous a toujours fourni les mêmes résultats. Les bacilles de la tuberculose résistent donc pendant 10 mi- nutes à une température de 60°, et il est à remarquer que la résistance des spores à la chaleur ne paraît pas supérieure à celle des bacilles eux-mêmes. Ces résultats sont en désaccord avec ceux qui ont déjà été publiés sur la résistance des bacilles de la tuberculose cà la cha- leur. Ainsi MiM. Shill et Fischer ont donné, dans un cas, la tuberculose à deux cobayes avec des crachats restés pendant 15 minutes dans la vapeur d'eau à 100°. Dans d'autres expé- riences, faites dans les mêmes conditions, les résultats ont été négatifs. Les crachats, en nature ou additionnés d'eau, portés à rébullilion,se sont toujours montrés stériles, lorsque l'ébullition a duré plus de 2 minutes. Dans un travail récent, M. Vœlsh ' dit qu'après un chauffage simple ou répété à 100°, la semence tuberculeuse est affaiblie, mais non morte. 11 faut remarquer que les résultats que nousavons obtenus en chauffant des bacilles de cultures dans des conditions bien déterminées sont très constants, tandis qu'il n'en est pas de même dnns les expé- riences où l'on a employé les crachats. Dans ce dernier cas, •I. Vœlsoli. r.ontrihtitinn à la question de la résistance des bacilles tiiberculenx. lieilr. z. path. Anat., t. Il, 1887. V. ces Annales, janxiàv 1888, p. HS. BACILLE DE LA TUBERCULOSE. 65 l'acidité ou l'alcalinité de la matière chauffée a une grande iu- lliience sur la résistance des bacilles. Il en est de même du mode de chauffage, il est évident que si l'on chauffe les crachats dans un tube à essai, ils prendront moins rapidement la température dubain-marie que s'ils sont chauffés par très petites quantités dans une effilure très ténue. En tenant compte des expériences des auteurs que nous venons de citer, il semble que les bacilles des cultures que nous avons employées soient moins résistants à la chaleur que ceux que l'on trouve dans les crachats. Nous avons, sur les conseils de M. Roux, essayé d'appliquer les données fournies par les essais précédents à l'isolement des bacilles des crachats tuberculeux. La plupart des org-anismes microscopiques qui accompagnent le bacille de Koch dans les crachats sont tués à une température inférieure à 60^; en chauf- fant à cette température des crachats riches en bacilles, et en les semant ensuite dans du bouillon g-lycériné, on pouvait espérer avoir des cultures pures de bacilles. MM. Roux et Nocard et nous-mêmc nous avons réussi à obtenir des cultures pures de bacilles tuberculeux par cette méthode. Cependant, nous devons dire qu'elle n'est pas à conseiller, parce qu'elle ne réussit que rarement et seulement avec des crachats très riches en bacilles. De plus la culture, lorsqu'on en obtient une, est si longue à se produire qu'il est beaucoup plus court d'avoir recours aux mé- thodes ordinaires pour se procurer des cultures de bacilles. 66 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. SUR LE mcimm m l imwnité Par m. a. CHAUVE AU. Il y a longtemps que cette importante question me préoccupe. Les travaux dont elle a été l'objet de ma part, depuis plus de huit ans, sont connus '. On sait comment j'ai cherché à y expli- quer la création de l'immunité acquise, c'est-à-dire la résistance de l'organisme aux microbes infectieux qui s'y sont développés une première fois : celte résistance serait le fait de l'imprégnation des différents milieux organiques parle poison soluble ou toute autre matière dissoute résiduelle, provenant de la première évolution microbienne. La démonstration de ce mécanisme repose, dansmes recherches, sur deuxfaitsprincipaux: 1° l'aggra- vation ou l'atténuation des effets produits par certains agents infectieux, suivant qu'on les inocule en grande ou en petite quan- -1. Consulter: l'' Comptes rendus des séances de VAcadé.nie des sciences. — Des causes qui peuvent faire varier les résultats de l'inoculation charbonneuse sur les moutons algériens. — Influence de Ja quantité des agents infectants. — Appli- cations à la théorie de l'immunité. Tome XC, i28 juin 1880. Du renforcement de l'immunité des moutons algériens à l'égard du sang de rate, par les inoculations préventives. — InQuence de l'inoculation de Ja mère sur la réceptivité du fœtus. Tome XCI, 19 juillet 1880. Sur la résistance des animaux de l'espèce bovine au sang de rate et sur la pré- servation de ces animaux par les inoculations préventives. Tome XCI, 18 octobre •1880. Élude expérimentale de l'action exercée sur l'agent infectieux par l'organisme des moutons plus ou moins réfractaires au sang de rate; ce qu'il advient des microbes spécifiques introduits directement dans le torrent circulatoire par transfusions massives de sang charbonneux. Tome XCI, 26 octobre 1880. De l'atténuation des effets des inoculations virulentes par l'emploi de très petites quantités de virus. Tome XCd, i avril 1881. Sur le mécanisme de l'immunité. Tome CXVI, 6 février 1888. 2o Revue scientifique. — L'inoculation préventive du choléra. iSiio. Tome II, page oo8. 3" Revue mensuelle de médecine et de chirurgie. — De la prédisposition et de l'immunité pathologiques. 1878. Tome III, page 868 et 869. 40 Revue de médecine. — Sur la théorie des inoculations préventives. Mars 1887. Tome Vil, page 177. Ce dernier travail rappelle la plupart de mes autres tra- vaux, et donne la formule synthétique de leur signification. SUR LE MECANISME DE L'IMMUNITE. 67 tilé et qu'ils se présentent ainsi dans des conditions plus ou moins favorables pour vaincre la résistance de l'organisme ; 2° l'acquisi- tion constante de rimmuoité par les jeunes sujets nés de mères inoculées du sang de rate dans les dernières semaines de la gestation, et appartenant à une espèce qui ne se prête que très exceptionnellement au passage du bacille du sang de la mère dans celui du fœtus. Mes expériences sur l'inlluence du nombre des microbes infectieux ont porté principalement sur le virus du sang de rate. J'ai montré que ce virus, inoculé à l'état de virus fort sur des moutons doués de l'immunité naturelle, ou rendus plus ou moins réfraclaires par des inoculations préventives, a bien plus de chances d'infecter et de tuer ces animaux, quand le virus est abondant, que s'il est introduit en quantité très minime. Plus tard, ce fait a été absolument confirmé par le résultat de mes expériences sur deux autres virus beaucoup plus faciles à manier : ceux du charbon emphysémateux et de la septicémie gangreneuse. J'étais autorisé, par ces expériences, à conclure qu'un microbe infectieux, s'étant une première fois multiplié dans son milieu naturel de culture, et l'ayant ainsi rendu rebelle à une culture ultérieure, exerce cette action, non pas en épuisant le terrain, en le privant de toutes les substances nécessaires au développe- ment du microbe, mais bien en y laissant des substances nui- sibles, ptomaïnes ou autres matières solubles, qui imprègnent ce milieu de culture et lui font subir certaines modifications incon- nues d'où résulte sa stérilisation plus ou moins complète. Aujourd'hui ces expériences ne sont plus contestées. On en accepte les résultats et la conséquence doctrinale que j'en ai tirée. Je ne veux doncpas en parler de nouveau, malgré l'intérêt que présentent un certain nombre de ces expériences qui n'ont jamais été publiées. Mais les expériences sur les agneaux qui acquièrent l'immu- nité dans le ventre de la mère ont besoin d'être rappelées. J'y ai toujours attaché une grande importance, car elles donnent une démonstration directe du mécanisme de l'immunité qui se déduit de mes recherches sur l'influence du nombre des agents infectants. 68 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. L'idée directrice de ces expériences est bien simple. Dans les cas courants d'immunité acquise, l'organisme qui est devenu plus ou moins réfractaire, à la suite d'inoculations préventives, a été soumis à Faction simultanée des microbes pathogènes et des produits solubles que ceux-ci engendrent. Je me suis dit que, s'il était possible de conférer l'immunité, contre le sang- de rate, à un organisme dans lequel il ne pourrait pénétrer que ces pro- duits solubles, la démonstration du mécanisme de l'immunité ne laisserait rien à désirer. Or, d'après les recherches de Brauëll, chez les brebis pleines atteintes du sang de rate, les bacilles fourmillant dans le sang de la mère ne passent point dans le sang du fœtus. Le placenta les intercepte, comme il arrête les autres éléments figurés. II n'y a que les matières solubles du sang qui puissent traverser le placenta, envahir les humeurs et im- prégner les tissus du fœtus. Si donc ces humeurs et ces tissus devenaient ijiaptes à la prolifération du bacille charbonneux, il faudrait bien admettre que la résistance qu'ils acquièrent est due à l'action des matières solubles qui, du sang de la mère, sont passées dans celui du jeune sujet. L'expérience m'a enseigné qu'il en est ainsi ; il a été démontré par mes recherches que les agneaux nés de mères inoculées du sang de rate, pendant la gestation, deviennent tous plus ou moins réfractaires à l'action du virus charbonneux. La preuve directe cherchée a donc été faite. Il est vrai qu'on en a contesté la valeur. Mais c'est faute d'avoir tenu compte des conditions toutes spéciales dans lesquelles mes expériences ont été faites. J'en suis peut-être aussi un peu coupable. Comme je ne m'étais pas imaginé qu'on pourrait appliquer à ces expériences les conclusions d'autres expériences faites dans des conditions toutes différentes, je n'ai pas cru devoir soutenir mes propres conclusions — qui me semblaient absolument inattaquables — endonnanldes détails circonstanciés sur la manière dont mes recherches avaient été conduites et les précautions dont elles avaient été entourées. Le moment est venu d'en dire ici quelques mots. Mes expériences ont été commencées au milieu de l'année 1879 et se sont continuées presque sans interruption jusqu'à la lin de l'année 188G. L'explication que j'en ai tirée, pour le mécanisme de l'immunité acquise, a été publiée en 1880 [Comptes SUR LE MÉCANISME DE L'IMMUNITÉ. 69 rendus, 19 juillet) après mes premières expériences. Toutes mes expériences ultérieures ayant confirmé celles-ci d'une manière éclatante, j'ai, dès 1884 [Revue scientifique, tome II, page 358), maintenu l'exactitude absolue des faits que j'avais fait connaître plus do quatre ans auparavant, et qui établissaient l'acquisition de l'immunité par l'action de matières solubles empruntées par le jeune sujet à la mère pendant la vie fœtale. J'ai réitéré celte affirmation en 1887 [Revue de médecine, tome YII, page 186). Il me reste à montrer que j'y suis parfaitement autorisé. Le faisceau de preuves accumulées, pendant ce laps de sept années, comprend un nombre considérable d'expériences, dont quarante au moins ont été consacrées à la démonstration de la vaccination intra-utérine de l'agneau contre le sang de rate. Voici dans quelles conditions ces expériences ont été faites. Celles de 1879, 1880 et 1881, exécutées presque toutes sur des brebis pleines algériennes, ont été exclusivement consacrées à l'étude spéciale pour laquelle elles étaient instituées. Les autres, datant de 1882 à 1886, ont été faites pour ainsi dire accessoirement, au cours d'expériences instituées dans un tout autre but. Des sujets indigènes de l'espèce ovine étaient alors entretenus constamment dans mon laboratoire, pour l'essai de virus charbonneux atténués par diverses méthodes. Bon nombre de ces animaux se sont trouvés être des brebis pleines arrivées aux dernières semaines de la gestation. Elles subissaient, comme les autres sujets, les inoculations préventives, souvent réitérées et toujours suivies de l'épreuve avec le virus fort. Quelques-unes mouraient du sang de rate. On verra plus loin comment elles étaient utilisées. Le plus grand nombre échappaient etdonnaient bientôt naissance à des agneaux parfaitement bien portants. On n'a compté en tout que deux avortements. Comment se sont comportés, à l'épreuve de l'inoculation avec du virus fort, les agneaux nés dans ces conditions? Pour s'en bien rendre compte, il faut savoir ce qui arrive des agneaux pro- venant de mères non inoculées pendant la gestation. Si les jeunes sujets appartiennent à nos races indigènes, ils se montrent, comme on le sait, encore plus impressionnables que les adultes et meurent presque tous avec une grande rapidité. Ceux qui proviennent de mères algériennes se comportent à peu près comme les adultes. Il y en a qui succombent; c'est la petite 70 ANNALES DR L'INSTITUT PASTEUR. minorilé. D'autres, en beaucoup plus grand nombre, présenlent des malaises évidents. Enfin quelques-uns ne paraisse?it ^8ls du tout malades. Mais chez ces derniers, comme dans les autres, rinfection se manifeste par des signes évidents, plus ou moins marqués, qui ne manquent jamais : un signe général, l'élévation de la température ; un signe local, la tuméfaction du ou des ganglions lymphatiques les plus proches du point d'inoculation. Comme j'ai toujours fait mes inoculations à l'oreille, par piqûres sous-épidermiques ou par injection sous-cutanée d'une petite quantité de virus, ce sont les ganglions parotidien et pré-scapulaire qui ontprésenté, dans mes expériences, les signes de tuméfaction. Or voici ce qui est arrivé, quand il s'est agi de l'acquisition intra-utérine de l'immunité. Toits les agneaux nés de mères algé- riennes ont complètement échappé à l'infection; aucun n'est mort; aucun n'a éprouvé de malaises; aucun n'a présenté d'une manière sensible l'élévation de la température ou la tuméfaction ganglionnaire. Chose plus remarquable encore, parmi les agneaux indigènes, plus nombreux que les algériens, il n'y en a pas im qui ait succombé. La plupart, il est vrai, ont éprouvé des malaises passagers, plus ou moins forts ; mais, en cela, ils se sont com- portés comme les adultes inoculés préventivement et soumis ensuite à l'épreuve du virus fort. J'ai dit plus haut que le nombre des ag'neaux ainsi éprouvés est de quarante, au moins. Si je n'en puis donner le chifïre absolument précis, c'est qu'on avait fini par ne plus recueillir les observations, tant était éclatante et nette la signification du nombre considérable de faits enregistrés pendant les cinq pre- mières années. 11 est étonnant, en efïet, qu'aucun cas de mort no soit survenu à l'épreuve de l'inoculation avec du virus fort. On n'est pas toujours aussi heureux quand on éprouve les adultes vaccinés. Certes, j'aurais eu quelque cas de mort, sur mes agneaux, que la preuve cherchée dans mes expériences n'en aurait pas été amoindrie. Mais cet accident prévu ne m'est pas même arrivé. Ainsi donc, tous les agneaux nés de mères inoculées du sang- de rate pendant les dernières semaines de la gestation acquièrent l'immunité. Par quel mécanisme? Est-ce bien celui dont j'avais la vérification en vue en instituant mes expériences? L'immunité résulte-t-elle de l'imprégnation du fœtus par des matières so- SUR F.E MECANISME DE L'IMMUNITE. 71 lubies puisées dans le sang de la mère ? Incontestablement, s'il est vrai que les bacilles de celles-ci ne passent jamais ou ne pas- sent qu'exceptionnellement dans le sang du fœtus. Examinons ce point, rendu tout particulièrement intéressant et délicat par les recherches de MM. Straus et Chamberland sur la loi Brauëll-Davaine. Quand j'ai commencé mes expériences sur le présent sujet, je ne doutais pas du tout de l'exactitude de cette loi; elle m'était garantie par le talent d'observateur de Davaine, si universel- lement connu et apprécié. Aussi me suis-je borné à vérifier, sans prendre aucune précaution particulière, le fait constaté par Brauëll, sur la brebis pleine qui meurt du sang de rate, à savoir que le sang du fœtus n'est pas inoculable, tandis que celui de la mère communique toujours la maladie quand on l'inocule. Mais mes premières expériences étaient à peine publiées que j'étais amené à me demander, bien avant MM. Straus et Chamberland, si l'arrêt du bacille charbonneux par le placenta est aussi absolu que l'avait proclamé Davaine; et cela, sans penser que la constatation de quelques exceptions put affaiblir la valeur delà démonstration que javais demandée à mes expériences. Voici dans quelles circonstances j'ai été entraîné à cette recherche. Toussaint s'était appuyé sur la vaccination intra- utérine de l'agneau, prouvant l'existence d'une matière vaccinale soluble, pour imaginer sa retentissante expérience de vaccination préventive du mouton contre le sang de rate. En fait, il avait réussi à vacciner des moutons avec du sang dans lequel il croyait avoir tué tous les bacilles par le chauffage. Quoique ce mémorable résultat eût été obtenu par une application de la notion que je venais d'introduire dans la science, la vaccination intra-utérine des agneaux par une matière vaccinale soluble, je n'acceptai pas l'interprétation de Toussaint. Il venait de s'installer pour plu- sieurs semaines dans mon laboratoire. Nous discutâmes cette interprétation. Je la rejetai, en raison de la petite quantité de matière vaccinale que Toussaint avait employée sur ses moutons, et parce que je ne pouvais admettre a priori que cette matière fût capable de se reproduire, de se multiplier par elle-même. Pour moi, c'était un produit de la vie bacillaire, et il aurait fallu, pour l'introduire en quantité efticace dans l'organisme des mou- lons à vacciner, injecter de grandes masses de sangcharbonneux 72 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. chauffé. Je soutins à Toussaint que le beau et important résultat qu'il venait d'obtenir devait être attribué à la persistance d'un certain degré de vitalité dans les bacilles soumis à l'action des- tructive delachaleur. Eiï"eclivement,M. Pasteur donnait, quelque peu de temps après, la preuve érlalante de l'exactitude de celte interprétition. Mais celui-ci ne se rendit pas à mes objections. 11 persislaà essayer de préserver les moutons avec de petites quantités de matière vaccinale soluble, prise non plus dans le sang- des adultes, mais bien dans celui des foetus trouvés sur les brebis ayant suc- combé au charbon. De cette manière il agirait, croyait-il, avec du sang- privé de tout bacille et pourvu seulement de la matière vaccinale soluble, tout à fait naturelle, n'ayant pas subi les atteintes possibles du chauffage. C'est alors que je lui fis une nouvelle objection, qui a été l'origine des recherches que j'ai entreprises pour contrôler sérieusement les expériences de Brauëll et de Davaine. J'arguai de la possibilité de la présence, dans le sang du fœtus, de quelques bacilles err^^/^'z^es, qui auraient pu exceptionnellementtraverserle placenta. J'engageai Toussaint à faire d'abord des recherches dans le but de s'éclairer sur ce point préalable. Justement les circonstances étaient très favora- bles à ces recherches. Les animaux de l'espèce ovine qui étaient alors soumis, dans mon laboratoire, à des essais d'inoculations charbonneuses capables d'entraîner la mort se trouvaient être, en assez grand nombre, des brebis pleines arrivées à une période avancée de la gestation. Toussaint eut bientôt plusieurs occasions d'essayer sur le cobaye, en employant une notable quantité de matière^ le sang de fœtus de brebis ayant succombé au sang de l'ate. Quels furent les résultats de ces expériences? Il arriva juste- ment que le sujet de la première expérience mourut du sang de rate. Mais les sujets des trois expériences subséquentes résistèrent parfaitement. Aussi Toussaint, qui avait quelques raisons légitimes de soupçonner que la première expérience n'avait pas été faite dans des conditions de sécurité absolue, contre les chances de contamination accidentelle par le sang du placenta maternel, resta-t-il convaincu qu'il y avait lieu de donner suite à son pro- jet. Une le poursuivit pourtant pas, parce que, sur les entrefaites, survint labrillante démonstration de M. Pasteur, sur le rôle, joué, sua LE M1-:CANISME DE L'IMMUMTlv 73 dans Texpérience fondamentale de Toussaint, parles bacilles du sang' chaufTé. L'idée de Toussaint n'en restait pas moins légitime nu fond ; mais elle était en avance sur les faits et sur l'époque. Je continuai toutefois, seul, les recherches propres à m'éclairer sur la virulence du sansr des fœtus de brebis mortes du sang- de rate à une période avancée de la gestation. Sept expériences furent ajoutées à celles que j'avais fait faire à Toussaint. Cette fois, ce furent des moutons qui servirent de sujets d'épreuve pour la virulence du sang- fœtal, la taille des animaux permettant alors d'injecter sous la peau de plus g-randes quantités de sang : un centimètre cube. Or, un seul de ces animaux mourut du sang' de rate. Les autres ne devinrent pas malades. Ainsi, en additionnant tous les cas d'essai du sang fœtal qui ont été recueillis dans mon laboratoire, on en compte onze en tout, et, sur ce nombre, le sang ne s'est montré virulent que dei(x /o/sauplus. Qu'on rapprochecetteproporlion decelle desag-neaux qui acquièrent l'immunité dans le ventre de la mère (40 sur 40), et l'on jugera si l'immunité conférée par la mère au fœtus résulte de la contamination directe de l'organisme fœtal par le bacillus anthracis. comme le pensent MM. Straus et Chamberland. Si l'on s'en rapportait aux chiffres cités ci-dessus, 7, au plus, de ces 40 sujets qui ont acquis l'immunité pendant la vie intra-utérine, auraient été exposés à être pénétrés — et encore en quantité presque inappréciable — par les bacilles du sang do la mère. Je suis disposé à trouver celte proportion encore trop forte. Il est probable, sinon absolument certain, que l'immunité a été créée chez tous ces ag'ueaux sans qu'un seul bacille de la mère ait pénétré dans le sang- d'aucun d'eux. Et en effet, quand l'évolution du virus charbonneux, fort ou atténué, sur les brebis pleines, n'entraîne ni la mort, ni l'avortement, il y a les plus grandes chances pour que le bacille, si rare, parfois même tout à fait absent dans le sang- de la mère, ne se trouve, en aucun cas, dans celui de fœtus. Je w'aÀ jamais réussi à en déceler l'existence sur les fœtus de brebis inoculées du sang' de rate, dans des con- ditions assurant la survie, et tuées au moment où l'on jugeait arrivée la fin de la période aiguë de l'infection. Je désire faire une dernière observation. Nous connaissons des maladies infectieuses qui, chez la brebis pleine, se trans- mettent au fœtus avec la plus grande facilité, avec tous leurs 74 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. caractères anatomo-patliologiques : par exemple, le charbon symptoniatique. Or, a-t-on jamais observé les lésions du charbon ordinaire chez les fœtus de brebis mortes de cette maladie? En ce qui me concerne, je n'en ai point rencontré, pas même sur les fœtus dont le sang cardiaque a été trouvé virulent. On sait que la lésion principale réside dans la rate, d'où le nom de sang de rate {splenic fever des Anglais) par lequel on désigne le plus communément la maladie. Oi\j'amais, dans les nombreuses obser- vations que j'ai été à même de faire, je n'ai rencontré la moindre altération de la rate des fœtus. Cet organe était parfaitement sain. J'en puis dire autant de tous les autres organes et en par- ticulier des ganglions lymphatiques. C'est donc une exagération de prétendre que les jeunes peuvent prendre le sang- de rate dans le ventre de la mère. Ils ne contractent même pas la maladierudi- mentaire qui succède aux inoculations préventives avec des virus atténués, chez les sujets qui vivent de leur vie propre. En sorte que je me sens entraîné à considérer les rares agents infectieux qui rendent quelquefois virulent le sang du fœtus comme des bacilles erratiques, venus tous de la mère, et incapables ou peu capables de se multiplier dans le jeune sujet. Il ne serait pas impossible, en effet, que celui-ci fût imprégné par la matière vaccinale, empruntée à la mère, avant que la multiplication des bacilles, qui est toujours tardive, fût assez avancée pour créer des chances de pénétration trans-placentaire. Dans tout ce que je viens de dire, il n'y a rien qui tende à infirmer la valeur des expériences faites par MM. Straus et Cham- berland, sur le même sujet, mais dans des conditions différentes de celles où j'ai opéré moi-même. Je n'ai plus qu'à tirer la conclusion de ce travail : mes expé- riences sur la vaccination intra-utérine des agneaux ont bien la signification que je leur ai donnée; elles démontrent que l'im- munité acquise par ces agneaux, dans le ventre de la mère, est le fait de la matière vaccinale soluble que celle-ci a cédée à son produit. Si j'en avais eu le temps, j'aurais ajouté quelques considé- rations relatives aux expériences que j'ai faites en 1884 avec M. Arloing sur la maladie du vibrion septique. Ce sera pour une autre fois. \ARIATIO\S DE FORME CHEZ LES BACTÉRIES, Les caractères morphologiques servent de base à toutes les classifications en histoire naturelle, et, comme les êtres supé- rieurs, les bactéries sont classées surtout d'après leur forme. Or pour qu'un caractère puisse servir utilement dans une clas- sification, il faut que les indications qu'on en peut tirer soient toujours comparables entre elles. On ne pourra donc faire pré- dominer les caractères morphologiques que si ces caractères restent invariables. Le problème de l'invariabilité de la forme, qui a été soulevé d'une façon générale pour tous les êtres vivants, s'est surtout posé pour les infiniment petits, dont les dimensions rendent l'observation difficile, et dont la structure très simple prête davantage à la confusion. Chez les bactéries, ce problème a reçu deux solutions très différentes Pour Ferd. Cohn, qui essaya le premier, en 1872, de donner une classification systématique des bactéries, la constance de la forme ne faisait aucun doute. Il y avait lieu d'établir, chez ces organismes, des espèces morphologiquement distinctes et aussi nettement délimitées que chez les êtres supérieurs. Ces espèces furent rang-ées dans quatre groupes différents, caractérisés chacun par une forme spéciale : microcoque, baclérium, bacille et spirille. La classification de Cohn avait à peine paru, que Ray Lan- kaster observa un microbe coloré, le Clathrocijstis roseopersicùia, ^ui présentait dans les différents stades de son développement les quatre formes établies par Cohn et regardées par lui comme absolument distinctes. D'autres observations de Billroth, War- ming-, Klebs, etc., donnèrent lieu à une théorie toute différente de celle de Cohn, qui fut soutenue et développée surtout par Niegeli. 76 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Pour Naegeli, la forme est éminemment variable chez les bac- téries. Chaque espèce peut, suivant les conditions du milieu, prendre toutes les formes, depuis celle de microcoque jusqu'à celle de spirille. L'espèce n'existe donc pas comme l'avait dé- finie Ferd. Cohn. D'ailleurs, la fonction spécifique n'existe pas davantage : forme et fonction varient également suivant les conditions extérieures. Une même bactérie transplantée dans des milieux différents « peut successivement, dans le cours de ses généralions, produire ici l'acidité du lait ou la fermentation butyrique, ou l'altération des vins, ou la putréfaction des matières albuminoïdes, ou la destruction de l'urée... et là engendrer la diphtérie, ouïe typhus, ou la fièvre récurrente, ou le choléra'... » Ces conclusions, inspirées visiblement par les idées darwi- niennes, ne s'appuyaient malheureusement pas sur une expéri- mentation rigoureuse. Il ne fut pas difficile aux partisans de Cohn de montrer que les expériences fondamentales de leurs adversaires étaient le plus souvent entachées d'erreurs. Aucun d'eux, en effet, n'opérait ni même ne se souciait d'opérer avec des cultures pures. Naegeli déclare d'ailleurs « qu'il est impos- sible de faire sûrement des cultures pures avec les bactéries, tant à cause de leur petitesse extrême que de leur dissémination générale dans l'air et dans l'eau » '\ Seul Lankaster avait opéré, semble-t-il avec pureté ; le choix qu'il avait fait d'une espèce colorée rendait d'ailleurs le contrôle plus facile ; mais il s'était adressé à un organisme plus voisin des Nostocacées que des Bactéries proprement dites, et il avait eu le tort d'appliquer d'une façon générale à toutes les bactéries un fait qu'il n'avait observé que sur une seule espèce d'organisme, et que, d'ailleurs, il n'avait jamais pu reproduire chez une bactérie vulgaire. Les erreurs d'expérience, dans lesquelles Naegeliet ses parti- sans étaient le plus souvent tombés, contribuèrent pour beau- coup à éloigniu' les esprits de la théorie qu'ils voulaient établir. Toutefois les idées de Cohn sortirent un peu modifiées de ces attaques. Si la plupart des auteurs admettent aujourd'hui, en principe, la constance de la forme enseignée par Cohn, ils recon- naissent cependant qu'une espèce peut parfois, dans des condi- tions données, acquérir temporairement des formes anormales 1. N.EGELi. Die niederen Pilze, etc. Munich, 1877. ± N.ïGELi. Das Mikroskop, 2^" édiliou, 1877, p. 614. VAIUATIONS DE FORME CHEZ LES BACTERIES. 77 [Involutions-formen). Ces formes anormales s'écartent d'ailleurs très peu d'une forme constante et définitive qui Unit toujours par prédominer et qui sert à caractériser l'espèce. Au lieu des quatre groupes établis primitivement, on n'en reconnaît plus que trois : celui des microcoques, des bacilles et des spirilles. Ces trois groupes sont du reste aussi nettement séparés les uns des autres que l'étaient les anciens, et M. GatTky déclare textuel- lement à ce sujet * : « II n'est personne qui puisse dire avoir vu un spirille ou im spirochèle provenir d'un organisme de forme bacillaire ni un bacille d'un microcoque. » Bien que chaque bactérie soit classée d'une façon exclusive dans l'un des trois groupes qui vienent d'être indiqués, l'exis- tence des formes d'involution élargit forcément les limites entre lesquelles l'espèce peut se mouvoir. Ces formes d'involution apparaissent d'ordinaire dans les cultures âgées ou en présence des antiseptiques; autrement dit, elles surviennent à la suite de modifications apportées dans le milieu primitif, soit par la vie même du microbe, soit par l'adjonction préalable de certaines substances étrangères. Jusqu'à quel point ces changements de forme dépendent-ils des modifications du milieu, et dans quelles limites peuvent-ils se produire ? D'une façon plus générale, quels sont les changements apportés dans la vie d'un microbe par les variations du milieu? Pour aborder sérieusement ce problème, il est de toute nécessité d'expérimenter avec des cultures dont la pureté soit absolue. Afin d'avoir un contrôle plus facile de cette pureté, nous avons choisi, pour faire cette étude, les microbes colorés, qui se distinguent aisément par la coloration qu'ils donnent à certains milieux. Nous avons d'abord étudié parmi eux le bacille du pus bleu et nous avons montré récem- ment " les variations que peut subir la fonction chromogène de ce bacille sous l'intluence des changements du milieu. Ces variations ne sont du reste pas spéciales au Bacillus pyocijaneiis et il est facile de les reproduire avecd'autres microbes colorés. Considérons en particulier un organisme bien connu, le Micrococcus prodigiosus , nettement caractérisé tant par sa forme que par sa coloration. Cohn, Schrotter, Gaflky et la plupart des 1. Milllieilaiiijen ausd. h. Ges. ami., t. f, p. 1 1(>. •■2. Voir le n» 1 1, tome 1' de ces Annales. 78 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. auteurs le considèrent comme le type des microcoques ', et le décrivent comme formé de cellules isolées, sphériques, mesurant 0,4 à 0,6a de diamètre. D'après Flugge, ces cellules sont mobiles et légèrement elliptiques quand on les observe à un très fort grossissement, ce qui leur donne l'aspect d'un très court bacté- rium qui du reste n'atteint pas 1[-^ de long". Cet organisme est surtout remarquable par la belle colora- tion rouge caractéristique qu'il donne aux milieux solides sur lesquels on le cultive d'ordinaire, pomme de terre, gélose, etc. Avec la gélatine, qui est rapidement liquéfiée, cette coloration n'apparaît qu'assez tardivement. La matière colorante se forme d'abord dans les couches superficielles exposées à l'action de l'air, et ne gagne qu'au bout d'un temps plus ou moins long les parties profondes. Mais cette coloration, si vive et si accusée avec les milieux solides, disparait complètement quand on cultive l'organisme dans les liquides neutres ou alcalins qui servent d'ordinaire à la culture des microbes. Tout au plus voit-on par- fois un léger cercle rosé se former sur la paroi intérieure du ballon de culture un peu au-dessus de la surface du liquide. Les générations successives dans ces mêmes milieux restent indéfi- niment incolores. Cette absence de coloration s'observe surtout quand la semence originelle provient d'une culture faite pendant de nombreuses générations sur un milieu solide. On peut obtenir toutefois des cultures colorées dans les liquides; il suffit pour cela de faire une ou plusieurs cultures dans un liquide très légèrement acide. Il importe peu dans ce cas que l'on parte d'une semence prise sur un milieu solide ou dans l'un des liquides restés primitivement incolores. On linit toujours par obtenir des liquides légèrement colorés en rose, et la coloration se conserve alors quelle que soit la réaction du liquide employé pour les cultures ultérieures. Il semble, d'après ce qui précède, que les cultures successives faites sur les milieux solides, en présence d'un excès d'oxygène, aient rendu les cel- lules incapables de produire leur matière colorante dans d'autres conditions, quand on les transporte par excmiîle dans un milieu liquide où l'air est en moindre abondance. L'action plus ou moins prolongée d'un acide, à dose très faible, suffit pour leur rendre cette propriété colorante. Nous avons observé un fait 1. Voir ScHKOTEit. Knjptogamenflora von Schlesien, III, -2. VARIATIONS DE FORME CHEZ LES BACTERIES. 79 analogue chez le bacille du pus bleu, dont la couleur est bien plus accusée quand on le cullive en présence d'un acide. Celle aclion des acides s'observe encore avec d'aulres microbes colo- rés, en parliculicr avec le bacille du lait bleu. Je possède de cet organisme une cullure sur gélose parfaitement colorée et con- servée sur le même milieu depuis de nombreuses générations. Ensemencé dans du lait, le bacille de cette culture s'y développe très bien, mais sans donner la moindre trace delà coloration bleue qui le caractérise habituellement. Il n'a pas fallu moins de dix cultures successives dans un liquide acide pour lui rendre dans le lait sa coloration bleue. En s'en tenant, ])0ur le Micrococcus prodigiosus^ aux milieux solides sur lesquels il produit 1res nettement sa matière colorante, on peut étudier, comme nous l'avons fait pour le Bacillus pyo- cjianeus , les variations de la fonction chromogène dans ces milieux. L'emploi des mêmes procédés amène même plus rapi- dement que pour ce dernier organisme l'abolition durable de . cette fonction. Il est très facile de suivre pas à pas toutes les phases du phénomène. Contrairement à ce qui se passe avec le Bacille du pus bleu, la matière colorante du Micrococcus procli- giosus ne se répand pas, dans les cultures sur gélose, en dehors des colonies formées, qui restent seules colorées. On peut donc toujours déterminer sans peine combien il existe, dans une cul- lure quelconque du microcoque, de cellules capables de repro- duire la matière colorante. Il suffit d'ensemencer un certain nombre de ces cellules à la surface d'un peu de gélose, contenue par exemple dans un tube à essai, et de compter le nombre des colonies colorées qui se sont formées. On peut s'assurer ainsi que, dans une même colonie parfaitement rouge , venue sur pomme de terre ou sur gélose, toutes les cellules ne sont pas aptes à reproduire des colonies colorées. Le nombre des colonies incolores est bien plus grand quand on s'adresse à des cultures faites dans des liquides, surtout dans des liquides alcalins. En choisissant de préférence les colonies incolores, et en faisant alternativement des cultures sur gélose et dans des liquides alcalins, on arrive à avoir très rapidement des cultures qui ont perdu d'une façon durable leur fonction chromogène, tant sur pomme de terre que sur gélose. Comme on le voit, l'emploi des antiseptiques n'est même pas nécessaire pour arriver à ce résultat 80 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. que nous avons déjà obtenu précédemment avec le Bacillus pijo- cyaneus. Tout ce que nous venons de dire n'est d'ailleurs que la confirmation des faits que nous avons rencontrés chez ce der- nier organisme. M. Schotlelius est arrivé naguère à obtenir des cultures in- colores avec le Micrococciis prodigiosus. Il a employé pour cela des cultures successives longtemps prolongées à 37'^ sur la pomme de terre. Nous venons de voir qu'on peut les obtenir beaucoup plus rapidement avec des milieux liquides : on peut alors rester à des températures inférieures à 37°, qui conviennent beaucoup mieux à la vie du microbe. Comme la plupart des Bactéries, le M. prodigiosus possède des formes d'invokition. Ces formes anormales se produisent souvent dans les cultures âgées, sur pomme de terre par exemple. Quelques cellules grossissent beaucoup, se renflent tout en restant sphériques,^ et atteignent alors de 1 à 2 [Jt. de diamètre, ou bien s'allongent et prennent soit l'aspect de gros bâtonnets soit l'aspect de levures, d'après l'expression de M. Schottelius qui les a décrites'. Mais les cultures récentes, tant sur les milieux solides que dans les liquides neutres et alcalins, ne présentent que la forme sphérique ou elliptique qui sert d'ordinaire à carac- tériser cet organisme. Mais on peut aisément obtenir d'emblée des formes s'écar- tant très notablement des formes normales; l'emploi des milieux antiseptisés conduit rapidement à ce résultat et nous retrou- verons ici les changements morphologiques que nous avons déjà signalés avec le bacille du pus bleu ^ 1. Dans ses Recherches biologiques sur le M. prodigiosus (Leipzig 1887), M. Schottelius compare un instant cet organisme aux levures et déclare (p. 8) que « soa pouvoir de transformer le sucre en alcool et acide carbonique est vrai- ment considérable ». 11 ne m'a pas été possible de vérifier ce pouvoir ferment avec l'organisme que j'ai étudié; je n'ai jamais pu constater la moindre trace d'alcool dans les liquides sucrés où il avait vécu soit en présence du glucose soit en présence du saccharose. Ce serait, je crois, la première bactérie connue qui donnât avec le glucose une vraie fermentation alcoolique comparable à celle de la levure de bière. Du reste le microcoque que j'ai étudié ne donnait pas d'in- vertine avec le saccharose. !2. MM. Guignard et Charrin ont signale chez le Bacille du pus bleu {Comptes rendus, 12 décembre 1887) ces changements de forme se produisant sous l'inlluence du napbtol, de l'acide borique et du bichromate de potasse, pour des doses déter- minées de ces substances. Comme nous l'avons déjà fait remarquer dans notre étude sur le Bacillus pyocyancHS, ces variations de forme peuvent être obtenues non VARIATIONS DE FORME CHEZ LES BACTERIES. 81 Prenons, par exemple, du bouillon de veau auquel on a ajouté une quantité d'acide tartrique relativement considérable pour le M. prodiç/iosus, une dose de 4 à 5 décii^rammes d'acide par litre. Ensemençons-le avec une trace d'une culture prove- nant d'une colonie bien colorée sur gélose. Au lieu de se faire en abondance dans les 24 heures, le développement est alors retardé de3 à 5 jours, et, quand il s'est produit, l'examen micros- copique montre un changement très considérable dans la forme des cellules. Au lieu des microcoques isolés et sphériques, on ne trouve plus que des bâtonnets de grandeur très diverse. Les uns sont isolés, épais et ont de 2 à S [a de long; le plus sou- vent ils sont réunis en un filament qui peut être composé de 2 à 20 articles et davantage, séparés les uns des autres par un espace clair du à la présence d'une matière gélatineuse qui entoure abondamment chacun des bacilles ; ailleurs cette matière gélatineuse disparaît presque complètement, et les bacilles s'allongent beaucoup de manière à se toucher et même à former un très long filament continu qui s'enroule plusieurs fois sur lui-même. Toutes les formes de passage existent entre ce fila- ment très allongé et le bacille court isolé. Les bacilles sont presque toujours mobiles, qu'ils soient isolés ou réunis, et il n'est pas rare de voir un filament de 30 à 40 [x de long traverser avec de lentes ondulations le champ du mi- croscope. Quand les filaments sont composés d'articles séparés, ces mouvements leur donnent souvent l'aspect de spirilles. Ces différentes formes ne s'observent bien qu'au début du dévelop- pement, et dès le second ou le troisième jour les longs filaments disparaissent peu à peu. Les articles bacillaires se raccourcissent jusqu'à prendre la forme sphérique, et, quand ils restent réunis, l'on obtient la forme décrite sous le nom de Staphylocoque. Bientôt les articles se séparent et l'on revient à la forme micro- seulenient avec les substances que nous venons d'indiquer, mais avec un très grand nombre d'antiseptiques. D'une façon générale il existe toujours, pour un antisep- tique donné, une dose inférieure à la dose toxique et capable de produire des varia- tions morphologiques. Mais comme la dose toxique varie, nous l'avons vu, pour chaque antiseptique, avec la qualité de la semence employée, il en est de même de la dose qui amène les changements de forme dont nous parlons. De plus ces cliangements morphologiques sont tout ù fait transitoires, et, quand on abandonne la culture à elle-même, la forme primitive ne tarde pas à prédominer de nou- veau. 82 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. coque proprement dite, qui semble être ainsi la forme définitive de l'organisme. A ce moment la réaction du liquide varie et, probablement par suite de la formation de sels ammoniacaux dus à la vie du microbe, le liquide cesse d'être acide et devient même légèrement alcalin. Qn'arriverait-il si le développement se faisait dans un milieu qui resterait constamment acide? Pour obtenir ce résultat, au lieu d'abandonner la culture à elle-même , prélevons-en une semence dès le premier ou le second jour du développement, et portons-en une quantité très petite dans un second milieu acide identique au premier. Renouvelons ensuite ces ensemencements dans les mêmes conditions, pendant un grand nombre de géné- rations, de manière que le milieu de culture reste continuelle- ment acide. En prenant ces précautions, on ne tarde pas à voir que les formes filamenteuses sont de plus en plus nombreuses à mesure que les cultures se continuent, et que ces formes per- sistent plus longtemps. 11 arrive enfin un moment où elles ne disparaissent plus, même quand la culture est abandonnée à elle- même et que le milieu a perdu sa réaction acide. On n'a plus alors que des formes nettement bacillaires qui se conservent in- définiment et ne se transforment plus en microcoques. Voici donc un moyen de fixer, dans un milieu donné, une forme dillerenle delà forme considérée comme normale; les microco- ques ont fait place à des bacilles et à des filaments. En parlant d'une colonie rouge sur gélose, il m'a fallu quinze générations successives pour arriver à ce résultat ; il n'est pas douteux qu'en continuant les cultures -dans les mêmes conditions, je n'arrive à faire prédominer les long-s filaments enroulés et à faire disparaître même les bacilles courts. Au lieu de conserver les milieux acides, revenons aux bouil- lons alcalins : le retour à la forme primitive est alors beaucoup plus rapide et beaucoup plus persistant. Cela n'a rien d'étonnant si on réfléchit que les milieux acides, qui conviennent mal à la \ie du microbe, ne sont guère employés, et que toutes les cul- tures sont faites et conservées dans les laboratoires pendant de très nombreuses générations sur la gélatine ou sur la gélose, c'est-à-dire sur des milieux alcalins. Le microbe a donc pris dans ces milieux une forme spéciale, qui s'y conserve indéfini- ment même quand on modifie le milieu, que l'on change diffici- VAUIATlOiNS DE FORME CHEZ LES BACTERIES. ,S3 lement d'une façon durable, et qui réapparaît avec la plus grande facilité, surtout quand on retourne aux milieux alcalins où le microbe apris l'habilude de vivre. Toutefois, le changement de forme dans les milieux alcalins n'est pas absolument impossible, et, après quinze cultures dans un milieu acide, le retour dans le bouillon alcalin a reproduit d'une façon persistante, sinon la forme filamenteuse, du moins la forme bacillaire. Je dois dire cependant que dans ces conditions, les microcoques n'ont pas encore complètement disparu, et il faudra sans doute prolonger les cultures dans les milieux acides pour que les bacilles exis- tent seuls dans les liquides alcalins. On aura pu remarquer tout à l'heure que les microcoques ne reparaissent plus dans un milieu d'abord acide, même quand l'acidité a disparu. Ce fait est en apparence contradictoire avec ce que nous venons de dire sur le retour h la forme primitive dans les milieux alcalins. En réalité il n'y a pas contradiction, car il faut évidemment distini:uer entre un bouillon rendu alcalin avant la culture et celui qui doit son alcalinité aux bases sécré- tées par le microbe. Nous n'envisagerons pas pour le moment les variations mor- phologiques subies par le microbe sous l'influence d'autres subs- tances que les a^^ides. Nous avons voulu montrer surtout, dans cette étude, que ces variations peuvent se produire à la suite de modifications qui se rencontrent chaque jour dans la nature et qui se traduisent simplement par la réaction acide ou alcaline du milieu. Le Mirrococcus prodigiosus se prête merveilleusement à cette démonstration. Il est donc permis dépenser que les modilicalions du milieu font varier d'une façon durable la forme aussi bien que la fonc- tion d'un microbe. Mais pour que ces conclusions puissent être un jour généralisées, il faut les établir pour le plus grand nombre d'organismes possible. J'ai pu obtenir des résultats ana- logues avec d'autres microbes colorés, tels que le bacille du lait bleu, le bacille violet, les deux bacilles verts de l'eau, etc. Mais si les conclusions sont identiques, les procédés varient avec chaque espèce d'organisme et ils doivent être étudiés à part. C'est ce que j'espère pouvoir faire prochainement. REVUES ET ANALYSES GVRGINOME ET SARCOME- REVUE CRITIQUE. Rapin. Recherches sur l'étiologie des lu meurs malignes, Nantes, 1887. — Ballance et Shattock. Rapport sur des expériences de culture avec les tumeurs malignes, Brit. med. Journal, n» 1,400, 4887. — Scheurlen. Sur l'étiologie du carcinome, et Schill, Communication sur le même sujet, séance du 28 novembre de la Société de médecine de Berlin, et Deutsche med. Wochens., 1887, p. 1033. — Francke. Sur l'étiologie et la diagnose du sarcome et du carcinome, Munck. med. Wochens., 1888, p. 57. Nous n'avons pas encore parlé des travaux récents sur le cancer par embarras de savoir qu'en penser et qu'en dire. Nous aurions voulu pouvoir applaudir des deux mains à la découverte de M. Scheurlen. Il est si agréable d'acquérir la certitude d'un fait nouveau! Il est si ennuyeux, et parfois si difficile, d'avoir à se défendre contre le doute ! Or, dans cette question, le doute exigeait impérieusement qu'on lui fît une place. Est-ce la difficulté du sujet? est-ce une coïncidence fortuite? tous les travaux mentionnés en tête de cet article traduisent une certaine indé- cision et quelques-uns une certaine inexpérience chez leurs auteurs. Aucun n'est un de ces travaux de maître qui, surmontant avec bonheur les difficul- tés, dédaignant les points secondaires, ne faisant naître une objection que pour la résoudre, vont droit au but en y entraînant le lecteur. La courte revue que nous allons en faire montrera, qu'après eux, l'hésitation est encore plus commandée que permise. Je passe rapidement sur le travail de M. Rappin, qui, mal servi par sa méthode expérimentale, trouve des microbes non seulement dans les tissus carcinomateux, mais encore dans les tissus normaux, et qui, entraîné par de fausses idées théoriques qui procèdent à la fois de celles de Béchamp et de NcBgeli, aime mieux croire à la création du microbe par la maladie qu'à celle de la maladie par le microbe. Voilà longtemps que celte idée fait son stage; nous ne voyons pas qu'elle l'ait encore terminé. C'est aussi un peu d'inexpérience qu'on peut relever dans le travail de MM. Ballance et Shattock, mais d'inexpérience méfiante d'elle-même, et qui cherche à se contrôler. Ces savants ont ensemencé dans des milieux formés de gélatine nutritive, de gélose et de sérum de sang coagulé, des fragments de tissus provenant de 22 cas de carcinome, 1 de sarcome, 3 de lipome et REVUES ET ANALYSES. 85 ol i do niyxomo, et mis on œiivro aussitôt apros ropi'ratioa chirurgicale. Avec un premier couteau stérilisé, on enlevait la surface; avec un second couteau, on faisait une incision; avec un troisième, un (juatrième, etc., quel- quefois un sixième couteau flambé, on finissait par arracher un fragment qu'on ensemençait et qu'on portait à l'étuve. C'était beaucoup de petits cou- teaux, et l'opération devait être assez longue, assez périlleuse par suite, au point de vue de l'introduction des germes étrangers. Mais ce qu'il y a d'es- sentiel, c'est qu'au fur et à mesure que MM. Ballance et Shaltock s'y per- fectionnaient et la rendaient plus courte, ils voyaient augmenter la pro- portion des ensemencements qui restaient stériles. Ceux qui devenaient féconds ne présentaient d'ailleurs rien de caractéristique, et semblaient avoir été peuplés par le hasard. Ce qui prouve que tel était le cas, c'est qu'en recommençant, comme contrôle, les mêmes expériences avec des tissus sains, on retrouvait exactement les mêmes résultats. Il fallait donc ajouter plus d'importance aux ensemencements restés stériles qu'aux autres, et finalement, MM. Ballance et Shatthock ont pu montrer, à la séance du 17 mai 1887 de la Société pathologique de Londres, S8 fragments de tu- meurs, dont 39 de carcinome, 8 de lipome, 6 de sarcome et 5 de myxome, restés stériles après un séjour d'un mois à l'étuve, suivi pour quelques-uns de plusieurs mois de conservation. Il est certain que cette expérience est loin d'être favorable .à l'idée d'un microbe habitant les tissus cancéreux, et pourtant, des faits nombreux semblent prouver que le cancer est dû à un contage vivant. La science n'a pas enregistré, il est vrai, de cas bien net d'infection d'un individu par un autre, mais il existe des cas d'auto-infection assez nombreux. M. Scheurlen cite un exemple dans lequel la ponction d'un liquide ascitique d'un cancer du péritoine a amené l'infection carcinomateuse de la plaie opératoire, et un autre dans lequel un cancer de la lèvre inférieure provoqua, au bout de quelques jours, l'apparition d'un autre carcinome sur la lèvre supérieure, en face du premier. Les recherches de Langenbeek (1840), suivies de celles de Follin, Lebert, 0. Weber et Goujon et autres savants, témoignent d'ail- leurs que si l'inoculation du tissu cancéreux à un animal ne réussit pas toujours, elle est quelquefois possible. On est donc fondé à rechercher l'agent de cette transmission, et c'est dans cette foi que Scheurlen a commencé ses recherches, qui ont consisté à la fois en études microscopiques et en tentatives de culture et d'inoculation. Examinons- les séparément. Dans une préparation non colorée de suc cancéreux délayé dans de l'eau ou dans une solution de chlorure de sodium, on voit çà et là « des corpus- cules à reflet verdàtre, animés de mouvements faibles, mais nettement perceptibles ». Ces formes sont « tellement caractéristiques qu'elles ne peuvent pas être confondues avec autre chose ». Cep_endant les gouttelettes adipeuses peuvent leur ressembler beaucoup. Ces spores sont rarement iso- lées. Elles sont souvent en amas, comme si elles avaient toutes été con- tenues dans une cellule qui aurait disparu. Quelquefois cependant, mais rarement, on les voit encore renfermées à l'intérieur des cellules. '< J'ai trouvé, continue M. Scheurlen, ces spores au moins dans un tiers 8G ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de mes observations microscopiques. J'ai peu recherché les bacilles. Cepen- dant je les ai trouves huit fois sur dix en employant la méthode de colo ration de Gram. » K Jusqu'à présent je n'ai pas réussi à constater d'une façon sûre la pré- sence des bacilles et des spores sur les coupes du tissu durci ; mes recherches n'ont été faites que sur de la matière étalée sur le couvre-objet. » Voilà déjà de quoi surprendre et donner carrière à l'esprit de doute, pour pou qu'il soit éveillé. Des spores en mouvement! Des spores qu'on réussit aussi bien à distinguer de toutes les granulations environnantes dans des préparations non colorées! Tant de spores et de bacilles dans le suc, et si peu sur les coupes! Tout cela est certainement possible. Aucune de ces cir- constances n'est par elle-même invraisemblable, mais on est surpris de voir tant de faits exceptionnels sur un si étroit espace, et cela dans un mémoire évidemment un peu hâtif. Voyons maintenant ce que donnent les expé- riences d'ensemencement. Gomme milieu, M. Seheurlen se sert d'une sérosité pleurétique ou asci- tiquc obtenue par une ponction; on la stérilise pendant 5 jours par le pro- cédé Tyndall, et on finit par la coaguler par l'action d'une température convenable, qu'on ne peut pas indiquer à l'avance, car elle varie suivant la nature du liquide. On désinfecte alors au sublimé le néoplasme encore entouré de son tissu adipeux; on y fait une première coupe avec un couteau flambé, une deuxième coupe, perpendiculaire à la première, avec un second couteau, et sur cette seconde surface, on prélève, à l'aide d'un fil de pla- tine stérilisé, une gouttelette de suc qu'on porte sur le milieu nourricier. On garde à l'étuve à 39". « Dès le troisième jour, on voit la surface du se'rum recouverte d'une pellicule incolore, qui se plisse peu à peu et prend une teinte jaune bru- nâtre après quelques jours ou quelques semaines... La multiplication des colonies se fait uniquement en surface... Avec chaque carcinome et chaque ganglion cancéreux, j'ai toujours fait au moins 20 inoculations semblables. Il y en a toujours eu au moins 7 (souvent plus, mais rarement toutes) qui m'ont donné un résultat. Les autres inoculations restaient stériles. Jamais je n'ai eu de cultures impures. » Il faut féliciter M. Seheurlen de ce dernier résultat, qui témoigne de son habileté opératoire. Mais l'élimination des chances d'erreur ainsi faite, il n'en devient que plus embarrassant do répondre à deux questions con- tradictoires qui se posent devant l'esprit à la lecture de ce qui précède. Pourquoi tant d'insuccès? Pourquoi tant de succès? Pourquoi tant d'insuccès, lorsqu'on voit si souvent dans le suc cancéreux les spores, pourtant si difficiles à découvrir, lorsqu'il y a des bacilles au moins « huit fois sur dix dans ce suc »? Pourquoi tant de succès, se demande- t-on d'un autre côté, quand on se rappelle les nombreux insuccès de MM. Ballance et Shattock? Les milieux, peut-on dire, ne sont pas les mômes. Mais le bacille du cancer semble être très peu difficile pour ses besoins nutritifs. MM. Ballance et Shattock ont, nous l'avons dit, opéré sur la gélatine nutritive, sur la gélose et sur le sérum du sang. Le bacille du cancer se développe péniblement, il est vrai, sur la gélatine qu'il ne liquéfie REVUES ET ANALYSES. 87 pas, et sur laquelle il produit, dps pxcavatinns en enfonnoir recouvertes d'une pellicule ridée; mais enfin, il s'y développe. Il peut aussi se déve- lopper sur la gélose, avec laquelle des inoculations de tissu cancéreux n'ont réussi à 31. Scheurlen que 6 fois sur 70, mais qui nourrit très bien les scuiences provenant d'une culture pure. Le bacille du cancer peut aussi vivre sur la pomme terre, dans le bouillon de viande et uième dans le bouillon de choux. Un être qui s'accommode de milieux si divers n'est pas difficile sur son terrain de culture; et nous en revenons à la question ci-dessus : Pourquoi MiM. Ballance et Shattock l'ont-ils si rarement ren- contrés? pourquoi M. Srlipurlen ne le rencontre-t-il pas toujours? Glii'rclions uiaintenant du côté des propriétés biologiqu(>s du bacill(\ Le premier point à y relever est son développement superficiel, en rapport certain avec son caractère aérobie. Ce caractère, remarquons-le en passant, ne s'accorde guère, au moins à première vue, avec le cheminement dans les profondeurs d'une maladie aussi nettement spécifique. Les autres propriétés sont de celles qu'il faut se contenter d'enregistrer soigneusement. « En examinant avec un fort grossissement une pellicule non colorée d'une culture, on y remarque, à côté de bacilles courts et larges (longueur 1,5 à 2,5 (x, largeur 0,5 \>-), qui frappent peu les yeux de l'observateur, d'autres formes (les spores) presque aussi longues, mais ovoïdes, très brillantes et à reflet verdâtre, qui possèdent une mobilité très nette. Sont-ce là des mouvements spontanés ou moléculaires? C'est une question que je ne puis résoudre. » « Les bacilles semblent aussi aniuiés d'un mouvement autour de leur centre, analogue au mouvement du fléau d'une balance qui oscillerait dans toutes les directions. Le mouvement des spores est oscillatoire et rota- toire. » « Les bacilles se laissent colorer par presque tous les procédés. Par la méthode de Graui, l'alcool les décolore presque instantanément, et ne laisse de couleur qu'à leurs extrémités. Les spores se colorent par le pro- cédé d'Ehrlich, après un séjour d'une demi-heure ou 1 heure dans une solution d'aniline-fuchsine bouillante ; après quoi il faut décolorer pendant •l à 3 heures par l'acide nitrique et laver à grande eau. Leur coloration n'est pas uniforme. Les unes se colorent fortement et sont très brillantes, d'autres restent moins colorées et sont ternes. Toutes ont les mêmes di- mensions (1,5 [t sur 0,8 [>.)... Sur la gélose, la pellicule est d'abord formée uniquement de bacilles. La formation des spores commence après 12 heures, et, après 24, les spores libres se substituent de plus en plus aux bacilles. » Couime l'a fait o])server avec raison M. A. Fraenkel dans la discussion qui a Suivi la présentation de la note de M. Scheurlen à la Socie'té de méde- cine interne de Berlin, une évolution aussi rapide du bacille et de la spore jure un peu avec la marche lente et chronique du cancer. Mais toutes ces objections sont assez caduques et tomberaient d'une pièce devant un succès authentique de l'inoculation du bacille et une reproduction du cancer à son aide. M. Scheurlen a fait sur ce sujet quelques expériences. Voyons ce qu'il en dit. « J'ai inoculé 6 chiennes, dont 4 vivent encore et 2 ont été tuées pour 88 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. l'examen analomo-pathologique. L'inoculation a été faite en injectant dans la glande niaiii maire de l'arrière 3 divisions de la seringue de Pravaz, chargée d'une émulsion de culture pure sur la gélose ou la pomme de terre. La culture avait 3 ou 4 jours. » « 44 jours après cette injection, il s'était formé une tumeur de consis- tance molle, mal limitée, atteignant environ le volume d'une noix, et dimi- nuant ensuite jusqu'à celui d'une noisette ou d'un haricot. On ne pouvait savoir si cette tumeur provenait d'un ganglion lymphatique ou du tissu de la glande elle-même. « L'examen microscopique montra une abondante prolifération cellu- laire. Les cellules étaient augmentées de volume et fortement granuleuses. Par places, elles méritaient certainement le nom de cellules épithélioïdes, et contenaient des spores brillantes comme celles des tumeurs carcinoma- teuses. On y a décelé des bacilles au microscope et au moyen des cul- tures. » Cette description est un peu vague. Les variations de volume de la tu- meur ne concordent pas avec ce qu'on sait de la marche progressivement envahissante des tumeurs cancéreuses. Les caractères présentés au micros- cope par les cellules de la tumeur n'ont aussi rien de spécifique. Mais ce sont des questions à juger sur pièces. Il faut attendre que M. Scheurlen publie son mémoire in extenso, et surtout qu'il ait fait l'examen des tumeurs provoquées sur les 4 chiennes qu'il a conservées pour les étudier en temps opportun. Si je ne me trompe, l'impression générale soulevée par ce travail dans le monde savant a été celle du doute; mais, comme je le disais en com- mençant, d'un doute bienveillant, et qui ne demande qu'à s'avouer vaincu. Les conclusions de M. Scheurlen ont, du reste, rencontré quelques confirma- tions précieuses. Dans la séance qui a suivi la présentation de la note de M. Scheurlen, M. Schild a annoncé avoir trouvé depuis longtemps, dans une tumeur carcinomateuse, des bacilles à deux pôles colorés, une fois et demie à deux fois plus épais que les bacilles de la tuberculose, et dont la diffé- rence d'aspect avec celui de M. Scheurlen tient peut-être à des différences dans les méthodes de coloration. De son côté, M. Cari Francke a trouvé, dans l'étude de neuf cas de carcinome, des résultats presque identiques à ceux de M. Scheurlen au sujet du bacille, de ses conditions de culture et de ses spores. Il a réussi de plus à trouver dans les coupes de tissus cancé- reux les spores, et même des bacilles en longs fils, à la condition de colorer par la méthode de Orth des coupes faites sur la limite de la tumeur. Toutes ces conclusions sont pleines de promesses qu'il faut souhaiter de voir bientôt transformer en réalité. Mais nous n'en sommes pas encore là. M. Schill a aussi étudié plusieurs cas de sarcome, et y a trouvé des bacilles très semblables à ceux des carcinomes, mais beaucoup plus petits. M. Francke, qui a fait la même constatation, donne des indications plus précises. Les bacilles du sarcome ont 3 à 4 [j, de long sur 0,4 [x de large. Les spores du carcinome ont 1,2 [a sur 0,6 [x, celles du sarcome 1,5 (a sur 0,8 (X. En cultures, le bacille du sarcome se comporte comme l'autre et vit sur les mêmes milieux. Il prospère comme lui sur les milieux acides et y REVUES ET ANALYSES. 89 forme un pii^nient rouge brun. Ces deux bacilles peuven , lorsifu'ils sont cultivés sur dos milieux pas trop solides à la température du corps, donner tous deux, surtout celui du sarcome, des iilaments longs qui ressemblent si bien à des mycéliums de champignons, que M. Schill, aussi bien que M. Francke, semblent disposés à en faire une moisissure. Mais aucun d"eux n'apporte d'argument bien démonstratif im faveur de cette opinion, pas plus du reste qu'en faveur de la spécificité du microbe. L'inoculation est restée sans résultat entre les mains de M. Francke, qui, résume son travail dans cette proposition prudente : « Ce bacille est vraisemblablement la cause de la maladie. » Mais, en science, le vraisemblable n'est pas toujours vrai, et le vrai n'est pas toujours vraisemblable. Dx. G. Bordoni-Uffrrduzzi. Sur la culture des bacilles de la lèpre. Zeitschr. f. Hyg., t. III, 1887. Depuis les travaux de Hansen, on ne conteste plus guère le caractère spécifique du bacille découvert par ce savant dans les tissus lépreux. Sur ces questions de maladies microbiennes, les convictions sont aujourd'hui beaucoup moins rebelles qu'elles ne l'étaient il y a quelques années. Du reste, pour la lèpre, l'ensemble de preuves nécessaires pour la conviction se trouve aujourd'hui à peu près établi. Après la découverte de Hansen, on peut citer en effet les recherches de Melcher et Ortmann *, qui en inoculant des fragments de nodules lépreux dans la chambre antérieure de l'œil d'un lapin, ont réussi à amener dans tout le corps de l'animal des néoformations pathologiques très accentuées. La lèpre et la tuberculose étant souvent mé- langées sur le même individu, et leurs lésions étant même très difficiles quelquefois à distinguer les unes des autres, on a dit que ces ncoformations étaient de nature tuberculeuse, non lépreuse. Mais les préparations de MM. Melcher et Ortmann ont été étudiées avec soin au laboratoire de 31. Koch, et classées, il semble, définitivement comme lèpre. En dehors des cas de contagion lépreuse, la science possède, d'ailleurs, un autre cas d'inoculation involontaire, mais très probant malgré cela 2. Dans une île intertropicale, oîi la lèpre est à l'état endémique, un médecin avait vacciné son fils avec le virus venant d'un vaccinifère, nouveau-né d'une famille de lépreux, et chez lequel la lèpre s'était déclarée après la vaccina- tion, puis, se servant de son fils comme vaccinifère, il avait vacciné un autre enfant. Le fils du médecin, examiné à plusieurs reprises pendant son ado- lescence et jusqu'à la fin de ses études, était incontestablement affecté de lèpre, mais d'une lèpre bénigne, se traduisant seulement par des décolora- tions de la peau, des cicatrices et une large plaque anesthésique sur un membre. L'autre enfant, vacciné avec celui-ci, eut au contraire une lèpre 1. Lèpre expérimentale chez les lapins. Berl. Klin. Wochens, 1886. 2. Df Gairdner. La lèpre est-elle communicable par la vaccination? Brit. med. journ., juin 1887, p. 1:269. 90 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. mutilante qui le fit périr jeune. A ces notions, sur le caractère inoculable de la lèpre, M. Bordoni-Ufîreduzzi vient ajouter celle-ci. Le bacille est culti- vable en dehors de l'organisme. Cela ne complète pas absolument la démons- tration, car il faudrait pouvoir reproduire et réinoculer la maladie, non pas avec la lèpre initiale, mais avec le produit des cultures du bacille lépreux. C'est là un dernier progrès que M. Bordoni-UtTreduzzi n'a pas encore réalisé. Mais il n'en faut pas moins lui savoir gré d'avoir réussi là où d'autres avaient échoué, dans la culture artificielle du bacille. Hansen ' avait vu ses cultures sur un porte-objet, dans une goutte de sérum gélalinisé, être envahies par des microbes étrangers. Neisser avait exposé un tubercule lépreux dans un milieu nutritif, à la température de 37 à 38" pendant trois semaines, et n'y avait constaté, au bout de cet inter- valle, qu'un gonflement avec apparition autour du tubercule, qui était gros comme un grain de millet, d'une couche mince dans laquelle il était difficile de démêler ce qui provenait de la croissance des bacilles et ce qui provenait du gonflement du tissu. De ces tentatives avortées, on pouvait conclure que le bacille de la lèpre était difficile à cultiver. M. Bordoni-UfTreduzzi y a pourtant réussi du pre- mier coup, en ensemençant, dans du sérum additionné de gélatine et dépep- tone et maintenu à 33-35», de la moelle d'un os de lépreux. Il a essayé ce tissu parce qu'il y avait trouvé au microscope, en outre des bacilles contenus dans les cellules lépreuses, une certaine quantité de bacilles libres. Leur culture est lente. Ils finissent par former sur lo milieu solide des colonies linéaires à contours irréguliers, d'aspect cireux, colorées faiblement en jaune, se liquéfiant par le sérum. Sur la gélose glycérinée, si l'ensencement est médio- cre, on obtient des colonies isolées, très lentement confluentes, apparaissant au microscope, à un grossissement de 80 à 100 fois, comme des taches rondes, à bords dentelés, plus épaisses en leur centre. Le développement est beau- coup plus pénible sur le sérum normal ou la gélose ordinaire. Il est impos- sible sur la gélatine, la pomme de terre ou le bouillon. Les bacilles des cultures ont los mêmes caractères que dans la moelle. Co- lorés avec la fuchsine ou le violet de gentiane et l'eau d'aniline, décolorés ensuite par l'alcool, ils se présentent sous la forme defilsrectilignes ou courbés ayant de 1 à 3 ou 6 [j. de longueur, les uns du même diamètre en tous leurs points, la plupart avec un renflement aux extrémités. Ils sont tous immo- biles; ils sont aussi tous entourés d'une enveloppe dont les bords restent un peu colorés lorsqu'on n'a pas laissé agir l'alcool trop longtemps, et qui reste incolore quand on emploie la méthode de Koch-Ehrlich. Cette enveloppe est assez singulière, elle enferme quelquefois des bacilles isolés, mais le plus souvent, elle entoure des amas de bacilles d'un contour assez régulier pour donner au tout l'aspect d'une cellule lépreuse. Par quelques-unes de leurs propriétés, ces bacilles se rapprochent des ba cilles de la tuberculose, mais ils s'en éloignent par d'autres, et, à raison de l'affinité des deux maladies, M. Bordoni-Uffreduzzi s'est attaché à bien mettre en évidence leurs caractères différentiels. i. Virchow's Archio, 1882, t. XC. REVUES ET ANALYSES. 91 C'est d'abord le iMMifiiMuon. dos e.xtn'inites du bacille lépreux, que l'on trouve dans les cultures, et aussi, mais un peu moins prononcé, dans les bacilles des tissus ; ces bacilles renflés sont le plus souvent libres et son' surtout abondants dans la moelle. Les bacilles de la tuberculose ont au contraire leurs extrémités arrondies, mais non renflées. Ce sont ensuite des difTérences à la coloration. La méthode de Baumgar- ten, qui permet une diflerenciation entre les cellules tuberculeuses et les cellules lépreuses des tissus, donne des résultats beaucoup moins nets pour la comparaison des deux bacilles en culture. La meilleure méthode est celle qui a été proposée par Neisser. En traitant par des solutions aqueuses et alcalines de bleu de méthylène, les bacilles lépreux restent incolores, tan- dis que les bacilles de la tuberculose se colorent nettement après 24 heures. Il est curieux de voir la méthode de Baumgarten réussir dans le cas des tissus, échouer dans le cas des bacilles. M. Bordoni-Uffreduzzi a raison d'en conclure la non spécificité d'une méthode déterminée de coloration pour un microbe déterminé. C'est une idée que nous avons déjà émise dans ces Annales. Tout phénomène de coloration dépend d'un phénomène de mor- dançage, qui lui-même est lié aux conditions de composition de milieu. Il y a un autre point sur lequel nous sommes tout à fait d'accord avec M. Bordoni-UfTredezzi. C'est au sujet des espaces alternativement clairs et obscurs qu'un assez fort grossissement permet de relever chez le bacille lépreux de même que chez d'autres bacilles. Les uns font de ces espaces clairs de véritables spores, uniquement parce que, comme les spores, ils ne prennent pas la couleur dans les procédés de coloration. D'autres, un peu moins affirmatifs, mais se laissant aussi entraîner par les apparences, par l'aspect brillant que ces espaces clairs doivent à leur encadrement entre deux espaces noirs, en font des productions mal définies qu'ils appellent pseudospores. Nous n'y voyons, pour notre part, que des condensations ou concrétions protoplasmiques analogues à celles qui se produisent dans une cellule de levure qui vieillit dans son milieu de culture Je laisse de côté les dislocations protoplasmiques qu'amène quelquefois le procédé de colo- ration, auquel on attribue alors le mérite de révéler une structure méconnue, alors qu'il ne révèle que celle qu'il a produite lui-même. Je ne parle que de ces granulations qu'on observe quelquefois, sur les bacilles dans leur milieu naturel ou artificiel. Elles traduisent toujours de mauvaises conditions d'existence, et si M. Bordoni-Utîreduzzi les relève sur les bacilles de ses cultures, dans les premiers jours du développement, c'est que le milieu qu'il leur a donné n'est pas à tous égards le plus favorable. Cette infériorité du milieu de culture se révèle par une autre particula- rité, l'impossibilité où a été M. Bordoni-UfTreduzzi de donner au moyen de ces cultures la lèpre à des animaux, lapins, cobayes et souris, quelle qu'ait été la variété des procédés d'inoculation mis en œuvre, inoculation sous-cu- tanée, intraveineuse, abdominale ou intraoculaire. Il y avaitune diminution de virulence qui, jusqu'ici, dans tous les exemples connus, coïncide avec une infériorité dans les conditions de culture. D'ailleurs cette infériorité se traduit aussi autrement, par l'impossibilité défaire une série indéfinie de cultures successives. Au lieu de ce fait général, 92 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. M. Bordoni-Uffrediizzi a rencontré un fait particulier fort curieux, s'il n'y a pas eu de cause d'erreur, c'est un changement dans les propriétés biologiques du bacille lépreux, qui lui permet de se développer plus rapidement et plus abondamment dans les milieux solides, et à des températures inférieures à celles qu'il exigeait à l'origine. Tandis qu'à sa sortie des tissus, il ne pousse pas à 22 ou 24", M. Bordoni UnVeduz/.i l'a vu se développer à la température de 20 à 2Yt'^, dans de la gélatine glycérinée, et même dans la gélose ou le sérum ordinaires, dont il ne se contentait pas au début. Pour expliquer ces faits, sur lesquels d'ailleurs il n'insiste guère, M.Bor- doni-Uffreduzzi fait intervenir des notions très répandues, paraît-il, en Alle- magne, et très bien résumées, tout récemment, dans une conférence de M. llueppe • sur laquelle nous reviendrons. C'est l'établissement d'une dif- férence entre la vie saprophytique d'une espèce pathogène, et sa vie à l'in- térieur des tissus. L'habitude que nous avons en France des cultures en milieux liquides, la comparaison que ce mode de culture a si souvent permise dans nos laboratoires entre les propriétés du bacille charbonneux, du vibrion septique, du microbe du choléra des poules cultivés à l'intérieur et à l'extérieur des tissus, qui sait? peut-être aussi un goût un peu moins vif qu'en Allemagne pour les dicholomisations et les distinctions d'ordre surtout pédagogique, toutes ces raisons nous empêchent d'accorder beaucoup d'im- portance à ces notions. Nous croyons qu'on ne gagne rien à séparer la bio- logie saprogène d'un microbe de sa biologie pathogène, et c'est dans la bio- logie générale des infiniment petits qu'il faudra ouvrir un nouveau chapitre, si les changements de propriétés relevés dans celui du bacille de la lèpre se retrouvent chez lui et chez ses congénères. Dx G. Zagari. Expériences sur la transmission de la rage de la mère au fœtus à travers le placenta et par le moyen du lait. Giorn. Int. d. Scienze mediche, iO« année, 1888 ^ Nous avons publié (t. \, p. 177) un ensemble d'expériences sur la trans- mission de la rage de la mère au fœtus à travers le placenta et par le lait, dues à MM. Perroncito et Carita, à M. Bardach, à M. Roux, à M. Nocard, et \. Sur les relations de la fermeûtation avec les maladies infectieuses. Berlin, 18S9. 2. Nous profitons de l'intéressant travail de RI. Zagari pour donner, confor- mément à une habitude que nous prendons, la bibliographie de tout ce qui a paru sur la transmission fœtale de diverses maladies. Bp.auell ~ Nouvelles communications sur le charbon elle sang charbonneux, Virchows Archiv, t. XIV, 1838. Davaine. — Acad. de médecine, 9 déc. 1867. BoLLiNGER. — Sur l'importaDce des bactéries du charbon. Zeilschr. /". Thier. Palh., t. II, p. 3il, -1876. Chauveau. — Du renforcement de l'immunité des moutons algériens ; influence de l'inoculatioQ de la mère sur la réceptivité des fœtus. Comptes rendus, t. XCI, 1880. Arloing, Cornevin et Thomas. — Gaz. Hebd. de méd. et chir., 1881. REVUES ET ANALYSES. 93 donl les résultats étaient contradictoires. A les envisager en bloc, et en leur accordant la même créance, on était conduit à conclure que la transmission de la rage par ces deux voies est un fait possible, mais rare. On est amené à accentuer encore cette conclusion, si on tient compte des résultats cons- tamment négatifs du travail d(> M. Zagari. Ce savant a inoculé 12 fiMuelIes pleines, à savoir 5 lapins, 6 cobayes et une chienne, avec du virus de passage ou du virus de la rage des rues. Dix de ces animaux ont été inoculés par trépanation, deux lapines par la voie Sangalli, — GoLGi, — GiuKFiNi. — Dlscussioa et documents relatifs au cliarbon. nendiconli d. fi. Instiluto Lombardo, 1882. Stbaus et Chamberland. — Mémoires de la Société de biologie, 1882 ; et Comptes rendus, iSS-2. NosoTTi. — Sur le génie et la nature du charbon, Italia agricola, Milan, 1883. Carita. — Expériences sur le mode de transmission du charbon de la mère au fœtus, fi. Ace. di medic. Turin, 1883. MAttCHiAFAVA ET Gelu. — Une épizootie de choléra des poules, Rome, 1883. MiROPOLSKY. — Du passage dans le sang du fœtus de matières solides contenues dans le sang de la mère. Archiv. de physiol, 1883. Tafam. — La circulation dans le placenta de quelques mammifères, Lo speri- mentale, août 188o. KouBAssoFF. — Passage des microbes pathogènes de la mère au fœtus, Comptes rendus, t. XCIX, p. ioï et o08, 1883. TizzoNi et Cattani. — Sur la transmissibilitédc l'infection cholérique de la mère au fœtus, Gazzetta degli Ospel., 1833. W'oLF. — Sur la transmission héréditaire des microbes pathogènes. Virchow's Archiv, t. CV, 1886. MoRiSANi. — Sur un cas de pustule maligne non transmise de la mère au fœtus, Movgngni, 1886. C\DÉAcet Mallet. — Transmission de la morve de la mère au fœtus. Comptes rci, dus, janvier 1886. 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Tous les animaux qu'on avait ainsi essayé de rendre enragés sont, restés en bonne santé, ou s'ils sont morts, c'est d'autres maladies que la rage. L'auteur est tout prêt, on le sent, à faire de ces faits un argument en faveur de la circulation purement nerveuse du virus rabique, et il y a même dans le récit de ces expériences un fait intéressant à ce point de vue, et qu'on peut utilement rapprocher de quelques-uns de ceux qui ont été insérés dans le dernier numéro de ces Annales. Une lapine inoculée dans le nerf sciatique, au moyen de virus fixe, présenta le 7'= jour un peu de rigidité dans le membre inoculé, du côté duquel l'animal tombait facilement. Le soir du même jour, la paralysie avait envahi l'autre jambe, et l'animal pouvait encore entraîner son train postérieur avec les jambes de devant. La paralysie était complète deux jours après, et le 10" jour l'animal fut trouvé mort. Mais bien que ce fait soit d'accord avec la relation générale signalée par MM.di Vestea et Zagari (V. ces Annales., t. I, p. 492) entre le siège de la mor- sure et la forme clinique de la rage obtenue, il ne cadre guère avec d'autres observations, et on a encore le droit de réserver son opinion à ce sujet. E. HôGYÈs. Nouvelle méthode pour prévenir la rage avant l'infection. Académie des sciences de Buda-Pest, 17 octobre 1887. « Quand on inocule à des chiens, dit M. Hôgyes, des dilutions aqueuses faites à des degrés de concentration divers, d'un virus rabique fixe obtenu par de nombeux passages successifs à travers des lapins, et qu'on commence les inoculations par les dilutions les plus faibles pour finir par les plus fortes, les chiens ainsi traités peuvent être rendus réfractaires k une infection rabique ultérieure de quelque façon qu'elle soit faite. Ils sont ainsi préservés non seulement contre la morsure d'un chien enragé, mais contre une infection artificielle faite soit sous la peau, soit sous la dure-mère, que l'on prenne le virus du chien à rage des rues ou un virus plus éner- gique, à savoir le virus fixe. » Landouzy et Martin. — Sur quelques faits expérimentaux relatifs à l'histoire de l'Hérédo-tuberculose. Mémoires publiés par M. Verneuil, Paris, 1887. FinKET. — Etudes sur les conditions anatomiques de l'hérédité de la tuberculose. Bévue de médecine, 1887. Maffucci. — Contribution expérimentale à la pathologie de l'infection dans la vie enbryonnaire. Rivisla Inter)iaz.,i' année, 1887. Perroncito et Carita. — Bardach. — Roux. — Nocard. — Annales de l'Instiiitt Pasteur, t. I, p. 177. (j. Foa et Bordom-Uffreouzzi. - Sur l'action abortive du nieningococcus et son passage de la mère au fœtus. Riformâ medica, 1887, n^ 39. REVUES ET ANALYSES. 95 Dans cette nouvelle méthode, plus de préparation de virus atténués: le virus vaccinal de M. Hogyes est précisément le virus rabique de passage, c est-à-dire le plus virulent; plus d'inoculations successives de virus gra- dués: le même virus fort sert à toutes les inoculations, il est simplement dilué dans plus ou moins d'eau. C'est donc là une méthode plus simple que celle de M. Pasteur, elle supprime et la dessication des moelles et leur conservation à une l(Mnpérature constante. Voici, d'ailleurs, un exemple de la façon dont opère M. Hogyes : « Le 24 mars, un chien reçoit, sous la peau, de deux heures en deux heures, et à chaque fois, un centimètre cube d'une émulsion de la moelle fraîche d'un lapin ayant succombé à l'inoculation de la rage faite sept jours et demi auparavant. Cette moelle était broyée dans de l'eau contenant 7 pour iOOO de sel de cuisine. Le chien reçut six inoculations faites chacune avec une dilution de force croissante dans l'ordre suivant : lo I/.jOOO: 2'^ 1/2000; 3'^ l/oOO; 4o 1/2.50; 5'^ 1/100; 6-^ 1/10. Le 26 et le 27 mars, on recommença ce traitement de la même façon; on le répéta encore le 4, le o et le 6 avril avec des solutions analogues de virus fixe. Enfin, l'animal subit une nouvelle série d'inoculations, le 18, le 19 et le 20 avril. Ces traitements ne lui causèrent aucun malaise. Quarante et un jours après le premier traitement (le 4 mai) et quatorze jour> après la dernière inoculation, ce chien fut inoculé sous la dure-mère avec une moelle d'un lapin, inoculé lui-même de la rage neuf jours et demi aupa- ravant. Il resta vivant, tandis qu'un chien témoin inoculé de la même façon mourut a,près quatorze jours et demi. » Les 26, 27, 28 mai, trois chiens furent inoculés préventivement sous la peau comuie le premier avec des dilutions de virus fixe. Le 16 juillet, ils furent mordus par un chien enragé; aucun ne prit la rage. Le 1" septembre, quatre mois après la première vaccination, ces trois chiens furent inoculés par trépanation avec le virus de passage. Il restèrent bien portants ; un chien et un lapin témoins, trépanés en même temps qu'eux, moururent de rage le 24 et le 26 septembre. Les quatre chiens traités, dont nous venons de rapporter l'histoire, étaient encore vivants le. 17 octobre au moment de la communication de M. Hogyes. Telles sont les quatre expériences sur lesquelles s'appuie « la nouvelle méthode pour prévenir la rage ». Il faut, d'abord, remarquer, comme l'indique le titre même de la note que nous analysons, qu'il s'agit de la prévention de la rage avant Vinfeclion; M. Hogyes ne nous apporte pas encore de méthode de prévention de la rage après morsure. Les quatre chiens inoculés préventivement, comme nous venons de le dire, se sont montrés absolument réfractaires à la rage; mais quatre chiens! n'est-ce pas un bien petit nombre d'animaux pour établir une méthode de prévention de la rage même avant l'infection? Bien que M. Hogyes n'indique pas quelle est la quantité de moelle rabique qu'il emploie, on peut dire que sa méthode revient à inoculer d'emblée du virus virulent et à assez fortes doses sous la peau des animaux 96 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. qu'il veut rendre réfractaires à la rage '. Ces inoculations répétées, faites en 12 heures, rappellent les inoi-ulations rapides préconisées par M. Pasteur pour les morsures graves, dans la forme de traitement dite traitement intensifs. Puisque M. Hogyes n'emploie pas de virus atténués et gradués, il semble, au premier abord, assez indifférent que l'animal ait reçu le matin et dans l'après-midi des dilutions au 1/3000 et au i/oOO, etc., s'il reçoit le soir le même virus virulent au 1/10. On se demande ce qui arriverait si le chien avait reçu en une seule fois la même quantité de virus qu'on lui inocule dilué et en plusieurs fois? On regrette de ne pas trouver cette expérience à côté de celles que M. Hogyes a faites. En effet, les chiens qui reçoivent sous la peau du virus rabique, même du virus fixe, ne suc- combent pas toujours à la rage, et souvent ils sont réfractaires après une seule inoculation. Dans la lettre sur la rage qu'il a écrite dans le premier numéro de ces Annales, M. Pasteur cite des exemples de ce genre'. Je ne rappellerai ici que le cas de ces sept chiens inoculés d'emblée le 13 juillet 1886, sous la peau, avec deux centimètres cubes d'émulsion du bulbe d'un lapin rabique de 118" passage. Six de ces chiens n'ont aucu- nement souffert de l'inoculation, et quatre d'entre eux ont résisté à l'ino- culation par trépanation du virus de la rage des rues. De même, deux chiens qui reçurent d'emblée, sous la peau, dix centimètres cubes de l'émulsion faite avec une moelle rabique de 122* passage, n'éprouvèrent aucun malaise, et supportèrent sans périr l'inoculation intra-crânienne du virus de la rage des rues. Dans ces deux expériences, les animaux témoins succombèrent à la rage après l'inoculation sous la dure-mère. On pourrait citer bien d'autres exemples où l'immunité a été conférée à des chiens par une ou plusieurs inoculations de virus de passage sous la peau. On est donc conduit à se demander si M. Hogyes aurait obtenu des résultats différents, en inoculant la même dose de virus fixe sans dilutions graduées? De plus, ce n'est pas avec quatre expériences que M. Hogyes a pu s'assurer que les inoculations de doses relalivement assez considérables de virus rabique virulent, dans une seule journée, ne causent jamais la rage, même lorsqu'on commence par des dilutions faibles. C'est dans la dilution du virus que se trouve la nouveauté delà méthode, il faut donc établir par de nombreux essais que cette dilution est nécessaire, et qu'elle donne une sécurité que l'on n'a pas quand on inocule d'emblée des virus virulents. Pour M. Hogyes, l'immunité s'acquiert par l'accoutumance de l'organisme à un virus donné; il compare cette accoutumance à ccUr qui s'établit par l'usage de substances chimiques toxiques. Cette idée nous explique comment M. Hogyes a été conduit à injecter des dilutions de plus en plus I. M. Hogyes constate que les dilutions au l/oOO donnent la rage aux lapins quand on les injecte sous la dure-mère. '■1. Voir Lettre de M. Pasteur, premier unméro de ces Annales, et Comptes rendus Académie des sciences, novembre 18S6. o. Voir ces Annales, numéro 1. REVUES ET ANALYSES. 97 fortes de virus labiques. Il ne faut pas oublier que le virus rabique vivant contenu dans la niooUo ne se dilue pas comme un simple composé chi- mique soluble. A une parcelle de matière nerveuse peut rester attachée une grande quantité de virus, et tel centimètre cube d'une dilution au l/lOOe peut être plus riche en éléments virulents qu'un centimètre cube d'une dilution au ^/iO^ M. Hôgyes procède comme l'a fait M. Pasteur; il établit, d'abord, la possibilité de rendre, par sa méthode, les chiens réfractaires à la rage avant l'infection; lui aussi nous conduira sans doute à la vaccination delà rage après morsure, c'est pourquoi la communication qu'il a faite à l'Aca- démie de Buda-Pest devait être présentée à nos lecteurs avec les remarques que comportent les résultats intéressants qu'elle contient. On la comparera très utilement au travail qui suit. E. Houx. D' Ferran. Sur la vaccination antirabique de l'homme. Gaceta medica Catulana, t. XI, n« 4, 1888. M. le D'' Ferran a été récemment nommé directeur de l'Institut micro- biologique de la municipalité de Barcelone; il a profité des facilités que lui donnait ce poste éminent pour étudier la question de la vaccination anti- rabique, et se poser, à ce propos, les questions suivantes : « De ce qu'on obtient de bons résultats, à l'InstitutPasteur, avec la méthode primitive et avec la méthode intensive, faut-il conclure en bonne logique qu'il soit nécessaire d'inoculer les degrés d'atténuation si nombreux et si variés qui constituent le traitement paslorien? « Puis, a-t-on démontré que le virus rabique, tel qu'il est acclimaté dans les lapins, et sans atténuation préliminaire, est mortel pour l'homme? « N'est-il pas possible que les effets prophylactiques puissent s'obtenir avec une seule vaccination rabique, et que toutes les autres soient inutiles sinon superflues? » « La légitimité de ces doutes est indiscutable, » continue M. le D"" Ferran. Nous en convenons volontiers. Nous sommes sûrs d'avance de n'être pas en contradiction avec ce savant médecin en ajoutant que ces doutes ne peuvent être levés que par l'expérience, et qu'aucune considération théorique n'a sur ce sujet de valeur probante, pas même les vues ingénieuses émises par M. Ferran sur la théorie de la vaccination, et que nous n'entendons ni appuyer ni contester, parce qu'elles sont théoriques. C'est à l'expérience à décider, et avant de changer la méthode de vacci- nation suivie à l'Institut Pasteur, M. Ferran a dû, sans aucun doute, faire sur des animaux, sur des chiens par exemple, des tentatives lui donnant toute confiance sur l'efficacité et l'innocuité de son procédé. On aimerait a trouver dans son Mémoire le récit ou le résumé de ses expériences et des raisons qui l'ont conduit à abandonner une méthode qui a fait ses preuves et lui en substituer une autre. Sa méthode de vaccination supra-intensive, qui débute par l'inoculation 7 98 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de la moelle du jour, a été' fréquemment essayée à Paris sur les chiens. Elle donne, il est vrai, une immunité complète aux chiens qui résistent, mais elle n'est pas dépourvue de tout danger, car quand on opère sur un nombre d'animaux un peu considérable, on voit que quelques-uns succombent à l'i- noculation préventive *. C'est à raison de ces faits qu'on a adopte à l'Institut Pasteur la méthode qu'on y suit. M. Ferran pourra nous dire, et c'est en effet la seule justification que contienne son Mémoire, que la valeur de sa méthode se démontre par les succès de son application. Il est certain que la statistique que nous publions plus bas est très encourageante. Mais elle n'est pas encore très longue. Tout ce qu'on peut souhaiter, c'est qu'elle continue à rester aussi heureuse. En ce moment, dans la pratique de M. Ferran, on peut distinguer deux périodes. Pendant la première, qui comprend 22 cas, on inoculait la matière cérébrale d'un lapin de passage, mort le 8'^ jour après trépanation. M. Ferran trouve plus commode l'ablation du cerveau que celle de la moelle. Il le coupe en fragments qu'il garde 24 heures, à 37", en présence de la potasse caustique. C'est une température plus élevée que celle qu'on utilise à Paris; aussi l'atténuation est des plus rapides, et après 24 heures cette pulpe encéphalique, inoculée par trépanation à des lapins, ne provoque l'explosion de la rage qu'après une incubation de 15 jours. On broie, pour l'usage, le tiers environ d'un cerveau de lapin avec du sable pour obtenir une désagré- gation complète. On ajoute 24 centimètres cubes d'eau stérilisée, on laisse le sable se déposer quelques minutes, et on fait à chaque mordu deux injec- tions de 1 centimètre cube de cette émulsion le matin, et deux le soir pen- dant 10 jours -. La deuxième période comprend le reste des cas delà statistique, soit 68, et voici la description du procédé opératoire qu'on y suit. « Aussitôt la vie éteinte chez les lapins trépanés, on enlève le cerveau, et au moyen de sable, on en fait une émulsion dans l'eau stérilisée suivant le mode indiqué : 10 grammes de pulpe encéphalique donnent 30 centimètres cubes d'émulsion inoculable... Chaque individu mordu reçoit durant le trai tement 40 centimètres cubes de cette émulsion ^ ; cela revient à inoculer tout le principe actif et tous les germes de la rage contenus dans un cerveau de lapin et quelquefois davantage. « Nous pensons pourtant, continue M. Ferran, que cette quantité pourrait être réduite notablement sans préjudice pour le résultat. » « Voici les données statistiques qui établissent l'innocuité et la valeur préventive des méthodes imaginées et mises en œuvre dans mon laboratoire bactériologique du 10 mai au 10 décembre 1887. » Elles se résument en ceci. Sur 83 individus traités, il n'y a aucun mort; 25 appartiennent pourtant à la série A, 15 à la série B, et 37 à la série C de nos statistiques mensuelles. Pour 43, la fin du traitement date de plus 1. Pasteur, lettre sur la rage. Annales de Vlmtitut Pasteur, t. I, p. 1. 2. L'émulsioa est sans doute renouvelée tous les jours, mais ce point n'est pas indiqué dans le Mémoire. 3. Probablement à raison de 4 inoculalioiis par jour, pendant 10 jours, avec l'émulsiou renouvelée tous les jours. Le Méuioiro ne le dit pas. REVUES ET ANALYSES. 9â de 3 mois, et de plus de 40 jours pour 63. En outre de ces 85 traités, 63 per- sonnes se sont présentées au traitement, mais n'y ont pas été admises, parce qu'on n'en a tiré aumine raison de croire suspects les animaux qui les avaient mordues. Dx, V. Galtier. Persistance de la virulence rabique dans les cadavres enfouis. Comptes rendus Àcad. des Se, 30 janvier 1888, p. 364. M. Galtier fut appelé, le 25 novembre 1887, à examiner le cadavre d'un chien mort seize jours auparavant et qui était resté enfoui durant quinze jours. Quelques-uns des symptômes observés pendant la vie de l'animal faisaient supposer qu'il avait succombé à la rage. Bien que les organes abdominaux fussent déjà très altérés, M. Galtier a pu, en inoculant par trépanation à un chien neuf un peu de la matière du bulbe, donner à ce dernier une rage caractéristique qui s'est déclarée le 12*^ jour après l'inocu- lation. Le fait de la conservation de la virulence rabique dans le cerveau, pen- dant un temps très long après la mort, a été constaté pour la première fois par MM. Pasteur, Chamberland, Roux et Thuillier. On lit en efTet dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences (t. XCV, p. 1187, 1882) le passage suivant : « Tant que les matières de l'encéphale ou de la moelle ne sont pas envahies par la putréfaction, la virulence y persiste. Nous avons pu conserver un cerveau rabique avec toute sa virulence trois semaines durant, à une température voisine de 12 degrés. » Nous sommes donc pleinement d'accord avec M. Galtier pour appeler l'attention des médecins et des vétérinaires sur ce fait. Ils devront avoir recours à la méthode d'inoculation à la surface du cervequ, lorsqu'ils auront des doutes sur la maladie d'un animal soumis à leur examen. Si le cadavre a déjà été enfoui, « il est indiqué de demander l'exhumation pour pratiquer l'inoculation du bulbe. » On a souvent eu l'occasion, à l'Institut Pasteur, de faire exhumer des chiens rabiques pour inoculer leur bulbe, et les résultats obtenus s'accordent avec celui que rapporte M. Galtier. Roux. B. Fischer. Sur un nouveau bacille lumineux. Centralbl. f. Bakt., t. III, 1888. Dans une revue critique sur les microbes phosphorescents (V. t. I, p. 489). nous avons déjà parlé d'un bacille rapporté par M. Fischer d'un voyage aux Indes, et qui donne en 24 heures une phosphorescence bleuâtre aux poissons morts sur lesquels on l'ensemence. Avec les cultures pures de ce microbe, on a pu produire artificiellement et montrer aux curieux, à l'aquarium de Berlin, cette phosphorescence en masse de l'eau de mer qui donne ce que les marins appellent la mer de lait, phosphorescence continue très difîérente de cette phosphorescence passagère qu'on remarque dans l'eau de mer, quand elle entoure d'une frange lumineuse les obtacles contre lesquels elle se briso. ^00 ANiNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. A coté de ce bacille et du baderium phoshorescens dont nous avons parlé aussi, M. Fischer place aujourd'hui un nouveau bacille lumineux rencontré en telle abondance dans la Baltique que l'eau du port de Kiel en contient de 4 à 20 germes par centiniètre cube, A raison de ce fait, il l'appelle bacille indigène. Ce bacille est un peu plus court, mais aussi épais que le bacille indien, et lui ressemble beaucoup. C'est un bâtonnet court à extrémités arrondies, ■ animé de mouvejiients rapides. Il se colore bien par les couleurs d'aniline, mais on n'y observe pas cette coloration bornée aux extrémités que présen- tent si souvent le bacille indien et aussi celui de la septicémie du lapin. Il pousse très bien sur la gélatine nutritive ordinaire, mais mieux encore quand on y ajoute 3 0/0 de sel marin, et qu'on y remplace la viande de veau par la clmir de hareng vert. Il ne pousse pas sur la pomme de terre, le lait, le bouillon et le sérum de sang. Ce dernier fait le différencie du bacille indien qui pousse bien sur le sérum. Il se distingue aussi du baderium phos- phorescens en ce qu'il envahit plus rapidement la surface d'un poisson sur lequel on l'ensemence. Déposé sur un point, il a recouvert en quelques jours l'animal d'une couche continue et phosphorescente, tandis qu'il faut mul- tiplier les stries d'ensemencejuent avec la bactérie pour arriver au même résultat. Le bacille indigène et le bacille indien ont tous deux la propriété de liquéfier la gélatine et de provoquer une abondante évaporation du liquide qu'ils forment ainsi, si bien qu'autour de chaque colonie se forme une petite cupule, plus ou moins profonde suivant Tàge, dont les bords ont l'air d'être découpés à l'emporte-pièce, et dont le fond est occupé par la colonie toute seule sans trace de liquide. Cette curieuse apparence se retrouve dans les cultures par piqûre, dans lesquelles on voit quelquefois, au bout de quelques mois, des trous de 3 à 4 mm. de diamètre, de 2 à 5 cent, de profondeur, et dans les cultures en stries, où un sillon se forme sur le trajet du fil de platine. M. Fischer n'en cherche pas l'explication. Peut-être pourrait-on la trouver dans la chaleur produite parla combustion produite par ces microbes, et dont la lueur qu'ils répandent est une traduction. Le bacille indigène peut croître à des températures de o à 10", et se différencie sous ce point de vue du bacille indien, qui, habitant les tropiques, exige des températures supérieures à Io°. Par contre, il se rapproche du bacille que nous avons cité dans notre revue comme provenant du D'' Forster, et lui ressemble tellement par ailleurs qu'il serait bien intéressant de savoir si ce n'est pas le même être. Tout ce que nous disons dans notre revue du bacille deForsIer se retrouve en effet dans le Mémoire que M. Fischer consacre à son nouveau bacille, nécessité de l'oxygène, couleur de la lumière, étendue du spectre, éclat assez grand pour qu'on ait pu photographier les bactéries avec leur propre lumière. M. Fischer a même réussi, avec des plaques assez sensibles et une durée d'exposition assez longue, à avoir les images de deux bocaux renfer- mant deux harengs phosphorescents, et même celle dune montre placée entre les deux. Dx. RE^ UES ET ANALYSES. 101 0. Pbove. Le micrococcus ochroleucus, une nouvelle bactérie chromogène. {Beitrage zurBiol. der Pflanun de F. Cohn, IV, 3, p. 401). ) Il n'existe pas moins de 16 espèces connues de microbes colorés en jaune ; M. Prove nous en fait connaître une espère nouvelle qu'il a trouvée dans de l'urine humaine, et qu'il nomme Micrococcus ochroleucus. Cette espèce se dis- tingue par la forme de ses colonies sur la gélatine, par leur couleur d'un jaune de soufre, par la forme de ses cellules qui sont des microcoques isolés ou réunis en chapelet au nombre de 2 à 12, et dont le diamètre varie entre 0,2 et 0,X pi. L'auteur s'est proposé, en étudiant cette espèce, de résou- dre plusieurs problèmes qui sont d'un très grand intérêt théorique. Il s'est demandé : 1° si la forme microcoque persistait dans toutes les conditions, et si on ne pouvait pas la faire varier en même temps ([ue le milieu de cul- ture ; 2° si la fonction chromogène se conservait avec tous ses caractères dans les divers milieux oh. l'organisme est appelé à se cultiver. Autrement dit, c'était soulever la question de la variabilité de la forme et de la fonction sous l'influence des changements du milieu. Si M. Prove n'a pas résolu d'une façon définitive ce double problème, du moins est-ce un mérite. que de l'avoir soulevé, et son travail se ressent de l'idée qui a dominé ses recher- ches. Il renferme un certain nombre de faits intéressants dont quelques-uns sont nouveaux. Le M. ochroleucîis est composé, nous l'avons dit, de cellules sphériques isolées ou réunies en diplocoques ou en streptocoques. De plus, ces cellules sont mobiles, et, cultivées à 36° dans un milieu liquide sucré, elles se renflent de façon à atteindre 1,78 ^ de diamètre et à donner des spores endogènes. Ces spores se forment aussi sur de l'albumine coagulée par la chaleur. Les colonies formées ainsi sur l'albumine peuvent résister parfois à une ébullition d'une demi-heure à 100". Mais M. Prove n'indique pas s'il a employé la chaleur humide ou la chaleur sèche. Tous ces caractères, la mobilité des cellules, l'existence des spores endogènes, leur résistance à la chaleur, ne se rapportent guère à ce que l'on connaît sur les espèces que l'on décrit d'ordinaire sous le nom de microcoques. On serait porté à croire que l'on a plutnt afTaire à un bacille. Ce n'est pas la conclusion que donne M. Prove qui déclare, au contraire, que la forme microcoque s'est conservée dans toutes les conditions et dans tous les milieux qu'il a essayés. Ces milieux sont assez nombreux : en dehors des milieux solides ordi- naires, l'auteur a employé des solutions sucrées, du lait, de l'amidon, de l'urine, et un milieu minéral contenant du phosphate de potasse, des sul- fates de potasse et de magnésie, du carbonate de chaux et de l'acétate d'ammoniaque avec ou sans urée. L'organisme préfère les milieux solides et les milieux alcalins ou neutres. Cependant, chose curieuse, dans la solution minérale et dans les solutions sucrées, la réaction finale du liquide resta acide; en présence de l'urée et dans tous les autres milieux, la réaction fut alcaline même quand le milieu primitif était nettement acide. La fonction chromogène ne se conserve pas comme la forme dans toutes les conditions. La couleur se développe, d'ailleurs, tardivement même dans 102 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. les circonstances les plus favorables, sur la gélatine par exemple, qui se liquéfie lentement avant que la coloration n'ait nettement apparu. Cette coloration se produit toujours en présence d'un excès de matières albumi- noïdes; en présence des substances hydrocarbonées, comme les sucres, la couleur ne se forme pas. M. Prove a eu l'occasion d'observer les mêmes faits pour le Micrococcus prodigiosus, et il est porté à croire que, d'une manière générale, la formation des pigments colorés chez le^ microbes est due à la présence des albuminoïdes en excès. Avec le M. prodigiosm, assure-t-il, la couleur ne fait jamais défaut dans les milieux où les matières albuminoïdes existent en abondance. On sait cependant que l'on peut obtenir des cultures du M. prodigiosus qui restent incolores sur tous les milieux. Ce qu'il dit sur l'action des sucres pour empêcher la production de la couleur chez l'organisme qu'il a étudié vient confirmer ce que nous en avons dit ailleurs à propos des microbes colorés. Il est un fait entièrement nouveau que M. Prove signale en passant, et sur lequel il nous promet une élude pîus complète. Je veux parler de l'action de la lumière sur son microbe. La lumière ne change ni la forme ni la marche de développement de l'organisme; mais elle a une action marquée sur la fonction chromogène. La lumière solaire ainsi que la lumière diffuse activent beaucoup la produc- tion de la couleur jaune ; l'obscurité ralentit cette coloration quand elle a commencé à se former, et l'empêche tout à fait dans les cultures conservées complètement à l'abri de la lumière. On obtient ainsi des cultures qui restent incolores tant qu'on ne les expose pas de nouveau au soleil. C'est le premier exemple connu, chez les microbes colorés, de cette action de la lumière. Il resterait à voir si l'action prolongée de l'obscurité pendant un certain nombre de cultures successives arrive à abolir d'une façon durable la fonction chro- mogène, soit quand on reporte les cultures à la lumière, soit quand on les ensemence sur de nouveaux milieux. C'est un point très intéressant qui reste à étudier et que M. Prove tiendra sans doute à éclaircir dans le travail qu'il prépare sur l'action de la lumière chez le microbe coloré qu'il a décrit le premier. E. W. D' Globig. Sur le développement des Bactéries entre 50 et 70» {Zeitschrift fur Hygiène, UI, 2, 1887, p. 294.) La plupart des microbes ne peuvent guère se développer facilement au delà de 45'', et les températures de 50 et 60" sont considérées, pour le plus grand nombre d'entre eux, comme les limites extrêmes où peut se faire leur développement. Cependant on a trouvé quelques microbes dans l'eau, en particulier dans les eaux thermales, pouvant croître encore à 64" et 74° (Miquel, Van Tieghem, Certes etGarrigou). M. Globig s'est proposé d'étudier d'une façon systématique les microbes qu'il a vus souvent se développer au delà de 50°, sur du sérum du sang soumis à la stérilisation fractionnée d'après la méthode de Koch. Ces micro- bes se trouvent facilement dans de la terre de jardin, et il suffit d'en met- REVUES ET ANALYSES. 103 tre des traces sur du sérum uiainleiiu à 58" pour donner naissance à de nombreuses colonies. Pour séparer les diffe'rentes espèces qui se développent facilement dans ces conditions, M. Globig s'est servi de la pomme de terre, afin de conserver à des températures élevées l'avantage que donne l'emploi des milieux soli- des La pomme de terre lavée longuement au sublimé, puis brossi'e et sté- rilisée une première fois à 100^*, d'après la méthode de Koch, est ensuite cou- pée avec un couteau flambé, en morceaux de grandeur convenable, puis introduite dans des tubes à essai, que l'on soumet une seconde fois et à trois reprises différentes à la stérilisation fractionnée à 100". La longueur de ce procédé de stérilisation, d'ailleurs connu, mais minutieusement décrit par M. Globig, lui a fait essayer un procédé plus commode analogue à celui qu'a décrit M. Roux dans le dernier numéro de ces Annales; il introduit la pomme de terre crue dans les tubes à essai et fait ensuite d'un seul coup la cuisson et la stérilisation. M. Globig a malheureusement opéré en tubes clos et dans une atmosphère imparfaitement humide, ce qui rend la surface de la pomme de terre sèche et ridée, impropre à la culture des microbes, et, ce qui est un inconvénient plus grave, donne souvent une stérilisation incomplète à 100°, température à laquelle M. Globig fait ses stérilisations. 11 eût suffi d'introduire un peu d'eau dans le tube à essai et de porter pen- dant 10 do minutes à 115" pour amener sûrement le double résultat qu'on se propose. Quoi qu'il en soit, M. Globig a pu isoler dans la terre de jardin 30 espèces différentes de microbes pouvant se développer entre 50 et 70", donnant faci- lement des spores, et ayant tous la forme bacillaire. La forme coccus n"a pas été rencontrée dans ces conditions. Aucune des espèces isolées ne s'est mon- trée pathogène pour le cobaye ni la souris, ce qui ne doit pas surprendre, puisque d'ordinaire les températures élevées auxquelles ont été faites toutes ces cultures amènent l'atténuation rapide de la virulence chez la plupart des bactéries pathogènes connues. Nous disions que la forme coccus n'a pas été observée : M. Globig signale cependant deux espèces de microorganismes formées de corpuscules ronds, très petits, parmi lesquels on distingue parfois quelques rares filaments courts et très grêles, qu'il est porté à prendre pour des filaments de mucé- dinées dont les corpuscules seraient les conidies ou les spores. Il est très probable que cette hypothèse est exacte. L'on rencontre en effet un assez grand nombre de mucédinées pouvant vivre au delà de 50". J'ai eu l'occa- sion d'en observer plusieurs et j'en ai signalé* qui sont remarquables par leur propriété de sécréter tardivement do l'invertine au moment de leur fructification. Il en existe beaucoup qui peuvent se rapporter à la descrip- tion assez incomplète qu'en donne M. Globig. On obtient facilement des formes analogues, à 50" et au delà, sur du pain humecté d'un liquide légère- ment acidulé, et souvent sur du simple papier buvard en présence de l'eau. Les spores rondes, très petites, douées d'un vif mouvement brownien, don- nent en germant un filament très grêle, qui se ramifie parfois, mais qui 1. Voir le n» XI, 1887 de ces Annales. i04 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. reste souvent très court, de façon à produire l'illusion d'un bacille portant à l'une de ses extréuiités un spore renflée. Si M. Globig n'a observé qu'un très petit nombre de mucédinées, une ou deux espèces tout au plus, dans les conditions où il a. opéré, cela tient sans doute à ce qu'il a fait constamment ses cultures dans des milieux neutres, ou même alcalins, comme le lait ou les bouillons dont il s'est servi à une ou deux reprises. En cherchant à déterminer les limites supérieures de température qui permettent la vie des microbes, M. Globig a expérimenté, tant sur ceux qu'il avait isolés que sur les microbes les plus vulgaires. Il assure que, parmi ces derniers, il n'en a trouvé aucun qui puisse se développer à 46 et à 50°; cela tient sans doute aux conditions particulières dans lesquelles M. Globig s'est placé, car on pourrait citer un grand nombre de bactéries parmi les plus vulgaires, à ne prendre que le Bacillus subtilis, que l'on voit pousser facile- men t à 55 et même à 60 dans les milieux légèrement alcalins. Parmi les trente espèces étudiées, il en est très peu qui puissent se cul- tiver jusqu'à TO». La température moyenne de culture a été de 58", et, pour un grand nombre de ces espèces, l'optimum de température se trouve dans les environs de 55°. Mais ce qu'il y a d'intéressant à tirer de ces observations, c'est que plusieurs espèces ne peuvent descendre au-dessous de 50° dans les cultures sur pomme de terre. Ce minimum existe-t-il d'une façon absolue? C'est ce qui n'a pas été établi, M. Globig ayant négligé de déterminer les limites de température en employant les milieux liquides pour ses cultures. Ce n'est que dans la terre de jardin que M. Globig a pu trouver ces bac- téries particulières. Les déjections intestinales et les excréments de divers animaux, pas plus que des eaux d'origine très diverse ne lui en ont fourni. Cette absence des bactéries dans les eaux est faite pour surprendre. J'ai eu souvent l'occasion d'en observer qui provenaient des eaux ordinaires, et qui se cultivaient facilement à 55 et 60° dans les liquides neutres ou alcalins. Une des causes d'insuccès de M. Globig provient, sans doute, de ce qu'il a surtout expérimenté avec de l'eau de marais oii avaient séjourné pendant longtemps des corps en putréfaction, contenant, par conséquent, des bacté- ries vulgaires en grand nombre, dont le développement exagéré avait amené la destruction des espèces incapables de vivre dans les mêmes con- ditions de basse température. Pour ne nous en tenir qu'aux résultats de M. Globig, nous noterons avec lui la présence de ces bactéries particulières dans les terres les plus diverses, qu'il a eu l'occasion d'examiner, et dont quelques-unes provenaient des îles Hébrides, de la Nouvelle-Guinée ou de régions plus froides, comme les îles de la mer Baltique. On les trouve, tant à la surface que dans les couches profondes du sol, jusqu'à 2 et 4 mètres de profondeur. Un détail intéressant, signalé par M. Globig, sans autre explication, est le fait de l'absence de tout germe vivant, à la profondeur de 80 centimètres, dans le sol avoisinant la partie nord de l'Institut de M. Koch, tandis que les couches plus superficielles ou plus profondes en contiennent un grand nombre, se développant à toute température, depuis 15° jusqu'à 65". En consultant ses tableaux, on peut remarquer que la couche située entre 60 REVUES ET ANALYSES. 105 et 80 centimètres se compose d'un sable fin très argileux, par conséquent peu perméable à l'eau, et surmonté d'une couche épaisse de -40 centimètres d'un sable plus grossier. Le tout constitue, on le voit, un filtre parfait, qui ne laisse pas arriver à la profondeur de 80 centimètres les eaux de la surface et, par suite, les germes que ces eaux entraînent avec elles. Au-dessous, on a, au contraire, un sable grossier et caillouteux, contenant des germes en quantité. D'une façon générale, le nombre des microbes diminue avec la profondeur, et cela est particulièrement vrai pour les bactéries qui nous occupent. Dans le sol sableux de la montagne de Gatow, à sable très fin, elles disparaissent au-dessous de 20 centimètres. S'il est vrai que certains microbes ne peuvent pas se développer au-des- sous de oO", on comprend difficilement l'existence de leurs germes à la sur- face des sols les plus divers, d'où les eaux d'infiltration les répartissent en plus ou moins grand nombre dans les couches sous-jacentes. Sans doute, le soleil de juillet et d'août est capable d'échauffer parfois la surface du sol jusqu'à des températures qui dépassent iîî et 50". xMais cela suffit-il pour expliquer la présence constante de ces germes dans toutes les terres? Il est permis de croire que ces germes sont capables de se développer à des températures inférieures, autres que celles où l'auteur s'est exclusive- ment placé. Signalons toutefois ce fait intéressant, que ces germes existent en nombre relativement plus considérables dans les sols des pays très chauds, comme la Nouvelle-Guinée. E. Wasserzug. NoEGGEKATH. Sur une nouvelle méthode de culture des bactéries sur mi- lieux colorés dans un intérêt de diagnostic. Fortsckritte der Medicin, t. YI, 1888, p. i. Une méthode qui permettrait d'établir, entre les diverses espèces de coccus, des différences bien caractéristiques, rendrait évidemment de grands services. Il n'y a guère à croire qu'il existe une méthode pareille, ayant des applications tout à fait générales. Les produits de l'activité vitale d'un microbe, qui pourraient servir à le caractériser, ne varient pas seulement avec 'e genre et l'espèce du microbe, ils varient aussi avec les conditions et le milieu de culture, et par suite telle méthode qui, dans un cas, donnera telle réaction caractéristique d'un microbe pourra fort bien ne rien donner dans un autre cas avec le même microbe. Mais il n'en faut pas moins savoir bon gré aux savants qui nous font connaître un nouveau moyen d'étude et de diagnostic. M. Noeggerath en a d'abord cherché un d^ns une méthode de coloration des microbes morts avec un mélange de couleurs. Mais il a bientôt trouvé qu'il valait mieux cultiver le microbe vivant sur un milieu nutritif coloré avec ce mé- lange. Sa méthode est la suivante. On mélange ensemble et dans l'ordre sui- 106 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. vant les quantités voulues de solutions concentrées de diverses couleurs d'aniline, savoir : Bleu de mctylène 2'"''. Violet de gentiane •i'"''. V^ert de méthyli- l'''' Chrysoïdine 4''''. Fuchsine 5'"'". Le tout est étendu à 200"'". On o])tient ainsi un liquide qui colore le papier à filtre en gris foncé ou noir bleuâtre. H est bon de le conserver 10 ou 15 jours avant de s'en servir. Il se fait alors des modifications de cou- leur qu'il vaut mieux laisser s'accomplir. Au bout de cet intervalle, on cor- rige sa teinte. Si elle est trop rouge, on y ajoute un pende vert et de violet; si elle est trop verte, on ajoute du rouge et un peu de violet; si c'est la nuance bleue ou violette qui domine, on ajoute un peu de chrysoïdine. On tâche d'obtenir une teinte neutre. C'est ce liquide qui sert à colorer le milieu nutritif. A lO""'" de gélatine poptonisée on ajoute de 7 à 10 gouttes de teinture, de façon à ce que le mélange commence à n'être plus transparent. On chauffe et on étend sur une plaque de porcelaine. Sur la gélatine refroidie on fait alors des cultures en boutonnière du microbe à étudier. On observe alors des changements de couleur très marqués. La portion de gélatine envahie par la culture forme une bande colorée, entourée de deux bandes plus claires, le tout très dis- tinct comme teinte, sinon comme contours, de la couleur neutre du milieu gélatinisé. Il serait intéressant de savoir quelles sont les actions chimiques qui amènent ces changements de couleur, et c'est peut-être pour des recherches dans cette voie que cette méthode si sensible des colorations sera le plus utile. Il suffit pour s'en convaincre de songer aux services que rendent journellement dans les laboratoires, le papier de tournesol ou les réactifs colorés. C'est là un sujet sur lequel M. Noeggerath promet de nou- velles recherches, Dx. 3 Behring. Sur le sublimé corrosif dans les liquides albumineux. Centrabl. f. Bakter. M. und Parasit., 1888, t. I, p. 27 et 64. Nous avons publié, p. 553 du t. le- de ces Annales, \e résumé d'un travail du D'' Laplace, prouvant que la valeur du sublimé corrosif comme anti- septique était notablement augmentée par l'addition d'un peu d'acide tar- trique. M. le D"" Behring, après vérification, se rallie à cette conclusion, mais il lui enlève et lui ajoute quelque chose. Ce qu'il lui enlève, c'est un peu de son caractère absolu. Il est certain qu'il ne peut y avoir de formule absolue dans les questions d'antiseptiques. Ainsi la solution de Laplace semble à M. Behring moins active pour la désinfection du pus que pour celle du sérum de sang. Il lui paraît aussi que la solution non acidulée de bichlorure de mercure est de un quart plus RKVUES ET ANALYSES. 107 active que la solution additionnée d'acide tartrique, quand on remploie contre les spores charbonneuses. En revanche, en injections sous-cutanées, la solution acide, qui ne donne pas de précipité avec les liquides organiques, est absorbée plus vite que l'autre, et les animaux qui l'ont reçue meurent non seulnment plus vite, mais encorf pour des doses plus faibles que si on se sert de solution non acidulée. Nous retrouvons donc, même pour cet antiseptique si actif, la contingence ordinaire dans cet ordre de phénomènes. Cette contingence tient à des causes qu'il serait on ne peut plus utile de mettre en lumiôre pour chaque cas. Ici nous connaissons deux de ces causes. En premier lieu, M. Wasserzug, dans un travail que nous avons publié, a montré que l'acidité de la liqueur pouvait, si faible qu'elle fut, avoir à elle seule de l'influence sur certaine microbes, par exemple sur la bactérie du pus bleu. Puis, voici M. Behring qui en éclairant un peu le mécanisme de l'action de l'acide, nous permet de comprendre qu'il puisse quelquefois ne pas fonctionner. On pouvait interpréter les résultats de Laplace en disant que l'acide, empêchant le sublimé de se précipiter à l'état d'albuminate de mercure, le maintenait par là, actif, dans la liqueur. D'après M, Behring, cet albuminate de mercure n'existe pas, ou plutôt n'a aucune ressemblance avec les coagu- lums albumineux insolubles provoqués par l'action des acides ou de la chaleur. L'albuminate de mercure se redissout facilement dans les acides, le cyanure de mercure, l'iodure de potassium, bref dans tous les corps qui ont la propriété de redissoudre les précipités mercuriques obtenus en solution aqueuse. D'un autre côt^ on peut obtenir, du sérum de sang dans lequel on tient du sublimé dissous au moyen d'un acide, les mêmes réactions que celles que donne le sublimé simplement dissous dans l'eau. Ainsi la potasse et la soude y donnent un précipité jaune, l'ammoniaque un précipité blanc, les carbonates alcalins un précipité brun, etc. On retrouve les mêmes faits pour le chlorure d'argent et le calomel. Tous les réactifs capables, par exemple, de dissoudre le chlorure d'argent, comme l'ammoniaque, le cyanure de potassium, l'hyposulfite de soude sont aussi capables d'empêcher le chlorure d'argent de précipiter les solutions de sérum, et d'y dissoudre le précipité quand il s'en est formé. Tout cela prouve que ce sont les sels présents dans le sérum du sang qui ont le rôle essentiel dans la formation des propriétés métalliques, et que l'albumine n'est entraînée dans le précipité que par « voie mécanique », dit M. Behring. J'aimerais mieux dire par voie d'adhésion moléculaire, car ce mot implique, comme je l'ai montré dans plusieurs cas, une certaine constance de composition, inférieure à celle que l'on rencontre dans les composés chimiques, mais supérieure à celle qu'on peut attendre d'un phé- nomène d'entraînement mécanique. Quoi qu'il en soit, M. Behring termine son travail en retrouvant le fait, déjà connu pour d'autres matières albuminoïdes, que du sérum de sang, privé de sel par la dialyse, ne donne avec le bichlorure aucun précipité, et s'empare avec raison de cet argument en faveur de sa thèse. Dx. 108 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. F.GaiMM. Le Iribroiuophénolcorameantiseptique. Deztfsc/iemed. Wochenschr., 4882, p. H2I. Comme nous l'avons fait observer à diverses reprises, l'étude des anti- septiques a quelque peine à sortir de la voie dans laquelle l'ont lancée les premiers qui s'en sont occupés. Elle passe presque toujours par les mêmes phases. Un antiseptique étudié et vanté par un savant est en général déprécié par un autre savant qui l'essaye dans d'autres conditions ou sur d'autres microbes. Pendant qu'on discute à son sujet, un praticien s'en empare et lui trouve divers emplois. Là aussi, souvent des contradictions se produisent, des contre-indications se révèlent. Les tissas qu'il s'agit de désinfecter ne sont pas, en effet, matière de chimiste, et on no peut conclure de l'expérience m vitro à l'essai sur un être vivant. Puis, quand l'antiseptique a réussi a entrer dans la pratique, il y a dans son histoire une période brillante après laquelle il décline et semble devenir incapable de produire les effets qu'on pouvait lui demander à peu près sûrement jadis. Cette décadence est un fait trop commun pour qu'on puisse l'attribuer au hasard. Elle est le résultat d'un ensemble de causes complexes. Peut- être y a-t-il un fait d'accoutumance, d'acclimatation, mais il y a sûrement autre chose, la négligence dans l'emploi d'un corps devenu usuel, et surtout les falsifications que l'industrie se hâte de faire subir à tout produit dont la vente courante augmente. Tous ces inconvénients, même le dernier, auquel il semble qu'il n'y ait pas de remède, tiennent en grande partie, remarquons-le, à ce que d'un bout à l'autre, l'étude de l'antiseptique est restée l'œuvre de l'empirisme et non celle de l'expérience. Un antiseptique introduit dans une solution organique, ensemencée ou non à l'avance, l'empêche de fermenter lorsqu'il y atteint une certaine dose. Voilà à la fois le point de départ et la conclusion de beaucoup de travaux sur la matière. Réduite à ces éléments, cette notion est pourtant tout à fait insuffisante, parce qu'elle n'est que la traduction d'un fait contingent, et ne vise aucune loi. Si encore on connaissait et on indiquait toutes les conditions de contingence du fait qu'on mentionne! Mais pointl il en est d'inconnues et de méconnues. Aussi n'est-il presque jamais arrivé ' que deux expérimentateurs, après avoir travaillé à se mettre dans les mômes conditions, aient observé le même résultat. Aussi est-il quelquefois arrivé que le même savant, recommençant ses essais à huit jours de distance, aurait été amené à se contredire lui-même, si un instinct secret ne l'avait arrêté dans cette voie périlleuse. Ce n'est pourtant pas une raison pour dédaigner toute recherche sur ces questions. M. Grimm nous apporte au sujet du tribromophénol des rensei- gnements qui, tout incomplets qu'ils sont, sont les bienvenus. Ce corps est le résultat de l'action du brome sur l'acide phonique. 11 est cristallisé en aiguilles blanches, fusibles à 95°, et donnant en se refroidissant une masse cristalline facile à pulvériser. Très soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, il est peu soluble dans la glycérine, l'alcool étendu et l'eau. Les solutions de gélatine nutritive en dissolvent des quantités variables avec leur degré d'al- REVUES ET ANALYSES. 109 calinité, et qui oscillent à la température ordinaire, entre 2 gr. 5 et 3gr. 5 par litre. Nous passerons rapid(Muent sur les résultats des expériences de stéri- lisation de solutions organiques au moyen du Irilromophénol. Comme nous le faisions remarquer plus haut, les chiffres individuels de ces diverses expé- riences n'ont pas grande signification, et on peut résumer l'ensemble des résultats de M. Grimm en disant : Que le tribromophénol, dissous en proportion de 3 grammes par litre dans de la gélatine nutritive, y empêche le développement des bactéries de la putréfaction ; Qu'avec les liquides animaux, dans lesquels ce corps est presque inso- luble, il retarde la putréfaction sans s'y opposer d'une façon absolue; Qu'il est plus actif avec l'urine qu'il peut stériliser à la proportion de gr. l par litre ; Qu'après un séjour de 30 minutes dans une solution ammoniacale de tribromophénol à 1 0;0, ou après un séjour d'une heure dans une solution à 0,5 0/0, les bactéries de la fermentation putride sont devenues incapables de se développer dans un nouveau milieu. Rien de moins précis que ces mots de fermentation putride, mais il faut bien nous en contenter. Ce qui est plus intéressant que ces conclusions, c'est l'étude de la façon dont se comporte le tribromophénol sur les êtres vivants. Son odeur est faible mais désagréable, et son contact irrite les narines. Sa saveur est mor- dante, désagréable et persistante, mais il n'a aucun effet caustique sur les muqueuses et sur la peau. Appliqué sur des blessures fraîches, il les cauté- rise et les nécrose superficiellement. Il amène souvent de petites hémorragies sur celles qui sont en voie de granulation, mais ne détruit pas plus profon- dément les bourgeons, dont l'aspect s'améliore au contraire notablement. Dans les procès purulents et gangreneux, le tribromophénol agit comme un désinfectant énergique ; il active la démarcation et la séparation du tissu nécrosé, et le développement de nombreux bourgeons. En général, les patients le supportent bien. Comme il est sans action sur la peau, il peut servir à imprégner de la gaze ou les linges de pansement. M. Grimm a pu en absorber jusqu'à 1 gramme par jour, pris en plusieurs doses, sans rien éprouver autre chose qu'un peu de malaise. Comine ce corps ne se dissout pas dans les liquides de l'estomac, et qu'il peut au contraire se dissoudre dans les liquides alcalins de l'intestin, il pourra peut-être servira désinfecter le canal digestif dans certains cas de maladies infectieuses ou de blessures, l.es expériences do Baumann et Herter [Zeitschr. f. phys. Chemie, t. 1) prouvent qu'après dissolution dans le suc intestinal, il est éliminé à l'état d'acide Iribromo-sulfophénique. Dx. A. LuBBERT. L'acide oxynaphtoïque. fortschr. d. Med., f. VI, p. 4, 1888. Le corps essayé par M. Lubbert comme antiseptique résulte de l'union d'une molécule d'acicïe carbonique à l'a Naphtol étudié par M. Bouchard, et présente par suite vis-à-vis de cet agent les mêmes relations que l'acide 110 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. salicylique vis-à-vis de l'acide phénique. C'est un corps cristallisé, non com- bustible, fusible à 186o avec un conimencenient de décomposition. 11 ne se dissout dans l'eau que dans la proportion de 1 : 30,000, cette solubilité diminue environ de moitié dans l'eau acide, mais augmente dans les solu- tions alcalines, et aussi en présence des sels à réaction alcaline, tels que le borax ou le phosphate de soude, avec lequel on peut avoir des solutions à 4 Vo. Ces qualités chimiques pourraient rendre très précieux, dans certains cas, l'acide oxynaphtoïque, s'il est vraiment un antiseptique actif. C'est ce que M. A. Lubbert s'est proposé de rechercher. Son ambition a même été plus liaut, car voici son programme. L'acide a oxynaphtoïque peut-il empêcher le développement des microbes dans les milieux appropriés, et dans quelles conditions? Quelle influence exercent sur ses propriétés aseptiques éventuelles la composition chimique du milieu nutritif, la température, l'action de la lumière, et quelle est la durée de l'action? On ne saurait qu'applaudir à ce programme. Il embrasse quelques-uns des points que nous n'avons cessé de signaler dans ces Annales, comme devant entrer nécessairement dans une étude scientifique des antiseptiques. Mais ce n'est pas tout que de faire un programme, il faut l'exécuter, et force nous est de dire que M. Lubbert n'a pas touché au sien. Quels moyens y avait-il de résoudre l'intéressante question qu'il s'était posée? Celui-ci par exemple. Etudier dans un milieu donnné la valeur anti- septique de solutions d'acide oxynaphtoïque de concentrations décroissantes, s'arrêter à la solution la plus forte de celles qui permettent encore le déve- loppement de l'espèce de microbe ensemencée, ou à la plus faible de celles qui l'empêchent, et voir si en changeant les conditions 9e milieu, de tem- pérature, d'insolation, etc., on est conduit à augmenter ou à diminuer, dans une ou plusieurs expériences nouvelles ordonnées en série, la richesse en antiseptique de ces deux liqueurs d'épreuve, qui représentent en quelque sorte le papier rouge et le papier bleu qui servent à éprouver la neutralité d'une liqueur. Au lieu de suivre cette méthode ou toute autre équivalente, M. Lubbert prend, dans celles de ces expériences qui ont pour objet la solution du problème posé plus haut, une proportion d'antiseptique assez grande pour qu'aucun développement de microbes ne se produise dans ses liqueurs, qu'elles soient à l'étuve à 37» ou dans la chambre à 16°, à l'obscurité ou à la lumière, protégées ou non par des écrans formés de solutions d'oxyde de cuivre, ammoniacal, ou de chromate de potasse. Il n'est pas éloigné do tirer la conclusion que toutes ces circonstances sont indifférentes. Il est clair qu'il n'y a rien à conclure de ces expériences : le réactif manquait de sensibilité. Il n'y a même pas à en tirer la notion de la dose active de l'antiseptique, car elle n'est pas indiquée. On voit bien dans le Mémoire qu'en présence de 2 Vo de phosphate de soude, il faut 1 Vo d'acide oxynaphtoïque pour antiseptiser l'urine, la solution d'extrait Liebig et le bouillon albumineux. Mais M. Lubbert juge que la présence du phosphate de soude diminue la REVUES ET ANALYSES. Hl propriété antiseptique de l'acide. 11 en faut dune moins de 1 Vo dans les cas ordinaires. La seconde partie du travail de M. Lubbert est consacrée à l'étude de celte question : peut-on, avec l'acide oxynaphtoïque détruire des cellules adultes de microbes, humides ou sèches? ici, les conclusions sont plus nettes. En introduisant dans un liquide en pleine putréfaction 0,75 Vo d'a- cide, et en agitant, on trouve qu'au bout d'une heure le mélange ne peut plus servir à ensemencer un nouveau milieu. En humectant avec une cul- ture de Stapliylococcus pyogenes aureiis des cristaux d'acide oxynaphtoïque, de façon à former avec ce mélange des granules qu'on ensemence, après des temps variables, dans un bouillon alcalin ou sous la peau d'un lapin, on trouve qu'après un à deux jours de contact, le coccus est devenu incapable de se développer. Les solutions à 1 : 30,000 d'acide dans l'eau se montrent à peu près incapables de tuer des cellules en pleine évolution. Avec les solutions à 4 Vo qu'on réussit à obtenir en se servant comme adjuvant du phosphate de soude, deux ou trois heures de contact suffisent à détruire le Staphylo- coccus ou des bacilles charbonneux sans spores. Les spores résistent davantage : ce n'est qu'après 6 jours de contact qu'on les a trouvées mortes dans cette solution. Tous les autres modes d'emploi de l'acide se sont montrés inactifs, même la solution alcoolique saturée. Resterait à étudier l'action physiologique, qui se trouve à peine abordée dans le Mémoire actuel. L'auteur promet sur ce sujet un nouveau travail dont nous rendrons compte. Dx. INSTITUT PASTEUR RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES SUR LES PERSONNES TRAITÉES PENDANT LE MOIS DE JANVIER 1888. Personnes traitées mortes de rage. Mazoyer (Joanny), 4 ans, de Saint-Albain (Saône-et-Loire), mordu le 6 décembre 1887 à la face. Trois morsures sur le côté droit du nez, une morsure à l'angle interne du sourcil droit, une morsure sur le côlé gauche du menton, deux morsures à la lèvre inférieure. En tout sept morsures à la figure. Toutes ont saigné. Cautérisées au crayon Moscr trois heures après. Le chien mordeur était inconnu au pays ; il a parcouru la commune après avoir mordu plus de vingt chiens. Il a disparu sans qu'on ait pu l'abattre. Mazoyer a été traité du 12 décembre au 7 janvier 1888, il a été pris de rage dans la nuit du 21 au 22 janvier. Renseignements donnés par le docteur Padzinski, de Viré (Saône-et-Loire). 112 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. INSTITUT PASTEUR STATISTIQUE ' DU TRAITEMENT PRÉVENTIF DE LA RAGE. — JANVIER 4888 Morsures à la tète et à la figure simples . . . multiples.. Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation u, . ( simples Morsures aux mamsj Jip,es.... Cautérisations efficaces — inefficaces Pau de cautérisation Morsures aux mem-j simples bres et au tronc j multiples.. . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures h nu Morsures multiples en divers points du corps Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déclarés Morsures à nu lO Totaux. ! Français et Algériens.. i Etrangers 1^ 3 o 18 22 17/, 30 / A Total général I ■/ 3i «I g4i 87/ 1& o a 78 2 B 119 HO !i« «» 3 O O 19| lO t. Pour rinterprélation des termes et la signification des diverses colonnes du tableau, se reporter aux statistiques précédentes, p. 95, 143 et 207, t. 1. Les animaux mordeurs ont été : Chiens, M3 fois; chats, 4 fois ; vaches, 2 fois. Le Gérant : G. Masson. Sceaux. —Imprimerie Charaire et fils. rV l ' 2me ANNEE. MARS 1888. N° 3 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR LETTRE DE M. PASTEUR A M. DUCLAUX Mon cher Duclaux, Le D'' Gamaleïa, directeur de la clinique de la rage au Labo- ratoire microbiologique de M. Metchnikoff, à Odessa, et le Dr Bujwid, directeur du laboratoire antirabique de Varsovie, me font part de résultats très dignes d'être publiés. Je laisse d'abord la parole au docteur Gamaleïa : ... Pendant l'année 1887 nous avons vacciné 389 personnes, dont 38 avaient été mordues par des loups enragés, 348 autres par des chiens, des chats, chevaux, ânes, porcs ; 3 n'avaient pas été mordues, mais travail- lant au laboratoire, elles ont tenu à se garantir contre la possibilité d'une infection rabique. Vous vous rappellerez qu'en 1886, 14 personnes, non mordues, occupées au laboratoire, s'étaient également fait vacciner. Des 38 personnes mordues par des loups enragés, 30 seulement ont pu terminer leur traitement. De ces 30, une seule est morte de rage quelques jours après la fin de ses inoculations. Les 8 autres, arrivées tardivement au laboratoire et présentant des plaies extraordinairement graves, sont mortes avant la fm de leur traitement — Pas moins de 15 personnes n'ont pu arri- ver que 18 jours après l'accident. De celles-ci, 3 sont encore mortes pen- dant leur vaccination. Restent 345 personnes dont la vaccination a été com- plète et sur ce nombre nous n'avons eu qu'un seul cas de mort. C'était une fille du nom de Korobtcherko, pour laquelle la méthode intensive n'a pas été employée vu les froids de l'hiver. (Voir mon article des Annales de M. Duclaux : Sur les vaccinations, p. 230, notel''".) La méthode intensive n'a donc pas eu d'insuccès sur plus de 300 cas, si 8 H8 ANNALES DE L'INSTITUT PaSTEUR. on ne coniple pas les plaies trop graves (jui ne laissent pas aux vaccinations le temps nécessaire pour donner l'immunité. ■ Celte méthode a été la seule employée ici depuis le mois de février 1887 '. Yoici maintenant la lettre du docteur Bujwid : ... J'ai obtenu du traitement intensif quelques succès que je désire vous communiquer. Ainsi que vous le savez, j'ai voulu d'abord constater si le traitement simple est suffisant et dans quels cas. Chez plus de 200 personnes mordues aux membres, j'ai obtenu des résultats qui me semblent très bons. Cependant j'ai eu deux morts. Dès le commencement du mois de février jusqu'au mois de juin 1887, j'ai reçu 6 personnes grièvement mordues aux membres et au visage. Je leur ai appliqué également le traitement simple en bornant les inoculations à la moelle de 6 jours. Toutes, malgré le traitement, sont mortes de rage. Le 21 juillet on m'a adressé deux paysans mordus très grièvement au visage et à la tête par un loup enragé. J'ai poussé les inoculations jusqu'à la moelle de 3 et 2 jours et je les ai répétées deux fois. Un mois après on m'a envoyé deux autres personnes mordues par un loup enragé, dans le même district : morsures également profondes, nom- breuses à la tête et au visage. Le traitement a été aussi intensif que dans les deux cas précédents. La rage des deux loups a été confirmée chaque fois par trépanation de leur cerveau à des lapins qui ont pris la rage en 15 ou 16 jours. Jusqu'ici, c'est-à-dire depuis 8 à 9 mois déjà depuis leurs morsures, ces quatre personnes sont en bonne santé. Maintenant, chez nous, à Varsovie, la méthode Pasteur est de plus en plus considérée comme la seule et unique méthode capable de sauver la vie des personnes, mordues par des animaux enragés, même dans les cas Les plus désespérés... Jusqu'ici j'ai traité 400 personnes, avec 8 morts. Par l'application du traitement intensif, j'ai traité 140 personnes, dont 7 mordues au visage et à la tête et 4 par des loups enragés, sans aucun accident... \. Je dois ajouter un détail intéressant de la lettre du D'' Gamaleïa, relatif au charbon. (Fièvre charbonneuse.) « J'ai préparé, dit-il, les vaccins charbonneux dans l'été de 1887, et j'en ai fait l'épreuve en grand sur cent moutons. Ces cent moutons ont reçu le premier vaccin le 9 décembre et le deuxième vaccin le 25 décembre. Pas un seul n'est mort. Tous vont bien. Le 3 janvier, quatorze jours après le deuxième vaccin, dix de ces moutons vaccinés ont été inoculés par le virus charbonneux virulent. Pas un des dix n'est mort, n'a pas eu même la plus légère élévation de la température, qui a été prise deux fois par jour. Le même virus virulent a été inoculé à trois moulons non vaccinés: deux sont morts du charbon, les S^^ et 4.'- jour après l'infection ; le troisième mouton a été gravement malade pendant 8 jours, avec une température, reclale qui a atteint -il^jO; mais ce mouton a fini par se rétablir. » LETTRE DE M. PASTEUR A M. DUCLAUX. 419 Je voudrais, mon cherDuclaux, ajouter quelques remarques au sujet des virus et de leurs vaccins. L'an dernier, dans la lettre que je vous ai adressée de Bor- dighera sur la rage, et qui a paru dans le premier numéro de ces Annales, le 2o janvier 1887, je constatais que la durée d'incuba- tion de la rage chez nos lapins de passage, durée dont le terme est fixé pour nous au début des premiers symptômes de para- lysie, était encore de sept jours comme au temps du petit Meister (le premier inoculé), mais avec tendance à descendre à six jours. Nous étions alors au 433e passage; présentement nous avons at- teint le 178^ et l'incubation habituelle, depuis une année environ, est de six jours, mêlée encore à celle de 7 jours, une fois sur trois environ. On peut considérer que le virus de passage par lapins est arrivé à sa fixité. Pour en arriver là, quelle longueur de temps écoulé! 11 n'a pas fallu moins de 4 à 5 années sans interruption dans les passages successifs. Le virus des chiens des rues se propageant par morsures de chien à chien depuis des milliers d'années, doit être considéré également comme fixé. Entre ces deux virus, celui du lapin et celui du chien, la différence est certainement très grande, tant pour la durée d'incubation que par les symptômes eux-mêmes de la maladie. La différence peut rappeler celle que l'on observe entre le cow-pox et la variole. Aussi je ne crois pas qu'on ait de motifs sérieux de considérer ces deux dernières maladies comme distinctes l'une de l'autre. Pour être éclairé sur la commune origine de ces affections, ce n'est pas un ou deux passages du virus varioleux humain à la vache, comme Ta fait en 1865, la commission de Lyon, qui pourrait suffire à accuser une possibilité de transformation de la variole en cow-pox. Il faudrait peut-être des centaines de passages par la vache, pour obtenir un cow-pox propre à se conserver ensuite de bras à bras avec des caractères spécifiques, si tant est que la chose soit possible par ce moyen. Je dois faire observer, d'autre part, que l'état initial d'un virus qu'on fait passer à plusieurs reprises par une autre espèce que celle d'où il provient, peut conserver pendant de nombreux passages successifs les particularités de sa nature propre. Je m'explique : Dans les inoculations préventives de l'homme, nous nous servons encore de la série des lapins de passage employés jadis pour Meister. Dans la crainte que par un motif quelconque, 120 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. cette série fût perdue, ou dût être abandonnée, j'ai l'ait mettre en train depuis bien longtemps une autre série de passages de lapin à lapin. Or, il n'y a pas eu parallélisme entre cette nouvelle série et celle de Meister, quoiqu'on constate sur elle également le fait général de l'augmentation de la virulence par les passages, virulence mesurée par la diminution progressive de la durée de l'incubation de la rage chez les lapins. Dans une autre circonstance, dans une série de passages de lapin à lapin, dont le virus de début provenait d'un singe, virus qui, lui-même, provenait d'un chien des rues, l'accroissement de la virulence par l'augmentation du nombre des passages a été des plus lents, si bien qu'il fallut renoncer à conduire ce virus à sa fixité, par la crainte d'avoir à y employer un trop grand nombre d'années '. L. Pasteur. Paris, le 8 mars 1888. 1. .le reçois au dernier moment le compte rendu suivant des vaccinations faites au Laboratoire liisto-bactériologique de la Havane, dirigé par M. le D'' Tamayo. J'extrais ce qui sait de la lettre adressée à M. le Prof. Granciier : « Le total des vaccinés, à la fin de décembre, était de 83. Il ne s'est produit chez eux aucun cas de rage, bien que beaucoup d'entre eux eussent été mordus par des animaux certainement enragés, comme on l'a démontré par des inoculations à des lapins. C'est une preuve de plus en faveur du traitement de M. Pasteur. « Notre journal, la Cronica medico-quirurgica, a publié, au mois d'août de l'an dernier, et au mois de janvier 1888, nos statistiques avec des notes explicatives. « SUR L\ TRALSM1^SI0\ IMRAPLACENTAIRE DES MICROORGAMSMES, Par E. MALVOZ, ex -préparateur à l'Université de Liège '. Nous avons entrepris une série d'expériences pour recher- cher par quel mécanisme s'effectue le passage des bactéries de la mère au fœtus. Ces recherches nous conduisent à émettre l'opinion que les microorganismes ne franchissent la barrière placentaire, pour atteindre l'embryon, que dans les cas oii le placenta présente des altérations histologiques des ^dllosités choriales, lésions généralement dues à l'action pathogène des éléments parasitaires eux-mêmes. Nous renvoyons à un mémoire que nous avons déjà publié sur ce sujet -, et que le présent travail est destiné à compléter, pour l'exposé de l'historique de la question, tant au point do vue clinique et anatomique que sous le rapport expérimental. Rappelons seulement que, de toutes les maladies infectieuses et vraisemblablement microbiennes, dont on a décrit des manifesta- lions anatomiqueschez le fœtus, la variole occupe, certainement, après la syphilis, la première place. Vient ensuite la tubercu- lose congénitale, dont Johxe a rapporté le plus beau spécimen, avec constatation des bacilles de Koch dans le foie d'un jeune veau, exemple à côté duquel se placent les cas de Lydïi\, ScHWANEFELD, otc, chez les animaux, et de Merkel et Charrin dans Tespèce humaine ^ i. Travail du laboratoire du professeur Firket, à Liège, et de MM. Cornil et ChaiNtemesse, à Paris. 2. Ces recherches ont été publiées par les soins du .Ministère de l'instruction publique de Belgique : Sur le mécanisme du passage des bactéries de la mère au ^œ/MS,par le docteur E. Malvoz. Mémoire présenté au concours pour la collation des bourses de voyage et agréé par le jurj/. Bruxelles, iSS". 3. L.\NDouzY et QuEYRAT out aussi tuberculisé des animaux par l'inoculation de fragments d'organes provenant de fœtus de mères tuberculeuses. 122 ANNALES DE LINSTIÏUT PASTEUR. La rougeole, la scarlatine, la morve (Loeffi.er, Cadéac et Mallet), la pneumonie croupale (Thorner), la fièvre récurrente (Alrrecht, Spitz), l'érysipèle, etc., constitueraient autant d'af- fections susceptibles de passer parfois de la mère à l'enfant. Spitz aurait même retrouvé les spirilles de la fièvre récurrente et Lebedeff les cocci de l'érysipèle dans les lésions présentées par l'embryon, Sangalli et Marchand ont aussi décrit le passage du bacillus anthracis chez des fœtus humains dontles mères avaient succombé à l'infection charbonneuse. Citons enfin, pour être complet, la constatation du bacille de Gaffkij dans la rate d'un embryon dont la mère était atteinte de typhus abdominal (Neu- HAUSs), et la présence du bacille-virgule de Kocn chez un fœtus humain, signalée par Tizzoni et Cattani. Ces nombreux faits cliniques et anatomiques, relevés par tant d'auteurs différents, ont soulevé depuis longtemps le pro- blème du mode de passage des microorganismes à travers le placenta, et bien des recherches expérimentales ont été déjà en- treprises dans cette direction. Tandis que, pour le charbon, on admit longtemps, sur la foi de Bralell, Davaine, Bollinger, que le placenta se comportait comme un filtre parfait, protégeant le fœtus contre l'invasion bacillaire, les travaux de Straus etCuAM- BERLAND, de PERRONcno, démoutreut au contraire le passage pos- sible du bacille à l'embryon. Dans ces derniers temps, Wolf, ayant repris ces recherches, n'obtint que des résultats négatifs chez le lapin, tandis que Koubassof, chez le cobaye, arrivait au contraire à retrouver les bacilles charbonneux chez l'embryon par le seul examen microscopique, alors que les autres obser- vateurs n'avaient jamais constaté le passage que par les cul- tures. On observa aussi expérimentalement la transmission au fœ- tus du microbe du charbon symptomatique (Arloing, Gornevin et Thomas), du choléra des poules inoculé au lapin (Chambrelent), de la septicémie des lapins (Kroner), du streptococcus de la pyémie(SiMONE), du rouget et même du bacille tuberculeux ^{Kqm- BASSOF j- C'est en présence des résultats mal concordants obtenus par 1. L'expérience sur laquelle se base Koubassof pour affirmer le passage du ba- cille lubarculeux^ à l'embryon nous semble trop mal iuslituée pour qu'on puisse en tirer une conclusion définitive (Y, Complet rendus, 1883), TRANSMISSION PLAGENTAIHE DES MICROBES. d23 les divers expérimentateurs qui ont étudié le passage du char- bon au fœtus que nous avons repris ces recherches. Nous nous sommes entouré des conditions d'expérimentation les plus rigou- reuses. Nous avons eu recours non seulement h. l'examen micros- copique, mais encore à la méthode plus siire des cultures et des inoculations à d'autres animaux. Toujours, nous avons fait des cultures comparatives des organes maternels et fœtaux. Les fœ- tus étaient lavés soigneusement au sublimé, puis à l'alcool ab- solu et à l'eau stérilisée, avant leur ouverture. C'est le foie fœtal qui a surtout servi à nos ensemencements : en effet, le sang- de la veine ombilicale se rend directement à l'organe hépatique. Nous avons aussi cultivé le sang- du cœur droit, car on sait qu'une partie du sang- de la veine ombilicale se rend à la veine cave inférieure et au cœur droit par le conduit veineux d'Aran- tius. C'est d'ailleurs dans le foie qu'on a constaté de préférence les altérations congénitales, rares il est vrai, de la tuberculose et de la syphilis. Nous avons inoculé le charbon à plusieurs lapines pleines : toutes ont succombé. Sur les cent soixante-trois tubes ou pla- ques * de cultures, ensemencés avec des fragments d'organes ^ provenant de trente-deux fœtus, quatre tubes seulement ont montré la poussée caractéristique du bacillus anthracis. Dans les nombreuses coupes des org-anes fœtaux que nous avons faites, nous n'avons pu, par la méthode de Qram, retrouver des bacilles charbonneux. Nous avons aussi réussi à faire mourir un lapin en lui injectant un centimètre cube d'eau salée stérilisée, dans laquelle nous avions broyé un foie fœtal tout entier. Mais, dans les mêmes conditions^ 3 autres lapins n'ont pas succombé. Ces résultats démontrent que si le bacille charbonneux, chez le lapin, peut passer au fœtus, ce n'est qu'en très faible quantité et dans la minorité des cas. Tels étaient les résultats auxquels nous arrivions, résultats assez semblables à ceux de Straus et Chamberland, quoique 1. Nous ne nous sommes pas contenté d'ensemencer des tubes de gélatine nutritive, nous avons fait également un très grand nombre de cultures sur plaques, parce que nous voulions éventuellement comparer le nombre des colo- nies données par les organes maternels et fœtaux. 2. Nous avons ensemencé de petits fragments d'organes, du foie surtout, et non le sang obtenu par a«!piration, parce que Kocbassof dit avoir observe' les ba- cilles hors des vaisseaux. 124 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. moins positifs, mais entièrement ditférents de ceux qu'avait observés Koubassof, qui considère le passage du charbon au fœtus comme un fait à peu près constant, normal. Nous avons aussi inoculé le choléra des poules au lapin, comme l'avait déjà fait Chambrelem. Ainsi que ce dernier, nous avons obtenu des résultats entièrement positifs, c'est-à-dire que les cultures des foies fœtaux ont toutes donné un développement des organismes de celte affection : nous avons remarqué cepen- dant que la poussée des colonies sur gélatine était bien moins riche dans les cultures provenant des embryons que dans les tubes ensemencés avec les organes maternels. 'O' Il s'agissait d'interpréter les résultats contradictoires obtenus par les divers auteurs à propos du charbon. Le travail très im- portant de Wyssokowitsch attira vivement notre attention. Ses recherches, qui ont été résumées dans ces Annales^ démontrent qu'à l'état normal les membranes dites filtrantes (reins, mu- queuse intestinale, etc.), ne sont pas perméables pour les bac- téries ; que ce n'est qu'exceptionnellement que le sang se débar- rasse au dehors des éléments étrangers qui ont pu l'envahir, et seulement clans les cas où il existe des lésions (hémorragies, in- farctus, petits abcès, etc.) des organes excréteurs. Ces résultats sur le sort des microorganismes en circulation dans le sang avaient d'ailleurs été observés autrefois par Ponfick, Hofmann et Langerhans, etc., dans des expériences d'inoculations de parti- cules inertes insolubles (cinabre, indigo, etc.). Wyssokowitsch constate que si Ton introduit dans la circu- lation les bactéries les plus diverses, pathogènes ou non, tou- jours le sang s'en débarrasse rapidement, et les microbes, tout comme les particules inorganiques, vont se localiser dans cer- tains organes de prédilection, qui sont le /oz>, la rate, la moelle osseuse. Les microorganismes sont-ils pathogènes pour l'animal en expérience ? Dans ce cas, il se produira au point où ils se sont primitivement fixés, dans un des organes susnommés, une multiplication sur place des parasites, et ceux-ci se déverseront delà dans l'organisme. Dans le cas contraire, ils seront véritable- ment digérés, après absorption par les cellules endothéliales, et peu à peu, ils disparaîtront, c'est-à-dire que les ensemence- ments de ces organes seront dès lors stériles. TRANSMISSION l^LACENTAIRE DES MICROBES. 125 Mais Wyssokowitscii n'avait pas étudié comment se com- porte, à ce point de vue, l'organe placentaire. Celui-ci est très vascularisé, la circulation y est lente. Ne peut-il pas, lui aussi, constituer un terrain de prédilection pour la fixation des élé- ments étrangers entraînés parle sang, au même titre que le foie, par exemple ? S'il en est ainsi, il est clair que cette propriété constituera une circonstance favorable à l'atteinte du fœtus par les bactéries; dans le cas contraire, l'embryon jouira déjà d'une sorte do protection, faible peut-être, mais réelle, contre l'en- vahissement parasitaire. D'autre part, le placenta ne pouvait-il pas être assimilé aux organes rénaux, au point de vue de la filtralion des microor- ganismes, et, de la même façon que les bacilles du charbon ne se retrouvent dans l'urine qu'à la suite d'hémorragies ou d'au- tres lésions rénales, ainsi ils n'atteindraient le fœtus qu'après avoir altéré les villosités placentaires? Tels sont les deux points que nous avons essayé de mettre en lumière. En inoculant le charbon à des lapines pleines, et en ense- mençant des plaques de gélatine avec des fragments sensible- ment de même volume du foie maternel et des placentas, nous avons toujours constaté que le nombre des colonies était bien plus abondant sur les plaques fournies par le foie. Tandis qu'on ne pouvait pour ainsi dire pas compter les colonies dans ce der- nier cas, on en trouvait en moyenne de 13 à 20 par centimètre carré quand il s'agissait des cultures placentaires. De même, la liquéfaction est plus rapide dans les tubes ensemencés avec le foie que dans les tubes du placenta. Si nous introduisions dans le système veineux de lapines en g-estation des microbes non pathogènes, comme le micrococcus prodigiosus, le micrococcus tetragcnus^ et qu'après quinze à vingt heures nous pratiquions l'autopsie de l'animal sacrifié, tandis que les cultures du foie, delà, rate nous montraient des colonies très nombreuses, les placentas, ou bien n'en fournissaient pas, ou ne nous donnaient qu'un développement bien moins abondant. Enfin, en injectant à cinq lapines pleines, dans la veine del'o- reille, ài^V encre de Chine broyée dans l'eau, nous avons retrouvé, le plus nettement possible, les particules noires microscopiques localisées dans le foie, la rate, la moelle des os, tandis que nous 126 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. ne retrouvions que difliciletnent quelques graniilalions perdues dans les sinus placentaires. Nous avons cru pouvoir conclure, en présence de ces résul- tats, que le placenta ne constitue pas un organe de prédilection pour la fixation des éléments étrangers en circulation dans le sang. Ce fait acquis, par quel mécanisme les bactéries passent-elles éventuellement au fœtus? Ne s'agit-il là que d'une simple /?/^r«- tion ? Dans nos inoculations de particules inertes d'encre de Chine, nous n'avons jamais pu les retrouver ni dans la veine ombilicale ni dans les organes fœtaux, résultats qui concordent d'ailleurs avec les expériences de Jassinsky, Hoffbianx, Ahlfeld, FehlixCt, etc. Les microbes non pathogènes [microc. prodigiosus: micr. tetragenus) se comportent de la même façon; les cultures des organes fœtaux, dans nos expériences, sont restées stériles '. Les éléments indifférents, particules inorganiques ou micro- bes inertes, ne passent donc pas au fœtus. Il semble dès lors qu'on soit autorisé à admettre que si des microorganismes pa- thogènes [ôacilhis a7itkracis, etc.), pénètrent, dans certains cas, presque dans le sang fœtal, ce n'est pas le fait d'une fdtration à travers le placenta intact, mais seulement à la faveur des altérations produites dans cet organe. Et en effet, un examen attentif des placentas provenant de nos inoculations de choléra des poules au lapin nous montra des hémorragies^ reconnaissables même tnacroscopicjuement , et sié- geant notamment dans la partie du placenta la plus rapprochée de l'amnios. D'ailleurs, le choléra des poules inoculé au lapin constitue précisément une des septicémies où les lésions hémor- ragiques sont les plus communes (ecchymoses trachéennes, etc.). Les placentas de nos lapines charbonneuses ne présentaient pas de lésions du même genre : or, on se souviendra que nos ensemencements fœtaux étaient le plus souvent stériles. La loi générale de Wyssokowitsch semblait donc se vérifier aussi pour le placenta, au même titre que pour les organes rénaux : le passage des microorganismes au fœtus semblait devoir être lié à des lésions anatomiques. -l. Krukeraberg {Arch. fur Gynek.) a obtenu les mêmes résultats négatifs avec l^i M. prodigiosus, chez les lapines pleines. TRANSMISSION PLACENTAIllE DES MICROBES. 127 C'est alors que nous nous sommes demandé si ce mécanisme du passage des bactéries à l'embryon, tel que nous le concevions, nepouvaitpasexpliquer précisément pourquoi STRAUsetCuAMBER- LAND avaient obtenu des résultats en général plus positifs que les nôtres, bien qu'ils ne fussent pas toujours constants. Nous avions pris des lapins pour pratiquer nos inoculations charbonneuses ; Straus et Chamberland avaient expérimenté sur des cobayes. Rien n'empêchait d'admettre que la constitution différente du placenta d'un animal à l'autre, la fragilité plus grande des villo- sités, la prédispo-sition plus prononcée des tissus du cobaye aux altérations des éléments, ou toute autre cause analogue, pou- vaient peut-être rendre compte de la différence des résultats. Nous avons fait quelques expériences sur le cobaye : nos résultats confirment bien ceux de Straus et Chamberland. Le bacille charbonneux, inoculé au cobaye, passe bien plus régulièrement au fœtus que chez le lapin; la moitii' de nos ense- mencements, environ, ont montré la poussée de cobnies du char- bon. Les résultats les plus positifs nous ont été donnés, encore une fois, par les cultures de fragments de foies fœtaux. Mais il est à remarquer que la liquéfaction de la gélatine était obtenue bien plus tardivement dans ces tubes que dans les cultures cor- respondantes des organes maternels; de plus, les colonies étaient beaucoup plus clairsemées le long de la ligne de piqûre : ce qui démontre que si les bacilles passent au fœtus, ce n'est qu'en très petite quantité. Et, en effet, les coupes des foies fœtaux, traitées par la nouvelle méthode de coloration de Weigert *, ne nous ont montré que quelques rares bacilles, et seulement dans quelques coupes ; la plupart n'en présentaient pas. Ces résultats bien positifs que nous donnaient nos cultures, devaient coïncider, si notre conception était exacte, avec des lésions placentaires ; c'e^i ce que l'examen des placentas a pleine- ment conhrmé. Ces placentas mesuraient environ 4 centimètres dans leur plus long- diamètre et 12 mm. d'épaisseur; nous en avons pratiqué de grandes coupes comprenant toute la section de l'organe. A l'œil nu, mais mieux encore à la loupe, on distingue nette- ment dans le placenta du cobaye des cloisonnements assez épais ■1. Coloration au me'thyl-violet, puis iod>i, et différenciation par l'/tiu/c d'aniline, au lieu d'alcool absolu. 128 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. qui parlent de la caduque utérine, et vont directement, à peu près en ligne droite, jusqu'au voisinage du chorion, traversant ainsi le placenta de part en part : ce sont les septa placentaires divisant l'organe en cinq ou six cotylédons, mesurant chacun à peu près 7 à 8 mm. d'épaisseur. A un faible grossissement, on trouve dans ces septa la coupe de nombreuses veines, dépendant des veines utérines et par conséquent en rapport avec la circulation maternelle. Au centre de chaque cotylédon, dans l'axe de celui-ci, le plus loin possible des veines précédentes, on aperçoit la coupe de deux ou trois vaisseaux assez larg-es, constituant des dépen- dances de la veine ombilicale, qui, on le sait, fournit une bran- che à chaque cotylédon. De ces vaisseaux centraux partent un grand nombre de ramifications, se divisant el se subdivisant à l'infini, comme les villosités choriales elles-mêmes, et se termi nant en fins capillaires, dont on aperçoit la coupe dans les der- nières expansions du chorion. De la même façon, les grands septa intercotylédonaires en- voientdes cloisons qui vont s'insinuer entreles ramifications de i villosités, pour constituer un enchevêtrement très serré, telle- ment qu'il est bien difficile, dans le tissu qui constitue la masse principale du cotylédon, de distinguer nettement ce qui dépend de la circulation fœtale de ce qui appartient au réseau maternel. Il n'y a guère qu'au centre du cotylédon qu'on voit très bien la coupe de deux ou trois vaisseaux dépendant certainement de la veine ombilicale : on peut être sûr que le sang qu'ils contiennent appartient au fœtus. A l'œil nu, mais mieux à la loupe, on peut distinguer, parti- culièrement au voisinage du point de pénétration des septa intercotylédonaires, de petits points hémorragiques très nom- breux, assez serrés les uns contrôles autres; mais ils apparais- sent surtout quand on examine les coupes avec un faible grossis- sement. Nous n'avions pas trouvé, dans les placentas de nos lapines en gestation, des foyers du même genre. Dans les mêmes coupes, traitées par la méthode de Weigert pour faire apparaître les microorganismes, on trouve une dis- position très curieuse et très intéressante des bacilles charbon- neux, disposition qui mérite d'être signalée parce que nous n'avons lu nulle part cette description. TRANSMISSION PLACENTAIIIE DES MICROBES. 129 Dans la lumière des veines situées à Tintérieurdes septacoly- lédonairos, par conséquent dans des vaisseaux dépendant de la circulation nialernelle , les bacilles existent presque toujours en grand nombre, pressés les uns contre les autres. A partir de ces &epta, des traînées bacillaires rayonnent en suivant la direction des cloisons secondaires qui en partent, et en se dirigeant vers la veine centrale du cotylédon, qu'on sait être une division de la veine ombilicale. Mais^ tandis que les tramées de bacilles sont fort serrées au voisinage des cloisons intercotylédonaires, les bactéridies deviennent de plus en plus clairsemées au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'axe central du cotylédon, et, si dans les deux ou trois grands vaisseaux qui existent en ce point on peut distinguer quelques bacilles, ils sont bien moins nom- breux que dans la lumière des veines maternelles : le contraste est très net, très frappant et visible dans presque toutes nos coupes. C'est bien là la preuve que les bacilles passent dans le sang fœtal, mais seulement en très petite quantité. Dans les petits foyers hémorragiques très nombreux déjà signalés, on voit souvent des bacilles, dont la disposition en chaî- nettes semble indiquer que ces éléments parasitaires se sont multipliés au sein même de la lésion. Tout le monde admet aujourd'hui qu'il n'y a pas de commu- nications directes entre le sang maternel et le sang fœtal. Ces hémorragies rendent très bien compte de la façon dont le passage d.es bacilles au fœtus s'effectue : il sufht qu'en quelques points il se développe de petits foyers destructifs pour mettre en rapport immédiat et le sinus placentaire charriant le sang maternel et le capillaire d'une villosité choriale. De la sorte, les bacilles pénètrent, par une véritable effraction, peut-on dire, et non par lillration, jusque dans le sang fœtal. jNous pensons que ces recherches démontrent, le mieux pos- sible, que le passage des microorganismes au fœtus est lié à des lésions anatomiques; dès lors, on ne peut admettre, avec KouBAssoF, que cette transmission soit un fait constant : elle sera aussi variable et aussi inconstante que les propriétés des éléments parasitaires eux-mêmes. Certes, il est toujours difficile 130 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de critiquer des reciierches qu'on n'a pas suivies, et dont on ne possède qu'un exposé sommaire. Cependant, le fait que Koiibassof ait pu, seul jusqu'à maintenant, observer aussi fréquemment le passage des bactéries au fœtus, et par le seul examen microsco- pique, la façon dont il a expérimenté avec le bacille tuberculeux pour démontrer la transmission de celui-ci à l'embryon, ces rai- sons nous autorisent à faire nos réserves sur les résultats qu'il a publiés. Ajoutons que nos considérations sur le mécanisme du passage intra-utérin des microorganismes sont précisément le contrepied d'une des conclusions de Koubassof; celui-ci, en effet, se basant sur une seule ex-pénence.^ mal instituée, conclut que les altérations placentaires empêchent au contraire le passage. Si notre opinion est la vraie, on comprend de suite qu'il faudra toujours tenir compte, dans l'appréciation de la possibilité de l'atteinte du fœtus par un parasite déterminé, de diverses circonstances : degré de virulence, atténuation plus ou moins grande, action plus ou moins destructive sur les cellules et les tissus, temps écoulé entre le moment de l'inoculation et la mort, texture différente du placenta d'un animal à l'autre, et notamment épaisseur très variable, suivant les espèces, de l'épithélium des villosités, etc., etc. Les altérations placentaires, inconstantes dans le charbon et variables d'une espèce animale à l'autre (et ainsi s'expliquent les résultats en apparence contradictoires obtenus par les divers expérimentateurs), seraient au contraire la règle dans des mala- dies comme le charbon sympt077iatique et surtout le choléra des poules, affections où la transmission du microbe au fœtus a été bien plus régulièrement constatée. Si on applique ces données à des maladies comme la variole, le tuberculose, la pyémie, etc., on comprendra que le fœtus sera menacé chaque fois qu'il se . sera produit une altération susceptible de rompre les barrières cellulaires du placenta : point hémorragique dans la variole, ramollissement d'une nodosité dans la tuberculose, foyer d'ab- cession dans la pyémie. Et précisément, on a remarqué de tout temps que la variole, chez la femme enceinte, se présentait sou- vent sous la forme hémorragique, circonstance qui explique très bien les lésions placentaires et les cas, déjà nombreux, de transmission de variole au fœtus *. 1. Nous avons supposé, dans tout cet exposé, le fœtus menacé par des bactéries TRANSMISSION PLACENTAIRE DES MICRORES. 131 A. côté de son intérêt pratique, la question du passage des bactéries au fœtus touche encore à différents problèmes d'une haute imporlauce scientifique. Pendant longtemps on admit, comme une vérité classique, qne le placenta se comportait comme un filtre parfait à l'égard des bactéries; ce fut même un argument puissant dont se servirent ceux qui soutenaient alors, comme on l'admet généralement aujourd'hui, que l'infection est directement liée à la présence des parasites, puisque les inocu- lations de sang- fœtal, libre de microorganismes, ne donnaient pas le charbon. Il y a quelques jours à peine que Chauveau, à l'Académie des sciences, vient d'invoquer de nouveau l'opinion ancienne pour démontrer que l'immunité dans les maladies infectieuses doit être attribuée à la présence d'une substance soluble laissée dans le corps par le passage du microbe pathogène. Chauveau a observé que chez les brebis pleines qui meurent du charbon, les bacilles fourmillent dans le sang- de la mère et ne passent point dans le sang du fœtus ; or, les agneaux nés de mère inoculée du sang de rate pendant la gestation deviennent tous réfractaires à l'action du virus charbonneux. C'est du moins ce que Chauveau a noté depuis longtemps. Donc la vaccination congénitale ne peut être due qu'au passag:e d'une substance soluble à l'embryon. Chauveau démontre le non passage du microbe par l'examen microscopique et par l'inoculation du sang du cœur à d'autres animaux. Or, l'examen microscopique, nous l'avons montré, après Straus et Chamberland, est insuffisant. Quant aux ensemence- ments du sang du cœur, ils restent bien souvent stériles, alors que ceux du foie fœtal donnent un développement de colonies; c'est en effet au foie que la plus grande masse des bactéries est apportée par la veine ombilicale. Enfin, il est difficile, nous semble-t-il, d'affirmer, sur la foi en circulation dans le sang maternel. Le fait constaté que des affections comme la rage, Vcrj/sipcle, dont le microbe ne semble pas envahir le sang, seraient parfois susceptibles de se transmettre à l'embryon, conduit à penser qu'il s'établit peut- être dans certains cas des l'elations entre le fœtus et la mère par d'autres voies que la voie sanguine. Lebedeff a même cru pouvoir expliquer le passage du coccus de Fehleisen à l'embryon par les lymphatiques du cordon. C'est là tout un nou- veau côté de la question, que nous ne faisons qu'indiquer en passant. 132 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de quelques expériences négatives, que, dans tous les cas d'in- fection maternelle, le fœtus est resté indemne, parce que rien n'est plus variable et plus inconstant que les altérations histo- logiques provoquées par les microorganismes, notamment dans le placenta, et auxquelles il faut rapporter, nous croyons du moins l'avoir démontré, la cause du passage à l'embryon. Le problème serait évidemment bien plus facile à résoudre s'il ne s'agissait pas d'une simple filtration; dans ce cas, il suffirait de quelques expériences pour se rendre compte si, oui ou non, les bactéries franchissent le placenta. Enfin, il est à remarquer que l'infection charbonneuse chez la brebis dispose précisément à des lésions hémorragiques, sou- vent très prononcées. Nous pensons donc qu'il y aurait lieu de soumettre à quelques expériences nouvelles la question du pas- sag-e du charbon au fœtus chez la brebis, avant de pouvoir décla- rer définitives les conclusions du savant professeur du Muséum. LE VIRIS RABIQl'E DES CHIENS DES RUES DMS SES PASSAGES DE LAPIN A LAPIN, Par m. ANDRÉ HOGYES, Professeur à l'Université de Budapest. Je résume dans ce travail les observations, que j'ai faites depuis deux ans, à propos de mes recherches sur le traitement antirabique pastorien. Je m'y étais proposé, d'abord d'obtenir un virus fixe d'une pureté parfaite, puis d'étudier les changements que subissent les propriétés du virus rabique des chiens de rue lorsqu'on le fait passer successivement de lapin à lapin. Ces observations s'accordent en général avec celles de M. Pasteur, et peut-être suffirait-il de n'en donner qu'un court résumé. Si je les développe davantage, c'est d'abord que, à ma connaissance, celte partie des expériences de M. Pasteur n'a pas encore été répétée sur une aussi large échelle, et n'a pas été encore publiée avec les détails nécessaires, puis parce je crois pouvoir ajouter quelques détails nouveaux, qui nous permettent de nous orienter plus aisément dans l'appréciation de l'état de \irulence du virus rabique ; et enfin parce que ces expériences forment la base d'un prochain Mémoire sur la pathologie et la thérapeutique expérimentales du traitement antirabique pasto- rien. Dans la série d'expériences dont je vais parler, c'est la moelle d'un chien enragé, provenu de l'École vétérinaire de Budapest, qui m'a servi de point de départ. J'ai fait les inoculations suc- cessives sous la dure-mère, ce qui, je m'en suis convaincu par des expériences préliminaires, est le plus sur moyen de provoquer la rage. Cette méthode est plus sûre que même l'inoculation directe sur le plancher du quatrième ventricule. 9 iU ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Au lieu du bouillon stérilisé, j'ai délayé la moelle dans une solution stérilisée de sel marin à raison de sept pour mille. Au lieu du trépan ordinaire, je me sers du dental enghie de White avec lequel on peut scier ou forer, vite et facilement, une petite ouverture dans le crâne du lapin ou du chien. Nos races de lapins diffèrent un peu des races françaises. Nos animaux sont en général plus petits. Lorsqu'ils ont atteint toute leur croissance, leur poids varie de 1,000 à 2, 500 grammes; mais on peut les employer même dans leur jeunesse, lorsque leur poids est de 700 à 1,000 grammes. J'ai fait une certaine sélection entre les lapins pour mes ino- culations successives. Dans les premiers passages,je n'ai employé que déjeunes lapins, espérant par là arriver plus vite à un virus stable. Je m'appuyais sur l'expérience de M. Pasteur que l'incubation de la rage chez les jeunes animaux est plus courte que chez les vieux. De plus, comme à chaque passage j'inocu- lais toujours plusieurs lapins, j'ai toujours pris le virus, pour le transporter au passage suivant, sur l'animal qui mourait le pre- mier. L'expérience a répondu à mon attente, et je suis ainsi arrivé assez vite à fixer la virulence, ainsi que je le prouverai plus loin. Le nombre des inoculations faites dans les 77 passages que j'ai atteints jusqu'ici a déjà dépassé mille. Le nombre des inocu- lations faites seulement pour la conservation du virus est à peu près de 476, ce qui est suffisant pour juger des changements de nature de la rage des chiens de rue pendant les inoculations Successives. Comme nous ne connaissons pas encore les microbes de la fage, ni les changements chimiques que subit le système nerveux devenu virulent, nous ne pouvons juger de ces changements de nature du virus rabique que par les effets physiologiques qu'il amène sur les fonctions des animaux infectés. On sait que ces effets consistent dans l'apparition de certains symptômes nerveux après une période plus ou moins longue d'incubation. Ces symptômes nerveux sont en général très va- riables. Ils se traduisent soit par un état de surexcitation (rage furieuse) qui passe avant la mort à un état d'épuisement, soit par l'apparition d'emblée de phénomènes de paralysie des extrémités postérieures ou antérieures, qui s'étendent successif LE VIRUS RABFQUE DES GlflENS DES RUES, ETC. 138 vemoiit sur le corps tout entier et ne finissent que par la mort (rage paralytique). iMais il y a encore des cas mixtes où les symp- tômes de l'irritation et de la paralysie apparaissent à peu près simultanément. Les animaux ne peuvent par exemple pas remuer leurs extrémités postérieures et malgré cela leur tête et leurs extrémités antérieures sont dans un état de surexcitation. Il arrive aussi, quoique rarement, que l'animal inoculé périt sans aucun symptôme nerveux, dans les délais normaux, et que l'ino- culation seule de sa moelle prouve qu'il est mort de rage. Si on veut faire une statistique sur les inoculations succes- sives, il faut, je crois, établir pour ces cas une troisième caté- gorie, la catégorie des cas mixtes. Les phénomènes nerveux finissent par la mort, qui vient le 2% 3^ ou4® jour après leur première apparition: cette période estla durée de la rage^ et la comparaison des dates de l'inoculation sous la dure-mère, de la première apparition des symptômes nerveux, et de celle de la mort, offre unebase suffisante pour juger des changements du virus pendant la longue série des inocula- tions successives de lapin à lapin. Voici la statistique de mes résultats. J'ai fait 77 passages suc- cessifs, dans lesquels j'ai inoculé 476 animaux ; 167 ont été atteints de rage furieuse, 165 de rage paralytique, et 144 de la rage à symptômes mixtes. Quant à l'histoire résumée de chacun des passages, on la trouvera dans le tableau ci-après, dans lequel les gros chiffres de la colonne horizontale P représentent les numéros des passages 1 à 77. à dater du 27 février 1886 jusqu'à la fin février 1888. Les petits chiffres de la colonne N sont les nombres des lapins ino- culés dans chaque passage. Au-dessous du chiffre de chaque passage sont notés en m la durée en jours de la survie après l'inoculation, en i la durée de l'incubation, comptée du jour de l'inoculation jusqu'à la première apparition des symptômes ner- veux. La différence entre ces deux chiffres donne la durée de la période de rage déclarée. Ils servent tous à apprécier la virulence du virus employé. Leur signification apparaît mieux si on les représente dans un graphique dont les ordonnées, correspondant à chacun des passages, présentent, en trait fin, la période d'incubation, et en trait plus gros la période de rage déclarée pour cha^jue passage» i3é ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Tableau statistique du résultat des 77 inoculations successives de lapin à lapin du virus rabique des chiens des rues. p 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 N 2 •2 8 9 8 6 8 7 5 KJ ni 21,0 17,5 14,7 14,4 12,5 10,8 14,1 12.5 12,5 11,8 i 18,0 14,0 12,5 12,5 10.0 9,3 11,0 9,8 10,4 8,1 P 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 N 16 10 20 11 4 5 6 6 5 6 m 10,6 10,3 9,9 9,3 9,3 8,8 10,1 .9,1 9,4 9,0 i 8,8 8,4 8,3 7,5 7,9 6,4 8,3 8,1 8,2 7,7 P 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 N 7 7 6 8 8 6 10 8 7 15 m 7,o 7,5 8,3 8.3 8,8 8,6 8,2 7,8 8,8 8,2 i 6,1 6,3 6,1 7,0 0,9 7,5 7,2 6,6 7,3 6,6 P 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 N 7 6 7 8 9 8 3 4 7 .3 m 8,1 8,4 8,0 8,2 8,5 8,8 10,0 9,6 9,0 9,5 i 6,7 7,1 6,0 6,7 6,9 7,0 7,3 8,0 6,7 7,4 P 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 N 5 9 8 6 6 6 8 5 5 4 m 8,8 8,8 8,8 9,0 9,5 9,1 9.3 9,1 9,1 8,2 i 6,4 7,3 7,7 7,6 7,3 7,3 7,5 6,8 7,0 7,0 P 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 N 3 6 6 6 5 7 7 7 4 ni 9,6 9,2 8,2 8,6 8,6 8,6 8,8 9,0 9,0 8,5 i 8,0 7,0 6,0 6,6 6,8 6,6 6,0 6,3 6,7 6,5 P 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 N 7 6 4 1 2 4 3 5 5 m 9.0 8,3 8,5 8,0 8,3 9,1 9.1 8,8 9,0 9,4 i 6,8 6,8 6,7 6,0 6,0 6,5 7;6 7,2 7.3 7,6 P 71 72 73 74 75 76 77 N 5 4 <-> 1 5 4 m N,8 10,0 8,5 8,0 7,6 9,0 9,0 i 7,0 7,8 6,7 6,0 6,6 7,5 7,3 Les chiffres du tableau et du graphique de la page 137 sont des nombres moyens, calculés en partant des chiffres individuels de chacun des lapins inoculés à chaque passage. Le nombre de ces lapins n'est pas toujours le même, mais cette circonstance n'influe pas trop sur les valeurs moyennes et n'empêche pas de se faire une idée générale des résultats. LE VIRUS RABIOT'E DES CHIENS DES RUES, ETC. 137 . 1 1 1 .— . 1 - lO - — — ■ ■ ■ *"■ o , '■■ t-^ , ^^.^ . •_ n .i_ "" . <-> ■ ^ 8 g m ■>* $ CM O CO r-» to t- CO CM — Ui ■ .rs -^ cd en - 1 t- 3 ■a ■ """ O j2 ^ ua (U 3 .^^ > ■ ~n « -. -^~ O o " en O ■^ ' ■ ca 17° 38,9 39,9 1100 1030 InocuU; entre iiiiili fl 1 lieupe. 17 « I 18° 40,0 40,2 1080 1061) 18 » II 18° 39,1 39,3 1120 1100 19 ii[ . 18° 38,8 39,5 1070 lOSO . 20 IV 18" 40,0 40,3 1070 10X0 21 » V 19° 40,0 40,5 1030 1050 22 » VI 17» 40,2 40,8 lOiO 1030 23 " VII IG' 39,9 39,5 1020 1000 loi" m. Afl'aibli, inquiet, se heurte aux meu- 24 » VIII 17° 37,0 00,0 1000 930 liles. Jjh .<. tréijuclie. 10l> m. P.ii'é-sie du train anf. .ï'' s. ocmclié, 23 » IX 13,5 I8,r, 930 — n;^ psut lever la tète et se meurt à midi précis. Perte totale, 120 gr. LAPIN N° 653. VIRUS DE MON' LABORATOIRE 18 fr-v. 19» . 39.2 1330 19 « 18° 39,5 41,0 1350 1320 Inoculé à midi 17. 20 n I 18° 39,7 39,6 1300 1300 21 » 11 19° 39,4 39,6 1320 1300 22 » ni 17° 39,0 40,1 1320 1270 23 » IV 160 40,3 40,7 1240 1230 24 .. V 17° 41,2 40,8 1230 1200 Le matin, inquiet; le soir, irrité. 25 » VI 14° 40,3 39,8 1170 1 160 Se heurte aux meubles, bondit en courant, ti'pinblp - 26 VII 1,5° 37,9 33,8 1170 1110 LI t. IlIlflC • Paralysie du train antérieur. Le soir, couché, 27 » VIIl 14° 17 1070 — ne peut lever la tête. Trouvé mort le matin. Perte totale, i'50 gr. On voit que l'évolution du virus a été dans les deux cas à peu près la même et a suivi la marche signalée plus haut. Pour mieux faire ressortir ces ressemblances, j'ai résumé dans le tableau suivant les résultats des expériences sur mes deux séries de 6 lapins : . im ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. A. VIRUS FIXÉ DE PARIS (i30« passage). jVJos 1 Poids. w a a, 330 JOURS APRÈS l'inoculation IV V VI Vil VIII IX X s m F s m P s m R s m s m f s m s 111 m 2000 gr. 2 1570 270 F P R f 111 ;{ 1490 280 F P R f m 4 lOSO 120 F Rp f 111 800 120 F P Rf m () 1000 90 F P Rf 111 B. VIRUS FIXÉ DE BUDAPEST (29" passage). l 1730 gr. 230 F P 11 f 11) 2 830 180 Fp R (' m 3 loOO 370 F P R f m -i 040 220 F P R fin 5 1480 310 F P R f m 6 1320 2dO Fp R f 111 F, coniinenceinent de la fièvre, f, fin de la fièvre et commencement de la perte de température, p, commencement de la perte de poids. R, com- mencement des symptômes nerveux de la rage, m, moment delà mort. En regardant ces tableaux synoptiques, ou voit que dans les 12 cas c'est la fièvre qui apparaît la première et dans le même temps à peu près. On peut y voir aussi que l'ordre d'apparition des symptômes principaux est le même dans tous les 12 cas : fièvre, diminution de poids, apparition des premiers symptômes nerveux, abaissement de température et etiuîi la mort. LE VIRUS RABlnUbl DES CHIENS DES UUES, ETC. 147 Voici la marche de la température chez les 12 lapins à partir de riiifection jusqu'à la mort. y. Q >< • H 1/3 Q >< :^ >i a t;- 4»> (?1 î.O M co CO OO CO OO C5 co co > a co cb co CO tr. co o co co 5(0 co OO OO 05 o — 1 co C5 00 co Ci cp co co 00 in co >- s o Ç) o o 05 05 00 co Ç3 c: co o Ci co CO CO oc co 00 oo' Ci Ci co Ci I— co U) o o 00 o o o "H o CO co <=> 00 o 00 o '00 >^ a o 00 o Ô o O O) o o cp ô ip O o 00 o Vf m OO ô o •st O m o 00 o 00 o st cp OO Ci cis OO o >- a OO o 00 o Vf o 00 o >* O 00 >* o O ^< O co il 00 o cp sï< o 00 o Vf Ci o o OO Ci 00 O) o o Vf >' a 00 OO ô co O o CO o o o Nt O CO o ô >* o o cp o M cp co OO co co '9 co jp Ci co 00 Ci co cp Ci co Ci 00 sp Ci co sp Ci co o s a Cl co VO il co 00 ■X. co o co Ci co t— Ci co Ci co Ci co Ci co cp Ci o Ci ro (fl i ^ sp co o co .-o co co co sp CO co Ci co Ci co co Ci co îp Ci co cp Ci co co Ci co ^' a 2^0 ài co co co co Ci co cji co Ci 00 Ci co 00 Ci co Ci co Ci 00 M S-O co co o o co Ci co cp ô cp Ci co o Ci co co Ci co CTi 00 co s a co 1;- co co o co es co Ci co jp Ci co Ci co Ci co co cp Ci co co M •3^ ÎO o >* co co Z3* tri co Ci co OO co Ci o ô îp o 1.0 6 M* cp - -M co >^ i.O as -r- (î^ 00 -* 5.0 :o Les chiffres en caractère gras sont ceux de la période de fièvre. 148 ANNALES DE L'iNSTiTUT MSTÈUR. Les données détaillées de la variation du poids du corps à parlir de rinoculation jusqu'à la mort sont les suivantes : I— ( ce Q H— ( cf. e >1 co o CD Cfl ^H >»jH O <= O O <=> s I>- C3 • 00 o O o o o o 00 o o lO 00 O O O O O o lA !>■ oo 00 O 00 ■srH C^ -^ M O CO C5 «îH ^iH ••th ^rc O o o oo oo vt "ri «sH O O O r-» CN O 00 o !>• o o o o in o oo m o o o i>- o oo 00 o t— o co en o o oo ■j'i o o o Ci •<+ m oo o i>. o O O es C2 000 ctj it m co o Ë~- O o o co co 05 or o O o o C5 O — 00 O 0000 C' =:■ ^"0 0> t— »--' Cï -^ 01 co ^-t o t— o 000 I— o r^ C^ 'IS '^ o o o o o co 00 o 000 50 G-i :o C5 co ^i* O O o o 00 o 000 I— co œ CR o ^1< O O o o a ~Jt" >o n-i f^t C5 CO ^ ^— ' co ~~^ -" -r' -^ -^ _J HH ■ CO CO co T) C5 co ~* ce — ' "^ — ^ -^ "^ O: a T-l CTi co sC GO TI "^ — ' "^ 1^ CTj 5^ vr^) >«* CO G-1 •r^ -r^ ■r^ -!rH —I (M CO M< ÎO tO in Q C3 Q faD O 00 Vf O 00 o co o o o o m o <=5 "!H CM o o o o o C5 o o m 10 m cvj o t^ m «5 -^ c^ 00 -rt o o C5 00 co co CM o o c=> <=3 CO 00 -tH C3 o o <0 o C3 Ci 00 -^ C-- CM E^ m CO CM c^ 00 ^n o o o C5 -— 1 o CM CM ^-5 <=> m o co t^ 00 00 00 CM o o co csi o o es -.t 00 ce o o 10 00 00 CM 5^1 CO o CO 000 — o m co «* CM o o co in 0000 o 50 ^- «îl- -^ co ^-f CM co co •o o r— co o o -.l- 'CO c=' o >* CM CO CO co o t-- CO o o 00 r- »* CO co s m E w £ m E tn E m £ Ul E m E V l 1600 \ S^ r V V A Nk X > V \ — 1500 36 ■*; A \ 35 \ — L 13O0 34 — — — . . __ a +.179C a. Virus de Paris. I 1 BE TV V vr vu •m. SI a. E £ w £ £ V) £ CO E 41 p- \ 40 ;/ r \ V K f ^ 39 , \ i r \ i , V [^ w A i 38 V- i Gr. 150( 37 K V ^ V ^ 1 1400 \ -^ «ta 36 \ 1300 \ \ 35 \ 1200 d ■t 34 A V 1 1(00 <«, V — i + ie œc b. Virus de Budapest. L'astérique indi({ue la première apparition des symptômes rabiques, la croix le moment de la mort ; la courbe supérieure est celle des températures, la courbe inférieure est celle des poids. En comparant toutes ces données expérimentales, on peut voir qu'il y a identité dans les efTets de ces deux sortes de virus rabique, tant pour leur degré de virulence que pour la nature et le mode d'apparition des symptômes qu'ils produisent. La seconde comparaison, après une année environ, m'a donné des résultats analogues et je la passerai sous silence. Je crois donc pouvoir conclure de cette double série d'expériences que les deux sortes de virus sont restés identiques même après une année, à l'égard de leur virulence et de leurs autres effets, dans les limites des fluctuations individuelles. 10 150 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. VI Quelle interprétation peut-on donner de ce grand fait de l'aug- mentation successive du virus rabique pendant les inoculations de lapin à lapin? Comment peut-on expliquer ce phénomène que ladurée de l'incubation devient sucessivement plus courte quand on avance de passage à passage, tandis que la quantité de moelle inoculée reste toujours à peu près la même ? Plusieurs pensées s'offrent à l'esprit pour rendre compte de ce phénomène particulier. On peut imaginer que l'agent infectieux de la rage (un microbe encore inconnu) subit pendant le cours des inoculations successives un certain changement dans sa qualité. Il devient individuellement de plus en plus fort à mesure qu'il s'adapte successivement à son nouveau milieu. En conséquence de cette énergie plus exaltée, le changement qu'il peut produire d'une ma- nière ou d'une autre dans la moelle devient plus intensif, et les altérations du système nerveux, premiers symptômes de la rage, peuvent apparaître après une durée plus courte d'incubation. Ce seraitdonc parla qualité, la vigueurindividuellement augmentée, que la môme quantité de virus agit plus énergiquement dans les passages plus avancés. -D'fiutre côté, on peut imaginer que c'est la quantité ôfi l'agent infectieux de la rage qui subit un changement pendant les ino- culations successives. Sa puissance de reproduction augmente, et dès lors la même quantité d'une moelle rabique des passages avancés contient plus d'agents infectieux que celle d'une moelle rabique des premiers passages. Ce serait la quantité, la reproduc- tivité exagérée qui agirait pour l'augmentation de la virulence, sans aucun changement individuel de l'agent infectieux. On peut enfin supposer que l'agent infectieux de la rage subit à la fois ces deux modifications, et dès lors, dans les passages de haut rang, la moelle inoculée contient plus d'agents infectieux fortifiés à la fois quantitativement et qualitativement. L'expérience suivante nous porte à croire à l'existence d'un changement quantitatif. Si on porte sous la dure-mère le virus rabique dérivé de n'importe quel passage, en état plus dilué qu'a l'ordinaire, le lapin meurt après une incubation prolongée; LE VIRUS RABTOUE DES CHIENS DES RUES, ETC. 131 on peut même alleiiidre un tel degré de dilution que le virus fixé lui-même n'a plus d'effet sur l'animal; de sorte qu'on est forcé de croire que c'est par \e nombre que l'agent infectieux de la rage doit produire ses effets. En faveur de cette explica- tion, on peut aussi citer l'expérience que j'ai faite, c'est qu'on peut rendre aisément les chiens réfractaires à la rage, en leur inocu- lant sous la peau le virus fixe de la rage à des degrés différents de dilution, en commençant par la plus faible et continuant successivement jusqu'à la plus forte'. D'autre côté, il faut regarder comme une preuve pour l'exis- tence d'un changement qualitatif une observation de M. Pasteur que j'ai aussi faite dans mes expériences. Un lapin inoculé par trépanation avec du virus fixe succombe, comme nous le savons, après une incubation de 7 ou 8 jours. La même moelle inoculée sous la dure-mère après 7 ou 8 jours de dessiccation ne tue le la- pin qu'après une plus longue incubation, de 13 ou 20 jours par exemple. Mais si on fait servir ce lapin à une inoculation nou- velle sous la dure-mère, on voit reparaître l'incubation courte du virus qui a servi de point de départ. Le retard du cas intermédiaire est l'effet de l'appauvrissement quantitatif du virus rabique dans la moelle séchée, et la récupération rapide de la durée de l'incubation dans le cas ultérieur est due sans doute à ce que la qualité de l'agent infectieux rabique est restée invariable dans la moelle desséchée. Les effets de la culture du virus rabique ont une grande res- semblance avec ceux qu'on obtient en agriculture avec des soins culturaux, combinés avec une intelligente méthode de sé- lection^ . C'est ainsi qu'Hallett, en choisissant comme semences les plus beaux grains et les plus beaux épis d'une variété de blé quelconque, aréussi àaugmenteretà maintenir deplusassezcons- tants, dans les limites des variations saisonnières, d'abord le rendement à l'épi, c'est-à-dire le degré de fécondité de la graine, puis la qualité individuelle du grain, qui devenait plus lourd et plus dense. On peut donc augmenter ainsi non seulement la quantité mais aussi la qualité des produits dans le même sol et avec la d. V. Akadémiai erlesito d'octobre 1887. V. aussi ces Annales, t. II, |). di. 2. V. A. Novacki. Getreideban, 4886, p. 177, 179. 152 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. même fumure, non seulement la quantité de la récolte par hec- tare, mais aussi le poids du blé par hectolitre. En inoculant de lapin à lapin, c'est-à-dire en ensemençant régulièrement dans le même terrain le virus rabique, on le voit aussi se fortifier dans sa vigueur individuelle et sa repro- ductibilité jusqu'à un certain maximum où, à quelques fluctuations près, les propriétés se fixent si les conditions de la culture res- tent les mêmes. La ressemblance entre les microbes et les végé- taux d'une organisation plus complète etplus élevée paraît donc à ce point de vue être tout à fait parfaite. VARIATIOXS DIRABLES DE LA FORME ET DE LA FONCTION mu LES BACTÉRIES F»ar E. AVASSEFtZUO. Lorsqu'on cultive les bactéries à l'état de pureté, chacune d'elles prend une forme qui reste assez constante dans les divers milieux nutritifs qu'on lui offre, et amène dans ces milieux des transformations, variables naturellement de l'un àl'autre, mais qui se reproduisent avec constance, quand les conditions de culture se retrouvent les mêmes. De cette observation, tant de fois répétée, . est sorti le principe de la constance de la forme et de la fonction chez les microbes, principe qui est le fond de nos connaissances actuelles, et a servi de base à toutes les classifications qui ont été proposées. Ce n'est pas qu'il soit absolu. Du côté de la morphologie, il est atteint par l'existence des formes d'involution, formes anormales ou pathologiques, qu'on voit apparaître dans les cultures vieillies, lorsque le milieu nutritif est épuisé de ses éléments assimilables ou altéré par les sécrétions des microbes qui y ont vécu, qu'on peut voir apparaître aussi dans les premiers temps de la culture, lorsqu'elle se fait dans des milieux peu favorables, par exemple en présence des antiseptiques. Mais dans les milieux antiseptisés, ces formes anormales n'apparaissent qu'au début des cultures, elles sont transitoires, et la forme considérée comme normale ne tarde pas à prédominer. D'un autre côté, on peut faire dis- paraître tout à fait les formes de vieillesse ou au moins en diminuer beaucoup le nombre: il suffit pour cela de faire des ensemencements répétés, à de courts intervalles, dans des milieux favorables. On obtient ainsi des générations chez lesquelles les formes de début se conservent, quels que soient la durée et l'état des cultures. Du côté de la persistance de la fonction, les mêmes objections 154 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. provoquent les mêmes réponses. Toutes les cellules d'une même masse de levure n'ont pas le même pouvoir ferment; tous les bacilles ou toutes les spores d'une même culture de bactéridie charbonneuse ne sont pas également pathogènes; tous les articles d'une culture du microbe du pus bleu ne sont pas également aptes à reproduire la matière colorante. Mais on peut toujours, et j'ai montré comment on pouvait y arriver pour leBacilius pyocyaneus, obtenir des cultures tout à fait homogènes au point de vue de la forme et de la fonction, c'est-à-dire chez lesquelles tous les éléments possèdent les mêmes caractères taxonomiques. Les exceptions à la loi de la constance de la forme et de la fonction semblent donc avoir un caractère transitoire qui con- firme le principe, au lieu de l'infirmer. Mais l'importance de ces faits exceptionnels serait autre si on leur communiquait un caractère permanent, et si on montrait par suite que la forme et la fonction ne sont nullement indépendantes, comme on le pro- fesse d'ordinaire, des modifications du milieu. C'est là ce que j'ai essayé de faire. J 'ai montré en effet, pour le bacille du pus bleu et le Micrococciis prodigiosus, que l'on pouvait abolir d'une façon permanente chez ces êtres la fonction productrice de matière colorante dans des milieuxpour lesquels cette fonction était normale et faisaitpartie de la définition donnée au microbe étudié. La forme est tout aussi variable, et à l'aide de quelques traitements très simples, on peut la modifier assez profondément pour que l'être vivant, rapporté dans son milieu originel, y prenne et y conserve une forme dif- férente de la forme primitive. Ces deux espèces de modifications ont été obtenues en employant d'abord l'action des antiseptiques, puis les cultures prolongées dans des milieux acides, remplaçant les milieux alcalins dont on se sert d'ordinaire. Mais il y a d'autres procédés pouvant donner les mêmes résultats et d'autres microbes capables de présenter les mêmes phénomènes. 11 est non seulement intéressant, mais encore nécessaire de multiplier les exemples en faveur de cette thèse nouvelle, et en voici qu'on peut joindre à ceux que j'ai déjà cités. Reprenons le Micrococciis prodigiosiis que nous avons déjà étudié, et considérons-en une culture dans un bouillon de veau légèrement alcalin, oii les cellules prennent nettement la forme FONCTION CHEZ LES BACTERIES. 135 microcoque. Soumettons cette culture, le premier ou le second jour de développement, pendant cinq minutes environ, à la tem- pérature de 50" '. Prélevons, après refroidissement, une petite quantité de semence que nous porterons dans un milieu sem- blable au premier : le développement se fait très abondamment dans ces conditions. Traitons cette seconde culture comme nous avons fait de la première, et répétons ces chauITages à S0° pour toutes les cultures successives. On constate ainsi, au bout de quelques cultures, que la forme microcoque disparait et fait place à une forme très nettement bacillaire qui se conserve d'autant mieux dans la suite des géné- rationsque les cbauiïages ont été plus nombreux. Nous obtenons donc, en employant l'action répétée de la chaleur, les résultats déjà trouvés sous TinQuence des antiseptiques ou des milieux acides. Ajoutons de suite que ces résultats s'obtiennent encore plus rapidement quand, à l'action de la chaleur, on superpose Faction du milieu acide ^ Cette action combinée de la chaleur et des milieux acides permet de produire des variations durables de la forme avec d'autres microbes que ceux que nous avons déjà étudiés, en particulier avec un bacille vert trouvé dans l'eau. Cet organisme se présente, dans les cultures originelles, comme un petit bacille relativement grêle et très court, au point d'avoir presque l'aspect d'un microcoque. Il donne, surtout dans les milieux acides, une belle couleur verte. J'ai pu l'obtenir d'une façon permanente, au moyen de chauffages à 50° et de cultures en milieux acides, à l'état de bacille allongé, mesurant jusqu'à 5 et 8 [x de long'. On obtient les mêmes résultats avec le bacille du lait bleu; mais cet organisme est surtout intéressant, nous l'avons déjà indiqué, par les variations de sa fonction chromogène. Quand on le cultive longtemps sur un milieu solide, de la gélatine alcaline par exemple ou delag'élose, ily conserve sa coloration, mais, reporté dans les milieux liquides, notamment dans le lait, il se montre incapable de les colorer; j'ai pu lui rendre sa fonction 1. Le Micrococcus i)rodigiosus ne périt dans ces conditions qu'entre oo et o6°. 2. Comme précédemment, nous avons fait nos expériences avec l'acide tartrique à la dose de 1 à 6 décigrammes par litre. Les cultures sur gélatine acide donnent des résultats analogues; comme la gélatine se liquéfie rapidement, l'em- ploi des milieux liquides proprement dits est beaucoup plus commode. 156 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. chromogène par une culture prolongée dans un milieu acide'. Nous pouvons encore citer un autre organisme chez qui cette action de la chaleur et des acides amène rapidement des chan- gements morphologiques: c'est la bactéridie charbonneuse. La bactéridie se présente, on le sait, dans le sang des animaux et dans les milieux de culture, sous deux formes très différentes : dans le sang, elle est composée de bacilles courts et séparés ; dans les milieux artificiels, les bacilles sont réunis en longs filaments enroulés et pouvant contenir des spores. On peut facilement reproduire, dans les cultures, la forme courte que l'on rencontre dans le sang : il suffît de faire quelques cultures successives dans les milieux acides qui nous ont servi pour les microbes colorés. On arrive à obtenir ainsi des formes très courtes, pouvant même atteindre les dimensions des bactériums. Le nombre des cultures nécessaires pour arriver à ce résultat est moins considé- rable quand on a le soin de ne semer chaque fois que des spores, c'est-à-dire de tuer préalablement les bacilles adultes par un chauffage entre 60 et 70°. En partant d'une culture faite avec une goutte de sang charbonneux, on peut avoir ainsi une série de cultures successives dans un milieu acide. Les spores de ces cultures successives ensemencées au même moment dans une série de bouillons identiques donneront naissance à des généra- tions de formes très différentes, depuis la forme bacillaire très courte jusqu'à la forme ordinaire de longs filaments; les bacilles seront d'autant plus courts qu'il proviendront d'une culture en milieu acide de rang plus élevé. Nous n'insisterons pas davantage sur les changements mor- phologiques que l'on peut obtenir, avec les procédés que nous avons indiqués, chez les organismes bacillaires. Ces changements sont surtout intéressants à constater chez les microbes à qui l'on reconnaît nettement la forme microcoque, comme le 3/. pro- digiosiis, puisqu'on peut arriver à combler ainsi l'intervalle qui sé}tare, pour la plupart des auteurs, le groupe des microcoques du groupe des bacilles. 1. Voir Hueppa : Sur les altérations du lait par les microorganismes. Arbeit. aus dem hais. Ges, amt., II, 18S4, p. oSo. Cette action des acides sur la fonction chromo- gène de ce bacille avait déjà été observée : on avait remarqué que la coloration bleue du lait n'apparaissait souvent que si ce liquide avait subi au préalable la fer- mentation lactique. FONCTION CITEZ LES BACTERIES. 157 L'étude que nous venons de faire nous permet en outre de nous expliquer la véritable signification des formes d'involulion. Nous avons vu d'une part que ces formes se produisent dans les cultures âgées, et qu'on peut les faire disparaître en soumettant l'organisme à des cultures prolongées faites àde courts intervalles • dans certains milieux favorables. Nous avons constaté d'autre part que ces formes peuvent prédominer au contraire et rem- placer la forme primitive, considérée comme normale, au point que celle-ci puisse être regardée à son tour comme une foi^me d'involution. En réalité nous voyons intervenir ici leev lois de l'hérédité, qui tiennent une si grande place dans la vie des orga- nismes. Quand une forme est une fois acquise dans un milieu donné, elle arrive à s'y fixer d'une façon permanente, et, quand on modifie le milieu, la forme ne varie pas ou commence par varier très peu : le retour à la forme fixée est d'autant plus rapide que l'action du milieu primitif a été plus prolongée. Toutefois, à mesure que l'influence du milieu nouveau se prolong-e à son tour, le changement morphologique s'accentue davantage, et se trans- met de génération en génération jusqu'au moment où le retour à la forme antérieure ne peut plus s'effectuer. Ces résultats s'ap- pliquent à la fonction aussi bien qu'à la forme. Il va sans dire que les mêmes modifications du milieu n'influeront pas au même degré sur la forme et la fonction, et que l'étude de ces deux sortes de modifications devra d'ordinaire être faite séparément. Mais, en envisageant les résultats de notre étude, il nous paraît qu'il sera toujours possible de déterminer des variations durables de la forme et de la fonction avec les infiniment petits, grâce au nombre très considérable de générations que l'on peut soumettre, dans un temps relativement conrt, à l'influence d'un milieu déterminé. REVUES ET ANALYSES A. C. CoPE et prof. Horsley. — Rapports sur une épidémie de rage parmi les daims du parc de Richmond pendant les années 1886-1887, Londres 1888. Le premier de ces rapports est dû à M. Cope ; il contient l'histoire de l'épidémie de Richmond ; le second renferme les observations et les expé- riences que M. Horsley a faites sur les daims enragés. Avant d'exposer ce qu'il a observé à Richmond, M. Cope a recherché si on avait recueilli en France ou en Allemagne des renseignements sur la rage des daims. D'après M. Cagny, on n'a jamais signalé en France d'épidémie de rage sur les daims. M. Muller de Berlin a fait connaître à M. Cope que la rage a été observée en Allemagne sur des daims mordus par des renards ou des chiens enragés, mais que la maladie n'a jamais régné sous forme d'épidémie, sans doute à cause des conditions de liberté dans lesquelles les daims vivent en Allema- gne, et surtout, croit M, Muller, parce que la rage ne se transmet pas d'her- bivore à herbivore, ces animaux ne faisant pas de morsures. L'épidémie de Richmond n'est pas la première observée en Angleterre, où on entretient des daims en grande quantité dans beaucoup de parcs. Ainsi, en 1795 et en 1798 les daims de Grove Park, de Windsor Park, de Cas- siobury Park périrent en grand nombre. Si on se reporte aux symptômes signalés pendant ces épidémies, on reconnaît que des animaux ont suc- combé à la rage. Dans le parc d'Eaton Hall en 1872, la rage a sévi sur les daims, et en 1880 elle s'est montrée avec les mêmes symptômes dans le parc de Swythamley. Toutes ces épidémies ont été vraisemblablement causées par des mor- sures de chiens. Celle de Richmond, qui fait le sujet du rapport de M. Cope, a suivi une épi- démie de rage observée sur les chiens à Londres et autour de cette ville. . Le parc de Richmond a une étendue de 2,300 acres et contient 1,200 daims. H est ouvert au public toute la journée, les portes sont fermées le soir, de sorte qu'un chien peut y pénétrer et en sortir sans être vu. Les daims y vi- vent en trouppaux de 100 à 200 tètes, restant sur les mêmes pâturages ; aussi la maladie demeure-t-elle confinée dans le troupeau oii elle s'est montrée. Le premier cas a été observé à la fin de septembre 1886, dans le troupeau qui pâturait près de la porte d'East Sheen. Quelques jours après d'autres animaux tombèrent malades. On crut à un empoisonnement, et M. Lupton, vétérinaire, fit évacuer le troupeau sur un autre pâturage. Mais la maladie continua. Un mâle et un faon malades furent envoyés au collège REVUES ET ANALYSES. 159 royal des vétérinaires. La maladie fut ainsi observée dans tous ses détails. Après la mort, la moelle épinière des animaux fut inoculée par M. Hoisley à des lapins et à un chien qui moururent de la rage la mieux caractérisée. Il n'y avait donc plus aucun doute sur la nature de l'affection qui faisait périr les daims de Richmond. Au mois de juin, un troupeau qui paissait dans le voisinage de la harde infectée fut atteint à son tour et perdit beaucoup de bètes. L'épidémie a duré jusqu'au 24 septembre et a fait périr 264 animaux. M. Cope décrit ainsi les symptômes de la rage chez le daim. Au début de la maladie, les animaux portent la tète en arrière sur les épaules, le museau en l'air, ils ont des tressaillements subits et partent au galop droit devant eux. Bientôt ils s'élancent contre leurs compagnons, se jetant tête baissée sur les poteaux, les arbres et les obstacles qu'ils voient, et avec tant de vio- lence qu'ils brisent leurs cornes et s'arrachent des lambeaux de peau. De timides qu'ils sont, d'ordinaire, ils deviennent agressifs et mettent le désor- dre dans le troupeau. Séparés et enfermés dans un endroit clos, ils se pré- cipitent sur les objets et sur les personnes qui se présentent. A celle période de la maladie, on voit des faons poursuivre audacieusement et mordre de vieux daims. Après quelques jours, des animaux meurent dans une crise ou après avoir montré de la paralysie des membres. L'observation la plus intéressante qui ait été faite au cours de cette épidémie est celle de la transmission de la rage du daim à un autre animal de même espèce, et cela par morsure. Ces morsures ne font pas ordinaire- ment de véritables plaies pénétrantes de la peau; la pression des dents pro- duit des meurtrissures qui restent souillées de bave. L'animal mordu lèche la partie blessée comme pour soulager la douleur qu'il ressent. Cependant ces morsures suffisent pour inoculer la maladie. Un daim enragé fut isolé et enfermé avec un animal sain; le daim enragé s'élança comme un chien furieux sur son compagnon et le mordit aux oreilles et au cou. Le daim mordu fut isolé et conservé; 19 jours après, il présentait les symptômes caractéristiques de la rage. L'opinion longtemps admise que les herbivores ne transmettent pas la rage par morsure est donc controuvée. L'absence d'incisives supérieures chez ces animaux rend leurs morsures moins dan- gereuses que celles des chiens, mais l'expérience prouve qu'elles sont encore capables de donner la- rage. Ce fait était déjà rendu très probable par la persistance de la maladie dans les troupeaux de daims sévèrement isolés depuis plus de six mois. Les herbivores ne prennent point la rage en paissant l'herbe sur laquelle ont vécu des animaux enragés, mais bien par morsure comme les autres espèces. Le rapport de M. Horsley fait suite à celui de M. Cope; il renferme les observations faites sur les daims enragés conduits à la « Brown Institution», et les résultats des expériences entreprises avec la moelle épinière de ces animaux. Les lésions trouvées à l'autopsie sont une congestion du pharynx, du larynx et de la trachée. L'estomac est rouge, l'intestin est vide d'aliments, 160 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. la Vessie contenait de l'urine, les centres nerveux étaient congestionnés. La moelle épinière de deux daims, qui ont succombé au laboratoire de M. Horsley, a été inoculée par trépanation à des lapins. La rage a éclaté chez ces animaux après une incubation de 10 à 16 jours. Un chien inoculé dans les mêmes conditions est devenu enragé après 12 jours. On voit que chez le daim les caractères de la rage sont semblables à ceux que Ton observe dans la rage des autres herbivores. Un daim enragé amené à la « Brown Institution » était une femelle pleine. M. Horsley a profité de cette circonstance pour rechercher si le virus rabique passait de la mère au fœtus. Deux lapins furent inoculés avec de la moelle épinière du foetus. L'un d'eux mourut de septicémie, l'autre resta bien portant et ne manifesta aucune immunité lorsqu'il fut inoculé avec du virus rabique plusieurs mois après. La rage des daims est donc une maladie désormais bien connue, ce résultat est dû aux rapports de MM. Cope et Horsley» qui ont en outre démontré que les herbivores peuvent transmettre la rage par morsure. E. Roux. 0. LuBARSCH. Sur l'atténuation du bacille charbonneux dans le corps de la grenouille {Fortschritte der Medizin, n" 4, 1888, p. 121). Les faits sur lesquels s'appuie la théorie des phagocytes de M. Metch- nikoff ne sont plus guère contestés aujourd'hui. Mais si l'on admet l'exis- tence de la lutte que les cellules de l'organisme soutiennent contre les microbes venus du dehors, on ne connaît pas les causes qui déterminent l'issue de cette lutte et la victoire ou la défaite de l'un des deux partis. On ne sait même pas d'une façon précise à quel état les microbes pénètrent dans les cellules, si c'est comme des assaillants qui y entrent de vive force et con- tinuent à s'y développer comme dans un milieu favorable, ou s'ils sont englobés par les leucocytes après avoir été détruits en dehors d'eux par une substance soluble. Les bacilles tuberculeux peuvent, on le sait, vivre à l'inté- rieur des cellules. En est-il de même des bactéridies charbonneuses? C'est cette dernière question que s'est posée M. Lubarsch. En essayant de la résoudre, il a été amené incidemment à étudier les variations que peut subir la bactéridie en passant par l'organisme de la grenouille. « Si les bacilles charbonneux, se disait-il, meurent avant de péné- trer dans les leucocytes, on pourra trouver un moment où les bacilles encore vivants, même parmi ceux qui sont en dehors des cellules, seront devenus très rares. En essayant de les cultiver, on n'obtiendra que des cultures très tardives ou, dans tous les cas, beaucoup moins abondantes. » Pour avoir quelque chance de pouvoir vérifier cette hypothèse, il fallait choisir un animal chez qui la bactéridie trouvât un mauvais terrain de cul- ture et chez qui la phagocytose jouât rapidement un rule très considérable. La grenouille remplit parfaitement ces conditions : c'est d'ailleurs chez elle que le rôle des phagocytes avait été démontré d'une façon très concluante par M. Metchnikoff. Un certain nombre de grenouilles reçurent dans leur sac lymphatique REVUES ET ANALYSES. 161 dorsal de petites parcelles de poumons ou de rates prises à des souris ayant sueconibé au charbon. C'est le mode d'inoculation indiqué par ]M. MetclinikofT. Les grenouilles étaient (Conservées à une température de 13 à 18", et à partir du lendemain de l'inoculation on en sacrifia chaque jour quelques-unes ;. des ensemencements furent faits dans des milieux favorables, avec la sérosité lymphatique et les parcelles charbonneuses qui avaient séjourné un teuips plus ou moins long sous la peau de l'animal. Deux gre- nouilles moururent au bout de un jour et de 2 jours et demi : la première périt avec une hémorrhagie capillaire de la bouche et des yeux, et le liquide sanguinolent qui s'écoulait renfermait un grand nombre de bactéridies. Chez la i* grenouille, les bactéridies se nîontrèrent réparties dans tous les organes. Dans ces 2 cas, la mort survenue malgré la température relativement basse à laquelle les animaux étaient conservés, l'examen microscopique ne révéla aucune trace de bacilles intracelluUaires, bien qu'ils fussent très abondants dans les divers organes, ce qui n'a pas lieu d'ordinaire chez la grenouille. Chez tous les autres animaux n'ayant pas succombé au charbon, les parcelles d'inoculation étaient entourées d'une masse abondante de leucocytes dont quelques-uns seulement contenaient des bacilles: dans tous ces cas, àl'exception d'un seul, les bacilles se montrèrent parfaitement vivants et donnèrent sur la gélose de très belles cultures. M. Lubarsch ne nous dit pas comment étaient faits les ensemencements et quelles précautions il prenait pour ne semer qu'un nombre très petit de bacilles et pour rendre ses ensemencements com- parables entre eux. Son attention fut, du reste, attirée par un fait très intéressant et assez inattendu : « A partir du troisième jour les bacilles avaient en totalité ou en partie perdu leur virulence..; au 6" jour, aucune des cultures n'avait tué les souris ; vers le 3® ou 5* jour, le résultat n'est pas constant. Plusieurs cultures tuaient, il est vrai, des souris au bout de 20 à 56 heures, mais jamais des lapins ou des cobayes, et même quelques-unes des cultures ne parvenaient pas à tuer des souris. » Devant ces résultats, M. Lubarsch s'est demandé tout d'abord s'ils n'étaient pas dus à une erreur d'expérimentation, à une impureté survenue dans ces cultures, ou à tout autre cause du même genre. Après vérification, il s'est assuré qu'il n'en était rien, et il arrive à cette conclusion que le passage à travers l'organisme de la grenouille suffit pour atténuer la bactéridie charbonneuse. Ce résultat est trop important pour qu'on ne cherche pas à se rendre compte avec soin des conditions dans lesquelles M. Lubarsch a opéré. Il part, nous l'avons vu, de la rate d'une souris morte du charbon, qu'il introduit sous la peau de la grenouille, et qu'il y laisse pendant 1 à 10 jours à une tem. pérature moyenne de 15". La parcelle de rate est ensuite retirée et sert à inoculer, directement ou après une culture sur gélose, des souris, des lapins et des cobayes. Parfois les souris meurent; d'autres fois elles résistent; les lapins et les cobayes résistent aussi. Y a-t-il vraiment là une variation de virulence due au passage à travers la grenouille ? et l'atténuation constatée ne pourrait-elle s'expliquer autrement? M. Lubarsch oublie de nous dire quel était le degré de virulence du bacille dont il est parti. Dans le cas où il eût été déjà très atténué et n'eut tué que la souris, on ne devrait pas s'étonner qu'un iG2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. séjour prolongé à basse température, dans des conditions peu favorables, eût amené de petites différences dans la virulence, différences qu'on aurait pu obtenir en dohors même de la grenouille. Malgré celte lacune regrettable sur l'état de la virulence primitive, qui jette quelque doute sur les conclusions auxquelles arrive M. Luharsi'h, on voit qu'elles peuvent être comparées à celles qu'a données M. Metchnikoff dans une étude analogue faite sur les moutons réfractaires au cliarbon (voir le tome I" de ces Annales). Dans ce travail, M. Metclinikoff est arrivé le premier à montrer d'une façon non douteuse l'atténuation de la bacté- ridie par son passage à travers un animal réfractaire. M. Lubarsch n'avait d'ailleurs pas eu connaissance de ce travail en entreprenant le sien, qui lui donne, on le voit, des conclusions analogues. Il a de plus constaté, comme M. Metchnikoff, que l'atténuation de la bactéridie était passagère et que, par suite, les animaux qui reçoivent les cultures atténuées ne résistent pas « à l'inoculation d'un charbonforteuient virulent ». Autrement dit, l'atténuation ne confère pas à la bactéridie la propriété d'être un vaccin. Du reste, cette atténuation semble être particulière au mode d'inoculation sous la peau de la grenouille de parcelles d'organes charbonneux. Quand, au lieu de faire l'inoculation sous-cutanée, on injecte dans la veine abdominale de la grenouille « une culture de charbon » (quel charbon?), les bacilles se trou- vent presque exclusivement cantonnés, au bout de 6 à 17 heures, dans les cellules de la rate, du foie et dans le sang. 11 semble donc que l'on soit dans les meilleures conditions possibles, pour que l'action des leucocytes puisse être constatée facilement par une diminution dans la virulence de la bac- téridie. Il n'en est rien, et le sang aussi bien que les divers organes donnent, sur gélose, d'abondantes cultures qui, inoculées à des souris, les tuent en 20, 26 à 54 heures. Dans ce cas, il n'y a pas d'atténuation sensible. Cette exjiérience fournit un nouvel argument aux réserves que nous for- mulions tout à l'heure sur les causes véritables de l'atténuation. Dans l'inté- rieur d'un morceau d'organe charbonneux introduit sous la peau, les bactéridies se développent mal, et la température de lo", jointe à ces mauvaises conditions de culture, suffit pour expliquer les différences très petites que l'on constate dans la virulence. Cette question demande donc à être reprise avec soin, et, si les résultats obtenus par M. Metchnikoff sur les moutons réfractaires permettent de croire qu'ils pourront être étendus à d'au- tres animaux réfractaires au charbon, on voit cependant que les conclusions de M. Lubarsch ne s'appuient pas sur des expériences tout à fait convaincantes. Du moins cette dernière expérience de M. Lubarsch nous permet de tirer une autre conclusion : c'est que les bacilles sont encore vivants dans l'inté- rieur des cellules, puisque les cellules de la rate, par exemple, donnent des cultures aussi abondantes que si l'on semait du sang charbonneux de lapin. Une autre expérience prouve du reste que les bacilles n'ont pas besoin d'être tués pour être mieux englobés par les leucocytes. Quand on injecte dans la veine abdominale d'une grenouille une culture de charbon stérilisée par le chauffage, les leucocytes n'en contiennent qu'un nombre très restreint, même au bout de 24 heures, tandis qu'ils en sont bourrés dès la 6" heure avec une culture de bactéridies vivantes. Il y a donc une action directe de la bactéridie INSTITUT PASTEUR. 163 qui amène une augmentation dans l'activité des cellules de l'organisme et leur permet de résister dans leur lutte contre les microbes. M. Lubarsch a essayé de répéter avec le micrococciis tetragenus et le bacille de la septicémie des souris les expériences qu'il a faites avec le charbon. Elles ne l'ont conduit à aucun résultat positif. Mais il se promet de ne pas les abandonner, et nous espérons qu'il fera connaître à bref délai les résultats qu'ils aura obtenus dans cotte étude si intéressante de l'atté- nuation des microbes. E. W. INSTITUT PASTEUR RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES SUR LES PERSONNES TRAITÉES PENDANT LE MOIS DE FÉVRIER 1888. Pe?'so}ines ynortes de rage pendant le cours du traitement. M™^ Delpéche, née Marie Wagner, 52 ans, concierge à Paris, mordue le 2.3 janvier par un chien errant, inconnu, qui a été tué par un sergent de ville après avoir mordu 3 autres personnes et 5 chiens. jyjme Delpéche a été mordue: d° dans la pulpe du pouce droit, une morsure ; 2° sur le dos du poignet droit, 8 morsures. Ces blessures ont presque toutes saigné. La première est profonde. Cautérisation à l'acide azotique quelques instants après la mor- sure. Mise en traitement le 28 janvier, M"° Delpéche ne s'est pas présentée à l'Institut Pasteur le 13 février, bien que le trai- tement ne fût pas achevé. Elle est tombé malade le jour même et a succombé le 17 février. M™*^ Delpéche, n'ayant pas subi le traitement complet, n'est pas comptée dans la statistique de janvier. 164 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. INSTITUT PASTEUR STATISTIQUE * DU TRAITEMENT PRÉVENTIF DE LA RAGE. — FÉVRIER 1888 Morsures à la tête ( simples . . et à la figure ( multiples. Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mains simples... multiples. Caiitérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Morsures au.x mem-i simples... bres et au tronc { multiples. Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu. Morsures multiples en divers points du corps Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation . ... Habits déchirés Morsures à nu Tntoiiv * Français et Algériens, loiaux. ^ Etrangers 8 18i » S« 4i 3?/«« 3<; — ■ '^ 1 » 5! 13 » » y 7 » » 6 « » » «4 » 33 o9 3 » )) 19 )> » 35 » )> » O » «4 33 4 » » 18 » » il » » 29 » » 4 » )> » 4 4 1 )) » i^ " 1 H )) 3 » » 4 » » 103 i — -^ ^ 4 loy Total général. 1«5 11 o 3 5S » 11 21 1 !S3 i. Pour riuterprélation des termes et la signiflcation des diverses colonnes du tableau, se reporter aux statistiques précédentes, p. 93, 14.3 et 207, t. 1. Les animaux mordeurs ont été : Chiens, lo4 fois; chats, 7 fois; mulet, 1 fois; cheval, 1 fois; porc, 1 fois; mouton, 1 fois. Le Gérant : G. Masson. Sceaux. — Imprimerie Charaire et fils. ylnnalt'Sû/^- / huii/u/ Fas/d//- 7^.11. Fil. Il ^ ^ ^■1 w m A ^V'.; •■'-.■W'•■■ •?<<.•'• --rfîT ^- ■■■'■ s u - i^ > y ^8 e Ç J £ M. del s 'ii »a /c 18 6 Doct. Roii.v Pfipto /! 1S ^3 ■13. I 2S ■^■o ç Tï ^) 97 V 30 Pasteuria pamosa 2me ANNEE. AVRIL 1888. N° 4 ANNALES DE LINSTITUT PASTEUR PASTEURIA RAMOSA UN REPRÉSENTANT DES BACTÉRIES A DIVISION LONGITUDINALE Par m. ELIE METCHNIKOFF. Pour se faire une idée suffisante sur les relations laxono- miques des bactéries, groupe devenu si important sous tant de rapports, il convient de ne pas se borner aux formes les plus habituelles et à cause de cela les mieux connues ; il faut diriger les recherches sur des bactéries particulières, capables de donner quelques aperçus nouveaux sur la question de la morphologie du groupe en général. Les Daphnies d'eau douce constituent un terrain très favo- rable à ce genre d'investigations. Pendant mes recherches sur les maladies infectieuses des animaux inférieurs, recherches entreprises à un tout autre point de vue, j'ai été souvent frappé de la richesse des formes nouvelles et remarquables appartenant à des groupes de sporozoaires et de bactéries. Ainsi j'ai ren- contré chez les Daphnies un bacille parasitique se transformant en microcoques, et un autre bacille, donnant des spirilles en boucle, qui peut servir de modèle du pléomorphisme chez les bactéries. En remettant la description de ces formes à une autre occasion, je veux insister dans cet article sur un type nouveau de bactéries parasitiques, que je me permets d'introduire dans la science sous un nom dédié à notre illustre et vénéré maître, qui, en découvrant les organismes provoquant la fermentation lactique et butyrique, créa une ère nouvelle dans la science en 11 166 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. général et dans la microbiologie en particulier. Quoique les bactéries soient connues depuis le xyu*-' siècle, néanmoins leur rôle dans la nature n'a été démontré que par M. Pasteur lui- même ou par ceux qui ont suivi la voie ouverte par lui. Pasteuria ramosa (nov. gen., nov. sp.) est une bactérie para- sitaire qui s'introduit dans la cavité générale du corps des Daphnia pukx et D. magna, et provoque chez ces animaux une maladie toujours mortelle. Dans son état de développement le plus primitif que j'ai observé, ce parasite se présente sous forme de colonies plus ou moins arrondies, à surface anfraclueuse (fig. 4). En observant ces colonies avec de plus foits grossisse- ments, on reconnaît aisément qu'elles se composent de corps en forme de choux-fleurs : on aperçoit un tronc central qui se ramifie en rameaux secondaires, tertiaires, etc., et donne finale- ment des articles terminaux arrondis à leur surface extérieure (fig. 2). Pendant l'évolution de la Pasteuria, ses ramifications se détachent les unes des autres, et il se produit une dissolution gra- duelle de tous les membres de la colonie primitive. C'est d'abord le tronc principal qui se divise, de sorte qu'il apparaît plusieurs colonies-filles, composées chacune d'une série de ramifications. Ce procédé de scission, se répétant plusieurs fois, aboutit à la formation d'un nombre considérable de petites colonies (fig. 3-8 et phologrammes I et II), dont les membres se trouvent ratta- chés par un lien qui devient de plus en plus mince. Pendant ce travail incessant de subdivision, les membres de la colonie grandissent à vue d'œil, et, partant de l'état de pointe arrondie à peine appréciable, ils deviennent bientôt des corps rappelant par leur forme des grains de raisin. Dans un état encore plus avancé, les individus de la Pasteuriane se montreirt plus que réunis par quatre (fig. 9, 10) et plus souvent par deux (fig. 11, 12 et photogramme 3) ; leur point de réunion apparaît aussi de plus en plus fin, de sorte qu'ils se détachent très faci- lement l'un de l'autre. Il se produit alors une grande quantité de bactéries isolées (fig. 13, 17) qui rappellent quelque peu les bacilles du genre Clostridium ou d'autres formes analogues. Dans les individus adultes de Pasteuria, on reconnaît néanmoins un pôle large et arrondi et un autre pointu en bec, le pôle infé- rieur, qui était le point de liaison avec un autre individu. Toutes ces formes sont le résultat de divisions successives dans PASTEURIA RAxMOSA. 167 le sens longitudinal; mais ce procédé de multiplicalion, au lieu de se poursuivre jusqu'au bout, s'arrête à un certain point, ce qui amène la production de colonies d'individus réunis par leur partie inférieure. Ce n'est que dans une période plus avancée de l'évolution que la division longitudinale est poussée à bout et provoque une véritable dissolution de la colonie en individus isolés. Les figures 3, 4, 8 nous montrent qu'un article de Pas- teuria peut subir en même temps plusieurs (jusqu'à cinq) divi- sions, ce qui donne des formes en éventail très caractéristiques. Si dans ce mode de reproduction et dans la forme extraor- dinaire des colonies de Pasteuria, on voulait voir une objection contre son admission dans le groupe des bactéries, l'inspection de l'individu isolé pourrait déjà dissiper le doute. Du reste il ne faut pas oublier que la division longitudinale n'est pas com- plètement étrangère à ce groupe. Quoique le plus grand nombre de bactériens se divise toujours uniquement dans le sens trans- versal, il existe néanmoins des genres, comme la Sarcina, oiila division s'opère dans les trois plans perpendiculaires de l'espace, dont l'un doit être considéré comme longitudinal. La particula- rité de la Pasteuria se réduit donc à sa faculté de se diviser en un seul sens, le sens longitudinal. En supposant que les bac- téries les plus primitives possédaient la faculté de scission en trois directions différentes, on peut facilement admettre que dans la plupart des formes dérivées, c'est la division transver- sale qui s'est conservée, tandis que dans la minorité des cas c'est la division longitudinale qui a pris le dessus. • La preuve la plus irrécusable de la nature bactérienne de la Pasteuria nous est donnée par le mode de sporulation qui, sous tous les rapports, se rattache à la production d'endospores, si répandue parmi les bactéries les plus authentiques. Ce ne sont que les individus isolés qui possèdent la faculté de produire les spores. En observant les cellules vivantes, on peut distinguer dans leur portion antérieure des espaces ronds, remplis d'une substance plus transparente que le protoplasme (fig. 18); chez les individus plus adultes (fig. 19) on aperçoit au milieu de cette espèce de vacuole un point réfringent à peine perceptible. Deve- nant de plus en plus grand (fig. 20, 21), ce petit corps se trans- forme en spore spbérique entourée par une couche de substance transparente (fig. 22) et finit par remplir la partie antérieure de 168 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. la cellule, devenue plus grande et surtout beaucoup plus large (f]g. 23 et photogramme IV). Pour mieux apprécier certains détails de la sporulation, il convient d'observer les Pasteuria colorées avec le bleu de méthylène. On peut bien voir alors que les cellules qui paraissent d'abord complètement homogènes sont composées de trois parties distinctes, dont l'une forme le segment antérieur, l'autre, plus grande, le segment moyen, et la troisième la pointe effilée qui servait de point de jonction avec les autres membres de la colonie (fîg. 24). C'est le segment an- térieur qui est le siège de la production des spores. Il y appa- raît d'abord une vacuole transparente, qui, sur des préparations desséchées et colorées, semble beaucoup moins grande que sur le vivant ; elle se remplit d'une spore arrondie qui devient plus considérable à mesure de l'accroissement de la cellule entière. Longtemps encore la spore en voie de formation se colore faci- lement par le bleu de méthylène ; mais, arrivée à son état défi- nitif, elle perd cette faculté et reste incolore et fortement réfrin- gente. Pour arriver à la colorer, il faut recourir au procédé de la double coloration, usité pour les bacilles de la tuberculose et les endospores d'autres bactéries. On parvient alors à colorer les spores en rouge de fuchsine et le reste du contenu en bleu de méthylène. Avec cette méthode, on arrive facilement à dis- tinguer la membrane de la cellule (fîg. 26, 27), tandis qu'en observant les Pasteuria vivantes (fîg. 23), on peut se faire une idée erronée sur la position des spores, qui paraissent être tout à fait découvertes dans leur partie antérieure. Dans les Daphnies mortes à la suite du parasitisme de cette bactérie, on rencontre une grande quantité de spores enveloppées par le reste de la cellule, et qui se dispersent plus tard sur le fond du vase. Quoique j'y aie fait grande attention, je ne suis néan- moins jamais parvenu à observer le mode d'infection par les spores, pas plus que leur germination et la production des pre- mières colonies. Je ne suis pas non plus parvenu à obtenir des cultures de ces bactéries sur la gélatine ou la gélose glycérinée, milieux nutritifs que j'avais avec moi à la campagne (dans le gouvernement de Kiefî en Russie), où je fis la découverte de la Pasteuria. Pour la première fois je la vis dans l'été de 1884, dans un petit étang peuplé par des milliers de Daphnia jmlex ; depuis lorsjel'ai perdue de vue jusqu'à rétédel887, où je la rencontrai PASTEURI RAMOSA. 169 de nouveau dans une mare habitée par les Daphnia magna. Il paraît donc que notre bactérie est assez rare, d'autant plus que parmi les parasites des Daphnies mentionnés parLeydig, Claus, Weismann et Moniez, il ne s'en trouve aucun qu'on pourrait prendre pour la Pasteuria ramosa ou une bactérie voisine. En observant les différents stades du développement de la Pasteuria à l'état vivant, à travers les parois de la Daphnie, on remarque d'abord que les colonies, aussi bien que les individus isolés, sont complètement privées de mouvements actifs ; ce n'est qu'à l'aide des courants sanguins qu'ils sont transportés d'un endroit à l'autre. Les parasites, suspendus dans le liquide san- guin, restent à quelques exceptions près tout à fait libres au milieu d'une multitude de leucocytes, ce qui semble démontrer que les premiers sécrètent une substance quelconque qui les protège contre l'agression des phagocytes. Ce fait confirme donc la règle d'après laquelle le parasite, évité par les phago- cytes, se propage sans obstacles et finit par tuer l'animal. Cepen- dant, dans des cas très rares, j'ai pu observer que les leucocytes dévoraient l'agresseur, mais seulement dans son état de spore (fig. 28, 30); c'est ce que j'ai également constaté pour lapébrine des Daphnies, et tout cela confirme l'opinion que les états vég-é- latifs sont doués d'une faculté spéciale de résistance à l'action des phagocytes, faculté absente dans l'état mûr du parasite. Puisque je suis amené à parler de cette théorie des phago- cytes, je voudrais m'arrêter en terminant sur une objection récemment exprimée par MM. Roux et Chamberland (Voir : An- nales, n° 12, 1887) dans leur remarquable travail sur l'immunité obtenue par l'injection des substances chimiques. Ces auteurs expliquent le fait d'une pareille immunité, bien constatée par eux, par l'existence d'une matière antiseptique qui rend l'orga- nisme impropre à la culture des bactéries infectieuses. Mais on pourrait supposer aussi bien l'adaptation des cellules de l'or- ganisme, et notamment des phagocytes, a l'influence nuisible de substances sécrétées par les parasites, conformément à l'o- pinion de M. Hesse, exprimée dans son mémoire publié dans les Archives de Virchow (T. CIX, p. 38o). Pour résoudre la question d'une manière précise, il serait intéressant de recher- cher si le vibrion septique serait apte à végéter pendant un certain temps, à l'abri des phagocytes, dans l'humeur aqueuse 470 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de l'œil des cobayes réfractaires, comme c'est le cas pour d'autres exemples d'immunité naturelle ou acquise. Ainsi le premier vaccin du charbon se cultive parfaitement dans la cham- bre antérieure de l'œil des moutons devenus réfractaires à des doses considérables du virus fort. De même le bacille du rouget des porcs, qui disparaît en peu d'heures après l'inoculation sous la peau des chiens, croît dans la chambre aiitérieure et produit un hypopyon chez les mêmes animaux ; j'ai observé les mêmes phénomènes après l'inoculation du premier vaccin du rouget des porcs sous la peau et dans l'œil des lapins. EXPLICATION DE LA PLAKCHE I. Les dessins ont rto faits par moi à l'aide de la chambre claire de M. Nachet, et je dois les photographies à l'obligeance de M. Roux. Les flg. 1, 28, 29 et 30, ont été dessinées avec le grossissement fourni par rOc. 4 et l'obj. 9 de Hartnack, les autres figures avec l'Oc. 4 et le sys- tème à l'huile 1/18 de Zeiss. Fig. 1. Quatre colonies de Pasteuria ramosa de l'intérieur d'une seconde antenne de Daphnia pulex. Dessiné d'après le vivant. Fi(j. 2. Coupe optique d'une colonie de la même espèce. Dessiné d'après le vivant. Fig. 3 à 8. Différents états de division longitudinale des petites colonies de Pasteuria ramosa. Fig. 9 et 40. Colonies composées chacune de quatre individus. Fig. il et 12, Colonies constituées chacune par deux individus. Les flg. 3 à 12 ont été dessinées d'après des préparations colorées par la fuchsine. Fig. 13. Un individu isolé, dessiné d'après le vivant. Fig. 14 à 17. Individus isolés, dessinés d'après des préparations colorées par la fuchsine. Fig. 18 à 23. Six états du développement de la spore, dessinés d'après le vivant. Fig. 24 à 27. Quatre états de sporulation, d'après des préparations à coloration double (fuchsine-aniline et bleu de méthylène). Fig. 28. Un leucocyte de' Daphnia pulex rempli d'individus sporifères de Pasteuria, dessiné d'après le vivant, Fig. 29. Le même leucocyte, pris dix minutes plus tard. Fig. 30. Un autre leucocyte du même animal. Pour les photogrammes I à IV. voir le texte. SUR liN PROCÉDÉ PERFECTIOIÉ D'AMUSE R4CTÉRI010(JIQIIE DE L'AIR, Par mm. I. STRAUS et R, WURTZ. 1 Les procédés employés pour la détermination et la numéra- tion des germes de l'air sont déjà très nombreux ; leur multi- plicité même montre qu'aucun d'eux n'est irréprochable. L'ex- posé de tous ces procédés nous entraînerait trop loin; nous indiquerons seulement les plus importants, renvoyant pour les détails à la monographie remarquable de M. Miquel * et au récent mémoire de M. Pétri % où l'historique de la question est traité avec soin. Les méthodes actuellement employées peuvent, en somme, être ramenées à deux types fondamentaux, selon que l'on a recours aux milieux de culture liquides ou aux milieux solides. Les premières recherches précises sur les organismes de l'air sont dues à M. Pasteur; elles sont consignées dans son mémoire célèbre « sur les corpuscules organisés qui existent dans l'atmo- sphère » ». M. Pasteur faisait passer, à l'aide d'un aspirateur, de l'air à travers des bourres de coton nitrique ; ces bourres étaient ensuite dissoutes dans un mélange d'alcool et d'éther et donnaient un collodion laissant déposer, par décantation, les poussières atmosphériques arrêtées au passage. Ce sédiment était examiné au microscope et révélait la présence de spores de champi- gnons. En outre, en introduisant ces bourres dans un bouillon nutritif dûment stérilisé, M. Pasteur y constata le développement 1. Des organismes vivants de l'atmosphère, Paris, 1883 ; voy. aussi la série des mémoires du même auteur publiés dans l'Annuaire de Montsouris. ± Nouvelle inélhode de recherche et de numération des bactéries et des spores de moisissures de l'air (Zeitschr. f. Hygiène, 4887, t. III, p. i-U6). 3. Pasteuu. Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans l'atmosphère (Annales de chimie et de phys., t. LXIV, 1862, p. 1-1 10, et Comptes rendus, 186;!, t. LVI, passim). 172 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de bactéries et de moisissures. Plus tard, il imagina une mé- thode plus parfaite, consistant à faire arriver dans un certain nombre de ballons renfermant du bouillon stérilisé, et dont on cassait la pointe au moment de l'expérience, un volume déter- miné d'air; d'après la proportion des ballons qui se troublaient et de ceux qui restaient stériles, on concluait au nombre de germes contenus dans l'air. C'est de cette méthode que dérivent celles qui ont été employées par M. Miquel dans les patientes recherches qu'il poursuit depuis longtemps à l'observatoire de Montsouris. Sans entrer dans le détail des perfectionnements successifs que M. Miquel lui a fait subir, sa méthode revient, en dernière analyse, à faire barbotter à travers des ballons à deux tubulures une quantité déterminée d'air. Le nombre des ballons pour chaque essai d'air est d'environ une trentaine; et il importe do faire passer, à travers chacun de ces ballons, une quantité d'air telle que, sur la totalité de ces ballons placés ensuite àl'étuve, la moitié seulement se trouble. On suppose que chacun des ballons troublés n'a reçu qu'un seul germe, et du nombre des ballons qui se sont troublés on déduit le nombre des germes que renferme le volume d'air ayant traversé tous les ballons. Ce procédé qui, entre les mains de M. Miquel, a donné des résultats dont on ne saurait méconnaître l'importance, présente de sérieux inconvénients. Il nécessite, pour chaque expérience, des manipulations et un outillage compliqués, l'emploi d'un grand nombre de ballons et d'une notable quantité de bouillon. On suppose en outre, sans en fournir la démonstration, que lorsqu'un ballon se trouble, ce trouble n'est dû qu'à l'ensemen- cement d'un seul germe; or l'expérience tend au contraire à montrer que les germes des bactéries existent dans l'air, non pas par unités, mais par agglomération de plusieurs germes. Les résultats obtenus par celte méthode peuvent donc être très ins- tructifs en fournissant des chiffres comparables entre eux, mais on ne peut guère attribuer à ces chiffres une valeur absolue. Dès que M. Koch eut imaginé la culture sur milieux solides, il l'appliqua à l'analyse bactériologique de l'air. Une capsule de verre renfermant de la gélatine stérilisée et ayant fait prise, es exposée, pendant un temps déterminé, à l'air ; puis on laisse aux colonies le temps de se développer, on les compte et on les ANALYSE BAGTEHIOLOGIQUE DE L'AIH. 173 examine. Utile comme moj'en d'orientation, ce procédé ne peut servir à une détermination précise du nombre des microbes de l'air. Le procédé de M. liesse ', dérivé de celui do M. Koch, cons- titue un progrès notable. [1 consiste, comme l'on sait, à faire cheminer une quantité d'air déterminée, à l'intérieur d'un tube de verre, sur la paroi interne duquel a été étalée et a fait prise une mince couche de gélatine nutritive. L'air doit progresser assez lentement à l'intérieur du tube, et celui-ci doit avoir une longueur suffisante pour que tous les germes aient le temps de se déposer. Les numérations faites parM. liesse et après lui par plusieurs observateurs qui eurent recours à sa méthode, par M. Fischer notamment, ont donné des résultats intéressants. Ils nous ont appris, entre autres particularités, que les spores des moisissures sont plus légères que les germes des schizomycètes (les colonies de moisissures se développent généralement plus loin du point d'entrée de l'air dans le tube que les colonies de bactéries). Mais la méthode de Hesse comporte, elle aussi, plusieurs inconvé- nients. L'appareil est encombrant, difficile à stériliser. Les germes, au lieu d'être incorporés à la gélatine, sont simplement déposés à sa surface, qui peut être plus ou moins sèche et raccornie : d'où la possibilité qu'un certain nombre d'entre eux n'arrivent pas à développement. L'examen microscopique des colonies est très difficile, vu le gros diamètre du tube; il en est de même de la cueillette des colonies à l'aide du fil de platine. Enfin, la plus grave des objections que nous faisons à cette méthode est la lenteur que demande la prise d'air. La vitesse maximaavec laquelle l'air peut cheminer dans le tube étant d'un litre en trois minutes, l'examen ne peut porter que sur de petits volumes d'air : circonstance très fâcheuse, puisque en ramenant les résultats au mètre cube d'air, le multiplicateur devient très grand et les erreurs se trouvent elles-mêmes multipliées par un gros chiffre. La longue durée de chaque expérience est aussi un inconvénient, à cause de la perte de temps, et surtout parce que les conditions atmosphériques que l'on veut étudier peuvent varier elles-mêmes pendant la durée de l'expérience. 1. Sur la (léterminalion quantitative des micro-organismes contenus dans l'air (Mittbeil. a. d. \i. Gesiindheitsamte. Bd. H, p. 482). ni ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Les défectuosités de cette méthode en ont fait naître d'au- tres : parmi celles-ci nous mentionnerons seulement celle de M. Frankland et celle de M. Pétri ; toutes deux sont basées sur le principe suivant : employer une bourre filtrante et incorporer ensuite cette bourre à du bouillon gélatinisé. M. Frankland emploie une boui-re de coton de verre, et fait faire prise à la géla- tine sur la paroi intérieure d'un ballon de verre, à la façon d'un tube d'Esmarch'. Son procédé offre aussi des désavantages; la division parfaite de la bourre de coton de verre est difficile à obtenir, et son mélange avec la gélatine forme une couche laiteuse au milieu de laquelle les colonies sont difficiles à apercevoir. M. Pétri, au lieu d'une bourre de coton de verre, emploie un double filtre formé de sable fin emprisonné entre deux culots de toile de cuivre à mailles très fines, le tout engagé dans un tube de verre. L'air, aspiré par une trompe ou une pompe à main, est obligé de traverser le filtre de sable, et s'y dépouille de tous ses germes. Le sable ainsi que les culots de toile de cuivre sont ensuite répartis dans des godets de verre et arrosés de gélatine nutritive; on compte les colonies qui se développent, comme pour une culture sur plaques. On trouvera dans le travail très complet de M. Pétri la description minutieuse de son procédé et la comparaison qu'il en fait avec les procédés antérieurement employés. Nous l'avons nous-mêmes employé et nous lui avons aussi reconnu quelques inconvénients : le dispositif de l'appareil ne laisse pas que d'être compliqué, les culots de toile de cuivre devant être minutieusement calibrés et ajustés, pour ne pas permettre la fuite du sable. Mais l'objection principale que Ton peut faire à cette méthode est la suivante : le passage de l'air à travers deux filtres de sable fin de 3 centimètres de hauteur chacun nécessite, pour avoir une vitesse convenable, une aspiration puissante, d'où l'impossibilité de recourir à un simple aspirateur et la nécessité de recourir à la pompe à main ou à une trompe. n La méthode que nous avons employée consiste, en dernière analyse, à faire barbotter un volume déterminé d'air à travers 1. Frankland {VEViCY).Pro<;eedings ofthe R. Soc. Vol. XII, p. 44.3; voir l'analyse de ce travail dans ces Annales (t. I, p. olo); voir en outre Zeitschr. f. Hyg., 1887, t. Hl. ANALYSE lUCTKUlOLOGTQUE DE L'AIR. 175 de la gélaliiie iiutrilive. L'idée de recourir à un procédé analogue avait déjà été plusieurs fois émise; il existe même des essais tentés dans cette direction, notamment par M. von Sehlen, dans ses recherches sur l'air des régions palustres en Italie '. Mais les résultats ainsi obtenus ont été peu satisfaisants, pour plusieurs raisons qui seront développées plus loin, et les procédés basés sur la méthode du barbottage à travers la gélatine nutritive ont été presque universellement délaissés. Notre appareil à barbottage se compose d'un tube de verre A, avec un fort renflement cylindrique à sa partie moyenne, et mesurant 15 millimètres de diamètre à ses deux extrémités. Ce tube reçoit la gélatine nutritive. Au fond de ce tube plonge un second tube B, de petit calibre, dont l'extrémité inférieure est finement effilée ; à la partie supérieure, il porte un renflement rodé, C, qui ferme hermétiquement le tube A. Celui-ci porte latéralement une tubulure de dégagement D, munie d'un étran- glement pour maintenir les bourres. •1. Etudes tiir la Malaria (Fortschritte der Med., 1884, n" 18, p. o8o). 176 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Pour se servir de l'appareil, on garnit d'ouate Torifice supé- rieur (e) du tube B, ainsi que la tubulur(; de dégagement D, de chaque côté de l'étranglement, et on stérilise l'appareil par la chaleur sèche. Après avoir retiré lé tube intérieur B, on verse dans le tube A 10 centimètres cubes de bouillon gélatine, à 10 0/0, liquéfié à une douce chaleur. On a soin d'ajouter à la gélatine une goutte cVhuile stérilisée. Cette dernière précaution est absolu- ment indispensable; elle empêche la gélatine de mousser pen- dant le barboltage et de sortir par le tube de dégagement. Le tout est stérilisé à l'autoclave à 115° pendant un quart d'heure, et l'appareil est dès lors prêt à servir. On lient, pendant toute la durée de l'opération, l'appareil à la main, pour que la chaleur de celle-ci empêche la gélatine de se solidifier. Par un tube de caoutchouc, on relie le tube latéral D à un aspirateur; puis on enlève la bourre qui ferme l'extrémité e. On fait alors fonctionner l'aspirateur à la vitesse voulue, et on fait barbotter à travers la gélatine un nombre déterminé de litres d'air. Grâce à la présence de l'huile, les bulles formées par le passage de l'air à travers le liquide sont très fines et la mousse très peu accusée, quelle que soit la vitesse de ce passage. Il en résulte que l'on peut ainsi faire barbotter un volume notable d'air }»en- dant un temps relativement court (50 litres en un quart d'heure). L'opération terminée, on replace la bourre en